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MessageSujet: Everybody's not dead   Lun 21 Avr - 15:30

"Je peux m'occuper d'Edward, tu sais"

Je sursaute. Assise par terre au milieu de la tente, j'étais perdue dans mes pensées depuis un bon petit moment déjà. J'avais du me lever tôt, les enfants dormaient encore. Je regarde ma fille qui vient de se réveiller s'assoir à mes côtés. Je passe un bras autour de ses épaules et l'attire vers moi. Elle a tant changé en quelques mois. Elle a grandi. Elle n'est plus la petite fille de douze ans, joyeuse et innocente. Elle a ouvert les yeux face aux écorcheurs. Son frère garde encore cet espoir naturel qu'ont tous les enfants, mais pas elle. Elle est adulte. Cet espoir elle doit le chercher, elle aussi. Comme moi. Chaque jour nous devons trouver le moyen d'espérer et l'envie de survivre. Cette envie, je l'ai pour eux, parce que nous sommes ensembles. Camélia l'a compris, Camélia le sait. Je n'ai pas réussi à la préserver. Elle a compris ce que pouvait être la nature humaine.

Mais elle voit aussi que je souffre, que j'étouffe. Que je veux respirer même si cet air doit être chargé de Mort et de Cendres. Chaque chose que je le fais, je le fais pour eux et uniquement pour eux. Elle a de la peine. Elle a pitié de moi. Elle veut m'aider. Elle vient de me proposer de garder Edward, m'offrant ainsi un échappatoire pour une heure ou deux. Mais je ne peux pas. Un quart d'heure d'inattention serait nécessaire pour qu'il leur arrive quelque chose. Je ne me le permettrait pas.

"Maman... Tu peux me faire confiance, je suis capable de veiller sur lui et sur moi. Va te balader dans la foret, il y a un sentier aménagé, ca te fera du bien."

Peut être a t-elle raison. Mais ce n'est pas une question de confiance, bien sûr que j'ai confiance en elle, mais... On ne sait jamais ce qui peut se passer en temps de guerre. Rien ni personne ne me séparera d'eux. Pourtant c'est tentant. Combien de temps vais-je encore tenir ? A Louisville je m'autorisais bien des courtes sorties seule, les laissant à Lyra quelques fois ou seuls. Le camp était peut être plus sécurisé que la ville, au fond, même si je n'ai toujours aucune confiance en Raulne.

Je prends mon courage à deux mains, me lève et embrasse ma fille sur le front.

"Je ne serais pas longue. Faites attention. Ne sortez pas et ne laissez entrer personne"

Emmitouflée le mieux que je pouvais je sortis donc et traversais rapidement le camp, ne m'arrêtant pour parler à personne. La foret me semblait une bonne option, comme me l'avait conseillé ma fille. Plongée dans un silence blanc, j'avancais parmi les arbres, pensant à tout et n'importe quoi. Tout sauf au camp. Les moments heureux de ma vie. Les nuits avec Arthur, notre mariage, la naissance de Camélia, puis d'Edward... Il fallait que je me change les idées. Juste une demie-heure, pas plus.
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Ven 25 Avr - 20:26

Everybody's not dead




Mes pas me mènent d’eux même dans la forêt. Cela fait maintenant plusieurs jours que nous avons quitté une Louisville détruite, et je ne sais pas encore ce que je ressens. De la tristesse, peut être. Et de la fatalité. Et une bonne couche de résignation. Lou est morte. Mon pied bute sur une racine et je m’étale par terre. Lou est morte. Il faut bien que je m’y fasse, y songer ne pourra pas la faire revenir et je préfère la penser en vie. Après tout, je n’ai pas vu son corps, je sais simplement qu’elle ne nous a pas suivi hors de la ville détruite. Je me relève, m’époussette, et observe mon jean qui supporte tant bien que mal les multiples chutes que je peux faire. Malgré ma maladresse, j’ai pourtant bien supporté la migration. J’imagine que c’est dû aux nombreux treks que j’ai pu faire ces dernières années. Finalement, trois racines et deux trébuchements plus tard, je m’appuie contre un arbre, et caresse du bout des doigts l’écorce noueuse. Lou me manque horriblement, plus que ce que j’aurai pu penser lorsque j’ai posé les pieds à Louisville, quelques mois plutôt. Une amie d’enfance, un amour naissant, très certainement unilatéral, et maintenant, une solitude atroce qui me pèse. Je ne pensais pas connaître ça un jour, mais j’apprends à présent à vivre avec.

Levant la tête pour étudier l’arbre, je saisis la première branche et m’y hisse à la force des bras. En hauteur, je retrouve une adresse qui me faire défaut dès que mes deux pieds foulent le sol. Accroupi, je me glisse le long de la branche, contourne le tronc, et grimpe un peu plus haut. Puis encore un peu plus haut. Prudemment, je teste toujours la solidité de ce sur quoi je m’appuie avant de relâcher tout mon poids. Finalement, à quelques six mètres, je m’assois sur une branche et me glisse le plus loin possible à distance du tronc et serre les bras contre ma poitrine pour me réchauffer. J’ai l’impression de perdre tout mes repères et de conserver pour autant le Nord. J’ai passé ma soirée, la veille, à me rendre utile là où je peux, quand je peux, et quand les gens veulent de moi. J’aimerai pouvoir aider tout le monde, et je savoure le fait que ma nationalité n’ait plus d’importance dans un contexte aussi effondré que celui qui nous entoure. Mes yeux glissent sur les feuilles absentes de l’arbre, et sur la raideur des branches. La flore est mourante, et après elle, ce sera à la faune d’y passer. Mais je sais que même si l’Humanité semble tout faire pour s’éteindre, il y aura toujours une pousse verte quelque part.

Des bruits de pas dans le sentier me distraient soudain, et je me rends compte que les bruits lointains sont en réalité à la base de l’arbre. Ma surdité me donne l’impression de s’être accentuée, et je m’en aperçois chaque jour un peu plus. Le froid, le bruit des explosions… je frissonne en considérant la femme qui s’approche de mon perchoir, et entame la descente de l’arbre. En quelques mouvements adroits, je m’assoie, manque de déraper et me stabilise sur la dernière branche. Mes jambes s’agitent dans le vide, et mon âme d’enfant regarde la brune s’avancer, se croyant certainement seule. Sauf si je prends en compte le bruit que j’ai du faire et qui m’a échappé. Bien sûr. Je me mordille la lèvre, hésitant à intervenir. Finalement, je dégage l’une de mes mains de la poche ventrale de mon sweat où elle se réchauffait pour la poser sur la carotide, et jauger les vibrations de ma voix et ne pas parler trop fort. « Bonjour ! » lance-je. « Je peux vous aider ? »

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Dim 27 Avr - 10:55

Mes pensées sont bien sombres mais je n'arrive pas à penser à autre chose depuis le début de la guerre. Tout ce qui nous entoure n'est que mort et le passé me fait souffrir. Je n'arrive pas à penser à quelque chose de joyeux mais de toute façon cela n'a pas d'importance. J'avance sur le sentier blanc. Je respire. Je suis tranquille, pour une fois. Je laisse les flocons se mêler à ma chevelure brune. Et je me perds. Je me perds parmi les morts. Je ne les ai même pas comptés, ceux que nous avons perdu ce jour-là et depuis le début. Ceux que je ne reverrais jamais. Il faudrait peut être que je fasse le bilan, peut être cela m'aiderait-il à y voir plus clair. Je ferme les yeux quelques secondes et les visages qui s'imposent à moi sont ceux de mes enfants. Edward et Camélia. Il n'y a qu'eux qui me relient encore à la vie et à l'espoir. A notre passé. Damien et Eva, aussi, même si je ne la connaissais pas vraiment avant. Arthur est mort, j'en suis persuadée. Mes parents aussi, sûrement. Qu'est-ce que ça me fait ? Je ne sais pas. Je n'ai pas mal pour eux, pas plus que pour d'autres. Parce qu'ils m'ont déçu ? On ne pardonne pas aux morts. Et puis il y a tous ces gens que j'ai à peine eu le temps de connaître dans ma vie, les enfants que j'ai pu garder, aussi bien à l'étranger qu'à Paris ou à Louisville. J'en ai connu tellement, des petits. Qui étaient devenus grands, et qui peut être maintenant sont morts. J'en avais même gardé un alors que j'avais quinze ans, au Mexique, je m'en rappelle... Petit sourire triste. Je pense aussi à Benjamin. Je n'ai pas vu son corps mais il ne peut pas être en vie, il ne nous a pas suivi quand nous avons marché jusqu'au camp D57.Des renégats aussi. Catherine, je ne l'ai pas vu. Ambroise non plus, même si je n'avais jamais parlé avec lui. Au moins, Mathie, Lyra, Mickael, moi et les enfants étions toujours là. Ensemble...

La neige crissait sous mes semelles. Il faisait froid mais je ne m'en occupais pas. Combien de temps cela faisait-il que je ne m'étais pas retrouvée seule avec moi même, du temps pour moi, à rien faire ? A Louisville, je sortais, quelquefois. J'allais jusqu'au port par exemple, je m'asseyais sur un banc et je regardais de loin les rares pécheurs se rendre compte qu'il n'y avait plus rien à pêcher. Il n'y avait plus d'espoir, à Louisville. Je me surprends à me dire que c'est une bonne chose qu'elle ait flambé, malgré nos pertes. Au moins ici nous reste t'il un espoir d'avancer. Nous ne sommes plus seuls sous le joug de la brute qu'est Raulne, il y a d'autres militaires, mais aussi d'autres civils qui viennent d'autre part, l'organisation est meilleure, ce foutu Huyges s'est enfin rangé et Mathie a plus ou moins pris les commandes. Je lui fait confiance. Je la connais, je n'ai pas de soucis à me faire. Elle sera toujours là pour moi, pour nous, et moi même je la soutiendrais comme je l'ai déjà fait par le passé. D'ailleurs, je garde toujours précieusement l'arme récupérée dans l'épave du Destroyeur, même si je ne la montre à personne. Seule Camélia et les autres renégats savent que je la possède. Et puis, je ne sait pratiquement pas m'en servir, c'est ce que m'a prouvé mes essais foireux contre les écorcheurs.

Je dérivais ensuite sur d'autres sujets mineurs quand un bruit me tira des mes pensées. Une chute de neige, un mètre devant moi. Je m'approchais et vit un jeune homme, perché dans un arbre. Apparament, il venait de faire une chute mais s'était ratrappé. Il avait l'air assez habile, dans les branches. Tandis que j'arrivais à sa hauteur, je le vis se mordre la lèvre, comme embêté d'avoir été repéré. Je lui offrais un petit sourire doux. Il m'aborda finalement, posant une main sur sa carotide. Ce qui m'intrigua au plus haut point, même si je ne le lui fit pas remarquer. Même en temps de guerre, gardons un peu de tact.

« Bonjour ! Ce ne serait pas plutôt vous qui auriez besoin d'aide ? »

Lui répondis-je d'un ton joyeux, presque comme une plaisanterie, avec un sourire jovial.

« Je ne vous dérange pas, j'espère »
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Mar 29 Avr - 14:20

Everybody's not dead




J’ai bien vu la motte de neige que mon déplacement, pourtant léger, n’a pas manquer de faire chuter de l’arbre. Des flocons voltigent encore autour de moi, me faisant éternuer, tandis que je me stabilise avec adresse sur la branche de l’arbre qui ploie sous mon poids, imperceptiblement. J’aimerais pouvoir me mettre en tee-shirt, jean léger, bleu de travail, et me retrouver à nouveau dans un arbre à élaguer au cœur d’Amsterdam. Ma vie d’avant me manque, alors que je ne m’y attendais pas. Mais bon, ce n’est pas le moment d’y penser, puisque je viens de déranger une personne dans ses pensées. Je ne dirais pas qu’elle semble perdue, et pourtant je m’entends la saluer et lui demander comme par automatisme si je peux l’aider en quoi que ce soit. Sa réponse, accompagnée d’un sourire sympathique qui achève de me mettre en confiance – de toute manière, je ne suis pas du tout d’un naturel méfiant – ne se fait pas attendre. « Bonjour ! Ce ne serait pas plutôt vous qui auriez besoin d'aide ? » Je lui souris à mon tour, un peu gêné d’être pris en flagrant délit de… de quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas vraiment. J’ai perdu un instant l’équilibre, c’est vrai, mais je serai toujours plus habile dans les arbres et accroché aux branches que les deux pieds sur la terre ferme. « Non, c’est bon, ne vous inquiétez pas » lui réponds-je dans un murmure. Dans un mouvement, je descends jusqu’à la dernière branche, m’y suspends et me laisse tomber dans la neige. Dès que mes pieds foulent le sol, je titube et me prends une nouvelle racine, ce qui augure bon pour la suite. « Je ne vous dérange pas, j'espère » me fait-elle. Je rougis automatiquement. « Non, non, ne vous inquiétez pas. » Mes yeux se portent vers la cime de l’arbre, alors que mes doigts frôlent l’écorce du charme. « J’ai la fâcheuse habitude de me perdre dans les arbres et d’oublier qu’en fait, je suis un terrien » fais-je en riant légèrement sans trop savoir pourquoi. Je me cache derrière mes cheveux un peu longs dans un mouvement de tête, avant de me souvenir qu’il faudrait que je ramasse ma casquette qui a roulé dans la neige lorsque j’ai failli chuter. Aussitôt, me voilà qui la récupère et l’enfonce sur mon crâne avec la dextérité de l’habitué. Mes yeux se posent à nouveau sur la femme devant moi, et je me mordille la lèvre, en me demandant pourquoi ses traits me rappellent quelque chose. J’ai voyagé au travers de plus d’une dizaine de pays, rencontré de multiples personnes pendant ces années à l’étranger, mes vacances dans les steppes et la jungle, et ma mémoire a tendance à se mélanger entre tous les visages, accents, timbres et traits qu’elle a pu croiser. Haussant les épaules, comme pour chasser cette impression étrange qui, de toute manière ne changera rien, je lui tends une main amicale pour me présenter. « Je m’appelle Antonin. Antonin Joyer. Vous êtes… » je n’ai pas fini ma phrase que je comprends qu’elle est hors de propos et tout à fait inutile. Je l’achève dans un énième sourire gêné, qui doit clairement lui faire comprendre à quel point je me sais ridicule. « … du coin ? » Je me passe une main nerveuse dans les cheveux, en délogeant ma casquette qui part une deuxième fois dans la neige. Lorsque je veux faire volteface pour la rattraper avant qu’elle ne touche le sol, je parviens sans trop savoir comment à me faire trébucher, et seule l’écorce à proximité sur laquelle s’appuie in extremis ma main m’empêcher d’aller embrasser le sol à la suite de mon précieux couvre-chef. Je sens le besoin de justifier ma maladresse, qui doit frôler à ce niveau le pathologique. « J’imagine que vous comprenez mieux pourquoi je reste dans les arbres. Je suis élagueur, enfin… j’étais… mais je suis aussi effroyablement maladroit. » Mon attitude, penaude, se joint à mes épaules qui s’affaissent de gêne et de malaise face à ce constat. Lou n’est plus là pour rire de mes mouvements maladroits, elle n’est plus là pour soigner mes écorchures et lever les yeux au ciel. J’ai grandi seul, entouré de mes parents et d’amis éphémères, et pourtant, je ne me suis jamais senti aussi seul qu’à cet instant. Je ne sais que dire de plus, aussi me mure-je dans le silence, à regarder avec cet air rêveur et ailleurs qui doit très certainement contribuer à me caractériser, les flocons qui tombent et s’accrochent à ce qu’il reste des feuilles, à ses cheveux et nos vêtements qui commencent à sérieusement s’abîmer.

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Ven 2 Mai - 10:43

Il en fallait peu pour toucher ma fibre maternelle, sans dire que je donnais toujours dans le sentimental. Peut être était-ce dû à ma jeunesse. A la manière dont j'ai été obligée de vivre durant dix-huit ans. Dix huit ans... Dix huit longues annés, comment avais-je fait pour tenir le coup ? Cette question pouvait sembler étrange dans le monde dans lequel nous essayons de survivre aujourd'hui, pourtant, oui, je me demanderais toujours comment j'ai supporté ces jours. Pas une seule racine, jamais aucun pied à terre. Pas d'amis, pas d'amours, pas de vie. Seule la notion de travail me suivait partout où j'allais. Je ne commençais à m'épanouir qu'à l'âge adulte, entre les bras d'Arthur, mon cher et tendre professeur de prépa, qui ne tarda pas à devenir mon époux... Qu'est-ce que j'éprouvais, désormais, en pensant à lui ? Je ne regrettais rien, pas le moins du monde. Il n'avait eu que ce qu'il avait voulu. Non, je ne regrettais pas de lui avoir claqué la porte au nez quand, quelques temps après notre dispute, il avait eu l'audace de se pointer à la maison. A l'heure actuelle, il était certainement à l'état de cendres, de même que mes parents. Une victime de la guerre parmi d'autres, un vestige de mon passé et du passé de mes enfants. Un simple souvenir. Aujourd'hui il y avait encore tant de gens à aimer, rien qu'au camp, pour ne pas aller se lamenter sur un amour déchu bien avant la guerre.

Le jeune homme en face avait l'air assez embêté, aussi il me semblait normal de le mettre à l'aise. Je ne mange personne, je ne suis qu'une gentille mère au foyer qui ne sort les crocs que poir défendre sa progéniture. Au fond, même si il venait de me couper dans le fil de mes pensées, cela ne me dérangeait pas vraiment, non. Si je pouvais avoir une discution amicale avec un inconnu, c'est le moyen parfait pour me changer les idées.

Il descendis de l'arbre assez rapidement et avec une agilité qui reflétait l'expérience. Il rougit avant de se prendre une racine. J'avais envie de l'aider mais il ne m'en laissait pas le temps. Je lui souris, amusée.

"Mais vous avez l'air de vous débrouiller parfaitement dans les arbres. Vous faisiez quoi avant... Avant tout ça ?"

Je l'observais, sans vraiment le dévisager -cela ne le mettrait que plus mal à l'aise. Il me faisait penser à certains des gamins que j'avais connu, Benjamin, ou même des adutles, Arthur, ici, au camp. Pour avoir touché ma fibre maternelle, il l'avait fait, et en très peu de temps. Ses gestes maladroits, ses longs cheveux et ses joues rougissantes. Je le vis se mordiller la lèvre puis hausser les épaules avant de me tendre la main pour se présenter.


Ce fut à mon tour de me mordre la lèvre.


Antonin Joyer. Ce nom me disait affreusement quelque chose. Mais quoi ? J'avais rencontré tellement de gens pendant ma jeunesse, à travers tant de pays, aux quatre coins de la terre. Et où ai-je pu rencontrer un Antonin Joyer ? Tandis que je fouillais dans ma mémoire, je lui serre la main et esquisse un autre demi-sourire à la fin de sa phrase. Du coin ?

"Je... Votre nom me dit quelque chose mais... Je n'arrive pas à me rappeler quoi, je... Ce n'est peut être qu'une impression..."

Je suis tout autant ridicule que lui, à cet instant.

"Isabella Bellanger, enchantée, Antonin."

Une main dans ses cheveux envoie une fois de plus sa casquette sur la neige. Il trébuche. Réflexe : je me précipite pour l'aider à se relever. Est-ce moi qui le met dans cet état ? Ses paroles suivantes me font penser que non. Je me sens génée pour lui... Ah, je suis trop émotionelle, malgré mon calme légendaire.

"Ne vous inquiétez pas... Ca arrive à tout le monde d'être maladroit, surtout maintenant où... Tout va mal..."

Je ne sais pas trop quoi lui dire pour le rassurer.

"Vous viviez où ?" Lançais-je avant d'ajouter, d'un ton maladroit "oh, heu, désolé, vous n'avez peut être pas envie d'évoquer ça..."
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Dim 4 Mai - 20:58

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La neige, ou plutôt la cendre, tombe sans discontinuer et s’accroche dans mes cheveux châtains. Je me demande pourquoi j’y fais attention alors que je viens de faire une nouvelle fois preuve de l’incomparable maladresse dont je suis le plus souvent possesseur en prenant mon pied dans une racine, et manquant de ce fait d’embrasser le sol. Je m’empresse de la rassurer ou plutôt de lui expliquer ma présence, mon embarras, et sa réponse me fait rougir sans que je ne sache réellement pourquoi. "Mais vous avez l'air de vous débrouiller parfaitement dans les arbres. Vous faisiez quoi avant... Avant tout ça ?" Mes doigts s’emmêlent dans mes cheveux, alors que mes oreilles tentent de percevoir le son de sa voix. Je me concentre sur ses lèvres pour lire les mots qui m’échappent à moitié, me laissant aussi guider par son intonation pour saisir la teneur de ses propos mais je me déconcentre facilement, n’étant plus habitué à cet exercice. Je me mordille donc la lèvre, hésitant quant à la conduite à tenir, et finis par lui tendre la main pour me présenter et affirmer clairement que je viens d’un monde différent du reste de la population humaine, en m’emmêlant les pinceaux alors que je tente simplement de rattraper ma casquette, délogée de ma tête par mes doigts nerveux qui ne peuvent s’empêcher de m’ébouriffer de gêne. Vous êtes du coin question ridicule. Personne ne doit être du coin, nous sommes tous des réfugiés, nous sommes tous des exilés, et ce simple fait nous rapproche. Je la vois hésiter à son tour, et mon sourire s’inquiète. Ai-je fait une erreur quelque part ? Aurais-je du ne pas lui tendre une main amicale ? Sa poignée de main en réponse fait s’évaporer ce point mais je ne cesse pour autant d’angoisser quant à ses pensées possibles. "Je... Votre nom me dit quelque chose mais... Je n'arrive pas à me rappeler quoi, je... Ce n'est peut être qu'une impression..." Mes lèvres s’arrondissent dans un o étonné. Formulé. Articulé. Emis. « Oh ? » Je cherche dans ma mémoire d’où je pourrais la connaître et rougis en ne trouvant aucune réponse à cette question sans forme. "Isabella Bellanger, enchantée, Antonin." Un sourire trace aussitôt un chemin sur mes lèvres et je m’enthousiasme tellement face à cette révélation que la racine qui s’était déjà attaquée à mon équilibre un peu plus tôt récidive et manque d’atteindre son but de la manière la plus sournoise possible. Je la vois se précipiter à mon aide, pour m’aider à me relever. Je me confonds aussitôt en excuses et remerciement en espagnol, la langue qui m’est la plus naturelle dans ce genre de situation. J’époussette ma casquette et mes habits en me remettant debout m’excusant dans un sourire contrit, en français cette fois. « Oh, lo siento. Gracias; Estoy muy torpe. » Je suis désolé. Merci ; je suis très maladroit... que des vérités en ce qui me concerne, ma maladresse commence à me peser sans Lou pour s’occuper de moi, comme d’un petit frère. "Ne vous inquiétez pas... Ca arrive à tout le monde d'être maladroit, surtout maintenant où... Tout va mal..." Cette fois, j’ai réussi à presque tout suivre, sûrement vu le silence et mon attention, toute consacrée à elle cette fois. Ma patience et ma capacité de concentration, dans certains cas, m’ont toujours permis de surmonter clairement ma surdité partiellement, et je sens que ça va être un atout pour moi, pour les jours, les semaines mêmes, à venir. Surtout si je ne me trompe pas et qu’en effet, elle s’est accentuée avec toutes les explosions et le froid. « Vous viviez où ? Oh, heu, désolé, vous n'avez peut être pas envie d'évoquer ça… » Je balaye d’un sourire son hésitation, articulant avec un soin « Oh, ne vous inquiétez pas, ça ne me dérange pas. » Je me souviens alors de mon sourire tout à l’heure à son prénom, et j’embraye spontanément sur le sujet. « Bellanger, Isabella Bellanger vous avez dit ? » Peu de personnes ont rompu la solitude dans laquelle les fréquents déménagements à travers le monde que m’ont imposé mes parents pendant toute mon enfance, et il faut que je tombe par hasard sur elle. Je me souviens très bien de la jeune fille qui m’avait gardé. C’est elle qui a fait remarquer la première à mes parents que je ne semblais pas entendre très bien. Enfin… si je ne me trompe pas. Mais je suis bien trop optimiste pour considérer bien longtemps l’hypothèse de l’erreur. « Tu m’as gardé au Mexique, non ? Je suis le fils de James et Sophia Joyer. » Je deviens pivoine et ma voix passe du statut d’inarticulée à inaudible en une fraction de seconde lorsque je marmonne un « Je suis à moitié sourd, je ne sais pas si tu te rappelles ». Avant d’enchaîner le plus naturellement du monde, ou presque, toujours souriant mais écarlate. « Estoy tan contento de encontrar una cara conocida. Los dos últimos que he encontrado en Louisville están muertos, así que me sentía un poco solo, pero ... » Les visages d’Arthur et de Louise me frappent aussitôt avec force, faisant disparaître mon sourire qui n’est à présent plus qu’un fantôme errant à la recherche de ceux qui étaient mes protecteurs contre la violence du monde. Je suis tellement heureux de trouver un visage familier. Les deux derniers que j'ai retrouvés à Louisville sont morts, je sens un peu seul, mais… Mais quoi… voilà qui est une bonne question. « Comme quoi, il ne faut jamais oublier que le meilleur est toujours à venir, non ? » Est-ce trahir la mémoire de Louise et d’Arthur que de dire ça ? J’en doute. Louise était mon ange gardien. Louise a toujours été celle qui me défendait, qui était là pour me protéger des autres et de moi-même. Quant à Arthur… voilà lui aussi un ange gardien qui a pu veiller sur moi. Avec un regard d’adulte cette fois, comme une figure paternelle. Je ne sais pas trop comment considérer Isabella dans tout ça. Une amie ? Je n’ai que peu de souvenir d’elle. Une figure maternelle ? Pas vraiment. Quelqu’un qui a été à mon écoute, très certainement. Je répète dans mes pensées : « On ne peut jamais prédire ce dont sera fait l’avenir, vraiment. Je ne pensais pas te revoir, et surtout dans ces… circonstances. »

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Ven 9 Mai - 16:49

Je ne pouvais m'empêcher de dévisager le jeune homme qui me faisait face. Son air me rappelait affreusement quelque chose, quelqu'un, mais je n'arrivais pas à mettre un nom ou même une situation sur cette impression. Peut être d'ailleurs me faisais-je des idées pour rien. C'était fort possible, après tout, combien de chances y avait-il pour que je le connaisse ? Elles étaient infimes, quasi-inexistantes. Mais la sensation était tellement étrange que je ne faisais plus attention à la neige, autour de nous, aux cendres et à mes vêtements qui commençaient à s'abimer. Quant au froid qui s'infiltrait partout dans mon corps, fissurait mes os, je l'avais accepté depuis bien longtemps. Tout ce que je trouve à faire, c'est de me contenter de le regarder se prendre les pieds dans les racines, essayant vainement de le remettre sur pied, et surtout, à l'aise. Peine perdue, on dirait bien. Mais je ne baisse pas les bras, pour une fois que... Que j'arrive à me sortir de l'enfer pour quelques instants. C'est vrai, je me sens plutôt bien. Bien est un grand mot, certes, mais on n'en n'est pas loin. Je me sens isolée, loin de tous les problèmes et de tout le stress non-interrompu depuis que les villes sont tombés, depuis Septembre. J'ai l'impression de pouvoir enfin respirer. Et voilà que ce jeune homme me tombe dessus... Ce que nous nous disons peut sembler étrange, comme si nous étions hors du temps. Si je suis du coin ? Non, je ne le trouve pas vraiment... ridicule. Je n'éprouve pas vraiment de la pitié, non plus. Juste, juste de l'amusement, rien de mesquin, sinon de l'attachement naissant et une envie d'en savoir plus sur lui. De l'aider. Car à coup sûr, ce jeune homme a besoin de quelqu'un. Un peu... Un peu comme Arthur. Oh, il est peut être trop tôt pour faire le rapprochement entre les deux jeunes hommes, mais c'est approximativement ce que je ressens pour Arthur qui est en train de naître en moi pour... Antonin ? Ce nom me dit quelque chose.

A mon nom, un large sourire fend son visage. Alors... ? Il me connait ? On se connait ? On dirait, et il se prend une nouvelle racine tellement il a l'air enthousiaste. Moi, je reste assez perplexe. Il me remercie de l'aider ; je me rends à peine compte que ses mots sont espagnols... Et lui réponds moi aussi dans cette langue.

« No hay preocupaciones... »

Articulais-je à mi-voix. Tant de langues que je connaissais sur le bout des doigts... Mais depuis combien de temps n'avais-je pas parlé autre chose que le français ? Depuis que j'avais quitté le consulat Espagnol pour lequel j'avais travaillé deux longues années, avant... Avant de me rendre compte que ce n'était pas ce que je voulais faire de ma vie, avant que mon amour ne m'emporte. Mais les langues étrangères étaient toujours aussi naturelles pour moi. Il y a certaines choses que le temps n'efface pas. Et... Qui avais-je connu qui parlait espagnol ? Quelqu'un du consulat ? Non, il était trop jeune pour avoir travaillé là-bas en même temps que moi. Alors, quelqu'un que j'avais rencontré en Espagne ? Ou... Au Mexique ? Je lui souris, tout en fouillant dans ma mémoire... Mais il me donna lui même la réponse. Les souvenirs commencèrent à revenir, et mon sourire s'accentua, se transforma bientôt en un éclat de rire.

« Antonin ? Oh c'est toi... Mon dieu, comment avais-je pu oublier ? Oh, je... Ce que tu as grandi ! »

Soudain je me sentais confuse. Bien sûr qu'il avait grandi, il n'avait plus quatre ans ! Mais c'est sous l'émotion, j'ai sorti les seuls mots qui me passaient par la tête... Et je suis heureuse de le revoir, de savoir qu'il est en vie et qu'il va bien. Est-ce que je pensais un jour revoir ce gamin ? Non, vraiment, et pourtant le hasard m'offrait cette chance, ce souvenir de mon passé, d'instants heureux. J'avais bien fait de sortir en forêt. Il murmura ensuite qu'il était à moitié sourd. Oui, je me rappellais, maintenant. Et il embraya en espagnol, et moi, comme toujours, je répondais dans la langue avec laquelle on me parlait. Vieux réflexes que je pensais rouillés, avec le temps.

“Oh, usted estaba en Louisville ... Usted vivió allí? Yo nunca te he cruzado, pero es así que nos encontramos aquí. Has sobrevivido, es una locura ... Estoy feliz de verte.”

Ainsi il avait été là-bas... Et je en l'y avais jamais vu. Il avait perdu des proches... Plus que moi. J'espérais que néanmoins, il arrivait à trouver la force de résister au désespoir. Ce que moi, je trouvais en mes enfants. Mais s'ils venaient à mourir, que me resterait-il ?

“Je l'espère...”

Murmurais-je, plus pour moi que pour lui.

“Moi non plus, je en pensais vraiment pas te revoir. Tu as quel âge maintenant ? Même mes enfants sont plus grand que quand je t'avais connu. Tu as tellement changé Antonin...”

Oui, je me répétais beaucoup.
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Mar 13 Mai - 20:15

Everybody's not dead




De tous les pays que j’ai pu visiter, ce sont sans nul doute les deux d’Amérique Latine qui m’ont le plus marqué. Le Mexique, malgré mon jeune âge à l’époque, parce que c’est à cette occasion que nous avons découvert le caractère partiel de mon ouïe, et parce que c’est au contact de ses habitants que j’ai appris à parler naturellement l’espagnol en troisième langue ; et le Brésil, réceptacle de trop de mauvais souvenirs à mon goût. Si je ne suis pas du genre à faire des cauchemars ou à me soucier réellement de ce qui fut et qui sera, mes années au Brésil m’ont fait frissonner de terreur pendant les premières nuits à Louisville, et ce doit être parce contre coup de terreur que j’ai pu si facilement faire confiance et tout confier ce que j’étais à l’époque à Louise, ma voisine – ou presque. Louise. Je ferme les yeux et secoue légèrement la tête pour chasser la solitude qui me taraude. Elle ne m’a jamais poursuivi à ce point, pourtant, dans mes années d’enfance et d‘errance partout sur le globe. La solitude… loin de me peser, je la recueillais au creux de mes mains, la saluant à chaque départ comme une vieille amie que je retrouvais. Je la réconfortais, cette solitude, je la réchauffais en mon for intérieur, en savourant le contact du sol sur lequel je posais le pied, en sentant dans la paume de mes mains les arbres centenaires que je ne manquais jamais de croiser. J’inspire lentement sous ces souvenirs, alors que je reconnais Isabella. Mexique. Baby-sitter. Amie, peut être, si on oublie la quinzaine d’année qui nous séparait à l’époque. Et qui doit d’ailleurs toujours nous séparer. « Antonin ? Oh c'est toi... Mon dieu, comment avais-je pu oublier ? Oh, je... Ce que tu as grandi ! » Son sourire se mue en éclat de rire, et je me sens bien soulagé de voir qu’elle se souvient de moi et que je ne me suis pas trompé. Oui, j’ai grandi, voilà qui est certain. « Quelques années se sont écoulées depuis, oui… » voilà que je m’entends murmure, avant de rappeler à son souvenir mon ouïe déficiente, qu’elle avait pu signaler à mes parents. James et Sophia Joyer. Aussi terre à terre que je peux l’être, malgré leur métier de géologues. Mes parents… à cette simple pensée, mes songes repartirent immanquablement vers Louisville et Louise. Ecarlate, je m’entends enchaîner dans un espagnol qui me vient tout seul, comme toujours lorsque je parle dans l’une des trois langues que je maîtrise à la perfection par la force des choses. Si je suis heureux de la voir ? Ô combien sa présence me fait du bien. Je pense à Arthur, je pense à Louise, et moi voilà qui m’envole dans le ciel porté par mes souvenirs et les traits de mes parents, de toutes les personnes que j’ai pu connaître. Si la réalité de la guerre et de la mort a mis du temps à s’imposer à moi, c’est la mort de Louise, de sa mère et d’Arthur qui m’en a fait le plus prendre conscience. Qui m’a fait me rendre compte assez violemment que mes parents sont morts. Je me demande s’ils me voient d’où ils sont et s’ils sont fiers de leur fils, me raccrochant à cette pensée pour survoler le bois et me poser aux côtés d’Isabella, qui me répond en espagnol. “Oh, usted estaba en Louisville ... Usted vivió allí? Yo nunca te he cruzado, pero es así que nos encontramos aquí. Has sobrevivido, es una locura ... Estoy feliz de verte.” Qu’il est bon d’entendre une langue autre que le français. J’ignorais que le fait de vivre dans un pays étranger me manquerait à ce point… je sais très bien que j’aurai du m’y attendre pourtant. « Estoy feliz de verte usted aquí tambien ! » lui assure-je juste avant de lui faire remarquer à quel point le future ne peut être prévisible, et comme quoi le meilleur est toujours à venir. Je suis très certainement orphelin, comme la plupart d’entre nous ; j’ai perdu ma meilleure amie, mes plus proches soudain, et pourtant je reste convaincu, fermement convaincu, inébranlable dans mes certitudes, que le meilleur est à venir, et que si pire se passe, alors l’aube se lèvera derrière. Inévitablement. “Je l'espère...” Je lis son murmure sur ses lèvres, et ce simple mot volète sous mes yeux, conscient que je ne peux l’entendre. Compatissant très certainement, pour se faire aussi audible par mes prunelles claires comme le ciel d’Islande. Mais la voilà qui reprend, et je me concentre pour ne rien perdre de ce qu’elle dit. “Moi non plus, je en pensais vraiment pas te revoir. Tu as quel âge maintenant ? Même mes enfants sont plus grands que quand je t'avais connu. Tu as tellement changé Antonin...” Ses enfants ? Mes yeux s’écarquillent de surprise, de joie aussi. Des enfants, oui, bien sûr. Je ne sais que répondre à cela, et j’imagine Louise me conseiller de répondre aux questions de la mère de famille plutôt que de m’attarder sur le silence joyeux que je compte lui offrir. « Quel âge ? J’ai eu… » Je fronce les sourcils. « j’ai eu vingt cinq ans en août. Tu as des enfants alors ? C’est merveilleux tout ça ! Comment s’appellent-ils, tu me les présenteras ? » Je me mordille la lèvre, cherchant à rattraper les mots qui viennent de m‘échapper. Antonin ! Ce n’est pas parce que tu as une curieuse façon de faire face à la disparition de Louise que tu dois parler aussi légèrement de potentiels disparus, tu sais ? Je frissonne. Avant de chercher à me rattraper. « J’espère qu’ils sont toujours en vie. » dans un sourire crispé et gêné. J’ai brutalement envie de m’enterrer, ou plus simplement de grimper au sommet de l’arbre pour écouter le murmure du vent. Lui au moins, je l’entends et je le comprends. Et nul besoin de parler pour qu’à mon tour, je puisse communiquer avec lui. Je ne sais que lui dire. J’ai peur d’entendre sa réponse, je cherche sans trouver et me contente finalement d’un « Yo soy un caso perdido, lo siento. » que mes oreilles n’entendent pas. Je me laisse, pour parler, guider par les vibrations de mes plis vocaux. Je suis une cause désespérée, je suis désolé… Je me mordille la lèvre derechef. « Oui, j’étais à Louisville. Mes pas m’y ont mené, et comme j’ai retrouvé une amie, j’y suis resté. Jusqu’à… tu y étais donc aussi ? Une chance, que l’on se retrouve dans tout ce… » Le mot que je cherche m’échappe. Je me rabats sur celui qui me semble le plus adéquat, tout en sachant qu’il est loin de l’être. « capharnaüm ? »

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Mer 21 Mai - 16:08

Les souvenirs remontaient soudain à une allure folle à la surface de ma mémoire. Le mexique. Mon père envoyé en « mission spéciale » en amérique, sous le regard admiratif de ma mère. Nous n'y étions par restés très longtemps, mais c'était bien assez pour que ce pays me marque. Déjà parce que il s'agissait de l'une des rares fois où nous quittions l'Europe, et puis parce que j'étais en pleine adolescence. Quinze ou seize ans, à tout casser. Et à cet âge là, je commençais véritablement à manifester mon ras-le-bol. Mes notes comme toujours exellentes, et moi je ne rêvais que de décrocher enfin ce satané baccalauréat pour enfin me poser quelque part. Avoir une maison. Quelque chose qui ne bouge pas, autre que le travail. Ma solitude m'avait toujours pesé, mais à l'adolescence tout avait été multiplié par dix. Je voulais prendre les choses en main, ou du moins je ne voulais plus me laisser entrainer partout. Des attaches, des amis... Tout ce que je n'avais jamais connu. Etait-ce pour cela qu'au mexique j'avais gardé un enfant ? Pour m'attacher à quelqu'un ? Peut être, même si je ne pense pas que cela soit la principale raison. Quoi qu'il en soit, c'est à cette époque là que j'avais découvert les merveilles des enfants, mon attirance pour eux. Grâce à... Grâce à Antonin. Bizzare, formulé ainsi, pourtant il s'agissait bien de la vérité. Avoir un enfant était un synonyme de ce que je n'avais jamais eu. Des liens. Est-ce que, il y a plus de vingt ans, de l'autre côté de l'atlantique, je m'étais imaginé que je verrais à nouveau ce petit garçon, désormais adulte ? Peut être en avais-je rêvé. Mais en tout cas, pas dans ces conditions.

Ce que tu as grandi. J'étais bête. Bien sûr qu'il avait grandi. Des années, des décénies... Le temps passait vite, au final. Quoi que. Non. Le temps passait vite, avant, mais depuis que les bombes ont commencé à tomber, les minutes sont égales à des jours. Tous les petits soucis du quotidien, on les regrettait bien, maintenant, à voir nos villes à feu et à sang, à patauger dans la neige crasseuse pour survivre... Le passé devenait une utopie. Mais les gens, eux, grandissaient toujours. Voir Antonin en vie, se tenir devant moi me comblait de joie. Si en partant de la tente j'avais pensé faire une telle rencontre... Comme quoi, la guerre ne pourra jamais tuer l'amour. L'amour fraternel, l'amour fillial. Je n'avais pas cotoyé Antonin pendant très longtemps, moins d'une année, même, pourtant je me sentais attachée à lui. Etait-ce parce qu'il était un vestige du passé ? Pas seulement, non. Il me touchait réellement, de part ses problèmes d'ouïe, par exemple. Maintenant que je l'avais retrouvé, je me sentais quelque peu obligée de veiller sur lui, comme une grande sœur. Je le ferais avec plaisir, comme je le fais avec Lyra depuis longtemps, ou avec le jeune Arthur récamment.

J'évocquais de manière assez anodine mes enfants, et la surprise se lut sur son visage. Le mien s'empourpra légèrement, de fait. Avoir des enfants me semblait tellement évidant... Il ne pouvait pas en être autrement. Sans mes enfants, je n'étais rien. Sans Cam et Ed, j'aurais sûrement baissé les bras depuis bien longtemps. Parce que l'avenir de ce monde, c'était eux, ma progéniture, Antonin, Lyra... Pas moi, qui suis presque quadra. Je veux tout leur donner, je veux leur donner toutes les clées pour réussir, pour survivre et pour qu'ils survivent à cet enfer, dans un monde meilleur qu'ils pourront rebâtir eux mêmes. Et ça passe par l'éducation, bien sûr, d'où mon idée de donner des cours aux gamins volontaires du camp. Antonin répondit à ma question sur son âge. 25 ans. Ah oui, quand même... J'étais à la ramsse. On était désormais loin du petit de quatre ans au mexique. Comme d'habitude, je ne voyais pas les gens grandir. Lyra devait en être le meilleur exemple ; il avait fallu une apocalypse pour que je me rende compte qu'elle approchait à grand pas de l'âge adulte.

« Bien sûr ! je... Tu as déjà vingt-cinq ans ! J'ai deux enfants. Il y a Edward et Camélia, ils ont neuf et douze ans... Ils sont au camp, en ce moment. S'ils n'avaient pas été là, je n'aurais pas tenu le coup de ces derniers mois. »

J'éclatais ensuite de rire, l'un des rares depuis septembre.

« Aucune cause n'est désespérée, tu sais ! »

Je ne me savais pas à un tel point optimiste. Et dans un autre temps, c'était peut être vrai. Après tout, le revoir ici en vie ne confirmait pas ce que je venais de dire ?

« Capharnaüm, c'est le cas de le dire. Oui, j'ai... on a emménagé là bas avec mon mari, quelques années avant la naissance de la première... Puis on a divorcé, mais je suis resté là, parce que mes enfants s'y plaisaient, puis je m'étais faite des amis. Et ton amie, elle va... »

Je me pinçais la lèvre, soudain mal à l'aise. J'avais commencé ma phrase, il fallait bien que je la finisse.

« Elle... est toujours là, j'espère. »
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Sam 14 Juin - 20:30

Everybody's not dead




Je suis définitivement un cas désespéré. Je le sais, je m’en désole, je m’en accommode, mais plus que tout, Louise me manque. Je ne la pleure pas, parce que j’accepte sa disparition tout comme j’accepte le monde dtruit et renaissant, la méfiance des autres êtres humains et leur bonté naturelle, mais elle ne me manque pas moins. Et j’en prends conscience à chaque minute un peu plus depuis que j’ai reconnu en cette mère de famille la jeune fille qui me gardait. Louise me manque. D’une force inimaginable. Chaque respiration se fait soudain plus laborieuse, lorsque je m’exclame de la joie que j’éprouve en retrouvant un visage connu, lorsque j’apprends qu’elle a des enfants, lorsque je prends conscience qu’ils sont peut être partis tout comme Louise. Sa réponse me fait respirer un peu plus facilement. Ils sont deux, ils sont au camp, ils sont jeunes et je les imagine sans difficulté être merveilleux. « Bien sûr ! je... Tu as déjà vingt-cinq ans ! J'ai deux enfants. Il y a Edward et Camélia, ils ont neuf et douze ans... Ils sont au camp, en ce moment. S'ils n'avaient pas été là, je n'aurais pas tenu le coup de ces derniers mois. » Je suis un cas désespéré, ma maladresse en est une preuve, et je m’en désole un petit peu. Elle, pourtant, éclate de rire. Comme si ce n’est pas grave, comme si ce n’est qu’un détail ; et ça l’est, assurément. « Aucune cause n'est désespérée, tu sais ! » Je souris à mon tour, riant légèrement, une main nerveuse s’emmêlant dans ma manche. « Je suis peut être l’exception ! » Je n’y crois pas vraiment. Il n’y a jamais d’exception pour ce genre de chose, puisque personne n’est tout à fait perdu. Tout le monde peut être tiré vers le haut, tout le monde a en lui la graine de la grandeur et de la joie de vivre. J’ai une confiance inébranlable en l’Humanité, malgré les désastres et l’absence de Louise qui est si présente en ce moment. D’ailleurs, cette foi apparentable à de l’optimisme transparait à nouveau, lorsque je répète à quel point nos retrouvailles sont inattendues et miraculeuse. Sa répons sonne sur le même temps, malgré l’annonce de son divorce qui m’attriste quelque peu. C’est toujours triste de voir qu’un couple qui pouvait s’aimer au point d’avoir un enfant ensemble se sépare de cette manière. « Capharnaüm, c'est le cas de le dire. Oui, j'ai... on a emménagé là bas avec mon mari, quelques années avant la naissance de la première... Puis on a divorcé, mais je suis resté là, parce que mes enfants s'y plaisaient, puis je m'étais faite des amis. Et ton amie, elle va... »

Aussitôt, je sens mes yeux se voiler. Louise. Je baisse la tête, contemple mes chaussures de marche, me mordille la lèvre. Louise. Isabella doit sentir, voir, comprendre mon malaise. « Elle... est toujours là, j'espère. » Je ne sais pas quoi répondre, sentant le coin de mes paupières s’humidifier légèrement. Que répondre ? La vérité. Pourquoi voudrais-je répondre autre chose ? Je ne peux changer ce qui est. Je ne peux que prendre sur moi, et vivre sans celle qui me guidait. Sans Louise, retrouvée depuis si peu de temps, aimée avec cette innocence et cette candeur enfantine qui me caractérise. Respectée, appréciée. J’inspire, en m’appuyant contre le tronc d’arbre dont la présence me rassure plus que tout. « Elle me manque. » A un point… je ne comprends pas comment je ne l’ai pas vu avant. « Comme beaucoup d’autres personnes manquent à ceux du camp, j’imagine. » Je n’aime pas centrer l’attention sur moi, c’est un réflexe de m’inclure dans un tout, de me fondre dans la masse, de me faire oublier. Mes yeux se perdent dans les feuilles mortes tachées de neige, maculées de cendres, alors que je hausse les épaules en respirant posément. « Elle me manque tellement. » Je n’ai pas les épaules pour faire face au monde, seul. Je n’ai pas les épaules pour grandir si brutalement, ouvrir si violemment les yeux sur la noirceur des hommes. Je n’ai pas les épaules pour supporter la chute de mes illusions, alors même que je doute les quitter un jour. Je n’ai rien de tout cela, mais je ne peux pas me permettre, dans un sens, de m’apitoyer. Ca ne me ressemble pas. Il y a trop à donner aux autres pour se permettre de tout garder pour soi ; telle est du moins ma conviction. Et d’ailleurs, en parlant de donner… je me redresse un peu, haussant à nouveau les épaules. « Mais bon, je ne suis pas le seul dans ce cas là, j’imagine. » Petit mordillement de lèvres. « Tu me présenteras Edward et Camélia ? » Il faut les préserver. Les protéger. Ils sont notre avenir, après tout. D’ailleurs… je fronce légèrement les sourcils, dans cette moue qui est mienne de celui qui va poser une question dont il n’est pas certain de l’utilité. « Et… euh… vous… vous ne manquez de rien j’espère ? »

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Lun 23 Juin - 15:14

[HJ] J'ai fait mieux, mais là je crève de chaud et je sais même pas si mes phrases ont du sens >< Bref, j'espère que ça t'ira

Tout n'est pas perdu. Le monde n'est pas totalement détruit. J'ai toujours réussi à garder espoir, malgré ce qui a pu nous arriver, malgré les morts et les attaques, malgré toutes ces démonstrations de l'horreur de la nature humaine, je n'ai jamais réussi à me décourager jusqu'au bout. Et comme quoi, il ne le fallait pas. Même dans un monde normal, même dans le monde comme il était avant, ce genre de coïncidence, de retrouvailles inattendues était chose exceptionelle. Alors si ça peut arriver maintenant, dans cet enfer, dans ce monde de cendre et de mort, c'est que tout n'est pas perdu. La maladresse du jeune homme me fait rire, je vois en lui le petit garçon auquel je m'étais attachée il y a si longtemps, le tout premier avec lequel j'ai tissé des liens alors qu'il n'avait que quatre ans. On dirait que la guerre ne l'a pas changé. Ce ne peut être totalement vrai, car ce genre d'épisode change chacun d'entre nous, même moi, quand bien même je ne m'en rends pas compte. J'ai pris conscience que je serais capable de tuer, de massacrer pour sauver ma peau et celle de mes petits. Et pourtant, ce n'est pas parce que me sens capable de tuer que je me considère comme un monstre, chose que j'aurai pensé avant. Quand à lui, sa maladresse légendaire me fait rire, car elle dégage une certaine innocence dans un monde où désormais la cruauté règne. Elle me rappelle les gestes d'Edward, en qui brûle toujours cette flamme magique qu'est celle de l'enfance, pure et insouciante. Insouciant, Antonin ne doit pas l'être du tout. Il a vingt ans, il sait dans quel monde on vit. Pas Edward. Je veux continuer à l'entendre rire et jouer, je veux le voir grandir encore un peu comme si... comme si de rien n'était. J'ai déjà perdu la jeunesse de ma fille, je ne perdrais pas celle de mon fils. Un cas désespéré ?

« Les cas désespérés, ce sont ces malades qui ont rasé ce monde avec leurs bombes. »

Je m'accorde une petite réflexion philosophique, ne sachant pas si il rebondira dessus ou pas. Peut importe en fait, je suis tellement heureuse de revoir l'un des rares vestiges heureux de mon passé... Que je ne dis que des imbécilités. Isa la gaffeuse, je ne connaissais pas ce côté de ma personnalité, mais soit. Mettons ça sur le compte de l'émotion. J'aurai du me taire. Pourquoi je lui parle de son amie ? Alors qu'elle est peut être morte, alors que c'est peut être la dernière chose dont il a envie de parler ? Pourquoi je lui déballe ma vie, mon mariage et mon divorce ? Qu'est-ce qu'il en a à faire ? Enfin le pire, c'est vraiment ma réflexion sur cette amie dont il me disait avoir retrouvé la trace à Louisville. Et en effet, comme si ça suffisait pas, le jeune homme enfonce bien le couteau dans la plaie en me montrant à quel point le sujet est délicat et douloureux. Je me mords la lèvre, mal à l'aise moi aussi, hésitant à m'excuser et à partir sur un autre sujet... Mais je le sens fermé, mieux vaut ne pas le déranger et le laisser réagir comme il le sentira. Cependant, quand il lâche qu'elle lui manque, je ne puis retenir un petit :

« Désolé Antonin, je... »

Tais toi Isa, n'en rajoute pas, tu as déjà assez dit d'imbécilités pour le moment. Je me mords à nouveau la lèvre, retenant une forte envie de le prendre dans mes bras ou du moins de lui passer un bras autour des épaules, comme je le ferais sûrement avec mes enfants ou avec Lyra, dans pareille situation. Peut être qu'il n'apprécie pas le contact physique, en tout cas je n'ai pas envie de le mettre plus mal à l'aise qu'il ne l'ai déjà.

« On a tous perdu quelqu'un, oui, mais cela ne rend malheureusement pas la peine plus supportable. Je... désolé d'avoir abordé le sujet, je n'ai pas... réfléchi. »

Tellement heureuse de le retrouver que je n'ai pas pesé mes mots. Gros manque de tact, Isa. Et ce que je venais de lui dire n'allait pas forcément le réconforter, alors que c'est ce que je souhaite. Vraiment, je fais n'importe quoi. Bien sûr que tout le monde a perdu un être cher, mais personnellement je m'estime heureuse. Mathilda et Lyra sont encore là, mon cousin aussi et surtout mes enfants. D'ailleurs, Antonin rebondit sur eux. Changer de sujet. Oui, bonne idée.

« Oui, bien sûr ! Ils seront ravis de te connaître ! On peut même y aller tout de suite, si tu n'as pas d'autres obligations »

Oui, je pense que ça ferait aussi du bien aux petits de voir quelqu'un d'autre, quelqu'un qu'ils ne connaissent pas mais en qui j'ai confiance. Et moi, ça me ferai immensément plaisir aussi de « l'intégrer » un petit peu dans la famille, ou du moins de se lier. Si il a perdu son amie, il doit se sentir si seul... Je hausse les épaules alors qu'il me demande si on ne manque de rien.

« Ca va, on se débrouille. J'essaye de me sacrifier un maximum et d'avoir des biens supplémentaires pour eux sans non plus pillier chez les autres. C'est pas toujours facile, ça l'est pour personne mais pour l'instant je m'estime satisfaite. C'est sur la durée que les choses m'inquiètent pour ce camp. »

Ma peau blanchâtre colle à mes os, mais oui, je m'estime satisfaite.
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Mar 1 Juil - 17:25

Everybody's not dead




Lou. Louise. Louisville. La douleur est présente, la douleur me sidère et m’étouffe. Jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à la question innocente d’Isabella sur Louise, je ne l’avais pas regardée en face, et ça fait mal de fixer à lumière du soleil sans ciller. J’essaye de regretter, mais je n’y arrive pas. Si je suis toujours sur le fil du remords quant aux conséquences de mes actions sur les autres, dans la peur de blesser, vexer, faire souffrir, ce n’est pas du tout le cas lorsque mes actions ne concernent que moi. Dans ces cas, je me contente de les enjamber, assimiler, et de passer outre pour aller de l’avant. Un fonctionnement simple, comme mon cerveau et mes réflexions habituelles, mais il me suffit et m’a permis de m’abstraire du monde pendant un quart de siècle. Ce qui m’atteint et me blesse ne le fait jamais longtemps, sauf lorsque j’ai causé quelque tort à une tierce personne. Dans ce cas là, je m’en veux temps que ça me ronge et me détruit. Mais ce n’est présentement pas le cas, son « Désolé Antonin, je... » me ramenant à la réalité. Je n’ai pas le droit de m’apitoyer, Lou ne le souhaiterait pas. Et moi, je ne le veux pas. Le monde, ces gens, Isabella qui a sûrement perdu des proches elle aussi, ils n’ont pas besoin que je m’afflige et me recroqueville parce que la protection et la présence rassurante de Lou n’est plus. Ils ont besoin que je m’ouvre à eux, que je les aide, ils ont besoin de soutien, ils ont besoin de sourire, d’assurance, de consolation. Ils ont besoin d’optimisme et de douceur. Et même si je ne suis pas très doué dans de nombreux domaines, je sais que dans ceux là, je peux aider. « On a tous perdu quelqu'un, oui, mais cela ne rend malheureusement pas la peine plus supportable. Je... désolé d'avoir abordé le sujet, je n'ai pas... réfléchi. » Je secoue la tête de dénégation, agitant la main pour accentuer mes propos qui vont suivre : « Non, non, ne t’excuse pas, tu n’as rien fait de mal, You couldn’t know and… anyway… it was nice of you to ask... » J’essaye de la rassurer d’un petit sourire nerveux et naïf. Candide, presque, avant de repartir sur ses enfants, et de lui demander si je pourrai les voir. « Oui, bien sûr ! Ils seront ravis de te connaître ! On peut même y aller tout de suite, si tu n'as pas d'autres obligations » Moi ? Des obligations ? A nouveau mes fins cheveux s’agitent. « Non, je n’ai rien à faire pour le moment. Normalement je suis censé aller couper du bois avec un groupe de main d’œuvre tout à l’heure, mais je doute qu’ils soient déjà levés à cette heure là. » Petit moment d’incertitude, en pensant à la main d’œuvre. Et me voilà qui m’entend lui demander si elle et sa petite famille ne manque de rien. Je ne suis pas un gros mangeur, et je ne veux pas que les enfants souffrent de ce monde écroulé dans lequel ils vont grandir. Ils sont notre avenir, notre futur, notre innocence et notre espoir, je suis persuadé au fond de moi qu’il faut à tout prix les préserver de la noirceur, comme Lou l’a fait tant d’années et tant de fois ces derniers mois, pour moi. « Ca va, on se débrouille. J'essaye de me sacrifier un maximum et d'avoir des biens supplémentaires pour eux sans non plus piller chez les autres. C'est pas toujours facile, ça l'est pour personne mais pour l'instant je m'estime satisfaite. C'est sur la durée que les choses m'inquiètent pour ce camp. » Je la vois d’un autre œil : admiratif. Elle n’hésite pas à dire la vérité, mais ce n’est pas pour se mettre en avant. Elle dit ce qui est : et le sacrifice d’une mère pour ses enfants force à l’admiration. Sa conscience morale aussi. J’aurai aimé avoir une telle mère, et je m’en veux de penser cela de celle qui m’a fait naître. Mes parents étaient extraordinaires, au sens propre du terme, mais je ne suis pas aveugle au point de savoir que notre famille atypique n’aurait pas résisté au séisme de la guerre comme celle d’Isabella a pu le faire. « Tu agis bien, mais laisse moi vous aider, maintenant. Je suis tout seul, je n’ai personne à protéger, et j’ai bien trop de choses pour moi. Je me contente de peu donc… passons à ma tente, je te passerai ce que j’ai en trop avant que nous allions voir les enfants… » Un froncement de sourcil creuse mon front. « If you're still okay. » A l’écoute de l’anglais qui me semble si naturel, je suis pris d’un doute. Face à Isabella, je n’ai pas peur de parler ma langue maternelle. Mais ses enfants, ses enfants qui ont du entendre que ce sont des anglophones qui ont détruit leur vie et leur ville, quelle sera leur réaction ? « Hum… your children… do they speak English like you or… I must be careful to speak French ?»

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Lun 7 Juil - 8:17

La douleur était plus que visible chez le jeune homme, à la simple évocation de son amie. Bien sûr que je ne pouvais pas savoir qu'elle était morte. Bien sûr que je ne pouvais pas m'en douter. Mais quand même... Combien de gens ont survécu à l'attaque de Louisville ? Combien de chances y avait t'il pour que son amie fasse partie des rescapés ? Pas beaucoup. Vraiment pas beaucoup. Alors d'un côté, je pouvais m'en douter au moins un minimum. Au moins faire attention, ne pas rebondir sur le sujet comme ça, faire preuve d'un peu plus de réflexion, de tact. Mais maintenant de toute façon il me fallait assumer les conséquences de mes paroles parce qu'il était impossible d'effacer mes propos. Je restais indécise. Je l'avais mis mal à l'aise et je ne pouvais m'en prendre qu'à ma propre personne. Je ne pouvais pas non plus me permettre d'aggraver la situation. Il fallait que je laisse Antonin se fermer quelques instants, quelques minutes pour ne pas le blesser plus. Et c'est ce que je faisais, me mordant la lèvre. Me rendant compte la chance inouïe que j'avais. Certes, des gens dont j'étais proche, des amis de longue date étaient tombés, parfois sous mes yeux, durant l'attaque et ces derniers mois, mais ma famille, les personnes qui me sont presque vitales sont ici. Les Fontaine, ma deuxième famille et la chair de ma chair. Grâce à Mickaël. Je lui en étais plus que reconnaissante, d'ailleurs il fallait que je pense à aller le voir, pour le remercier et prendre des nouvelles. Je note dans un coin de ma tête mais reviens vite à la réalité. Ma grosse gaffe. L'anglais de mon ami retrouvé sonne naturel à mon oreille, telle ma langue maternelle. Il m'excuse, s'excuse, nous excuse. Je soupire et ne lui réponds rien; il ne sert à rien de rebondir là dessus, cela ne nous mènera à rien.

Les petits. On ne peut pas passer à côté du sujet puisqu'il est toute ma vie. Et qu'Antonin est visiblement intéressé par le fait de les recontrer, ce qui me ravit au plus haut point. J'ai besoin que nous soyons entourés d'amis et de gens proches sur qui compter, j'ai besoin... De soutien, même si cela je ne pourrais jamais l'avouer à personne encore moins à moi même. Je ne veux pas être seule, voilà tout. Je souris, c'est un vrai sourire et aussi une excuse pour tout à l'heure. Antonin travaille donc comme main d'oeuvre pour le camp, ce que je ne peux me permettre.

"Bon, on fera vite alors..."

Il me demande ensuite comment ça se passe pour nous. Je ne lui mens pas mais je ne tourne pas mes propos de manière plaintive. Je me refuse à piller mes amis, c'est une question de morale. Je me refuse aussi à montrer quelconque faiblesse, devant n'importe qui. Oui d'accord il m'arrive de mendier mais pas avec mes amis. Je secoue la tête à sa réponse.

"Non. C'est très gentil de ta part, mais je ne peux pas accepter. Tu as besoin de ces choses, il n'y a rien en trop, de nos jours."

Sauf des morts. Mais je ne pouvais pas le laisser faire ça, il ne devait pas se priver pour moi même si il pensait avoir plus que ce dont il avait réellement besoin. De toute façon, c'était faux. Mon refus était catégorique, j'espère qu'il le comprendrait bien. Quand je dis non, c'est non. Je n'aime pas qu'on me contre dise, qu'on me force à accepter des "cadeaux" au détriment des autres. Je gagne la nourriture et ces choses vitales moi même, pas en en privant ceux que j'aime. Et on se débrouille pour l'instant, Ed et Cam ne manquent de rien dans la mesure du possible. Le jeune homme reprit en anglais, demandant si les petits parlaient anglais.

"Of course ! At home, I've always spoken english and french with them since they were born so now they speak it like you and me."

Oui, j'avais toujours voulu préserver cet héritage, même si j'avais vécu dans plusieurs pays j'étais née à Londres et avais toujours parlé anglais couramment, je trouvais dommage que mes enfants ne bénificient pas de cet avantage, cette langue passe-partout qui leur serait utile quoi qu'ils fassent. On voyait le bout de la forêt, quelques hommes armés étaient déjà postés à l'entrée du camp. Sans un signe, juste un regard, ils nous laissèrent rentrer.

[HJ] J'ai préféré ne pas aller plus loin pour ne pas trop anticiper sur Toto
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Mar 15 Juil - 20:13

Everybody's not dead




J’ai comme hâte de voir ses enfants. Déjà je les imagine, à son image. Edward. Camélia. J’ignore tout d’eux hormis leurs prénoms, mais je les apprécie par le biais de leur mère, qui va, je m’en doute, me faire office de grande sœur. Même involontairement, je confie d’instinct aux personnes qui m’aident des rôles familiaux ou amicaux, sans leur laisser le choix mais sans le leur dire non plus. Ils sont, un point c’est tout et cela me suffit. Isabella est en vie, et je veux l’aider elle ainsi que sa famille. Je ne suis guère sociable, ni confiant, mais j’ai au moins cette qualité d’aimer aider les autres, comme si j’ai tellement reçu qu’à présent je ne peux qu’offrir aux autres ce que l’on m’a offert jusque là. Cette façon si particulière de voir le monde, de mes parents. Cette protection face aux autres, de la part de Lou. Cette main tendue sans la moindre hésitation d’Arthur, des années plutôt au Brésil. Cette écoute de la part d’Isabella, au Mexique. Et maintenant encore, je recueille avec respect et délicatesse tous les sourires que je croise, et les petits gestes sûrement inconscients des hommes envers leurs semblables. Est-ce de la folie que d’accueillir comme un présent toutes les traces de bonté que l’on voit, en ignorant leurs contraires ? Je ne comprends pas l’égoïsme, je ne saisis pas comment un homme peut vouloir blesser l’un de ses confrères ; il n’y a donc aucun orgueil à avoir de ma part, que d’être ainsi. Je n’ai ni mérite, ni honneur, ni vertu dans le fait de ne rien voir de la noirceur du monde. Mes yeux si clairs, de ce ton bleu des caraïbes atténués par des touches d’un vert amande, ne parviennent pas à me transmettre les ténèbres. Trop clairs, trop naïfs. Trop candides, aussi. A l’image du jeune adulte qui les arbore et qui refuse de grandir et de perdre son innocence en se rendant compte qu’un filtre de gentillesse s’intercale entre la réalité et lui. Si je suis un peu désabusé quant à mon comportement ? Je ne sais pas. Je me rends bien compte qu’une telle naïveté va, ou m’a déjà porté préjudice, mais je refuse de changer. Ce serait me mentir ; sans compter que je n’en vois pas l’utilité. Il y a tant de touches de couleur et de joie dans les autres personnes, je pense qu’il est et qu’il sera toujours indispensable de les raviver pour faire comprendre aux autres à quel point ils sont uniques et exceptionnels. A quel point nous le sommes. Et à quel point les enfants le sont davantage encore. Les enfants. Je me rends compte que je regarde dans le vide depuis que je suis parti dans mes pensées, et que les lèvres d’Isabella s’agitent, articulent des mots que je n’entends pas. N’entendais pas. "Bon, on fera vite alors..." Vite ? Ah, oui, bien sûr. Je fais partie de la main d’œuvre du campement. J’ai du le lui dire. "Non. C'est très gentil de ta part, mais je ne peux pas accepter. Tu as besoin de ces choses, il n'y a rien en trop, de nos jours." Je secoue la tête, mes pensées précédant de loin les mots qui s’entrechoquent dans un balbutiement. « Non, non, je n’en ai pas besoin. Je veux dire… ça me ferait tant plaisir si je pouvais… un peu… help you and your family… » Anglais. Un doute me surprend, alors que je repasse à mon anglais natal, ce petit cocon de sûreté dans lequel je me réfugie si souvent. L’anglais… un cocon maternel, un peu de cette chaleur qui me maintient en vie, un peu de cette flamme qui me réchauffe dans le froid glacial du français et de l’espagnol. Si l’espagnol, justement, est la langue de la peur, et si le français est celle de Louise et, peut être, de la maturité, l’anglais sera toujours pour moi la langue qui me rassure. Qui me fait redevenir cet enfant de cinq ans qui découvre le monde avec des grands yeux écarquillés. L’enfant encore plus naïf que le jeune adulte que je suis. Les enfants. L’anglais, donc. Je sais que s’il me rassure, il effraye malheureusement la plupart des autres réfugiés. Je ne peux que les comprendre : des anglophones ont attaqué leur ville, ont tué leurs familles. Louise. Mais je sais aussi que je risque de parler anglais bien plus souvent, entre Benoit et Isabella qui me comprennent lorsque Shakespeare m’échappe. "Of course ! At home, I've always spoken english and french with them since they were born so now they speak it like you and me." Un large sourire fend mon visage en deux, mes épaules se détendent et se décrispent. “That’s really a good new ! C’est vraiment une bonne idée de leur avoir ainsi appris les deux langues. »

Nous nous dirigeons vers le campement, et bien trop vite, l’orée de la forêt se dessine devant nous. Trop vite ? Oui, selon moi. Je me sens bien plus à l’aise parmi les arbres que parmi les tentes et les hommes, malgré toute l’affection que je peux avoir pour eux. Trop de bruits, trop de monde, trop de mouvements surtout pour un homme qui, comme moi, apprécie le calme et le silence. Nous passons devant les gardes qui, loin de nous interpeller, me font même un signe de la main. Ils commencent à connaître mes habitudes. J’ignore si l’officier qui m’avait si durement parlé à Louisville leur a demandé de me tenir à l’œil, mais dans tous les cas, ils ne sont pas méchants avec moi. En repensant à mon altercation avec ce militaire, je me fige. Se pourrait-il qu’il s’en prenne aux enfants d’Isabella si jamais… s’il pense que… si… mon incertitude trace son chemin sur mon visage, et mes doigts s’emmêlent dans mes cheveux. J’essaye de me souvenir des mots échangés ce jour là, dans cette cave si glauque et effrayante, mais le français mêlé à la peur rend plus qu’ardu cet exercice. Je balbutie à nouveau : « Isabella, je… je ne sais pas si… tu penses que le… je suis anglais et… certains… pourraient… ne… pas… je ne voudrais pas que tes enfants ou même toi soient malmenés à… à cause de ça… » Même si techniquement, j’ai la double nationalité, je sais à quelle vitesse les amalgames se font. Et encore une fois, je ne peux le reprocher à ceux qui en seraient les auteurs, ou les victimes.

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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Jeu 24 Juil - 17:00

La joie revenait, oui. Comme si elle n'était jamais partie. Comme si les bombes n'étaient jamais tombées, comme si je n'avais jamais vu ma ville devenir un ghetto et les gens tomber autour de moi. Comme si j'avais toujours connu Antonin, comme si on rattrapait toutes ces années en quelques minutes. Je sais bien que c'est exagéré de dire cela, vraiment exagéré mais que voulez-vous, je suis tellement heureuse de revoir, de voir, ce visage qui a tant changé, tant grandi mais qui reste toujours aussi bon. Et généreux aussi. Ne comprends t-il pas que ce n'est pas à lui de m'aider, mais bien l'inverse ? Ce sera tellement égoïste de ma part d'accepter son aide... Je ne suis pas comme ça. Oui, je suis prête à tout pour faire sortir mes enfants de cet enfer mais pas à voler mes amis. Ce que je gagne, je le gagne moi même. Je ne vais pas mendier chez ceux que j'aime, chez ceux que je veux aussi voir survivre le plus longtemps. C'est comme avec Mickael. Certains pensent que les morts sont chanceux, certains pensent que cette apocalypse est une impasse et donc que vivre ne sert plus à rien. Moi je ne suis pas de cet avis, non. Je l'étais presque à l'époque de Louisville, mais ici je ne peux perdre espoir. Oh non je n'ai pas cet optimisme puéril qu'on beaucoup d'enfants, comme mon propre fils; je pense seulement que cette guerre ne peut être éternelle et que ce qui viendra après vaudra la peine d'avoir survécu. Moi je n'ai pas d'importance, les petits si. Ils sont jeunes, ils sont l'avenir. Antonin aussi est jeune, lui aussi a besoin que je l'épaule, non que je le pille. Il ne comprend donc vraiment pas ? Ou il ne veut pas comprendre. Je n'ai pas besoin qu'on m'aide, j'ai besoin d'amis. Il veut aider ma famille ? Soit, je conçois... Et je crois que je commence à bien le connaître. Le coeur sur la main.

"You can help us by an other way, you know. Food, clothes... I've got enough for them. I only need friends, people in who I can trust. That´s all."

Finalement, l'anglais me faisait du bien, contrairement à ce que j'avais toujours pensé. Parce que cette langue, bien que magnifique à mes yeux, restait irrémédiablement associée à ma jeunesse, solitaire et perdue. Pourtant je me rendais compte aujourd'hui que les sonorités de Shakespeare m'avaient manquées, même si je l'avais appris à mes enfants, ils parlaient souvent français. Ca me faisait comme un petit cocon fermé, une intimité, cette langue. Comme l'espagnol, langue qui avait été celle de mon travail pendant deux ans. Je ne m'étais pas embété à l'apprendre aux petits, par contre, parce que l'anglais leur suffirait. Et puis je m'étais dit qu'ils étaient jeunes et que j'aurai tout le temps de leur apprendre. A cette époque désormais utopique où ce que nous vivons n'existait qu'à Hollywood.

Alors que nous sortons de la forêt, je laisse le jeune homme dans ses pensées, jusqu'à ce qu'il se tourne vers moi pour balbutier une phrase dont je saisi finalement le sens général. L'anglais. Qu'on nous agresse parce que nous parlons anglais mieux que la moyenne. Parce que je suis née à Londres, que je suis bilingue (même trilingue, mais bon) et parce que les britaniques sont les ennemis des français dans cette guerre. Il ne me le dit pas, mais c'est ce que je comprends. Soupire. Pourquoi me dit il cela ? Il doit y avoir une raison. Je m'arrête.

"Quelqu'un t'a dit quelque chose dessus ? Quelqu'un t'a maltraité parce que tu étais anglophone ?"

Oui, je voulais qu'il me le dise. Il fallait que je sache.

"Nous on ne nous a jamais fait de remarque là dessus pour l'instant mais... Ca pourra venir un jour. Mais de toute manière, je m'en fiche et je leur ferai comprendre. It's their war, not mine."
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MessageSujet: Re: Everybody's not dead   Aujourd'hui à 16:34



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