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MessageSujet: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Jeu 5 Sep - 14:46

Contre l'innocence, on ne peut rien.


J’étais allongé dans un parc, ou l’herbe avait été ancienne verte et fournie. La nature tout autour de nous dépérissait. Et je manquais de dépérir avec elle. Je n’étais pas un garçon compliqué, c’était le moins que l’on pouvait dire lorsqu’on me connaissait. Je ne me plaignais pas, je n’étais pas excessivement bavard. Je ne rechignais pas à la tâche, je m’appliquais, j’écoutais. Je ne m’imposais pas, j’obéissais, j’étais gentil. Un rien suffisait à mon bonheur, en général. Les choses simples de la vie, surtout. Il suffisait qu’on me fasse un sourire pour que je sois heureux et que je le rende, il suffisait que je voie Lou le matin et que je puisse lui dire bonjour pour que ma journée se passe bien. Et pourtant…

Je sentais dans mon dos la nature rêche qui commençait à se sentir mal, à ne plus avoir assez de lumière. Normal, nous étions en automne, mais il était clair aussi que nous n’allions plus voir de verdure avant des mois et des mois, bien indépendamment des saisons. Et j’allais mal le vivre. J’observai le ciel jadis si bleu et je repensai aux derniers événements qui avaient remué Louisville. J’étais dans la forêt lorsque l’attaque des blindés – allant de paire avec celle de la plage – avait tué énormément de Louisvilliens. J’avais entendu les tirs, les explosions, les cris. Je les avais entendus, mais je n’avais pas été assez curieux pour aller voir ce qu’il se passait. Heureusement que ni Louise, ni sa Maman n’avaient été touchées. Ca faisait déjà bien trois semaines que tout cela s’était passé. Trois semaines, ou plus, je n’avais pas vraiment tenu le compte des jours qui s’écoulaient toujours de la même manière. Je n’avais pas vraiment de travail fixe : j’allais là où on me disait d’aller lorsque je me présentais tous les matins à l’hôtel de ville. En même temps : j’étais jeune, j’étais relativement costaud, et j’étais prêt à aider quelle que soit la tâche.

Je regardai le soleil, masqué derrière une couche de cendres et de nuages, masqué aussi par l’horizon. Selon l’ancienne heure, celle d’avant-la-guerre, selon l’heure solaire, nous approchions des huit heures du matin. L’heure d’aller voir, justement, à l’hôtel de ville où est ce que la main d’œuvre était nécessaire. Je me levai, époussetai mes habits tâchés et usés, et enfonçai mes mains dans les poches de mon jean, rentrant les épaules dans mon sweat gris clair. Au moins, maintenant, j’avais cessé de me perdre dans Louisville. Ou du moins, je ne me perdais plus aussi souvent qu’au début. De même, les semaines aidant, je parlais de moins en moins en anglais, améliorant – même s’il n’en avait pas spécialement besoin – mon français sans toutefois parvenir à ôter de mes propos mon accent britannique. J’étais assez fier de moi. L’hôtel de ville se dressa rapidement devant moi, et j’en passai le pas de la porte en habitué. D’une voix douce, pour ne pas trop me faire remarquer, je murmurai un « Hello ?! » qui résonna dans le hall, me faisant frissonner.
J’étais venu trop tôt ? Non, certainement pas, sinon la porte aurait été fermée. Je fis quelques pas dans le hall, entendant du bruit dans les étages. J’haussai les épaules : peut être que le bureau où j’allais habituellement avait été déplacé. Je pouvais faire preuve d’une observation étonnante un moment, et le lendemain paraître sur la Lune. Je m’approchai de la zone d’où émanaient les bruits et frappai discrètement. Trop peut être. Je me mordillai la lèvre et frappai une nouvelle fois, plus fermement.

« Excuse-me, I’m searching… euh, je cherche le bureau pour le travail journalier, est ce que… »

Bon. De toute évidence, j’avais frappé à la mauvaise porte, parce que je me tenais devant un militaire. J’avais oublié que l’annexe de l’hôtel de ville, donc là où débouchait la porte, servait de QG aux militaires. Peut être allaient ils pouvoir me renseigner, ils devaient être au courant non ?

« J’espère que je ne dérange pas… »

J’offris au militaire un sourire contrit.
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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Lun 9 Sep - 15:51

    Journal de Philippe Raulne, lieutenant au 3ème escadron du 1er RHP. 28 Novembre 2012.

    C'est la merde, ici. Je n'ai aucune information sur rien. Les environs immédiats de Louisville sont peu sûrs, et nous n'avons toujours rétabli aucune communication avec l'extérieur. Avec les pertes subies, je n'ai plus les moyens de mener des reconnaissances efficaces dans les environs. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Je n'ai aucune idée de la présence d'unités amies ou ennemies à proximité. Nous sommes peut être encerclés en zone occupée par les ennemis de la nation. Ou à la pointe des combats. Les bruits d'artillerie ont cessé à Cherbourg. D'une manière ou d'une autre, les choses vont bientôt se terminer. Ou notre armée a bouté l'ennemi hors de nos frontières, ou nous avons échoué et l'ennemi viendra bientôt finir ce qu'il a commencé. Il pleut des cendres presque sans arrêt. La nourriture et l'eau propre commencent à devenir une préoccupation majeure. Je ne sais pas combien de temps nous allons pouvoir tenir. Les munitions sont à un niveau faible, tout comme l'état physique et psychologique de mon unité, ou plutôt de ce qu'il en reste.


    J'étudie les options avec les civils sur place.


    Sans nouveaux ordres, j'ai bien peur que consolider la position devienne un impératif durable dans le temps. A ce stade, nous n'avons même plus les ressources logistiques ou l'endurance physique pour entreprendre un périple vers le sud et l'intérieur des terres, où il reste forcément des vestiges de notre armée ou de notre gouvernement. Ce qui avait été au début un choix humain et stratégique à la fois n'est plus qu'une obligation matérielle. Nous n'avons plus les moyens humains et matériels pour entreprendre une quelconque expédition.


    Je n'ai jamais été croyant et j'emmerde tous ces connard, mais il n'y a plus qu'un miracle qui nous fera passer l'hiver. Ca ou la mort du plus grand nombre. Ou tout l'un, ou tout l'autre, nous sommes au pied du mur.


    On toque à ma porte. Je me relève ne sursaut. Je n'ai pas pour habitude qu'on me dérange comme ça ; je déboutonne donc le capuchon de mon holster pour pouvoir saisir mon flingue en toute sécurité. J'entends une voix en anglais alors qu'au dehors ça toque une nouvelle fois. Je me précipite sur la porte, que j'ouvre en trombe, la main sur le flingue. J'écarquille les yeux. Putain de bordel de merde ! Qui est l'abruti qui a oublié de me dire qu'on avait un enfoiré de godon en ville ? Je tire mon flingue.



    | Je crois que t'es au bon endroit mon pote. Toi et moi, on a des choses à se dire. |


    Je le pousse vers les escaliers, et le force à les prendre jusqu'au sous sol, où j'ouvre la porte en fer de la réserve, où nous entreposons une partie de notre matériel. Je lui demande d'y entrer.


    | Ca tombe vraiment bien que tu sois venu me voir. J'ai quelques questions à te poser sur tes petits copains. T'es anglais, américain? |



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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Lun 9 Sep - 19:02

Contre l'innocence, on ne peut rien.


Bon vu le regard que le militaire me lança, je n’avais pas frappé à la bonne porte. Mais il pouvait toujours m’aider à m’orienter dans le bâtiment. S’il y avait eu des changements, des déplacements de bureaux d’accueil, il devait être au courant ou savoir qui était au courant. J’avais confiance en lui pour ça, même si je ne le connaissais pas. Certes, j’avais confiance en toutes les personnes que je croisais, parce que j’étais ainsi, mais bon. C’était un garant de l’ordre, non ? Au même titre qu’Arthur était garant de la justice à mes yeux. Je lui offris un sourire timide qui se crispa en le voyant tirer son arme. Par réflexe, je regardai derrière moi par réflexe, mais je reportai rapidement mon regard sur le militaire.

| Je crois que t'es au bon endroit mon pote. Toi et moi, on a des choses à se dire. |

Ni une, ni deux, voilà qu’il était en train de me pousser dans des escaliers pour que je descende. Il avait l’air sur de lui, et un peu pressé. Je m’empressai d’avancer pour ne pas trop le retarder, manquant par trop fois de débouler les escaliers dans une roulade incontrôlable. Je ne savais vraiment pas tenir sur mes pieds, moi, alors que je pouvais être très agile dans les arbres et dans les forêts amazoniennes pour ne citer qu’elles. C’était étonnant, et un peu inquiétant. Je pensai à Louise, et au grand chêne. Et à nos retrouvailles, dans lesquelles j’avais fait preuve de bien des maladresses. Et je n’arrêtais pas. C’était plus fort que moi, on avait parfois l’impression que mes bras et mes jambes n’étaient pas coordonnés. Pourtant, en tant qu’élagueur grimpeur, je faisais preuve d’une certaine adresse… mais dans les arbres. Je me concentrai sur mes pas, histoire d’arriver en bas en vie et en un seul morceau. Je balbutiai rapidement alors que nous étions en train de franchir les dernières marches :

Merci beaucoup. Mais… vous êtes sûr que c’est au… au…, je ne retrouvais plus le terme français, et je lâchai un cellar ? hésitant, avant de poursuivre, d’une voix dont le volume allait decrescendo. Parce que ce n’est pas très malin de faire ça, je veux dire, qu’on ne peut pas le trouver facilement, non ? »

Ma voix s’éteignit totalement lorsque nous arrivâmes devant une porte qu’il ouvrit. Je regardai autour de nous avant de faire un pas pour y entrer, comme il me le demanda. Ca n’avait pas vraiment l’air d’un bureau pour ceux qui cherchaient quoi faire de leur journée, ça… Il n’y avait personne, pas de réceptionniste, pas de tables, pas vraiment de luminosité. J’hésitais à faire remarquer au militaire qu’il s’était trompé, mais je ne voulais pas vraiment m’avancer ; après tout, il avait forcément ses raisons. Un militaire ne devait pas  faire des choses au hasard, non ? Il était le garant de l’ordre, de la sécurité, et de la cohésion, surtout en temps de guerre.

| Ca tombe vraiment bien que tu sois venu me voir. J'ai quelques questions à te poser sur tes petits copains. T'es anglais, américain? |

Des questions ? Qu’est ce que ma nationalité venait faire ici ? Surtout que bon, voilà, j’étais anglais, et français. Et j’étais aussi un peu beaucoup un citoyen du monde. En tout cas, visiblement, il était heureux de me voir, donc j’avais l’impression de ne pas m’être trop trompé en frappant par inadvertance au mauvais endroit. J’observai un peu la pièce, le plafond, les luminaires et autres affaires entreposées avant de répondre, hasardeux.

« Je ne voulais pas… enfin, je suis désolé de vous avoir dérangé monsieur. Mais bon, si ça tombe bien, c’est cool. Enfin, je veux dire que… est-ce j’aurai du venir avant ? Je suis passé au bureau d’accueil en arrivant, comme Louise me l’a dit. »

Je fis un pas en arrière pour m’appuyer contre le mur, avant de poursuivre mes réponses à ses questions.

« Américain ? Non, non, je suis anglais. Mais j’ai beaucoup voyagé. Est-ce que… vous me demandez cela parce que vous avez besoin d’un traducteur ? »

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Il m’avait dit que je tombais bien, et je lui avais dire que je cherchais l’endroit où l’on donnait des boulots pour la journée à ceux qui étaient désoeuvrés, de ce fait j’en avais conclu… ce que j’en avais conclu. J’étais mal à l’aise, parce que j’avais l’impression d’avoir tout faux. Ou de ne pas dire ce qu’il attendait que je dise, ce qui revenait, avouons le sans gêne, au même. De qui pouvait-il bien parler en disant « tes petits copains » ? Je n’avais pas de petite copine, pas de petit copain non plus, et encore moins plusieurs pourtant. Ou alors une subtilité du français m’échappait, ou tout simplement qu’il parlait d’amis que je n’avais pas. Je ne savais pas trop. Je me mordillai la lèvre, hésitant encore avant d’ajouter, incertain.

« La dernière fois, quand je suis sorti après le couvre-feu, je suis vraiment désolé, c’est juste que je me suis perdu en ville. »

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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Mer 11 Sep - 17:28

    le type vit son visage se décomposer littéralement quand il vit que je tirais mon arme, même sans en user de manière agressive pour le moment. De toute évidence, ce type ne s'était pas attendu à ça, et c'était tant mieux pour moi. Plus je le prendrais par surprise et moins les risques seront grands, quand l'heure viendra de dévoiler mon jeu. Pour l'instant, je deviens bien avouer que je n'avançais qu'à l'instinct. Je savais que je faisais peut être quelque chose de mal, ou en tous cas de moralement contestable. Quoiqu'il en soit, j'étais convaincu que je faisais ce qui était nécessaire, c'est à dire que même si tout le monde réprouvera mes actes, il fallait bien que quelqu'un s'y colle. C'était tout moi ce genre de réflexion, il fallait bien avouer que lorsqu'on pousse le pragmatisme jusqu'au bout, on se détache de tout pathos et que par conséquent, il devient beaucoup plus aisé de prendre des décisions difficiles et/ou contestables. Ce qui m'apparaissait également comme certains, c'était que torturer ou en tous cas foutre la frousse à un putain d'enfoiré de rosbeef ne serait pas pour me déplaire, avec tout ce qu'on avait manqué de se prendre récemment ! J'avais des questions à lui poser. Pas sûr que j'apprécie les réponses, mais pas sûr non plus qu'il apprécie que je n'apprécie pas ! Tout ça pour dire que j'allais probablement très vite me montrer violent, et aussi sans aucun doute forcené dans mon désir d'obtenir une bonne fois pour toutes des réponses convenables aux questions que je me posais. Je l'entrainais donc manu militari ver un endroit où personne ne viendrait nous déranger, pour la seule et bonne raison que personne ne s'aventurait jamais dans les sous sols de la mairie. C'était le genre d'endroit qui servait autrefois de stockage pour tout et n'importe quoi ; des choses qu'on devait jeter mais qu'on préférait entreposer, le plus souvent au motif d'un « au cas où » des plus obscurs. Le mec ne se débattit qu'à peine, comme s'il était déjà au moins en partie résigné à son sort. Pendant que nous descendions, le type se mit à essayer de savoir ce qu'il se passait ! Je ne comprenais rien à ce qu'il me disait, mais je le poussais à l'intérieur.


    | Ecoutes mon gars. Primo, c'est moi qui pose les questions. Deuxio, tu fermes ta gueule et tu m'écoutes. T'es venu pour bosser, hein ? Je vais te faire travailler moi, tu vas voir. |


    Le type ne savait visiblement pas trop comment réagir à ce que je pouvais lui dire. Il était perdu, ne savait rien de mes attentes et je pouvais le sentir effrayé, ou pour le moins, prudent. Il devait croire que ma conduite n'était pas rationnel, ou en tous cas il en faisait la comédie suffisamment bien pour en avoir effectivement l'air. Il parla d'une certaine Louise, information que je notais mentalement. Si les espions de l'ennemi avaient des complicités parmi la population, cela expliquait au moins la facilité avec laquelle l'ennemi avait pu nous démonter la gueule en s'attaquant aux infrastructures locales dans la région. Je notais aussi qu'il était anglais, et pas américain. Cela dit peu importe, ces connards avaient débarqué ensemble de leurs navires pour nous tirer dessus, et c'était peut être nos propres avions qui avaient coulé ces navires. Dans un cas comme dans l'autre, un ressortissant d'une de ces zones nationales était un otage précieux, ou en tous cas un prisonnier d'une certaine valeur tactique et stratégique. Je riais quand il me demanda si j'avais besoin d'un traducteur. Mon hilarité reprit quand il me parla d'une histoire de couvre feu violé. Je lui désignais une chaise pliante, et lui montrais de s'asseoir d'un geste rempli d'ironie.


    | Non non non, rien de tout ça. Vous devinez vraiment pas pourquoi vous êtes là ? Vous êtes demeuré ou vous le faites exprès ? Il y a quelques semaines, un navire britannique a sombré au large. Et les types qui ont débarqué ont tiré sur des louisvillois. Il vous faut un dessin? |



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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Jeu 12 Sep - 15:38

Contre l'innocence, on ne peut rien.




Il avait éclaté de rire lorsque j’avais émis la possibilité qu’ils cherchaient un traducteur, et que c’était pour cette raison qu’il était heureux de me voir. Maintenant, je commençai à douter de sa sincérité lorsqu’il m’avait dit que je tombais bien. J’avais beau être d’une naïveté sans limite, et d’une innocence tout à fait comparable, tout ne me semblait pas si facile à comprendre que ce que j’avais escompté au départ. Je fronçai les sourcils. Peut être avait-on vu que j’étais dehors après le couvre-feu, le soir où je m’étais perdu dans les rues de Louisville, plus précisément dans les ruelles du centre ville. Ce soir-là, d’ailleurs, j’avais subi un peu l’animosité de certains citoyens à mon encontre pour la simple raison que j’étais étranger si j’avais tout compris. Je m’excusai pour cette effraction au couvre feu, mais le militaire rit de plus belle à cette excuse, ce qui me acheva de me convaincre que je faisais fausse route. Pour appuyer cette prise de conscience, les mots du militaire arrivèrent.

Non, non, non, rien de tout ça. Vous devinez vraiment pas pourquoi vous êtes là ? Vous êtes demeuré ou vous le faites exprès ? Il y a quelques semaines, un navire britannique a sombré au large. Et les types qui ont débarqué ont tiré sur des louisvillois. Il vous faut un dessin ?

La première impression qui transperça mes défenses – assez faibles, certes, mais présentes – fut qu’il n’était pas aimable. J’avais le sentiment qu’il ne m’appréciait guère, et ça m’attristait de le savoir. Je n’arrivais pas à voir ce qui, dans ce que j’avais bien pu faire, m’avait attiré cette animosité. Quelle erreur avais-je bien pu faire ? Je pensais connaître suffisamment le français pour ne pas faire d’impair linguistique, je pensais connaître suffisamment les français en général pour ne pas faire d’impair quant à ma manière d’être et d’agir. Non, non, non, rien de tout ça donc. Et Non, je ne devinais pas vraiment tout seul. Ou plutôt, ce que je devinais me semblait si étrange pour ne pas dire irrationnel que je refusais de penser que c’était une raison possible. Qu’avait-il dit ? Un navire britannique avait sombré, des hommes avaient tiré sur les Louisvillois ? Oui, c’était horrible, vraiment horrible ce qu’il s’était passé sur la plage. Je me mordillai la lèvre. Un dessin ? Pourquoi me parler d’un dessin ? J’étais peut être déficient sur le plan auditif – et vu qu’il m’avait appelé demeuré, peut être pensait-il que j’étais aussi déficient mentalement – mais pas au point de ne pas tout compris. Ou alors, c’était encore une fois une expression. J’essayai vraiment de comprendre ce qu’il attendait de moi. Ce qu’il attendait comme réaction, comme mots, comme phrases, comme interventions. Je n’étais qu’un élagueur grimpeur, qui avait la double nationalité, et donc, de par ce fait, qui, oui, était anglais. Mes parents étaient anglais, et la langue de Shakespeare était ma langue maternelle, était-ce un tort ? Certes, pour les habitants qui m’avaient bousculé dans les rues de Louisville, ça avait été un tort que de mélanger l’anglais et l’espagnol au français, et Arthur m’avait lui-même mis en garde : l’emploi d’une langue étrangère alors que la France était en guerre n’était pas bon pour celui qui la parlait. J’avais oublié ça.

« Excusez moi, je ne suis pas très… très… smart pour tout ça. Ce… ce sont des anglais qui ont attaqué sur la plage ? Mais… mais pourquoi donc… je veux dire, que… »

C’était dur de rester au français. Parler anglais avec fluidité, sans accroc, sans que l’on me reproche de parler trop vite, sans articuler assez, etc, parler anglais avec des anglais en fait, me manquait. Mais ce n’était pas le moment de lui demander s’il était bilingue, je m’en rendais compte. Naïf, certes, pas par stupide à ce point. Si je comprenais tout, des anglais avaient tué des français. Ce simple fait me perturbait au plus haut point. La guerre… c’était un mot, c’étaient des explosions, c’était la destruction de tout, oui. Oui, ça je le comprenais. Mais… qu’un homme en tue un autre parce qu’ils n’étaient pas de la même nationalité, ça me dépassait. J’étais plus ou moins un citoyen du monde, parce que j’avais vécu dans plus de pays que quiconque dans cette ville, je pouvais le parier sans trop craindre de perdre. Après tout, mes parents étaient des spécimens rares de folie douce. Sur ce point, j’étais leur digne héritier. Je fis un effort pour penser à nouveau en français, et je dus me concentrer sur mes premiers mots qui se teintèrent effroyablement de mon accent anglais avant qu’il n’accepte de rebrousser un peu chemin.

« Mais pourquoi étaient-ils là ? Enfin, je veux dire, si leur bateau a coulé, n’aurions nous pas du aller les aider ? Ils ont du nous prendre pour des ennemis non ? Vous voulez que j’aille leur parler ? »

Je cherchais encore ce qu’il voulait obtenir de moi. Peut être que c’était ma double nationalité qui l’intéressait, et pas simplement ma nationalité anglaise, peut être que… je ne savais pas du tout. J’étais un peu mal à l’aise, ainsi assis alors que lui était debout. Je fis mine de me lever, pour rétablir l’équilibre.

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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Lun 23 Sep - 16:59

    C’était normal bien que trop tard, le type avait commencé à comprendre que je n’étais pas là pour lui faire prendre le thé. Il avait la gueule de ceux qu’une offre promotionnelle alléchante avait finalement tourné à l’arnaque pure et simple ; il sentait qu’il était floué sans pour autant identifier de manière très claire et très précise les modalités de l’entourloupe. Disons qu’il n’en était encore qu’au stade de la suspicion. Et s’il n’avait pas envie de me donner les réponses que j’attendais, la suspicion allait probablement très vie laisser place à l’horreur pure et simple. Pour l’instant, il ne semblait toujours pas mesurer la merde noire dans laquelle il était plongé jusqu’au cou. Cela me laissait bien évidemment un avantage évident à exploiter ; c’était moi qui avait la main et rien ne saurait me faire plus plaisir que de le briser petit à petit. S’il était bel et bien un espion ou en tous cas un informateur de l’ennemi, il prenait son pied à me faire tourner en rond en considérant qu’il avait ses chances et que je me trompais. Très vite, il allait se faire désillusionner de la plus terrible des façons sil arrêtait pas de jouer au con dans les minutes qui allaient suivre. Me mettre en rogne au début d’un interrogatoire qui s’annonçait hardcore, c’était vraiment pas l’idée du siècle et ce type misait sa vie sur un simple coup de dé. Sur un, il allait en prendre plein la gueule pour pas un rond – merci mais c’était pas de chance !- et sur un six, il allait sen tirer en me disant tout ce qu’il savait – sympa l’informateur vichyste de bas étage-. Dans tous les cas, j’allais le frapper. Et en plus, je présumais déjà que ça allait me faire du bien. C’était vraiment tout bénéf’ cette histoire, pas vrai ? Moi en tous cas je trouvais que c’était le pied. Alors qu’il était assis mais voulait se relever, je le poussais au fond du dossier sans ménagement, je tirais trois mères de corde d’une vieille boîte en ferraille qui était entreposée dans la pièce, et lui attachais les mains et les pieds, en deux temps trois mouvements. La force de l’habitude… Ce n’était pas le premier que j’interrogeais de la sorte, et ça ne serait pas le dernier non plus !


    | Ah non, c’est sûr, t’es pas smart du tout mon gars. Tu fais pas le rapprochement ou tu me prends vraiment pour un con ? Tu es anglais, ces connards de la plage l’étaient aussi. Bien ce hasard de fou, non ? Va falloir que tu m’expliques ça. |


    Je restais un peu stupéfait de l’abruti que j’avais en face de moi ? Des civils, considérés comme des ennemis de facto par de « simples » naufragés ? Ce type se payait ma tête et il allait le regretter. Je défies la lanière de mon ceinturon, le pliait en deux dans le sens de la longueur et n’hésiterais pas à l’utiliser pour le cingler avec, bien que je me contentais pour l’instant de tapoter ma main avec cet outil improvisé mais potentiellement très douloureux.


    | Bien sûr… Ce sont nous les ennemis ? Tu ne peux plus leur parler mon gars, on les a tous descendus. Qu’est ce que tu sais sur tout ça ? Déjà, t’es arrivé quand et comment ici, et qu’est ce que tu as vu sur ta route ? |



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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Sam 28 Sep - 7:52

Contre l'innocence, on ne peut rien.




J’étais carrément paumé. Oh, généralement, je n’étais pas très au clair sur le plan de ma localisation, mais ce n’était que spatial. Là, c’était le raisonnement de l’homme face à moi qui m’échappait. J’avais beau chercher une logique dans ce qu’il se passait, là, c’était un échec. Visiblement, il n’avait pas besoin d’un traducteur. Il semblait être au courant de la situation, contrairement à moi, et il ne semblait pas non plus trop apprécier les gens qui étaient arrivés sur la plage. Je n’avais qu’une seule petite certitude : cet homme me reprochait plusieurs choses, et l’une d’entre elle était ma nationalité britannique. J’essayai de faire des liens, d’arriver à des conclusions et la plus évidente, c’était qu’il y avait eu erreurs sur son interprétation de ce qu’il s’était passé sur la plage, qu’actuellement sur ma personne. La France ne pouvait pas être en guerre contre l’Angleterre, c’était… ce n’était plus l’époque. Ces dernières années, nos pays, mes deux pays, avaient été en bons termes non ? Je refusais d’être déchiré entre mes deux nationalités ; j’étais pleinement un citoyen du monde, j’avais une double nationalité et à vingt cinq ans j’avais visité plus de pays que les trois quart des gens. Je parlais couramment trois langues, mais je savais qu’il me restait pas mal de russe, de portugais, que je comprenais relativement bien le néerlandais et l’allemand,… Je voulus me lever, mais d’un geste le militaire me renvoya au fond du siège inconfortable et avant que je n’ai pu faire le moindre geste, je sentis la brûlure d’une corde contre mes poignets et mes chevilles. Attaché ?

Je commençai à avoir peur.

La voix du militaire résonna, mais j’étais trop ailleurs, affolé ?, pour en saisir pleinement le sens. Je cherchai du regard une explication, un secours. Je l’entendis m’insulter, faire référence en termes peu courtois à mes compatriotes britanniques et mes cousins américains, parler de ma nationalité, mentionner le hasard. Il faisait un lien que je ne faisais pas. Qu’attendait-il de moi, à cet instant ? Que je dis quelque chose, que je réagisse, que je comprenne où il voulait en venir ? Je me contentai de le regarder avec deux yeux clairs qui laissaient pleinement paraître mon errance intérieure : j’étais perdu, je me noyai dans mon incompréhension et je n’arrivais plus respirer. J’avais perdu pied comme jamais auparavant, certainement parce que je n’étais pas capable de comprendre. Que disait-il, qu’espérait-il ? S’il m’avait attaché, était-ce parce qu’il avait peur de moi, parce qu’il me semblait coupable de quelque chose, parce que… Ma respiration s’accéléra, j’essayai d’inspirer plus d’air, sans grand succès. Crise de panique ? Non, pas encore. J’avais l’habitude de m’affoler pour un rien, parce que j’angoissais, je paniquais toujours pour les mêmes raisons : la peur de l’erreur. Là, c’était autre chose.J’avais peur, non plus d’avoir faire un faux pas, mais de l’homme qui se tenait face à moi et qui devenait menaçant. Ses mots explosèrent dans ma tête, comme si mon ouïe déraillait et alternait des phases de performance exceptionnelle avec des phases de surdité totale.

| Bien sûr… Ce sont nous les ennemis ? Tu ne peux plus leur parler mon gars, on les a tous descendus. Qu’est ce que tu sais sur tout ça ? Déjà, t’es arrivé quand et comment ici, et qu’est ce que tu as vu sur ta route ? |

Mon regard suivait sa ceinture comme un pendule prévu initialement pour hypnotiser. Voulait-il m’hypno… J’inspirai. J’expirai de suite après, tentant de souffler le plus longtemps possible. Je voulus me recroqueviller, les liens me brûlèrent davantage. J’attrapai sa dernière question comme une bouffée d’air frais après un étranglement, comme un tabouret placé sous la corde qui me soutenait et au bout de laquelle je me balançai. J’attrapai sa question non pas comme une main tendue pour m’extirper d’océan dans lequel je me noyais, mais plus comme un contact surprenant avec le sol. En une simple phrase, je trouvai de quoi reprendre pied, de quoi arrêter de couler : c’était une question à laquelle j’avais une réponse. Je cessai momentanément d’avoir peur, parce que j’avais une réponse. J’inspirai, une nouvelle fois, et j’expirai brutalement. Il s’agissait de calmer mes tremblements.

« Je… je ne sais plus. Je ne sais plus quand je suis arrivé ici. Que… quelques semaines, je bégayai lamentablement. peut être moins. C’est… les dates sont un peu… a little fuzzy, un peu… floues dans ma tête. Je… »

Par où commencer ? J’avais l’impression que toutes les personnes que j’avais pu rencontrer depuis mon arrivée à Louisville me demandaient au moins trois choses : mon nom, comment j’étais venu à Louisville et quand y étais-je arrivé. Si les deux premières questions avaient le mérite d’avoir toujours la même réponse – après tout, je ne changeai pas de nom – la dernière en revanche, me forçait à chaque fois à recalculer les dates, sachant qu’elles devenaient chaque jour de plus en plus floues dans ma tête. J’essayai d’être le plus précis possible, pour ne donner aucune raison au militaire d’être à nouveau plein de reproches envers moi.

« Je travaillais à Amsterdam, mais j’étais été muté en Espagne. Du coup j’ai pris des vacances en Normandie pour visiter la région tout en descendant le reste de mon déménagement. Je… j’ai posé… hum… garé ma voiture et je suis parti en randonnée. Ce… , je déglutis pour faire une pause. J’étais en randonnée le vingt deux. J’ai découvert qu’il y avait un problème mondial lorsque je suis allé acheter du pain et que tout le monde paniquait. Alors je me suis éloigné le plus possible et quand j’ai entendu des avions au nord, je suis descendu au sud pour m’en éloigner le plus possible. Et je suis arrivé ici. »

Je m’aperçus un peu trop tard que la fin de ma réponse, à partir du moment où j’avais commencé à donner une date, je l’avais dite dans un argot d’Amsterdam que j’avais appris auprès des autres élagueurs qui avaient été mes collègues de travail pendant deux ans. Je me mordillai la lèvre, et tentais de répéter le tout en français. En voulant bouger, je sentis à nouveau la brûlure de la corde, pris une nouvelle fois conscience de ma situation précaire et incertaine et d’une petite voix, je laissai échapper :

«I don’t understand what you want of me, I have nothing to do with those of the beach. »

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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Lun 14 Oct - 17:54

    Les choses vont forcément de mal en pis. Je partais en couille, sans avoir la capacité ou le recul pour m'en rendre compte. Peu importait ; j'étais parti pour faire regretter à ce briton en puissance d'être venu au monde. Ce n'était pas forcément juste, ni même un tant soit peu équitable. Pourtant, il fallait quand même avouer que tout ceci était quelque part un peu libérateur. Trouver un exutoire parfaitement arbitraire permettait au moins de s'échapper de toutes ces contraintes que je me fixais moi même, notamment en essayant d'être toujours le plus juste possible. Là, j'étais fondamentalement injuste. Tant pis pour lui. Je ne m'en rendais pas compte et même quand ça serait le cas, cela ne ferait sans doute pas énormément travailler ma conscience. Re-tant pis pour lui. Je fais ce que je peux avec ce que j'ai, ce qui ne veut pas forcément dire grand chose mais ce qui conditionne pourtant mon répertoire d'actions. Le type commença à perdre contenance. Coupable ? Innocent ? Je ne pouvais pas encore le savoir, la situation était par trop inédite pour que je puisse avoir la moindre petite idée de son implication dans toute cette histoire. Je devais d'abord un peu le travailler au corps pour avoir une idée plus précise de ce qui m'attendait et de ce qui allait survenir. Je voulais bien évidemment avoir la certitude de son implication dans tout ce qui nous touchait. Comme si ce seul type, esseulé, pouvait avoir la réponse à tous nos problèmes. Illusoire, mais espoir quand même. Je me l'appropriais, parce que pour l'instant cela me permettait de tenir, et de ne pas flancher.


    A ses dépends. A ses cruels dépends. Je faisais en sorte de souffler un bon coup. Cette situation me plaisait ; j'avais des aptitudes naturelles au meurtre et à la souffrance. Peut être parce qu'en tant que parfait sociopathe, je ne montrais que peu d'empathie pour mon prochain, et n'était pas touché comme les autres pouvaient l'être par la cruauté de l'existence. Le regard du type se concentra sur ma ceinture, comme s'il était tétanisé à l'idée de ce que je pouvais lui infliger avec. Je savais que je pouvais faire plus fort et plus loin, j'avais tout un tas de menu outils à disposition dans les poches et gibernes incorporées à ma tenue de combat. Pour l'instant, je voulais rester soft. Parce que ce qui faisait vraiment craquer une personne interrogée n'était pas la brutalité avec laquelle on s'y prenait, mais bien l'idée qu'on allait se perdre physiquement et mentalement, morceau après morceau. Et que peu importe la durée réelle du truc, tout ceci allait donner l'impression de durer une véritable éternité. Le type me raconta son histoire, et je n'y croyais pas une seule seconde. D'Amsterdam en Espagne, s'arrêter ici ? Ca ne tenait pas debout. Ou alors, le mec était un globe trotteur comme on en voyait peu. Il m'aurait dit Paris, ça m'aurait plus semblé sur la route. Plus logique. Pas la Normandie. Pas comme ça, au milieu de nulle part. Je serrais ma ceinture et le frappais d'un coup sec sur la cuisse, la lanière frappant d'un coup terrible, comme un coup de fouet. Je serrais le poing et l'envoyais dans sa figure juste après, y allant sans ménagement.



    | Bien sûr. Dis moi la vérité, putain ! Tu comprends très bien ce que je te dis, alors te fais pas plus con que t'en as l'air! |


    Je le cinglais une nouvelle fois, mais retenais mon geste à la toute fin de mon mouvement.


    | Tu sais, ici, on est envahis tous les demis-siècles, dans ce pays. Et tu connais le point commun de toutes ces invasions ? La présence d'une cinquième colonne. Des touristes. Des travailleurs intégrés au système. Qui relaient les infos sur la présence de troupes, sur les points faibles, sur l'état des infrastructures et sur l'état des ressources. C'est pour ça que t'étais là, hein ? Avoues putain, ou j'te promets que tu vas douiller connard! |



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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Mer 16 Oct - 21:46

Contre l'innocence, on ne peut rien.




Les choses n’allaient pas vraiment en s’arrangeant. J’essayais de parler clairement, je ne produisais que des sons qui s’entrechoquaient pour ne former qu’un tout incohérent. J’essayai de répondre le plus fidèlement et le complètement à ses questions, ça ne suffisait visiblement pas au militaire. J’avais beau m’exécuter, rester sage, ne pas trop bouger, ne pas m’affoler, ça ne lui suffisait visiblement pas. Je ne savais pas ce que j’étais censé faire. Je ne savais pas ce qu’il attendait de moi. J’avais beau chercher dans ma mémoire, j’avais beau repasser ses propos, j’avais beau… Je commençais sérieusement à paniquer ? Suffisamment pour lui parler dans un mélange informe de néerlandais et d’anglais. Suffisamment pour que ma voix flanche, pour que j’essaye de me calmer. Normalement, je savais quoi répondre à ses questions. Alors pourquoi est ce que ça ne lui suffisait pas ? La ceinture claqua sur ma cuisse, m’arrachant un petit cri qui fut rapidement étouffé par son poing dans ma figure. J’étais trop choqué pour émettre le moindre son, mais j’avais déjà les larmes aux yeux. Et pour cause.

J’avais l’habitude d’avoir froid : j’étais né aux Kerguelens, j’avais parcouru en toute saison, toute époque à peu près toute la planète depuis ma naissance. J’étais un habitué de l’Islande parce que c’était l’Eden pour les géologues. J’avais l’habitude des températures négatives, ou des hivers glacés, parce que mes parents étaient suffisamment dans leur monde pour oublier de prendre le carton d’affaire d’hiver lorsqu’on déménageait en Russie. J’avais l’habitude du froid.

La faim aussi, je connaissais. Les journées où ma mère oubliait que je n’avais pas cours et ne rentrait pas me cuisiner quelque chose, laissant les placards vides. Les vacances où l’on avait juste le temps d’avaler un petit truc sur le pouce. Bon, je n’avais jamais souffert de malnutrition, il ne fallait pas exagérer, mais lorsque je m’étais perdu dans Rio, lorsque j’avais passé quelques jours seuls dans les bas quartiers de la ville brésilienne qui m’avait perdu en son sein.

J’avais l’habitude d’avoir faim, j’avais l’habitude d’avoir froid, mais la douleur m’était une inconnue. Je m’étais fait mal comme tous les gosses, j’étais tellement maladroit que je chutai en butant sur mes propres pieds, mais bon sang… Je n’avais jamais connu la douleur en tant que telle. Là, le coup que je venais de recevoir au visage et la cinglure à la cuisse dépassait presque la douleur de ma fracture au bras quand j’avais sept ans, en Russie.

| Bien sûr. Dis moi la vérité, putain ! Tu comprends très bien ce que je te dis, alors te fais pas plus con que t'en as l'air! | « But I’m telling you the truth! »

L’anglais m’avait échappé d’une voix plus forte que je ne m’y attendais, et j’eus un mouvement de recul qui allait de pari avec celui de la ceinture. Je ne faisais plus que commencer : j’étais terrifié. Qu’est ce qu’il voulait entendre de moi ? La vérité ? Je la lui avais dite le plus simplement du monde. Que voulait-il entendre de plus ? J’étais incapable de mentir, je ne voulais pas d’ennui, je voulais juste… juste… qu’il entende ce qu’il voulait entendre, qu’il m’aide à retrouver mon chemin, qu’il ne…

| Tu sais, ici, on est envahis tous les demi-siècles, dans ce pays. Et tu connais le point commun de toutes ces invasions ? La présence d'une cinquième colonne. Des touristes. Des travailleurs intégrés au système. Qui relaient les infos sur la présence de troupes, sur les points faibles, sur l'état des infrastructures et sur l'état des ressources. C'est pour ça que t'étais là, hein ? Avoues putain, ou j'te promets que tu vas douiller connard! |

Je ne comprenais rien. Il parlait trop : trop vite, trop fort, dans un jargon bien trop éloigné du français standard. Cinquième colonne ? Je ne respirai plus : j’haletai. J’essayai de respirer, j’essayai de comprendre, je ne percevais rien, je ne comprenais rien.

« Je… je vous ai dis que je parlais… que je disais la vérité. Je vous ai dis ce que… ce que j’étais là ? Ce que je faisais là ? Je… je me promenais ! Je me suis perdu, je vous assure ! J’ai rien fait, je… je suis juste un français, comme vous, je n’avais pas le droit d’être là ? »

Je le suppliai presque. Je ne comprenais pas. Ces quatre mots tournaient dans la tête sans s’arrêter, accélérant au rythme de mon cœur qui menaçait de me faire un arrêt. Je tremblai. J’avais peur.

« Te digo la verdad, lo juro! »

Espagnol, néerlandais, allemande, argot, français, anglais, j’alternais entre toutes les langues que je pouvais parler sans m’arrêter sur une seule. C’était normal : je paniquais. Lorsque j’étais mal à l’aise, j’avais le réflexe de passer d’une langue à l’autre presque sans m’en rendre compte. J’avais grandi à mi chemin entre la culture de mes parents et celle des pays qui m’accueillaient pour une durée rarement supérieure à vingt quatre petits mois. J’avais grandi dans une pluralité linguistique qui se ressentaient, même si je ne parlais couramment que trois langues, et que je n’en baragouinais que quelques autres, n’ayant pour cela que les restes de mon enfance. J’avais les bases en russe, en allemand et en néerlandais, mais pas beaucoup plus. Le russe remontait à mes six ans, et même si j’avais eu des cours avec Lilie, ma nounou. Mais… mais dans tous les cas, je ne parlais pas que français, et j’étais en train de me souvenir de ce que m’avait dit Arthur quelques jours plus tôt. Que peut être que ça ne plaisait pas au militaire.

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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Ven 18 Oct - 9:53

    Le type lâcha un cri pitoyable lorsque je le cinglais à l’aide de ma ceinture et je le voyais déjà presque en train de pleurer après mon coup de poing. Je me stoppais dans mon élan, en plein doute. Là, je commençais à me demander si je ne m’étais pas laissé emporter. Après tout, ce type avait peut être une histoire invraisemblable, mais en quoi cela faisait il de lui forcément un suspect ? Non, pas de manière automatique ; je n’avais tout simplement pas le droit de raisonner comme ça. En sus, il fallait bien avouer que les véritables espions étaient entraînés à ne pas craquer et résistais à la douleur. J’en avais déjà interrogé deux. Un chinois en afghanistan, chopé en train de refiler du matériel de guerre électronique aux talebs , et un afghan justement, infiltré au sein du ministère de l’intérieur. Dans les deux cas, c’était la CIA ou la DGSE qui avaient pris le relais, mais même en clamant leur innocence ces deux personnes avaient fait preuve d’une tolérance à la douleur physique qui n’avait rien de celle qu’on pouvait trouver chez les civils, où le moindre petit bobo prenait des proportions gigantesques et où on préférait attaquer en justice pour un coup de poing reçu plutôt qu’en se défendant directement. Et lui, au premier coup, il allait déjà chialer sa mère et si je continuais j’étais à peu près certain de le pousser à se faire dessus. Mais est ce qu’un véritable espion parviendrait à brouiiller les pistes ? Mon expérience disait que non. Ce mec là était une tâche, un type complétement à l’ouest qui semblait croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Je le soupçonnais d’être plus choqué de mon attitude que de sa propre douleur, ce qui en disait long. Je retenais mes coups ; je l’avais malmené, conduit en situation de torture, mais n’avait pas entamé les choses sérieuses. Il me soutenait en anglais qu’il m’avait dit la vérité. Comme toute personne, on revenait à la langue maternelle en situation de stress intense. S’il avait été espion, il n’aurait pas forcément réagit avec autant de « vérité ». Un français comme nous ? Je le détrompais, même si j’étais un peu perdu dans la marche à suivre si mon pressentiment se confirmait.


    | Non, fumier, t’es pas un français comme nous. Ici, t’es un étranger. Un ressortissant d’un pays qui a tiré sur des civils dans notre pays, et qui pour ce qu’on en sait est peut être responsable des attaques chez nous. Alors tu es peut être un civil comme tu le prétends, mais tu n’as pas les mêmes droits. Tu n’en as aucun, ici. |


    Je tenais à ce qu’au moins, ce point en particulier soit le plus clair possible. Je prenais une décision aussi rapide que celle que j’avais prise plus tôt dans la journée. Je sortais ma baïonnette, une grosse dague de trente centimtères d’acier, de son fourreau. Et je tranchais ses liens. Je l’invitais à se remettre debout, mais choqué, il ne réagit pas immédiatement. Je le relevais en le tenant par le col.


    | Je ne vais pas te torturer pour le simple plaisir de le faire, t’es aussi con que t’en as l’air, et t’as pas l’air d’être un espion. Mais je vais mettre les choses au clair. Tu n’es pas un civil lambda. Au moindre geste, à la moindre incartade, je t’interne ou je te fais fusiller. On va t’avoir à l’œil, on sera toujours dans ton ombre, vingt quatre heures sur vingt quatre. Tu pourras plus chier ou tirer un coup sans que je le sache, tu pourras plus dormir sans avoir quelqu’un qui te surveille de loin. Et si tu parles de tout ce qui vient de se passer ici, je t’assure que je te surine avec mon crève-cœur. On est d’accord ? Tires toi ! |

    J’avais lourdement insisté sur ma dernière phrase. Qu’il se tire, avant que je lui fasse plus mal encore. Ce type était un vrai danger, mais plus pour lui que pour les autres. Une fiotte pareille ne pouvait pas être un espion, et je ne le ferais pas craquer en lui tapant dessus, pas s’il était suffisamment bon acteur pour masquer autant une résistance possible à la douleur. Alors j’avais fait le suel choix rationnel ; le menacer, étouffer l’incendie, et le mettre en garde. Parce que dans le fond, ou ce type était innocent, ou trop fort pour craquer de la manière dont je m’y étais pris. Mais il allait falloir le surveiller, de cela au moins j’étais certain.




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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Ven 18 Oct - 13:42

Contre l'innocence, on ne peut rien.




| Non, fumier, t’es pas un français comme nous. Ici, t’es un étranger. Un ressortissant d’un pays qui a tiré sur des civils dans notre pays, et qui pour ce qu’on en sait est peut être responsable des attaques chez nous. Alors tu es peut être un civil comme tu le prétends, mais tu n’as pas les mêmes droits. Tu n’en as aucun, ici. |

Je me prenais des coups à chaque mot qu’il prononçait. Comme ça, j’étais un étranger ? Non, certainement pas, non ! Louisville était ma ville, ou du moins elle l’avait été ! Il ne pouvait pas dire que j’étais un étranger ! Je la connaissais, même si j’avais le fâcheuse tendance à me perdre au milieu de ses ruelles. J’étais un Louisvillois, ou du moins un ancien Louisvillois, il ne pouvait pas dire que j’étais un étranger. J’avais passé ma vie à être un éternel étranger, dans des pays qui m’accueillaient pour un séjour jamais bien long. J’avais passé mon enfance à être considéré comme un étranger mais ça faisait bien longtemps que ce sentiment ne me touchait plus et je considérais le monde dans sa globalité comme mon foyer. J’étais à mon aise dans tous les pays où je pouvais atterrir, et même si du fait de mon ouïe déficiente, il m’était difficile d’apprendre pleinement une langue avec son accent et ses marques caractéristiques, je savais rapidement me débrouiller et me faire comprendre lorsque j’emménageais dans une nouvelle contrée, au sein d’une nouvelle culture. Le militaire ne savait pas de ce dont il parlait, c’était pour ça qu’il se trompait, c’était pour ça que je ne lui en voulais pas. J’étais un civil comme Louise, j’étais un français comme lui l’était, et j’avais même droits que lui. J’avais juste fait l’erreur d’oublier de préciser que j’avais la double nationalité. Parce qu’il disait que j’appartenais au même pays que ceux qui nous avaient attaqués, mais j’appartenais aussi à la même nation que lui !

Il sortit sa baïonnette, et j’eus un nouveau mouvement de recul. Qu’est ce qu’il voulait ? Qu’est ce que j’avais fait en dehors d’être anglais, de parler anglais et d’avoir le mauvais réflexe d’utiliser toutes les langues que je connaissais pour m’exprimer dans ma panique. La lame d’acier frappa plusieurs fois, et la brûlure de la corde sur mes mains cessa et je ramenais mes bras devant moi pour faire marcher mes articulations malmenées. Je murmurai un « Merci Monsieur » poli, presque automatique, juste avant qu’il ne m’aide à me relever en me tenant par le col. Oh. Il m’avait invité à me lever juste avant ça ? C’était ça lorsqu’il avait remué les lèvres ? Je tremblai.

| Je ne vais pas te torturer pour le simple plaisir de le faire, t’es aussi con que t’en as l’air, et t’as pas l’air d’être un espion. Mais je vais mettre les choses au clair. Tu n’es pas un civil lambda. Au moindre geste, à la moindre incartade, je t’interne ou je te fais fusiller. On va t’avoir à l’œil, on sera toujours dans ton ombre, vingt quatre heures sur vingt quatre. Tu pourras plus chier ou tirer un coup sans que je le sache, tu pourras plus dormir sans avoir quelqu’un qui te surveille de loin. Et si tu parles de tout ce qui vient de se passer ici, je t’assure que je te surine avec mon crève-cœur. On est d’accord ? Tires toi ! |

Je reculai et manquai de trébucher sur la chaise dans laquelle il m’avait forcé à m’asseoir un peu plus tôt. Je n’avais pas tout compris à sa dernière phrase, ses dernières phrases en fait, mais j’en avais retenu le principal : je m’étais attiré des ennuis. Et je tremblai encore un peu. Qu’est ce qu’il me voulait ? Je l’ignorai encore. Je ne savais même pas combien de temps s’étaient écoulés depuis que j’avais passé le pas de l’hôtel de ville, ni si Louise s’inquiétait, parce que je lui avais dit que j’allais me dépêcher. J’avais retenu aussi qu’il ne fallait pas que je parle de ça à qui que ce soit, et ça ne me posait pas le moindre problème. On est d’accord ?, oui, Monsieur, on était d’accord. Je ne voulais pas avoir d’ennuis, je ne voulais pas avoir de problèmes, je ne voulais pas déranger. J’acquiesçai dans le plus grand sérieux :

« Oui, Monsieur, j’ai compris., je fis une petite pause avant de rajouter dans un murmure : Vous savez, monsieur, je ne suis pas méchant. Enfin, je veux dire, je suis français et anglais, alors je ne suis pas totalement un étranger ici. »

Je me mordillai nerveusement la lèvre avant de prendre la porte, dans les deux sens du terme. J’étais tellement tremblant et nerveux que j’avais oublié de me décaler un peu plus avant d’en passer le pas et remonter l’escalier, et je m’étais pris légèrement les gonds du panneau dans l’épaule. Désorienté, je jetai un regard en arrière, avant de partir.

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MessageSujet: Re: « Contre l'innocence on ne peut rien. » [Livre I - Terminé]   Aujourd'hui à 15:37



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