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MessageSujet: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Lun 8 Juil - 21:19

    Il fallait bien que je me rende à l’évidence : j’étais perdu, pour ne pas changer. Normalement, tout était censé bien se passer, pourtant. Sur le papier tout du moins, ça avait l’air simple. Lou avait veillé à ce que je me souvienne du chemin. Mais dans les faits… toutes les rues m’avaient semblé être les mêmes, les noms se mélangeaient dans ma mémoire, n’ayant presque pas de sens pour ma mémoire anglophone. Les passants me regardaient, soupçonneux pour la plupart, lorsque je les murmurais avec un fort accent digne de Shakespeare. Ca faisait plus de vingt minutes que je cherchais mon chemin dans un dédale de rues qui étaient apparues comme par magie devant moi. Il me manquait Ariane, et son fil, pour que je puisse rentrer chez moi, ou plutôt chez Lou, mais malheureusement je sentais poindre la nuit à l’extérieur. Et j’étais déjà transit de froid, puisque j’avais oublié mon sweat dans la forêt, que j’avais enlevé au bout d’un moment. J’avais passé l’après midi à débiter un arbre à la hache, et ça m’avait fendu le cœur de tuer un si beau spécimen de chêne. Mais bon, il le fallait, pour que l’on puisse passer l’hiver, c’était ce qu’on m’avait dit. J’avais encore le contact rugueux de l’écorce de l’arbre qui palpitait sous mes doigts et dans ma paume, alors que ma main cherchait une âme dans les murs froids des bâtiments. Il fallait que je me rendre à l’évidence, et vite. J’étais incapable de retrouver mon chemin. Je soupirai.

    « E… Excuse me ? »

    Ma voix retomba, quand la personne passait à côté de moi, discutant avec ses pensées très certainement. Ma voix n’avait été qu’un filet, elle n’avait pas du l’entendre. C’était la bonne raison. Je ne pouvais pas concevoir qu’elle m’avait volontairement ignoré, parce que je ne pouvais pas concevoir la méchanceté gratuite. Je savais que certaines personnes pouvaient être méchantes, mais j’étais convaincue qu’elles ne l’étaient jamais gratuitement, tout simplement parce que ça ne servait à rien. Je tremblais légèrement, parce qu’il faisait maintenant bien nuit. Et que l’hiver n’était plus seulement à nos portes, il était bien là, un hiver nucléaire avais-je entendu, sans savoir exactement ce que ça signifiait. Je fis encore quelques pas en avant, comme si mon instinct allait me désigner le chemin à suivre, mais j’abandonnais bien vite lorsque je commençais à m’emmêler les pieds et à buter sur des trottoirs décalés par l’âge. Je m’appuyai, un peu résigné en fait, contre le mur le plus proche, et j’attendis une inspiration soudaine. Que pouvais-je bien faire ? Marcher toute la nuit ? C’était ridicule. Louisville n’était quand même pas si grand, comment avais-je pu me perdre ? Je ne reconnaissais rien, alors que j’étais là depuis quelques jours à présent, et surtout que j’y avais vécu deux ans…

    Des ombres s’approchèrent, et je me levais prudemment. Louise devait m’attendre depuis plus de trois quart d’heure à présent, et je me devais de lutter contre ma timidité pour leur demander mon chemin. Je pris mon courage à demain, et je demandais en me mélangeant les mots, sans veiller à baisser le ton de ma voix :

    « Disculpe, ¿me pueden ayudar, estoy perdido y ... »

    Leur réaction ne se fit pas attendre, et je compris que j’aurai mieux fais de me taire. Ou de parler français. Visiblement, ils n’étaient pas de ceux qui accueillaient les réfugiés à bras ouverts, et encore moins les étrangers.

    « Qu’est ce qu’il nous veut c’lui là ? »
    « I ... Me perdí y ... »

    Je voulus faire un pas en arrière, mais le mur contre lequel j’étais précédemment adossé m’en empêcha. Les quatre mecs face à moi ne semblaient pas vouloir que mon bien, et le fait que je baragouine en espagnol ne plaidait visiblement pas en ma faveur. Je peinai à retrouver le français, qui était pour moi la langue de la sécurité, de la stabilité, et de Lou. Là, j’étais juste terrifié, et l’espagnol était parfait pour cela, la terreur des rues de Rio résonnant dans ma mémoire comme en écho, avec en fond les cours d’espagnol, ou j’étais perdu, la méchanceté des élèves qui ne comprenaient pas que je ne comprenais pas… « Arrêtez, je… s’il.. please… »
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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mer 17 Juil - 9:36

« L’homme est comme [...] »

La journée avait défilé à une vitesse à peine croyable. J’avais à peine eu le temps de terminer tout ce que je devais faire en ce lundi qui annonçait une nouvelle semaine, et il était déjà l’heure de quitter le cabinet. Mon associé était parti depuis une demi-heure à présent, m’ayant gentiment demandé s’il pouvait s’en aller car il avait rendez-vous quelque part. Je ne voyais aucune raison de le lui refuser, il avait travaillé aussi intensément que moi aujourd’hui. Seul dans le bureau, je poussai un long soupir, en m’étirant quelque peu, toujours assis sur la même chaise qui m’avait supporté toute la journée. Je fis craquer les muscles de mes bras et je les ramenais alors autour de ma nuque, tentant d’alléger la petite douleur lancinante qui s’y était logée depuis un moment. Mon regard se perdit dans le vide, avant que je me rende compte que la nuit était tombée. Déjà ?! J’avais travaillé bien plus tard que je ne le pensais… Est-ce que mon stagiaire – car c’était ce qu’il était en vérité, et non pas un associé, même si je ne l’appelais jamais comme ça, trouvant cela trop hiérarchique – n’était pas parti il y a plus d’une heure maintenant ? Ma notion du temps avait complètement était déréglée par le travail et je ne savais plus trop ce qu’il en était réellement.

Je me levai alors, rassemblant les quelques papiers que je comptais lire le soir en rentrant chez moi. Je les mis dans ma mallette et pris la veste accrochée au porte-manteau pour être vêtu en sortant. Les nuits commençaient à être froides et il valait mieux ne pas sortir sans vêtement si on ne voulait pas attraper quelque chose. Il était déjà assez difficile comme ça pour certaines personnes de survivre en ces temps troublés, sans qu’en plus les maladies ne guettent au coin d’une rue venteuse, désireuses de s’emparer de pauvres corps errants. Je fermai soigneusement le cabinet à double tour, ne voulant pas que quelqu’un s’y introduise la nuit, et pris le chemin du retour. Mon appartement était situé en plein cœur du centre-ville, non loin du bureau, je devais juste passer par quelques petites ruelles qui étaient peu éclairées en cette heure avancée, mais cela ne me dérangeait pas, je les connaissais par cœur, y passant tous les jours depuis maintenant onze années.

Je tournai au coin d’une rue quand j’entendis quelques paroles. Visiblement, je n’étais pas le seul à traîner par ici. Je n’y aurais pas fait plus attention si je n’avais entendu un éclat de rire brutal qui résonna dans l’air, y sifflant de manière ironique, loin d’être un rire joyeux et léger, ce qui aurait pu être le cas avec deux amoureux par exemple. Je fronçai les sourcils et m’approchai alors un peu pour distinguer quatre ombres qui s’avançaient vers un mur. Apparemment, il se passait quelque chose. Et puis, un faible son provint à mes oreilles, comme si quelqu’un se tenait face à ces quatre hommes, dont l’un, je le comprenais maintenant, était celui qui avait émis ce petit ricanement qui m’avait alerté. Je résolus de m’interposer et ma voix grave se fraya facilement un passage jusqu’aux silhouettes qui se retournèrent en m’entendant.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Peut-être me reconnurent-ils, mais je n’avais aucune idée de qui ces hommes pouvaient bien être. Toujours est-il qu’au moment où ils m’aperçurent, ils se dégagèrent du mur et je pus apercevoir un jeune homme légèrement terrifié, coincé contre la paroi de pierre et de bois.

« Y’a un problème ? »

Je voulais connaître la situation, même si je pensais déjà avoir compris ce qui se passait. Je m’avançai alors de quelques pas et l’un des quatre hommes me répondit vaguement :

« Y’a rien m’sieur l’notaire. On s’en allait justement. »

Ainsi donc il savait qui j’étais. Très bien, visiblement, je l’impressionnais, et ça m’arrangeait. Je ne bougeai pas d’un poil, attendant qu’il mette ses paroles à exécution, ce qu’il fit quelques secondes après, suivi de ses trois acolytes, non sans avoir jeté un dernier regard au jeune homme qui n’avait pas bougé, lui non plus. Alors, je me rapprochai de l’inconnu.

« Ça va ? Je peux vous aider ? »

La nuit projetait des ombres un peu partout, si bien que le noir dominait la ruelle, écartant toutes les autres couleurs sur son chemin. Ce n’était pas une nuit noire d’encre, comme on pouvait les connaître en hiver, au plus froid de la saison, mais ce noir nous empêchait de voir correctement les visages, si bien que ce ne fut qu’en étant à deux mètres de l’homme que je constatai que je le connaissais vaguement.

« Hey mais… on se connaît, non ? »

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Sam 27 Juil - 22:17

    « Qu’est-ce qui se passe ici ? Y’a un problème ? »

    La voix avait résonné le long de la rue, me tirant une exclamation de surprise, alors que je suppliais presque les quatre hommes devant moi de me laisser tranquille. Je n’avais rien fait de mal ! Je m’étais simplement perdu… Je comprenais bien que dans ces temps troubles, il ne faisait pas bon vivre d’être étranger, que ce fusse à la ville ou au pays, mais à ce point… Bref. La voix de l’homme d’âge mûr avait porté jusqu’à nous, et arrêté tout mouvement de la part de mes agresseurs – je trouvais le terme légèrement exagéré – qui répondirent calmement, l’air de rien :

    « Y’a rien m’sieur l’notaire. On s’en allait justement. »

    Visiblement, ils étaient impressionnés par celui qui était notaire, et je ne pouvais que le comprendre… ou du moins tenter de le faire. Il fallait dire aussi qu’une voix grave comme ça avait plus d’effet que la voix freluquette que je pouvais avoir… Les jeunes déguerpirent sans demander leur reste, et je voulus prendre le temps d’arrêter de trembler avant de partir, moi aussi. Je n’étais plus vraiment rassuré dans la nuit tombante, et je doutais l’avoir été à un seul instant en fait. L’homme, mon sauveur, s’approcha de moi et je lui fis un sourire désolé, comme pour m’excuser du dérangement que j’avais pu causer dans sa ville.

    « Ça va ? Je peux vous aider ? Hey mais… on se connaît, non ? »

    Je fronçai les sourcils, sans me départir de mon sourire. En effet, je le connaissais. Des années avaient passée, mais je l’avais déjà recroisé plusieurs fois dans la ville depuis mon arrivée, et ses traits n’avaient pas autant changé que ceux de Lou. Et puis… quand un homme vous sauvait, par deux fois si on ajoutait notre nouvelle rencontre, de l’errance, c’était la moindre des choses que de graver sa tête dans sa mémoire. Ma voix était hésitante lorsque je demandai, répondis, acquiesçai à sa question :

    « Je… oui, on s’est déjà rencontré, monsieur… je… je m’appelle Antonin. Joyer. »

    Mes chaussures me semblèrent très intéressantes à cet instant, alors que je sentais mes joues chauffer, signe certains que la couleur de mes pommettes s’approchaient de celle des tomates bien rouges du potager de mes grands parents. Je me passai une main sur le front en essayant de ne pas fuir le regard du notaire. J’étais… je me sentais misérablement gamin face à lui, alors qu’il en imposait pas mal. Je n’étais pas très grand mais il ne m’écrasait pas de sa hauteur, non. C’était… autre chose. Je me souvenais très nettement des ruelles de Rio, de ma peur, et de mon soulagement lorsque j’avais entendu parler anglais. Français. Lorsque j’avais entendu l’une des langues que je maîtrisais parfaitement, et qui portaient la chaleur rassurante d’un cocon de sécurité. Même si, à l’époque, je ne connaissais pas encore Louise, et que je ne parlais français que pour le plaisir, lorsque je jouais aux legos ou que je regardais la télévision, la langue du pays qui m’avait vu naître avait toujours éveillé en moi des échos d’une chaleur maternelle, au même titre que l’anglais. C’était étrange, c’était particulier, mais c’était ainsi. L’anglais, c’était ma langue de base, du travail, de l’apprentissage, de la famille, de la vie en général. Le français, c’était mon jardin secret, ce qui faisait que j’étais moi, ce qui me rapprochait de Louise, de Louisville. L’espagnol, c’était une terreur sans nom, une langue que j’avais apprise parce qu’il le fallait bien, mais qui m’enserrait les entrailles lorsque je l’entendais, et qui faisait ressortir entièrement mon mal-être. Comme lorsque les quatre ombres s’étaient approchées de moi. Mais elles n’étaient plus là, et Arthur Constant se trouvait devant moi maintenant. Donc, j’étais en sécurité.

    « Vous êtes Arthur Constant, c’est ça ? Je… je ne me sais pas si vous allez vous souvenir de moi… Je…, je me mordillai la lèvre, I was in Rio, I was lost. And it was you who found me ..., j’haussai les épaules, avec un petit sourire contrit et gêné, As you can see, I still have a sense of direction deplorable ... »

    L’anglais m’était venu tout naturellement, et je m’en aperçus un peu tard. Si j’étais parvenu à ne pas trop bégayer jusque là, c’était foutu, parce que lorsque je repris, j’étais tellement mal à l’aise que je ne comprenais plus moi-même ce que je voulais raconter.

    « Oups, dé… désolé. Je j’ai-je l’anglais quand je gêné. Peux-tu aider moi ? Euuh… m’aider ? »

    C’était lamentable. J’en perdais mon français, pourtant excellent ; mon accent anglais ressortait encore plus que d’habitude. Ma grammaire frôlait la crise cardiaque et ma syntaxe s’était fait la malle pour rejoindre ma confiance en moi perdue quelque part aux abords du triangle des Bermudes. Pas étonnant que des français de pur souche aient voulu me lyncher, vu la manière dont je foulais leur langue et la malmenais, ce soir. J’avais de la peine pour elle. Et pour moi. Et pour Arthur. Et pour… pour tous ceux qui pouvaient croiser ma route en fait. J’avais de la peine pour Louise qui devait supporter un boulet comme moi depuis plusieurs jours à présent. Plus d’une semaine… déjà… Louise, qui devait s’inquiéter. Je me mordillai la lèvre derechef.

    « Vous allez bien ? »

    Ridicule 1 – 0 Antonin. Il valait mieux que je me taise, sinon j’allais atteindre le noyau terrestre à force de m’enfoncer.

    Spoiler:
     
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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Ven 2 Aoû - 10:21

« L’homme est comme [...] »

Celui que j’avais vaguement reconnu me fit un petit sourire désolé quand les pas de ses agresseurs s’éloignèrent et que je m’avançais pour mieux distinguer les traits de son visage. Le noir ambiant ne m’aidait pas dans cette tâche, mais j’avais une bonne mémoire physionomique, et son nom me revient en tête à l’instant même où il le prononça. Mais oui bien sûr. Antonin Joyer.

Je lui souris amicalement, me rappelant la première fois que j’avais croisé ce gamin – parce que c’était ce qu’il était à l’époque, il n’avait que onze ans – dans les rues de Rio, complètement perdu, n’osant demander son chemin. Assis sur le trottoir, il m’avait jeté un regard quand j’avais bêtement répondu un « merci » à un commerçant de rue à qui j’avais acheté quelques fruits. La langue française avait dû sonner à ses oreilles et il m’a regardé marcher du coin de l’œil, faisant semblant de ne pas faire attention à moi mais je l’avais remarqué. Je m’étais alors assis à côté de lui, mine de rien, et je lui avais simplement dit quelques mots en français, auxquels il m’avait répondu timidement. Je lui avais même donné un fruit, voyant qu’il était affamé et j’avais ainsi vite appris qu’il était perdu depuis trois jours et qu’il ne retrouvait plus ses parents. Je pris alors sur moi de le ramener chez lui. Curieusement, alors que je ne pensais jamais le revoir, un an plus tard, je le vis dans les rues de Louisville. Depuis, on se croise de temps à autres, et je me suis souvent interrogé sur la vie de ce garçon.

« Mais oui bien sûr ! Antonin ! Est-ce que tu vas bien ? Et laisse tomber le "monsieur", ça me donne l’impression d’être vieux. »

Je ris légèrement, pendant qu’il baissa le regard sur ses chaussures. Il semblait constamment apeuré ce jeune homme. Je comprenais qu’il venait de se faire agresser verbalement par quatre mecs un peu louches, mais visiblement, il n’avait rien subi physiquement. Ni coups ni violence d’aucune sorte. Et je n’étais moi-même tout de même pas si effrayant non ? Il reprit finalement la parole et j’acquiesçai quand il prononça mon nom et qu’il bégaya par la suite. Bon sang, je n’allais pas le manger !

« Bien sûr que je me souviens de toi. Je constate d’ailleurs que toi aussi tu te souviens de moi. Et oui, visiblement, ton sens de l’orientation n’est pas encore au point ! Est-ce que tu as pensé à t’acheter des cartes des endroits où tu te trouves ? Ça t’aiderait sûrement à mieux te déplacer. »

Mon ton était léger et plein de petits rires, comme pour tenter de le déstresser et de le faire de se détendre, lui qui semblait paniquer au moindre petit événement. Ainsi donc il avait réussi à se perdre dans les ruelles de Louisville. Il était vrai qu’elles étaient peu éclairées, déjà avant la guerre, mais là encore plus du fait des problèmes d’électricité récurrents. Parfois, les lampadaires n’étaient pas allumés, et cela créait une ambiance particulière dans les rues peu fréquentées à cause du couvre-feu. Généralement, seuls les militaires patrouillaient dans ces ruelles une fois le soir tombé. Je savais que l’heure du couvre-feu allait bientôt tomber, aussi ne fallait-il pas tarder ici. En dehors de l’éclairage, les ruelles se croisaient et se séparaient dans un ballet spécifique qui faisait qu’il était difficile de se repérer correctement si on ne les connaissait pas. Il était donc normal que quelqu’un qui n’y était pas habitué perde son chemin.

« Aucun souci, tu peux parler la langue que tu veux avec moi. Mais comme tu as pu le voir, certains ne sont pas aussi diplomates que moi. Je te conseille donc d’utiliser le français au maximum avec les habitants. C’est bête à dire, mais ils seront plus sympathiques avec toi s’ils voient que tu parles leur langue. »

Alors que je parlais, un bruit se fit entendre plus bas dans la rue et je jetai un coup d’œil à Antonin qui se tourna vers la source de ce bruit. Je lui fis un geste de la main pour indiquer le haut de la rue et me mis à marcher vers là.

« Viens, on va remonter par là. Où dois-tu aller, dis-moi ? »

Nous nous mimes à marcher l’un à côté de l’autre, laissant derrière nous le bruit qui continuait à intervalles réguliers. Difficile de dire exactement ce que c’était. Quelqu’un qui frappait sur quelque chose de métallique ? Un outil quelconque ? Le bruit s’amenuisa au fur et à mesure que nous marchions.

« Je vais bien, merci. Et toi ? Tu as un logement ici à Louisville ? »

Depuis le début de la guerre, la première préoccupation était de trouver un toit sous lequel vivre, pour se préserver du froid qui venait. J’espérais donc qu’Antonin en avait un également.

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Dim 18 Aoû - 21:30

« Mais oui bien sûr ! Antonin ! Est-ce que tu vas bien ? Et laisse tomber le "monsieur", ça me donne l’impression d’être vieux. Bien sûr que je me souviens de toi. Je constate d’ailleurs que toi aussi tu te souviens de moi. Et oui, visiblement, ton sens de l’orientation n’est pas encore au point ! Est-ce que tu as pensé à t’acheter des cartes des endroits où tu te trouves ? Ça t’aiderait sûrement à mieux te déplacer. »

Acheter des cartes des endroits où j’allais ? Voilà qui était une idée… que je n’avais pas eu jusque là. En fait… j’avais des plans des campagnes, des régions, j’avais quelques cartes IGN achetées dans des commerces lorsque je me lançais à la découverte d’une nouvelle contrée mais… ce n’était pas ce que je considérais comme indispensable lorsque je commençais à faire la liste des choses à emporter en voyage. Il n’y avait pas vraiment de cartes des forêts amazoniennes par exemple… J’avais une boussole, j’avais une carte du ciel, je savais me repérer globalement dans un pays mais jamais il ne me serait venu à l’idée d’acheter une carte d’une ville ? Son rire cependant était contagieux et me mit légèrement à l’aise, chose suffisamment rare pour être notée. D’un ton rieur, je répondis donc :

« Mon sens de l’orientation ? Mais il est parfaitement au point, lorsqu’on ne s’évertue pas à mettre des constructions humaines et bétonnées un peu partout ! Quelle drôle d’idée d’oublier la terre, les étoiles et la brise pour se contenter de poteaux indicateurs et de noms de rues, avenues, villes ! Il n’y a pas de « ruelle du little golden mushroom  » dans les forêts à ce que je sache ! Oups désolé… je… encore de l’anglais…»

Mon rire était aussi léger que mes contacts, mais je rougis soudain de la légèreté de mes propos. Peut être que Monsieur Arthur allait se vexer de se voir ainsi rabrouer… ou alors peut être allait il penser que j’étais stupide, fou, ou un quelconque adjectif supplémentaire qui allait m’être attribué. Je lui offris un nouveau sourire contrit à mon utilisation de ma langue maternelle. Je devais être écarlate, mais l’obscurité m’offrait son secours pour soustraire ma rougeur aux yeux d’Arthur.

« Aucun souci, tu peux parler la langue que tu veux avec moi. Mais comme tu as pu le voir, certains ne sont pas aussi diplomates que moi. Je te conseille donc d’utiliser le français au maximum avec les habitants. C’est bête à dire, mais ils seront plus sympathiques avec toi s’ils voient que tu parles leur langue. Viens, on va remonter par là. Où dois-tu aller, dis-moi ? »

Je lui offris, cette fois, un franc sourire à son affirmation. Il avait raison, bien sûr. Le seul problème venait de moi : j’étais parfois, voire souvent, incapable de me rendre compte sur le champ que j’avais changé de langue et que je m’exprimais en anglais ou en espagnol à la place du français requis. Ce n’était pas très malin, dans un pays en guerre contre une nation inconnue, lorsqu’on était un étranger : je m’en rendais parfaitement compte. Il allait me falloir apprendre à contrôler ce que je voulais dire, pour que Shakespeare ne s’octroie pas le droit d’ajouter à mon fort accent son vocabulaire chéri. Un bruit étrange avait attiré notre attention –surtout la mienne, peureux que j’étais – mais Arthur m’avait fait la grâce de m’éviter la honte de demander à vite nous éloigner en proposant de lui-même de nous diriger vers la direction opposée au bruit. Le bruit métallique s’estompa au fur et à mesure que je me fiais totalement à Arthur pour me sortir des méandres des rues labyrinthiques qui m’avaient kidnappé. La voix d’Arthur avait à nouveau retenti dans la rue, mais je n’en entendis que la moitié.

« …u as un logement ici à Louisville ? »

Je n’osais pas lui faire répéter sa phrase, et je m’accommodais de ce qu’il venait de dire, et de ce que j’avais compris. Je cherchais le nom de la rue de Louise, qui était aussi mon ancienne rue, mais rien ne me revint en mémoire. Mince. Mince de mince de mince de shit. Mince. J’étais dans un joyeux pétrin. Je balbutiai dans ma barbe sans grand résultat les maigres souvenirs qui me revenaient en tête avant de rendre les armes et de me laisser parler tout seul sur les rares informations que je pouvais avoir. En tant que notaire de Louisville, peut être connaissait-il Lou.

« Je… j’habite chez une petite amie, je rougis à nouveau, sans savoir exactement pourquoi cette fois-ci,, une amie d’enfance je veux dire. Une amie de quand j’étais petite, euuh… petit. Elle est plus petite que moi, je veux dire. Enfin plus petite en taille, pas en âge. »

J’arrêtai ici le massacre, et je m’arrêtai tout court dans la rue, pour inspirer un bon coup. Ca ne servait à rien de trop s’énerver, il fallait que je reprenne au début et que je me calme un peu. Voilà. Je devais juste dire que j’habitais chez Louise Victor, dans le quartier où j’habitais il y avait douze ans de cela. Je songeai brièvement à ce que m’avait dit la dame, Elena, que j’avais rencontrée dans le bois, à propos des différentes caractéristiques des quartiers, mais rien ne me revint en mémoire : elle avait parlé trop vite et mon esprit anglais s’était trouvé perdu devant un tel débit. J’inspirai profondément avant de lâcher :

« C’est une amie d’enfance, Lou… Louise Victor qui m’héberge. Mais je suis incapable de me souvenir du quartier… C’est la maison voisine, ou presque, de celle où je… on habitait, y’a longtemps. Je… »

J’étais bien loquace, pour le coup. Arthur était associé à la sécurité dans ma tête, ce devait être pour ça que les mots filaient sans crier gare. Je lui faisais confiance, j’étais capable de tout lui dire quelle que fut sa question. Comme avec Louise.
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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 11:14

« L’homme est comme [...] »

Visiblement, j’avais réussi à le détendre un peu, et je m’en félicitais. Il semblait déjà suffisamment tendu pour que je le stresse encore plus. Les quatre hommes qui l’avaient quelque peu attaqué verbalement, d’après ce que j’avais pu voir, ne devaient pas avoir aidé à ce qu’il se sente en sécurité et qu’il ose parler ouvertement. Mieux valait la jouer cool pour ne pas le faire paniquer davantage. Il rit en me répondant, et je fus ravi de constater qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche. Je préférais ça à quelqu’un qui ne parlait pas. J’étais moi-même quelqu’un qui trouvait généralement toujours quelque chose à dire, en toutes circonstances. Je n’avais jamais été du genre à parler pour ne rien dire, mais j’aimais partager mon avis sur un sujet, débattre, et exposer ce que je pensais d’une situation. En même temps, vu mon métier, je me devais d’être un minimum sociable, sinon je n’aurais pas été un très bon notaire.  

« Ah c’est sûr que ce n’est pas toujours facile de se repérer dans une ville ! Surtout quand, comme toi, on n’a pas l’habitude d’y vivre. Mais, contrairement à toi, je serais bien incapable de m’orienter dans une forêt. Lâche-moi en plein cœur d’une épaisse forêt, et tu peux être sûr que je ne vais pas réussir à en sortir. »

J’avais énoncé ça uniquement dans le but de partager quelque chose avec lui, et de continuer de le mettre en confiance avec moi. S’il ne me parlait pas après tout, je serais incapable de l’aider, donc lui parler de tout et de rien me semblait un bon moyen d’y parvenir. Lorsque nous nous mimes en route, je ne savais pas encore où le jeune homme devait se rendre. J’avais tout d’abord cherché à nous éloigner de ce bruit étrange qui résonnait dans l’air et qui s’espaçait au fur et à mesure que nos pas nous guidaient dans d’autres ruelles tout aussi peu éclairées. Je me rendais compte subitement que je passais souvent dans ces rues lorsque la nuit était tombée. Il y avait le couvre-feu organisé par les militaires, mais, généralement, j’arrivais à rentrer avant qu’il ne tombe, et, lorsque ce n’était pas le cas, je m’arrangeais pour me faire discret. Je ne dérangeais personne après tout. Et puis, j’étais connu des militaires, ils savaient tous plus ou moins qui j’étais et cela m’arrangeait bien. Silencieusement, ou presque, j’avançais dans le dédale des ruelles de Louisville, Antonin à mes côtés.

Je haussai un sourcil intéressé et interrogateur quand il me parla d’une petite amie. Mais il rectifia rapidement en s’embourbant dans ses mots. Je ris alors qu’il achevait sa phrase en baragouinant, si bien que je ne compris rien à la fin de ce qu’il dit. Il s’arrêta même en plein milieu de la rue, d’un coup, comme pour respirer correctement pour reprendre ses propos. C’était extrêmement drôle mais je me retenais de rire de trop, de peur de le vexer et de le faire se renfermer sur lui-même. Je le trouvais terriblement amusant ce garçon, et je ne pouvais m’empêcher de lui sourire amicalement. Je ne le voyais que très peu, et pourtant, j’avais l’impression de le connaître déjà très bien. C’était étrange. Il respirait presque la gentillesse à plein nez, et qui pouvait ne pas apprécier un garçon comme ça ?

« Louise Victor ? Ce nom ne me dit rien. Elle a toujours habité ici ? »

Je ne connaissais certes pas tous les habitants de Louisville, mais disons, une grande partie. Surtout ceux qui étaient là depuis toujours. Ceux qui avaient connu mes parents, ceux que j’avais côtoyés sur les bancs de l’école, les voisins, ceux avec qui je jouais les soirs d’été dans tous les recoins possibles de la ville, alors que j’étais enfant… Bref, je connaissais quand même pas mal de monde. Le fait que ma famille ait toujours habité Louisville aidait grandement. Je connaissais grâce à ça des familles entières, ayant côtoyé les parents, amis ou connaissances des miens, mais aussi les enfants, ceux de mon âge et puis des plus jeunes… Mais le nom qu’Antonin venait de me donner ne me disait rien.

« Ah, je vais avoir du mal à savoir dans quelle direction te dire d’aller… Je ne sais pas où tu habitais quand tu étais plus jeune. Ni où habite cette Louise. Tu ne peux pas me donner quelques détails qui m’indiqueraient plus ou moins la zone ? Des indices sur le quartier potentiel ? »

Je voulais bien l’aider, mais sans aucune information, ça allait être dur de lui indiquer la bonne route. J’attendais donc qu’il cherche des détails dans sa mémoire pour m’aiguiller. Les quartiers de Louisville étaient tout de même assez reconnaissables, du moins pour ceux qui s’y connaissaient, et je ne doutais pas de pouvoir l’aider à partir du moment où il m’aurait donné quelques informations.

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mer 21 Aoû - 11:34

« Louise Victor ? Ce nom ne me dit rien. Elle a toujours habité ici ? »

Le rire du notaire me déstabilisa légèrement, pour la simple raison que je devins un peu plus pivoine, et que j’étais encore plus gêné. J’avais un peu honte. J’avais 25 ans, et j’étais aussi autonome qu’un chaton lâché en pleine nature. Le pire, c’était que j’en étais conscient, et que j’étais conscient d’être totalement autonome par moment, et absolument irresponsable à d’autres. Là, j’avais placé ma confiance totale en Louise, et j’avais négligé de prendre des points de repère. Je bégayai en réponse à sa question un vague « Oui, oui, je crois. Mais elle est partie étudier. Et elle est revenue il y a deux mois. Plus de deux mois maintenant. » Je pris mon inspiration alors qu’Arthur reprenait :

« Ah, je vais avoir du mal à savoir dans quelle direction te dire d’aller… Je ne sais pas où tu habitais quand tu étais plus jeune. Ni où habite cette Louise. Tu ne peux pas me donner quelques détails qui m’indiqueraient plus ou moins la zone ? Des indices sur le quartier potentiel ? »

Je creusais ma mémoire à la recherche d’indices. Lorsque je devais apprendre quelque chose, que je me concentrais vraiment, à fond, j’avais une mémoire que l’on pouvait qualifier d’indélébile. Elle demandait de la concentration mais elle était belle et bien là. C’était grâce à elle que j’avais réussi à toujours obtenir les informations que je cherchais sans les demander. Je quêtais les informations utiles en écoutant du mieux que je le pouvais les discussions, et en étant curieux et attentif. Mais dès que je relâchais mon attention, je m’envolais dans mon monde un peu ailleurs. Pour le coup, là, j’avais du mal.

« Je ne sais pas trop… Je… j’ai du mal avec les noms français. C’est pour ça que j’ai du mal avec les noms de rues… de villes… »

Ma main nerveuse passa dans mes cheveux un peu longs, les décoiffant un peu plus, les emmêlant davantage. Ils me protégeaient, ils me cachaient au monde et à la réalité, ils m’épargnaient la honte d’être un incapable. J’avais besoin de Louise pour exister, j’avais besoin de Louise pour ne pas me perdre, que ce fusse dans mes pensées, dans ma tête, dans les villes et les rues de Louisville et de France. Louise… Louise qui devait m’attendre, Louise qui devait s’inquiéter. Elle savait ce dont j’étais capable, elle savait que je me perdais facilement. Et elle devait aussi savoir, pour le couvre-feu, qu’li devait très certainement être passé depuis bien longtemps à présent. Sa mère aussi devait s’inquiéter. Il fallait que je me souvienne du nom du quartier, du nom de la rue, de n’importe quoi pourvu qu’Arthur localise la maison de Louise. Les murs. Les murs étaient comment ? Il fallait bien commencer par quelque part non ?

« Excusez moi… je suis un peu… je crois que… Déjà, il y a un grand chêne devant chez elle. Un très grand chêne. Vieux aussi. Les maisons sont en brique. Je crois… »

J’étais élagueur grimpeur, pas architecte, et ce n’était pas pour rien : je savais reconnaître la plupart des arbres, j’y grimpais plus facilement que je marchais, mais en ville… Je m’excusai à nouveau :

« Je suis vraiment désolé, je… je suis irresponsable. Sinon, si vous pouviez me guider vers un grand axe, peut être que… peut être que je retrouverais el  camino a casa de Louise., je me repris un peu tard, le chemin de la maison de Louise. »

Je fis silence après ces quelques mots maladroits en espagnol. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas autant parlé cette langue que j’abhorrai presque pour les souvenirs qu’elle charriait derrière elle. Ce n’était pas sa faute, certes, mais elle était liée à des émotions que je n’aimais pas vraiment. Je fis un mouvement pour que l’on recommence à marcher, et qu’on accélère le pas. Je n’étais pas pressé de quitter Arthur, j’étais pressé d’être… en sécurité avec Lou. Ma Lou, à moi. La maison. Je l’avais déjà adoptée, même si je l’avais perdue dans les méandres de Louisville. Je devais me prendre en main. J’avais été l’homme responsable de la maison, lorsque je vivais chez mes parents, pour la simple raison qu’ils avaient rejeté en riant leurs amarres pour s’envoler vers le noyau terrestre et se détacher de la réalité. J’avais été leur lien avec le monde réel, avec les finances, avec les inscriptions au collège, les devis, les cautions, les versements, les courses, la nourriture, j’avais été là pour gérer leurs arrières, comme si c’était naturel. Et depuis que j’étais partie de la maison, ou plutôt du cercle familial puisqu’aucun bâtiment ne méritait le nom de « maison », ou que ce soit dans le monde, je m’étais donné le droit sans le savoir de devenir comme eux, me reposant sur les autres pour me guider dans le monde trop complexe, trop noir, trop sombre pour moi et ma naïveté. C’était quelque chose d’étrange : j’étais naïf, j’étais rêveur, j’étais ailleurs, mais j’en avais dans une certaine mesure conscience, du fait d’avoir eu l’exemple de mes parents. Mais ça ne changeait rien. Il fallait juste que j’apprenne à redevenir… plus… moins… moins comme mes parents, plus comme les gens normaux.

« Je suis vraiment… confus., mes cheveux tombèrent devant mes yeux, alors que mon regard contemplait ce que je pouvais voir du sol si je peux vous dédommager d’une quelconque manière… Je sais qu’il y a un… un… je ne trouve plus le mot… un… there is a curfew now in town. I guess it's over now ... and ... if you want me ... uh ... deliver to the military, this is normal. I mean ... this is wrong ... be out again ... especially since I'm a ... uh ... a stranger.”

Je mangeai mes mots, je balbutiai: plus rien ne devait être compréhensible dans ce que je venais de dire. Je me sentais mal à l’aise, non pas du fait de la présence d’Arthur, mais parce que mon altercation d’un peu plus tôt m’avait mis devant les yeux que j’étais un étranger dans un pays en guerre. Ce n’était pas la situation la plus enviable, loin de là. Très loin de là. Nous arrivâmes à un carrefour.
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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Lun 2 Sep - 11:14

« L’homme est comme [...] »

« Depuis deux mois ? Ah c’est sûrement pour ça que je ne la connais pas alors. »

J’avais choisi d’ignorer la rougeur des joues d’Antonin, que le noir ne m’avait pas cachée cette fois-ci. Mon petit rire ne l’avait pas aidé à se sentir plus en confiance envers lui-même, mais je n’avais vraiment pas pu m’en empêcher. Il était beaucoup trop attendrissant pour ne pas sourire ou rire. Je ne riais pas de lui, au contraire, je riais à cause de lui, et j’espérais qu’il en avait bien conscience.

« Réfléchis, tu dois bien pouvoir me donner un petit détail. »

Je le vis passer sa main dans ses cheveux, comme à la recherche d’un indice qui était perdu au fin fond de sa mémoire. Je me demandais comment il faisait dans la vie de tous les jours, s’il prêtait toujours aussi peu attention à ce qui l’entourait. Il ne pouvait tout de même pas devoir toujours compter sur l’aide de parfaits inconnus en pleine rue. Et encore, je n’étais pas totalement inconnu pour lui, puisque nous nous étions déjà retrouvés dans ce genre de situation, même si c’était à des milliers de kilomètres de là. Déjà à ce moment-là je m’étais posé beaucoup de questions sur ce petit garçon qui, bien qu’il parle peu et bégaye beaucoup, me semblait déjà bien plus autonome que beaucoup d’autres enfants de son âge. Et là, cette belle autonomie semblait s’être envolée alors que les ruelles de Louisville se refermaient sur son âme prisonnière. C’était étrange. Je n’arrivais pas encore bien à le cerner et me poser des questions sur lui amusait mon esprit presque endormi à cause de l’heure tardive.

« Ah des briques tu dis, et un grand chêne ? Bon alors ce n’est déjà pas le centre-ville. Ici y’a que des maisons à colombages, ou presque. Mais qu’est-ce que tu fais perdu dans le centre alors si ton amie n’habite même pas ici ? »

Qu’est-ce qui avait pu l’attirer dans le centre-ville à cette heure avancée de la soirée ? Peut-être était-il perdu depuis plus longtemps en fait, ça, je n’en savais rien. Si ça se trouvait, il cherchait son chemin depuis un petit temps et il n’avait osé demander son chemin à personne avant les quatre mecs bizarres qui l’avaient rembarré sèchement. Il n’avait pas eu de chance de tomber sur eux. Heureusement que j’étais arrivé, sans vouloir me vanter. J’allais même peut-être pouvoir le mener sans encombres supplémentaires au lieu où il voulait se rendre.

Ça doit être le quartier sud je pense. Toutes les maisons sont faites de briques là-bas. Et il n’y a pas d’usine près de chez ton amie ? Sinon c’est que c’est au nord. »

J’allais le perdre avec toutes mes informations. Il donnait tellement l’impression d’être un pauvre petit animal perdu, sans repères, que j’avais peur de le noyer sous un flot d’informations sur les différents quartiers. Aussi me tus-je, attendant de voir s’il confirmait mes intuitions sur le quartier. Ce fut également pour ça que je me décidai de ne pas le lâcher là, comme ça, en lui donnant une vague direction pour la suite de son trajet.

« C’est bon je vais t’accompagner jusqu’à l’entrée du quartier, on verra bien si tu reconnais à partir de là. »

Il avait à nouveau prononcé des mots en espagnol, et je le soupçonnais fortement de recourir à d’autres langues quand il était gêné, perturbé, ou anxieux. Et en cet instant, il était probablement les trois à la fois. Même ses pas semblaient incertains, alors que nous reprenions notre route après qu’il se soit arrêté pour reprendre ses esprits. Je lui emboitai le pas, trouvant cela assez drôle qu’il passe devant alors qu’il ne savait absolument pas par où aller. Mais je me tus, me contentant de me placer à sa hauteur pour lui montrer que j’étais toujours décider à l’aider et à l’amener à bon port.

« Me dédommager pour t’avoir montré le chemin ? M’enfin ne dis pas n’importe quoi ! Je ne vais pas te laisser errer seul dans les rues de Louisville alors que le couvre-feu est passé. Et puis je connais quelques militaires, donc tu auras moins de problèmes si tu es avec moi. Et quand bien même, si tu te perds encore, ou que tu comprends mal les explications que je peux te donner, qui sera là pour t’aider à reprendre le bon chemin ? »

Mon ton était toujours léger, je me contentais d’énoncer des faits et de discuter sans arrière-pensées avec Antonin. Mine de rien, cela me faisait plaisir de le recroiser après toutes ces années. Nous n’avions plus eu l’occasion de nous parler depuis tout ce temps, mais il était resté fort semblable au jeune garçon que j’avais connu au Brésil. Nos pas nous avaient amenés à la limite du centre-ville, et à présent se dressait un carrefour devant nous. Sans attendre, je pris le chemin en face de nous, emmenant sur mon passage Antonin qui me semblait toujours aussi hésitant.

« Viens, ça doit être par là si c’est bien le quartier auquel je pense. Ça fait longtemps que tu es revenu à Louisville ? Tes parents sont avec toi ? »

Me souvenant peut-être un peu tard que nous vivions une situation assez particulière, avec la guerre et les bombardements, je me morigénais d’avoir posé cette question. Peut-être les avait-il perdus et ma question allait le gêner… Je n’avais pour ma part aucunes nouvelles de mes parents depuis ce fameux jour du 22 septembre. Ils étaient partis en vacances dans le sud de la France et je doutais d’avoir de leurs nouvelles un jour. Si Antonin vivait une situation semblable, je risquais de le mettre mal à l’aise avec cette question… Mais le mal était fait, je ne pouvais plus effacer cette question qui flottait dans l’air.

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Dim 8 Sep - 13:44

« Ah des briques tu dis, et un grand chêne ? Bon alors ce n’est déjà pas le centre-ville. Ici y’a que des maisons à colombages, ou presque. Mais qu’est-ce que tu fais perdu dans le centre alors si ton amie n’habite même pas ici ? Ça doit être le quartier sud je pense. Toutes les maisons sont faites de briques là-bas. Et il n’y a pas d’usine près de chez ton amie ? Sinon c’est que c’est au nord. »

J’acquiesçai à chacun de ses mots qui répétaient, comme en écho, les miens. Oui, des briques. Oui, un chêne. Un grand, très grand chêne. Noueux, âgé, plein de sagesse, comme tous les arbres centenaires qui nous protégeaient du soleil et nous offraient un refuge dans leurs branchages. Oh, le quartier sud donc ? Je répondis par la négative lorsqu’il me demanda s’il y avait des usines, pas un simple mouvement de tête. Il valait mieux que je me taise pour le moment, j’avais peur de me perdre dans mes mots en plus de me perdre dans la ville. Je ne répondis donc pas à sa question concernant ma présence dans le centre, trop timide pour ça, d’autant plus qu’Arthur avait déjà enchaîné sur d’autres sujets, d’autres questions.

« C’est bon je vais t’accompagner jusqu’à l’entrée du quartier, on verra bien si tu reconnais à partir de là. »

« Merci monsieur. »

Ma voix me fit l’impression d’être étrangement faible, et forte dans les rues désertes. Faible, parce qu’elle était frêle, semblable à celle que j’avais à Rio. Forte, parce qu’elle semblait se répercuter contre les murs, pour s’amplifier d’elle-même puisque je ne daignais pas lui donner moi-même un peu de volume. Il semblait bien avoir compris que me laisser seul en m’indiquant approximativement mon chemin n’allait pas vraiment m’aider. Annabelle avait bien tenté de faire ça, lorsque je l’avais rencontrée, mais je n’avais rien compris à ses propos et je m’étais ridiculisé en prenant tout à fait le mauvais chemin, confondant ma droite et ma gauche de manière déplorable. Je m’excusai face aux désagréments que je lui faisais subir et m’excusai une nouvelle fois par rapport au couvre feu. Je ne voulais pas le mettre dans l’embarra vis-à-vis des militaires, et il devait avoir bien mieux à faire que m’aider à retrouver la maison de Louise.

« Me dédommager pour t’avoir montré le chemin ? M’enfin ne dis pas n’importe quoi ! Je ne vais pas te laisser errer seul dans les rues de Louisville alors que le couvre-feu est passé. Et puis je connais quelques militaires, donc tu auras moins de problèmes si tu es avec moi. Et quand bien même, si tu te perds encore, ou que tu comprends mal les explications que je peux te donner, qui sera là pour t’aider à reprendre le bon chemin ? »

Je fis un petit sourire à Arthur. A croire qu’il allait réussir l’exploit de me mettre vraiment à l’aise. Je n’étais pas du genre à prendre mal de telles remarques, surtout qu’elles étaient justifiées, et je me permis de dire maladroitement un « C’est une excellente question mon… Arthur. Je crois bien que vous avez le malheur d’être celui qui me remettra toujours sur la bonne voie. ». Nous arrivâmes rapidement à une nouvelle intersection, et je ralentis légèrement le pas pour le voir prendre la direction qu’il fallait avant de m’engager derrière lui. Il m’encouragea à avancer d’un  « Viens, ça doit être par là si c’est bien le quartier auquel je pense. » Avant de me poser de nouvelles questions, sur mes parents et sur mon arrivée en ville.  

Mes parents. Il y eut une seconde de flottement, et je répondis tout naturellement, pour ne pas qu’il soit mal à l’aise.

« Je suis là depuis une semaine, je crois. Brrr…, je croisais les bras et rentrais la tête dans les épaules pour chercher un peu de chaleur. Ce n’était vraiment pas le moment d’oublier son sweat, et j’espérais le retrouver demain. Quant à mes parents… ils ne sont pas là, non. Vous savez, ils sont du genre à beaucoup voyager. Aux dernières nouvelles ils étaient… Je fronçai les sourcils. D’habitude, je m’en souvenais bien, de là où ils étaient. Ils avaient fait un tour au Qatar, puis étaient redescendus du côté du Gabon. Et maintenant… Oh et bien fichtre alors, je suis incapable de vous dire où ils étaient dernièrement. Je sais qu’ils ont quitté le Gabon en juin, mais je n’arrive plus à retrouver leur nouvelle destination. Bon après, ça ne devait pas vraiment intéresser Arthur. Il m’avait juste demandé si mes parents étaient ici. Ah voilà, ils étaient aux Maldives. Vous savez, ils n’aiment pas vraiment revenir dans des endroits qu’ils ont déjà habité. Je trouve ça reposant, personnellement. »

Je me mordillai la lèvre. Qu’est ce qu’il me prenait de parler d’un coup ? Pendant une heure, je ne prononçais pas un mot, et voilà qu’Arthur me demandait quelque chose à propos de mes parents, et je commençais à raconter ma vie – ou plutôt la leur –. Me manquaient-ils à ce point ? Je n’en savais rien. Plus les mois allaient s’écouler, plus l’absence de nouvelles allait se faire sentir, c’était une certitude, mais pour le moment… Il m’apparaissait comme évident que je n’allais pas avoir de nouvelles, alors je ne m’en faisais pas. Et puis, j’avais Lou. Non ? Je regardai tout autour de nous, et je fronçai légèrement les sourcils.

« Je… je crois que je reconnais par ici. Vous aviez raison, il me semble que c’est ce quartier. Et cette rue, je crois. Comment s’appelle ce quartier ? »
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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mer 18 Sep - 10:42

« L’homme est comme [...] »


« Antonin, le grondai-je gentiment, j’ai dit quoi par rapport au "monsieur" ? »

Cela ne me dérangeait pas tant que ça mais j’avais vraiment l’impression d’être vieux quand un jeune de l’âge d’Antonin m’appelait de cette manière. Je n’étais tout de même pas si âgé non ? Bref, la question de l’âge me revenait trop souvent en tête ces derniers temps, sans que je sache réellement pourquoi.

Il me fit un petit sourire quand je lui dis que j’avais l’intention de l’accompagner jusqu’au bon quartier. Après tout, je n’avais pas spécialement envie de le voir traîner dans les ruelles de Louisville, surtout après l’altercation qu’il venait d’avoir avec quatre jeunes habitants de la ville. La guerre nous avait amené beaucoup de choses négatives, comme une suspicion exacerbée entre habitants, réfugiés et étrangers. Je ne pouvais pas dire que j’avais moi aussi envie de privilégier les citoyens de Louisville. Après tout, il s’agissait de leur ville, avec leurs propres ressources. Mais j’avais également certaines valeurs en moi comme le partage et l’égalité qui me tiraillaient, m’interdisant de telles pensées. Et puis, par exemple avec Antonin, pour moi, il ne s’agissait pas d’un étranger, donc où se trouvait réellement la limite entre tous les statuts que nous nous donnions pour nous faire appartenir à un groupe ? Tout cela était tellement flou et vague que la plupart du temps, je m’énervais contre cela. Je savais que mon cousin avait un avis plus radical sur la question. Il défendait assez bien son envie de n’aider que les habitants de la ville et je pouvais le comprendre. Mais je n’étais pas aussi virulent que lui. C’était tellement arbitraire de décider qui loger, qui nourrir, qui aider en fonction de s’il était originaire de la petite ville normande ou pas.

« Oh je veux bien de ce rôle sans souci. Ce n’est pas comme si indiquer le chemin à quelqu’un demandait beaucoup d’efforts non plus. »

Je fis un petit haussement d’épaules pour appuyer mes propos. Je trouvais qu’il était beaucoup trop reconnaissant par moments. Après tout, je ne faisais que lui indiquer la route, ce n’était pas comme si je lui offrais une voiture non plus… quoi qu’une voiture en ces temps de guerre n’était plus très utile étant donné que l’essence se faisait rare et que la plupart des habitants évitaient de se déplacer de cette façon. De toute manière, où seraient-ils allés ? On ne pouvait guère aller loin car qui savait ce qui se trouvait aux alentours de Louisville ? Les gens préféraient y rester bien en sécurité, rassurés, pour certains, par la présence des militaires. Pour ma part, j’étais plutôt pour leur présence, et pour le couvre-feu qu’ils avaient mis en place. Je trouvais ça nécessaire pour éviter les pillages dus au manque de nourriture et de vivres essentiels à notre survie.

Lorsqu’il répondit à d’autres de mes questions, je laissais une exclamation surprise franchir mes lèvres, me retournant vers lui pour le regarder d’un air perplexe.

« Une semaine seulement ? Mais… tu étais où alors quand les bombes ont explosé un peu partout ? Le week-end du 22 et 23 septembre ? »

Avait-il erré pendant des jours avant de tomber sur Louisville ? Il avait dû être totalement affaibli si c’était le cas ! Nous étions le 22 octobre et cela faisait donc tout juste un mois que le monde avait connu ces événements dévastateurs. S’il était là depuis une semaine, cela voulait dire que pendant trois semaines, il avait dû survivre par ses propres moyens, et l’homme moderne aurait bien du mal à le faire, à présent qu’il était habitué à un confort de vie qui demandait peu d’efforts pour survivre. Je savais qu’Antonin était un jeune homme débrouillard, après tout, il avait passé sa vie à crapahuter de ville en ville, suivant ses parents et leurs envies de changement. Il devait être mieux armé pour survivre dans la nature qu’un quelconque Français ayant toujours vécu dans sa petite ville dans son confort européen, ayant à sa disposition tout ce qu’il souhaitait. Mais je ne pouvais m’empêcher d’être surpris par ce qu’il venait de me dire. Me rappelant qu’il avait aussi parlé de ses parents, et de leur envies perpétuelles de changement, je lui répondis d’un ton plus posé :

« Oui je te comprends, j’aime bien revenir dans des lieux que je connais déjà. Surtout des endroits que j’ai aimés évidemment. Tu es déjà allé en Irlande ? J’adore ce pays. »

Quand nous arrivâmes à l’entrée du quartier sud, Antonin regarda tout autour de lui, semblant essayer de reconnaître les lieux. Ce qui fut le cas apparemment, puisqu’il déclara connaître la rue où nous étions. C’était une des rues principales du quartier, donc j’espérais bien qu’il puisse se repérer à partir d’ici. Lui seul connaissait la maison de cette Louise après tout.

« Son nom ? La Belle Alliance. Pourquoi ? Tu connais son nom ? Si oui on aurait pu commencer par ça, cela aurait été plus facile. »

Je lâchai un petit rire pour accompagner mes paroles.

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Ven 20 Sep - 21:06



« Antonin, j’ai dit quoi par rapport au "monsieur" ? »

Je voulus rentrer la tête dans mes épaules, dans mon tee-shirt, pour ne plus être en vue d’Arthur. Il avait dit… il avait dit que ça le faisait se sentir vieux. Et donc qu’il fallait que j’évite. Ce que je n’avais pas du tout fait… et bien, voilà qui était malin de ma part… Nous approchions du quartier, et nous continuions de parler. Je me repris de justesse lorsqu’un nouveau monsieur voulut franchir mes lèvres, et le remerciai de m’aider. Sa réponse me fit sourire. Arthur avait vraiment un don pour me mettre à l’aise, ou du moins plus à l’aise que d’habitude. Lorsque je rougissais, lorsque je perdais mes moyens, lorsque mes mains devenaient moites, je commençais à bégayer et le cercle devenait vicieux. Arthur, lui, parvenait sans que je ne sache comme à m’extraire de ce cercle dès qu’une petite remarque ou maladresse de ma part m’y faisait plonger. « Une semaine seulement ? Mais… tu étais où alors quand les bombes ont explosé un peu partout ? Le week-end du 22 et 23 septembre ? » Sa petite exclamation de surprise me fit avoir une petite pointe d’angoisse. Qu’est ce que c’était ? Du reproche ? De… J’inspirai et terminai de répondre à ses questions, finissant par parler de mes parents dont je n’avais plus de nouvelles, forcément, et dont je peinais à retrouver la localisation. Ou du moins, leur dernière localisation connue. J’achevai ma réponse par une réflexion portant sur les retours dans une ville déjà connue, ce que moi je ne connaissais pas vraiment. Comme je l’avais dit à Louise, c’était la première fois que je remettais les pieds dans une ville dans laquelle j’avais précédemment habité.

« Oui je te comprends, j’aime bien revenir dans des lieux que je connais déjà. Surtout des endroits que j’ai aimés évidemment. Tu es déjà allé en Irlande ? J’adore ce pays. »

« Je ne crois pas, non. Mes parents n’aimaient pas trop aller dans des pays anglophones, à moins qu’ils ne se trouvent dans un océan perdu. Ils ne juraient que par la roche, les volcans et les plaques tectoniques, et je ne crois pas que l’Irlande soit un pays d’accueil acceptable selon leurs critères. »

Ca avait étonné bien des gens lorsque j’étais entré à l’école, mais j’avais une excellente culture de tout ce qui était géologie du fait de mes parents, une bonne maîtrise des langues malgré ma surdité partielle du fait de mes voyages, et un niveau de désintérêt total des choses matérielles du fait de ma vie de Bohème. Autant je pouvais être totalement ignorant des choses décrites comme élémentaires par mes camarades de classe, autant je pouvais discourir sans m’interrompre – une fois qu’on m’avait lancé sur le sujet – sur les différentes caractéristiques des roches volcaniques, les familles de cailloux, les accidents tectoniques les plus célèbres… Avoir comme parents James et Sophia Joyer n’avait pas que des désavantages, finalement… J’inspirai calmement en demandant le nom du quartier à Arthur.

« Son nom ? La Belle Alliance. Pourquoi ? Tu connais son nom ? Si oui on aurait pu commencer par ça, cela aurait été plus facile. »

Tant pis pour la respiration calme, j’hoquetai d’un rire gêné.

« Non, non, je ne le connais pas, c’est juste pour… si jamais I’m lost again… euh, je suis perdu, et bien, que je puisse… commencer par là. »

Je me passai une main dans les cheveux, laissant mon regard dériver sur le quartier comme pour m’en imprégner le plus possible et le reconnaître encore plus vite la fois prochaine. Belle Alliance. Belle Alliance. Il fallait que je retienne ces deux mots. Il fallait que… ciel. J’avais oublié de lui répondre à l’une de ses questions.

« Hum…, j’étais un peu perdu, pour changer. Je suis… désolé, j’ai oublié de répondre… oui, je suis arrivé il y a une semaine. Avant je… , j’avais l’air malin. Je quoi ? Je pris mon inspiration. J’ai l’habitude de partir en voyage seul, les étés, et cette année, j’ai choisi la France, parce que je déménageai en Espagne. D’ailleurs, j’ai perdu ma voiture, du coup… et mon déménagement… et donc euh… je suis parti trois semaines, à partir du 24 août, dans la campagne normande. Je n’ai appris qu’il y avait eu un petit problème mondial que…, je me mordillai la lèvre. que lorsque je suis allé acheter du pain dans un village. C’était la folie. Alors, j’ai acheté le pain, et je suis reparti. Je me suis dis qu’il valait mieux que je ne change pas trop mes… plans… j’ai du me tromper en regardant le ciel  parce que je suis descendu plus au Sud que prévu… Et je suis arrivé à Louisville. »

C’était le récit follement palpitant d’Antonin Calum Joyer. J’étais parti en vacances, j’avais découvert que le monde était en guerre contre lui-même en allant acheter du pain et j’étais arrivé à Louisville parce que j’avais mal considéré la Petite Ourse dans la voute céleste. Avec un petit sourire que je ne pus empêcher de naître sur mes lèvres, j’achevai mon histoire :

« Et j’ai rencontré Lou… Louise dans le magasin. Comme à la mairie, ils ont dit que je pouvais aider, je suis resté. J’étais en train de couper du bois cet après midi. »

Je m’interrompis donc, doucement. D’une voix fleurtant avec le chuchotis le plus bas, je m’enquis auprès d’Arthur, que j’avais tout naturellement adopté comme ange gardien, tout comme j’avais adopté Louise comme meilleure amie avec la simplicité qui m’était commune.

« Arthur, vous pensez que c’est vraiment grave ce qu’il s’est passé, dans le monde ? »

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mar 5 Nov - 11:19

« L’homme est comme [...] »


« Ah c’est bien dommage… Les paysages sont absolument magnifiques là-bas. »

Je me retins de lui dire d’y aller un de ces jours. C’était bien une chose à ne pas dire alors que nous semblions être coincés pour le reste de notre vie à Louisville. Je me demandais soudainement ce qu’Antonin pensait de tout cela. Est-ce qu’il n’allait pas vouloir repartir un jour, malgré que nous ne sachions absolument pas ce qui se passait à des kilomètres de là ? Il était un aventurier après tout, toute sa vie il avait voyagé avec ses parents. Comment allait-il supporter d’être bloqué ici, dans une petite ville de France, alors qu’il ne vivait qu’en se déplaçant régulièrement ? J’espérais qu’il ne commettrait pas de folie s’il décidait à un moment de partir loin d’ici, juste pour aller voir ce qui se passait de l’autre côté… C’était déjà assez dangereux au quotidien pour que l’on s’aventure là où les questions demeuraient insolubles.

J’acquiesçai pendant qu’il m’expliqua en quoi le nom du quartier pourrait lui être utile à l’avenir.

« Ah oui en effet, ça pourra t’aider la prochaine fois. »

Il passa une main dans ses cheveux en jetant un coup d’œil au quartier que nous venions d’approcher. D’ici, il devrait normalement pouvoir retrouver son chemin vers la maison de son amie. Et puis, ne la connaissant pas moi-même, j’aurais été bien incapable de l’aider à retrouver une habitation en particulier. Mais avant qu’il ne me dise quoi que ce soit concernant un chemin qu’il aurait pu reconnaître pour lui indiquer la bonne direction, il répondit à ma question qui était restée en suspens. Ah oui tiens, il n’avait pas répondu. J’écoutai attentivement son explication du coup, curieux que j’étais de savoir ce qu’il avait bien pu faire pendant trois semaines avant de rejoindre Louisville en autarcie depuis un mois à présent. Je faillis laisser échapper un petit rire quand il déclara qu’il y avait un petit problème mondial. Oui, petit. Si petit. Ah ce garçon m’étonnerait toujours ! Je n’avais pas tout compris à ce qu’il venait de me raconter. Est-ce qu’il habitait en Espagne pour l’instant ? Qu’est-ce qu’il racontait quand il disait qu’il avait perdu son déménagement ? Et donc il était descendu sans le vouloir vers Louisville ? Et il avait vécu seul dans la nature pendant des nombreuses semaines ? Ce garçon était vraiment hors du commun. Je me résolus à ne plus lui poser d’avantages de questions sur sa vie privée, cela semblait le gêner et je considérais que je l’avais assez fait depuis que j’étais en train de marcher avec lui vers le quartier recherché.

« Oui c’est vrai qu’on recherche plein de gens pour aider au quotidien dans des tâches que nous n’avions plus l’habitude de faire auparavant. C’est bien si tu as pu t’intégrer et que tu donnes un coup de main. »

Sa voix se fit murmure et je dus tendre l’oreille pour percevoir les mots qui filaient dans le vent, loin de mes oreilles. Je passai une main sur mon menton, frottant ma barbe naissante sans m’en rendre compte.

« Je ne sais pas Antonin. Sans communication, c’est difficile de savoir ce qu’il reste du monde. J’ai envie de croire que, à plusieurs autres endroits sur Terre, des gens survivent, comme nous. Je ne peux pas croire que nous sommes les seuls survivants. Je ne peux pas et surtout je ne veux pas le croire. Parce que si je me mets à croire cela, j’ai peur de perdre espoir. Il faut garder espoir, quoi qu’il arrive. »

J’avais voulu le rassurer, mais je n’étais pas sûr que c’était réellement ce que j’avais fait pour le coup… Ce mot « espoir » flottait en moi depuis toujours, et il avait forgé l’être que j’étais. J’avais une grande foi en ce mot. Je voulais y croire. Car sans espoir, plus rien ne pouvait subsister. Et puis l’être humain avait des capacités d’adaptation insoupçonnées, j’en étais persuadé. Nous ne pouvions définitivement pas être les seuls à vivre encore à ce jour. Le monde était vaste, et peut-être que les bombes avaient épargnés d’autres endroits sur Terre. Mon visage se ferma, signe que penser à tout cela était trop pour moi ce soir. J’avais besoin d’aller me reposer. La journée avait été bien trop longue. Me tournant vers Antonin, je lui demandai :

« Est-ce que tu peux t’y retrouver à partir d’ici ? Je ne pense pas pouvoir t’aider beaucoup plus. Tu dois sûrement reconnaître les lieux à présent, non ? »

J’avais désespérément besoin de rejoindre mon lit pour un sommeil qui, je l’espérais, serait réparateur. Mais depuis un mois, mes nuits n’étaient que rarement paisibles…

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   Mar 12 Nov - 11:51

« Ah c’est bien dommage… Les paysages sont absolument magnifiques là-bas. »

Je voulais bien le croire : le monde était d’une richesse insoupçonnée pour la plupart des gens. On aurait pu penser qu’avoir voyagé toute sa vie donnait l’impression d’avoir tout vu, tout fait, tout connu, mais c’était le contraire pour ma part. A chaque fois que nous arrivions dans un nouveau pays, j’étais époustouflé par la différence entre tout ce que j’avais déjà vu et ce que je venais de voir. S’il m’était arrivé d’avoir une impression de déjà-vu, elle s’en était vite allée lorsque j’avais commencé à y vivre. Le monde était riche d’une diversité magique, d’un panel de climats, de paysages, de merveilles inexpliquées de la nature, qui ne demandaient qu’à être admirés et découverts par des yeux innocents et naïfs. Lorsqu’on posait son regard sur la fosse des Mariannes, ou plus simplement sur les atolls des Caraïbes, lorsqu’on se sentait ridicule devant le Mont Fudji, lorsqu’on observait la faille de San Andreas… on ne pouvait pas penser qu’il suffisait d’avoir vu deux pays pour avoir vu l’intégralité de la planète. Je ne pouvais donc que croire Arthur, lorsqu’il me soutenait que les paysages d’Irlande étaient magnifiques. Je classai ce pays dans ceux que j’aurai aimé visité, et ceux que j’allais visiter sous peu – puisque je ne comptais pas rester toute ma vie à Louisville – avant d’expliquer à Arthur pourquoi je lui avais demandé le nom du quartier. Je ne voulais pas risquer de déranger quelqu’un d’autre, à l’avenir, en ignorant encore une fois comment rentrer chez moi. Notre discussion dériva sur la guerre, puisque je répondis à la question qu’il m’avait posée plusieurs minutes auparavant. Je lui expliquai posément comment je m’étais retrouvé ici. Ce que je faisais maintenant ici. « Oui c’est vrai qu’on recherche plein de gens pour aider au quotidien dans des tâches que nous n’avions plus l’habitude de faire auparavant. C’est bien si tu as pu t’intégrer et que tu donnes un coup de main. » C’était ce que je faisais, effectivement. C’était d’ailleurs en revenant du bois que je m’étais perdu… c’était pour dire. Je repensais aux événements récents. Et demandait à Arthur quel était l’ampleur du désastre.

« Je ne sais pas Antonin. Sans communication, c’est difficile de savoir ce qu’il reste du monde. J’ai envie de croire que, à plusieurs autres endroits sur Terre, des gens survivent, comme nous. Je ne peux pas croire que nous sommes les seuls survivants. Je ne peux pas et surtout je ne veux pas le croire. Parce que si je me mets à croire cela, j’ai peur de perdre espoir. Il faut garder espoir, quoi qu’il arrive. »

Ce n’était pas très optimiste. Ca l’était, un peu, mais j’avais déjà connu mieux. Je ne peux pas croire que nous sommes les seuls survivants Je ne l’avais même pas imaginé. Je n’avais même pas pu concevoir que l’on puisse effectivement être les seuls survivants. Le monde, le monde… avait il était détruit ? Lui aussi ? Les merveilles auxquelles j’avais resongé un peu plus tôt, étaient elles détruites ? Non. Non, elles ne pouvaient pas être détruite, parce qu’elles étaient vieilles, très vieilles, qu’elles semblaient lentement immuables. L’humanité non plus. Parce que bon, nous étions aussi vieux que la faille de San Andreas. Nous ne pouvions pas disparaître du jour au lendemain. Non ? « Je pense qu’il ne faut pas se faire de souci, Arthur. L’Humanité a bien plus de ressources que ce que tu crois. Je pense qu’il faut vraiment pas se faire de souci. » Moi, j’évitais de m’en faire. Je stressais, je passais ma vie à stresser de faire une erreur vis-à-vis des autres, mais j’avais une confiance inébranlable en l’Humanité en général, en l’autre, en tout ce qui n’était pas moi. La voix d’Arthur s’éleva à nouveau. « Est-ce que tu peux t’y retrouver à partir d’ici ? Je ne pense pas pouvoir t’aider beaucoup plus. Tu dois sûrement reconnaître les lieux à présent, non ? » Je me mordillai la lèvre, prenant totalement conscience de la nuit tombée, et de l’heure tardive. Pauvre Arthur qui se retrouvait à veiller aussi tard par ma faute. « Oui, oui, merci beaucoup, vraiment. Je… je pense reconnaître un peu. » Je serrai la main d’Arthur, avant de me diriger, mal à l’aise, vers la maison de Louise que j’aperçus au bout de quelques pas.

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MessageSujet: Re: « L'homme est comme un ange en danger. » [Livre I - Terminé]   



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