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MessageSujet: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 8 Juil - 20:01

    J’avais mal au cœur. J’avais l’impression que j’allais m’évanouir, en fait. J’avais envie de me laisser glisser le long d’un mur, et de ne plus bouger pendant des heures, même si je savais pertinemment qu’il n’en était pas question. Ce n’était pas le moment de flancher, ce n’était pas le moment de craquer. Je n’avais pas le droit de craquer. C’était juste… inimaginable. Et j’avais envie de pleurer. L’épuisement de la nuit était en train de me rattraper, de m’asphyxier, et une chape de plomb compressait ma poitrine qui peinait à se lever au rythme de ma respiration erratique. Je cherchai un soutien, alors que mes jambes menaçaient de flancher. Je ne savais pas vraiment ce qui me prenait, là, maintenant, tout de suite. J’avais encaissé les coups, les mots de Raulne, le renvoi, la nuit passée à réfléchir, la décision de JB, presque sans flancher. J’avais encaissé, mon armure de volonté, de sarcasme, de violence, s’était pliée mais n’avait pas cédé face à la pression. Mais maintenant toutes les bosses modelées par les coups m’enserraient plus sûrement que l’étreinte de la mort. Je suffoquais. Je titubais. Tu me fais peur, Alexandre… il faut que tu fasses quelque chose là !. C’était simple, je ne savais pas quoi faire. C’était trop d’un coup. J’affichais l’image d’un gros dur que rien n’affectait ou qui, quand ça l’affectait peut être un peu trop, devenait grande gueule, violent et agressif. Mais là… je me laissai tomber sur un banc, dans la rue déserte. Il était encore tôt, après tout. J’étais passé voir le Doc aux premières lueurs, dès que le soleil avait daigné se bouger le fion pour sortir ses rayons et nous éclairer légèrement. Je ne lui avais pas laissé le temps d’émerger totalement, même.

    Là, le soleil était déjà bien haut, je calculai rapidement qu’il devait être aux alentours de huit heures, ou huit heures et demi, et les rues étaient encore bien vides, les gens profitant de la fin du monde pour faire des grasses mat’. Moi, je n’avais pas dormi, on pouvait dire que je faisais une grasse nuit. Ou une maigre mat’. Dans tous les cas, j’étais fatigué, parce que je pensais n’importe quoi. Et je n’arrivais toujours pas à respirer. Des petites lucioles lumineuses dansaient devant mes yeux, alors que je venais de fermer les paupières. J’avais mal à la tête, j’avais envie de vomir, j’avais toujours cette envie de pleurer sans savoir pourquoi. Enfin, la raison, il ne fallait pas aller à Pékin pour la chercher, je savais pourquoi j’avais envie de pleurer, puisque en théorie les gens fatigués se retrouvaient à chouiner pour un rien, genre parce que leur fourmi domestique venait de se faire manger par un crapaud, ou parce que leur copine venait de les plaquer. Ridicule, nous étions bien d’accord. Mais moi, je n’étais pas le crétin lambda, et généralement la fatigue n’avait pas d’effet sur moi. Pare que je ne la connaissais pas, déjà, et ensuite parce que les rares fois où j’en faisais les frais, le résultat était… étonnant. Pour faire bref, je devenais un vrai chieur, plus encore de d’habitude, parce que je ne voyais plus les limites à ne pas franchir pour mon bien être et celui des autres. Comme si tu les voyais en général, et comme si tu te souciais du bien être des autres…. Je m’en souciais, il ne fallait pas croire ! Parfois, du moins. Quand j’étais bourré. Ou quand j’étais dans une bonne période. Quand je venais de crier, aussi, parce que ça faisait du bien. Ou quand je rencontrais un ange tombé sur Terre, et que je ne voulais pas le blesser. La blesser en l’occurrence. J’eus un haut-le-cœur. J’étais… je me dégoûtais. Comment pouvais-je être aussi… monstrueux d’une certaine manière ? Trier mon attitude en fonction des gens, insulter, agresser, frapper certaines personnes juste pour le plaisir et dans un autre temps, réussir à vouloir remonter le moral d’autres personnes, rire, plaisanter, rassurer… Je ne savais pas qui j’étais, c’était ça le problème. Non, c’était stupide. Je savais qui j’étais, sans nul doute ! J’étais Alexandre, le méchant Alexandre… Je me levai précipitamment pour cracher la bile qui me brûlait la gorge. Va la voir. Tu ne dois pas rester seul, Alex, va la voir. Je ne pouvais pas me le permettre. J’étais trop… trop… moi, pour me permettre d’aller la voir. Je t’assure, Alex, va la voir. Pour une fois, pense à toi quand il le faut, et pas quand personne n’a besoin d’un Alex égocentrique.. Non, il fallait que je pense à elle, il fallait que je pense à sa candeur, à sa fraîcheur, à sa luminosité que je n’avais pas le droit de ternir. Tu divagues, Alex, tu divagues, tu as besoin d’elle, là, je le sais… Non, je n’avais pas be… Bon d’accord, j’avais besoin d’aide. Je suffoquais, je titubais encore, quand je me relevais. Un passant s’approcha de moi pour me demander si j’allais bien, mais un « Dégage c#nnard » suffit à lui faire comprendre que je ne voulais pas de son aide. Finalement mes pas me menèrent devant une maison que je connaissais bien, maintenant. Qu’allais-je faire ? Pourquoi étais-je venu, là ? Il fallait que je parte, il fallait que je me casse, et vite, avant qu’elle me voit. Je devais ressembler à un fantôme, le visage exsangue, cadavérique même, la joue écarlate et la lèvre explosée, et le pire du pire, tes cheveux coiffés ? , les larmes aux yeux. Je me laissai glisser au sol, me renfermant sur moi-même, comme une tortue, serrant mes genoux contre ma poitrine, jambe repliée. Je n’avais pas la force d’aller plus loin, de toute manière. J’étais maintenant dos à la maison, contre un muret que seuls mes cheveux bruns devaient dépasser. Je ne savais pas ce que j’allais faire. J’avais donné deux semaines à Raulne avant qu’il ne me réintègre dans la troupe. J’avais compté sur le soutien de JB, sur le soutien de Léonie, que j’avais pourtant frappée, mais je comprenais maintenant que j’étais mal. Très mal. J’étais allé trop loin, j’étais parti trop loin dans les extrêmes, et peut être avais-je commis l’irréparable. Je me pensais, je me savais être un génie, mais au final, ce que tout le monde me disait était vrai : j’étais juste un p#tain de petit crétin.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 8 Juil - 22:46

Encore un matin à Louisville, je refusais de perdre mon rythme sous prétexte de jours fériés, je suis une passionnée. La nuit avait été agréable, pas agitée, peu hantée par les souvenirs de ma vie de danseuse étoile parisienne, et chaque matin j'avais la même pensée, les mêmes réflexions, les mêmes souvenirs des matins, à entendre la rue parisienne. Non maintenant j'entendais le calme, j'entendais le bruit du vent, j'entendais la nature, c'était presque un peu angoissant pour une personne comme moi qui avait vécu toute sa vie dans le bruit. Mais c'était un matin qui comme tous les autres, où j'allais comme tous les matins enfiler mon leggings, les seules chaussons à pointes que j'avais réussi à sauver, et un débardeur gris que j'avais piqué au dressing mis à disposition par Etienne. Et après quelques étirement, je pus commencer mes exercices, impossible de perdre la souplesse, impossible de me laisser aller, je ne pourrais pas y survivre. Me priver de la danse parce que j'avais eu la flemme ? Certainement pas. La danse me permettait de m'évader, de retrouver mon insouciance et en plus aujourd'hui, j'étais en congé, j'allais pouvoir m'entraîner toute la journée. Le parquet n'était aussi parfait que la salle d'entraînement de l'opéra Garnier, mai c'était amplement suffisant. Il était sept heures et demi, et je retrouvais la main sur une poutre, pour faire illusion d'une barre et je me mis à danser, étirer mes muscles encore un peu endormie.

Quand après une heure, j'entendais mon ventre commencer à crier famine, je retirais mes chaussons que je nouais ensemble pour les mettre autour de cou et les laisser pendouiller. Je sentais sur ma tempe la goutte de sueur qui me mit le sourire. Des perles de sueur suintaient un peu de cou, j'aimais cette sensation, bon ok, ça fait un crade, mais ça me prouvait que je travaillais assez intensément. Je descendais alors, en leggings avec mes collants, joyeuse, c'était une journée qui selon moi allait être agréable. Je fis alors du café, et regardait ce qu'Etienne avait bien pu lui laisser dans le réfrigérateur. Je me sortis de quoi manger, j'avais envie de pain perdu. Cette idée me mettait presque en joie, je tirais du bonheur dans des petits plaisirs, et le pain perdu, ça c'était un bon petit plaisir. Alors que je me servais une tasse de café, j’entrevis une touffe de cheveux dépasser du muret de la maison. Je n'y prêtais pas attention, et commençait à chercher des œufs, pour me faire un petit déjeuner digne de ce nom. Mais à la fenêtre je revis cette masse de cheveux, mais surtout un chien qui m'était très familier, je fronçais les sourcils, il était tôt, et j'étais en congé. Il est vrai que je n'avais pas vu Alex depuis quelques jours, mais je ne m'en inquiétais pas. Peut être aurais-je du... Je posais ma tasse de café, et abandonnais ma préparation. Si ce chien était là, le maître n'était forcément pas loin.

J'ouvris la porte, cherchant du regard Alexandre, impossible de le trouver. J'ouvris le portail qui fermait le muret. Et je ris Baxter, qui au lieu de m'approcher comme à son habitude semblait reculer, prendre ses distance, en retrait. Je ne comprenais pas. Je fronçais les sourcils, ne voyant pas Alexandre je commençais à m'inquiéter. Les deux là allait toujours de paires.

« Ou est ton maître toi ? Mh ?»

Je tournais la tête et voyais Alexandre, complètement renfermé sur lui même, les genoux à la poitrine, le regard vide. Ou était donc cet immense sourire qui lui allait si bien, ses bavardages. Il semblait éteint, fatigué. Mais qu'est ce qu'il lui arrivait. Il avait été capable de me remonter le moral à l'hôpital, c'était certainement le moment de lui renvoyer l'appareil. Et le voir comme cela me faisait tellement mal au cœur. J'avais toujours mes chaussons autour du cou. Je m'accroupissais face à lui posant mes paumes sur ses genoux.

« Alex ? Alexandre ? Qu'est ce qu'il se passe ? Eh ... C'est Valentine. »

Je lui souriais légèrement, il valait peut être mieux qu'il ne reste dehors comme ça. Je me demandais ce qu'il pouvait bien lui arriver, lui qui était si joyeux, si souriant, et bout en train. Il était là, le teint blême, sans sourire, avec les larmes aux yeux. Peut être avait il eu des mauvaises nouvelles de sa famille ? Peut être qu'il était arrivé quelque chose. Dans tout les cas, je suis sure qu'à cette heure là, un café ne lui ferait pas de mal, et un bon petit déjeuner. Non ?

«Allez entre, Etienne est partit, et j'ai fait du café. »
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 9 Juil - 12:11


    J’avais mal à la poitrine, et je grelottais un peu. Je ne savais pas du tout où j’en étais, où j’étais, ce que je faisais et allais faire. J’avais qu’une envie, là : disparaître. Les mots de Raulne étaient en train de revenir me hanter, comme des fantômes dont le seul but était de me rendre fou. Ils me tournaient autour, me brûlaient, m’enserraient alors que j’avais réussi à les retenir loin de moi toute la nuit. Je ne comprenais pas pour ils revenaient maintenant à la charge, ni comment ils s’y prenaient pour percer mes murailles d’arrogance et de détermination. Parce que c’était de cela dont il était question, en fait. La veille, quand Raulne m’avait laissé en fin d’aprèm, j’étais resté plusieurs heures dans les bois, allongé par terre au final, à essayer de comprendre. Mais je n’avais pas été abattu. Juste… blasé sur le moment. Parce qu’au final, ce n’était ni plus, ni moins qu’un nouveau renvoi à mes yeux, et j’étais suffisamment immature pour craindre la réaction de mes parents. ou pas. . Oui, ou pas, certes, mas l’idée était belle est bien là. Lorsque le soleil avait décliné à l’horizon, je m’étais relevé pour me diriger vers la ville sans trop savoir. Il fallait que je réfléchisse, et ce simple fait retenait loin de moi, très loin, ce qui pouvait m’écraser. J’avais du lutter, à un moment, contre le sommeil, mais le fait de réfléchir à ce point, de me concentrer sur un objectif, de placer les pièces du puzzle complexe dont je venais d’hériter, tout cela m’avait maintenu éveillé. Et avait tenu loin, très loin de moi encore une fois, ce qui pouvait me détruire. Et ce matin, j’étais allé voir JB, détermé, plein de volonté. Sans espoir, sans joie, mais j’étais allé le voir, cet air sérieux au visage que peu avaient la chance d’un jour observer chez moi. Je fixai le goudron, la tête dans mes bras, renfermé et hermétique à ce qui pouvait m’entourer. Je n’étais pas spécialement chaudement vêtu, mes bras dénudé frissonnant sous la fraîcheur du matin, mais je m’en fichai, parce que j’étais bien plus froid à l’intérieur.

    « Ou est ton maître toi ? Mh ?»

    La voix claire qui interrogeait quelqu’un visiblement perça la brume qui assourdissait tous les sons. C’était une pluie de cristal dans un marais grisâtre, une pluie qui réverbérait des rayons invisibles en de multiples arc-en-ciel qui redonnait vie au paysage. Qui parlait, et à qui ? Des petits bruits de pattes approchèrent, et, immobile, je me concentrais dessus pour reprendre pied avec la réalité. Quelque chose de froid et d’humide se posa sur mon bras, et je me tendis instantanément. Ba… Baxter ? Je l’avais totalement oublié. J’étais perdu au point d’oublier mon meilleur ami. Il m’avait suivi toute la nuit dans mon errance, se tenant à mes côtés comme s’il avait compris que son maître allait mal, très mal. La même voix cristalline retentit à nouveau, bien plus proche de moi. Des mains se posèrent sur mes genoux, et je levai la tête lentement.

    « Alex ? Alexandre ? Qu'est ce qu'il se passe ? Eh ... C'est Valentine. »


    Je devais faire bien jeune à cet instant, et cette idée farfelue teinta mon absence de sourire, d’un rictus moqueur et désabusé. Je me savais immature, gamin, et je savais aussi que, parfois, je faisais bien plus jeune que mes vingt-quatre ans. Parfois aussi, je faisais plus vieux. Dans tous les cas, il était certain, actuellement, que je ne faisais pas mon âge, pas le moins du monde. J’étais perdu, ça se voyait, et je ne pouvais rien faire pour remédier à ce problème. Mais est ce que c’en est vraiment un ? Je n’en avais aucune idée… Son sourire me renvoyait à ma propre laideur, et je me sentis encore plus mal encore, si c’était possible.

    «Allez entre, Etienne est partit, et j'ai fait du café. »

    « Je… je ne sais pas trop. J’ai froid… »

    Je me noyais dans le regard de Valentine. Non, je me noyais dans mon égarement, et ses yeux que je fixais étaient comme une ancre qui me ramenait petit à petit à la réalité. Elle me tirait vers le haut, juste par sa simple présence. Ou alors, c’était moi qui la tirais dans mes abysses, incapable de m’en empêcher, mutilant son innocence par le seul fait d’aller la voir pour chercher du secours. Je tremblais, mais je ne savais pas si c’était de froid ou de peur. M’accrochant à Valentine, j’essayai de me relever. J’étais maladroit. J’étais fragile. J’avais peur de lui faire du mal, et de rester. Je n’avais pas le droit de la mettre en danger, de la forcer à assister à ma descente aux Enfers au risque de se faire happer au passage. Mais Emmanuel avait raison sur un point que je ne pouvais pas lui refuser : j’avais besoin d’elle. C’était la seule personne qui ne me détestait pas encore en ville, en dehors de Benoit. Et encore, pour lui, ce n’était plus certain vu comme il m’avait mis en garde et comme il était respectueux de la hiérarchie. S’il y avait bien une personne que je n’avais pas voulue décevoir, c’était Benoit, mais la déception était venue sans que je ne l’appelle. J’étais pourri jusqu’à la moelle. Ma jambe me faisait mal, je voulus l’ignorer. Erreur. Erreur, oui, parce que je tombais dans les bras de Valentine lorsqu’elle refusa de me porter plus longtemps. Ma jambe, pas Valentine bien évidemment.  

    « J’ai pas le droit de rentrer, faut pas. J’aurai pas du venir. Je veux pas te faire de mal… »

    J’eus été dans mon état normal, j’aurai gardé ces trois phrases pour moi, et j’aurai accepté le sourire aux lèvres, ou décliné en prétextant d’autres impératifs. Mais si j’avais été dans mon état normal, je n’aurai pas été là, les larmes aux yeux, le visage défait, en train de trembler comme un gosse de dix ans. Et je ne serais pas allé voir Valentine pour ça. Donc là, en fait, je dois me féliciter que tu sois au fond du gouffre, sinon tu aurais fait ton paon de m#rde à ne pas aller chercher de l’aide ?. En gros.

    « Je sais pas ce que je fais ici… »

    Je détestais mes yeux, à cet instant, qui réclamaient de l’aide. J’étais trop fatigué pour continuer à jouer un rôle, et je détestais ça encore plus. Et au dessus de tout, bien sûr, je me détestais. C’était la joie.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 9 Juil - 20:23

Il leva la tête. Il avait l'air tellement... Tellement perdu que s'en était déchirant. Qu'avait il bien se passer ces derniers jours pour que je trouve Alexandre dans un état aussi... triste ? Il ne semblait pas du tout décidé à faire quoique ce soir, il semblait si renfermé sur lui même que je me demandais même comment il faisait pour respirer.Il allait quand même rester comme ça. Je pensais qu'il fallait un roc pour briser Alexandre, il était si joyeux, si sympathique, charmant, souriant, que le voir ainsi me renvoyait presque à mon égoïsme. Je n'avais vu que mes propres problèmes, ma perte. Je n'avais pas cherché à le comprendre, à chercher ce qu'il avait à dire. J'avais été conforté de son bien être par des sourires et des blagues, et des bavardages interminables.   Il s'accrocha alors quand j'essayais de le relever, au moins il voulait bien rentrer c'était déjà ça. Et puis de toute façon, je ne l'aurais jamais laissé là dans cet état là, alors qu'il avait du faire le chemin pour venir me voir.  Il s'appuya un peu plus, je ne compris pas sur le coup, mais ce devait être sa jambe. Je ne relevais pas, du moins pour le moment, il fallait que'il s’assoit, qu'il boive quelque chose et qu'il se repose. J’ai pas le droit de rentrer, faut pas. J’aurai pas du venir. Je veux pas te faire de mal… . Sa phrase me fit froncer les sourcils, me faire du mal ? En ce moment j'allais bien, je n'allais pas le laisser comme ça, c'est impossible. Il pensait quand même pas que j'allais le raccompagner jusqu'au bout de la rue.

Et il reprit, ne sachant pas bien ce qu'il faisait ici. Je levais les yeux aux ciels, l'obligeant à avancer. J'avais presque l'impression d'accompagner un enfant qui ne voulait parler, qui ne voulait pas que l'on prenne soin de lui par soucis de... Fierté ? D'orgueil ? Je ne savais pas bien.

« Fais pas l'enfant, si tu es venu c'est qu'au moins tu voulais pas rester tout seul. »

S'il voulait pas parlé, je ne l'y forcerais pas. Mais je pense surtout qu'il ne voulait pas être seul, et il avait eu raison de venir. Alexandre était... un personnage, particulier, et avec une faculté à faire sourire les gens qui était salvatrice, surtout pour moi. Il s'avérait être le soutien le plus solide que j'avais à Louisville, je comptais sur lui. Mais il devait aussi comprendre qu'il pouvait compter sur moi. Que ce n'était pas seulement lui pour moi. Mais aussi moi pour lui. Ah?  Je l'obligeais à avancer, je sentais bien qu'il n'était pas en état de lutter et j'allais bien en profiter. J'étais convaincue qu'Alexandre avait besoin d'un peu de ... chaleur humaine ? J'ouvrais la porte et l'aidait à s'asseoir. J'appelais Baxter pour qu'il nous suive. Je m'éloignais quelques minutes, posant sur un fauteuil mes chaussons, et je m'attelais à lui faire une tasse de café, je posais devant lui une tasse, et y versait le café. La vraie fin du monde sera celle où nous commencerons à manquer de café. Je posais à côté de lui le sucre, ne connaissant pas vraiment les habitudes en matières de caféine d'Alexandre. Il fallait que je pense à tout, Alexandre avait été si présent pour moi et la moindre des choses étaient que je sois aussi présente pour lui, que je lui remonte le moral, même si je n'étais certainement pas aussi douée que lui, je ne savais pas du tout quoi lui dire, quoi faire. Ce que je savais c'est que ma grand mère avait l'habitude de me faire quelque chose que j'aimais tout particulièrement pour me remonter le moral. Et après je vidais complètement mon sac. Espérons que ça marche, je sentais qu'Alexandre en avait gros sur la patate, comme disait mon grand père, et qu'il avait besoin de se livrer. Même si ça n'allait pas lui plaire.

« Tu as faim ? Je fais du pain perdu.. Ou autre chose si tu veux. Ou juste du café... Comme tu veux.  »

Je retournais à mon pain perdu. J'allais faire comme j'avais appris, un ventre plein redonne toujours le moral. Et le petit déjeuner c'était tellement sympathique. Je me tournais vers lui, souriante. Il avait vaincu mon spleen par con sourire, je ne savais pas si ça allait marcher. Remonter le moral des gens c'était très compliqué pour moi, j'avais pas cette fibre. Mais j'étais pleine de bonne volonté, alors j'allais forcément réussir. Non?

« Y'a du jus d'orange si tu veux. »  
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 10 Juil - 16:25

    « Fais pas l'enfant, si tu es venu c'est qu'au moins tu voulais pas rester tout seul. »

    Au moins, ça avait le mérite d’être clair. Elle, elle est intelligente, pas comme toi.. Formulé à haute voix, ça me faisait encore plus mal. Parce que ça semblait vrai. J’étais égoïste, sadique, méchant, monstrueux. Vraiment. Je n’avais pas le droit de venir la voir et pourtant, j’étais venu. Il ne fallait pas qu’elle me voit comme ça, et je m’étais pointé pile devant sa maison. Pourquoi étais-je aussi stupide ? Ca fait vingt quatre ans que je me pose la même question, sans trouver la réponse…. Comme un enfant en pleurs, ou plutôt comme nu zombie, c’était plus ressemblant visuellement, je la suivis alors que tout mon être criait de partir en courant pour ne pas faire ça. Je n’avais pas le droit d’entrer, et pourtant je ne résistai pas lorsqu’elle me fit asseoir sur une chaise. J’étais mal à l’idée d’être chez elle. J’étais mal, mais pourtant… je regardais le moindre recoin de la cuisine en gardant le silence. Baxter se prit un regard incendiaire, et je n’eus même pas besoin d’ouvrir la bouche pour qu’il comprenne qu’il était sensé s’asseoir et ne pas déranger. J’écoutais ma respiration alors que Valentine préparait un café que je n’avais même pas demandé. Je ne savais pas du tout où j’en étais. L’avantage, maintenant, c’est que tu sais où tu es. Ca ne me fit même pas rire. Mon observation de la pièce étant faite, mes yeux marron se reportèrent sur Valentine et la suivirent dans ses mouvements, surtout ses mains, alors qu’elle déposait une tasse devant moi et la remplissait de café. Mes deux mains quittèrent mes poches pour se poser contre la tasse brûlante, mais comme je m’y attendais, ça ne me réchauffait pas à l’intérieur. Je tremblai toujours, alors que les mots de Raulne tournaient et tournaient encore dans ma tête. La voix de Valentine m’empêchait de retourner dans mes pensées, elle m’ancrait dans la réalité.

    « Tu as faim ? Je fais du pain perdu.. Ou autre chose si tu veux. Ou juste du café... Comme tu veux. Y'a du jus d'orange si tu veux. »

    Je restai silencieux, seul un « Je… » courageux franchissant mes lèvres. Je laissai une minute s’écouler, sans savoir trop ce que je pouvais dire. Mes mains étaient passionnantes, le mouvement du café l’était encore plus. Presque hypnotisant. Hypnotique, même. Je fis bouger un peu la tasse, pour recréer des vaguelettes. J’avais l’impression de voir la noirceur de mon âme, même si, formulé ainsi, c’était plus ridicule qu’autre chose. Je pris une inspiration, décidé à parler, mais je la relâchai aussitôt. Je n’étais pas prêt. Parce que je ne savais pas quoi dire. Il ne fallait pas que je parle, j’en avais déjà bien trop fait en venant ici. Je me mordillai la lèvre. La tasse de café était décidément bien captivante. Je me souvenais d’Emmanuel et de Blandine, devant leur bol de café le matin, qui posaient leur cuillère sur la tasse, pour faire traverser les morceaux de sucre qu’ils faisaient bêler. Lentement, je refis leurs mouvements, même si le bêlement du sucre, j’étais le seul à l’entendre. Le but était de raconter l’histoire du mouton qui voulait traverser, et qui chutait malheureusement dans la rivière. Et qui se faisait engloutir. En bêlant pour qu’on le sauve. Moi aussi, j’avais envie qu’on me sauve. Le problème, c’était que j’étais déjà touché par le mal noir qui me rongeait petit à petit, et il n’y avait plus grand-chose à sauver, là. Ma voix rauque me fit sursauter, alors que je parlais pour la première fois depuis plusieurs minutes.

    « Tu ne t’asseois pas ? Tu ne te sers pas de tasse ? »

    Je rebaissai la tête, ne pouvant pas supporter son regard. J’avais une boule dans la poitrine, un nœud qui refusait de se défaire tout seul. J’avais mal à la tête. En résumé, j’avais peur, et je culpabilisais. Parce que mon frère n’était pas là pour me parler, mes parents non plus, Blandine encore moins. Il n’y avait que Bertin, qui devait bosser pour Raulne, et Valentine. Il n’y avait que eux que je pouvais aller voir, et j’avais choisi Valentine. Pourquoi ? Je ne savais pas trop. Enfin si. Enfin non. Je ne pouvais pas le savoir. Ma voix, rauque toujours, s’éleva à nouveau, alors que je faisais traverser un nouveau mouton qui chancela, mais qui ne tomba pas cette fois :

    « Je… Val… je… »

    “Je” étais incapable de faire une phrase correcte, visiblement. Et « Je » étais pathétique, aussi. Et Je me faisais peur. Je retentais de parler.

    « Je… je suis méchant. J’suis c#n, p#tain, j’suis c#n. Tu devrais pas être gentille avec moi... »

    Je plongeai ma tête entre mes mains, alors qu'une larme franchissait la barrière de mes yeux, et qu'un mouvement un peu brusque faisait définitivement sombrer le mouton dans le Lac Noir et que je continuais à répéter à quel point j’étais un petit c#n…
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 10 Juil - 19:06

Il se laissait faire, comme un enfant que l'on accompagne. Je n'arrivais franchement pas à comprendre. Je tournais le dos, réfléchissant à ce que je pouvais bien faire pour le faire sourire, et pour me remettre au pain perdu que j'avais commencé, je ne pouvais pas me permettre de gaspiller, maintenant que j'avais cassé les œufs, il fallait bien que j'en fasse quelque chose. J'avais un peu l'impression de laisser Alexandre tout seul face à sa tasse à café, mais j'avais pas l'impression non plus qu'il était tout à fait près à me parler, surtout si j'en croyais la première tentative qui s'était avérée peu fructueuse. Lui qui avait si peu de mal, semblait bloqué par je ne sais quoi. J'allumais la gazinière, et mit la poêle dessus, j'allais pas en faire des tonnes, quatre suffirait. De nombreuses hypothèse me tournaient dans la tête, sa famille, ses amis, peut être avait il eu des problèmes. Pendant que le pain grésillait dans la poêle chaude, j'entendis Alexandre me demander pourquoi je ne m’asseyais pas, et pourquoi je ne servais pas de tasse. Je m'étais tournée à al seconde où j'avais entendu du son sortir de sa bouche. Il baissa la tête. Je remarquais alors sur son visage des marques, il s'était battu, c'était pour cela qu'il n'était pas bien. Je sortis deux assiettes, et deux fourchettes. Je posais alors sur la table en face d'Alexandre la fourchette et l'assiette. Je pris la tasse de café que je m'étais déjà servie avant d'aller le chercher devant le muret.

« Tiens, mange.» commençais-je. « Je m'étais déjà servie une tasse avant que tu n'arrives, fallait que je m'occupes des œufs et du pain. Mais me voilà assise. Je t'écoute. »

J'avais rapproché la chaise, pour être plus proche d'Alexandre. Il gardait le regard fixe sur le café et la tasse, les mains qui tenait fermement la faïence. Il semblait perdu dans ses pensées, pour être passionné par le café il fallait vraiment qu'il se noie dans ses questions. Il commença à parler, mais une fois de plus il n'y parvenait pas. Je ne pouvais pas l'aider tant qu'il ne me disait ce qu'il lui arrivait, il était là assis, l'air penaud, avec son café et son assiette de pain perdu. Je ne savais pas quoi faire. Enfin il ouvrit la bouche pour organiser ses idées et faire une phrase construite. Je… je suis méchant. J’suis c#n, p#tain, j’suis c#n. Tu devrais pas être gentille avec moi... Je le regardais. Méchant ? Voilà une manière étrange de tourner sa phrase, j'étais... méchant ? On aurait dit un enfant qui parlait. Comme si on l'avait pris la main dans le sac et qu'on lui avait dit qu'il était foncièrement méchant. Mais méchant avec qui ? Avec moi ? Non, pas avec moi, avec d'autre ? Je ne comprenais pas ce qu'il racontais. Je ne connaissais que très peu Alexandre, je ne savais pas les rapports qu'ils pouvaient avoir les autres, mais ça ne pouvait pas être si terrible, lui qui se montrait si chaleureux, je ne voyais pas du tout où il voulait en venir. Il se prit la tête entre les mains. Ça avait un rapport avec les marques qu'il avait sur le visage ? Je ne devais pas être gentille avec lui ? J'avoue que je ne comprenais pas bien comment on pouvait être méchant avec lui. Bref. Je posais ma tasse de café, et je lui attrapais le poignet, doucement.

« Mais qu'est ce tu racontes Alex ? » reprenais-je une nouvelle fois. « Ne dis pas n'importe quoi. Est ce que ça a un rapport avec ce que t'as au visage ? Qu'est ce qu'il s'est passé ? »

Je baissais la tête tout en la penchant, pour le chercher du regard. Je crus voir une larme. Je fronçais les sourcils, décidément, je voyais facette bien plus fragile d'Alexandre, il était... touchant. C'était une des premières fois où je voyais un homme pleurer, Jules refusait clairement de pleurer devant moi, il disait que ça n'allait avec son rôle de grand frère/oncle protecteur. Mon grand père n'en parlons pas. Mon père... eh bien je ne sais pas qui c'est. Alexandre se laissait complètement aller, il devait en avoir besoin. Je souriais tristement, ne sachant pas bien quoi faire. Je gardais ma main sur son poignet, estimant que peut être le contact le calmerais un peu dans sa détresse ... panique interne ? Je sentais alors qu'il tremblait, peut être avait il froid, je ne m'en rendais pas bien compte. Je me levais rapidement, allant chercher le plaid qu'il y avait sur le canapé dans le salon.

« Tu as froid ? Tiens, allez Alex... »

Je posais le plaid sur ses épaules. Et me rasseyait à côté de lui reprenant pas tasse à café, et regardait Alexandre. Qu'il ne m'oblige pas à le faire rester, je n'allais pas être capable de le laisser errer dans les rues, les bras nus avec une tête de zombies digne des films de Roméro. Alexandre, pouvait compter sur moi à n'importe quel moment. Il m'avait soutenu. Et je le soutiendrais de la même manière, voire plus s'il le souhaitait.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Jeu 11 Juil - 21:14


    L’odeur du pain perdu réveilla mes narines, et accessoirement ma fringale. Et mon cerveau. C’était fou comme une simple odeur pouvait éveiller les sens. Parfois on négligeait l’odorat, moi le premier, parce que la vue, c’était bien chouette, et le toucher encore plus. Bon si on était sourd, on avait l’avantage d’arrêter de m’entendre, mais bon… Mais je m’écartais du sujet de base. Parce que l’odeur de la cuisine était une ancre de plus qui me ramenait à la surface. Elle avait donc déjà bu quelque chose ? C’était bien, il fallait qu’elle mange, qu’elle boive, qu’elle se nourrisse. Parce qu’elle faisait partie des personnes qui avaient le droit de vivre, de vivre bien, de vivre tranquille. Pas comme moi et Raulne. D’ailleurs, il avait raison. Il valait certainement mieux pour tout le monde que je me casse de Louisville. Si j’étais vraiment intelligent, j’allais survivre comme un grand dans la pampa. Si j’étais vraiment un petit c#n, j’allais crever, et ce serait tant mieux pour l’humanité. Alex, reprends toi, s’il te plait ! Sois chieur, sois prétentieux, bouge toi ! Arrête d’être… une loque…. Si même Emmanuel s’y mettait, même s’il n’était qu’un fantôme, c’était que je devais avoir vraiment une allure déplorable. Mais j’étais incapable, à cet instant, d’exaucer son vœu. Je t’écoute, m’avait elle dit. Je t’écoute… non, il ne fallait pas qu’elle m’écoute. Mes mots pouvaient être aussi acides que mes poings agressifs. Je crachai du poison, même lorsque je voulais soigner. Je visais les points faibles, j’exaltais lorsque je piétinais les défenses des autres. D’habitude, mes démons restaient loin de moi. Mais là, je ne voyais que tous ceux que j’avais pu embêter ce dernier mois. Ca suffisait à remplir les pages jaunes, c’était ahurissant. Ne passais-je mon temps qu’à provoquer, énerver, agacer et détruire ? Pourquoi est ce que tout ce que touchaient mes doigts venait à ternir, mourir, devenir poussière ? J’étais c#n. Je n’aurai jamais du venir. C’étaient les seuls mots que je pouvais prononcer. Valentine devait me frapper, pas m’aider. Non, elle ne devait surtout pas me frapper… un ange n’avait pas à frapper les démons, un ange devait se tenir à distance pour que sa blancheur éclatante ne soit jamais ternie par des gouttes de méchanceté. Je ne voulais pas que, d’un mot, je puisse maculer sa robe pure avec l’acidité et le mal dont j’empestais.

    « Mais qu'est ce tu racontes Alex ? Ne dis pas n'importe quoi. Est ce que ça a un rapport avec ce que t'as au visage ? Qu'est ce qu'il s'est passé ? »

    Elle se baissa et croisa mon regard humide. Honteux, je me passai une main sur la joue pour essuyer la larme qui y avait coulé. Tu… pleures ?. Non, c’était juste une larme. Juste une. Pleurer, ça sous entendait qu’il y en avait plusieurs, ou du moins c’était ce que j’espérais. Je baissai la tête pour fuir Valentine, mais mon mouvement fut interrompu par sa main qui brûla mon poignet par son contact. Je frissonnai davantage. Elle dut d’ailleurs le remarquer, parce qu’elle me lâcha pour partir rapidement. « Vaaal’ ». Elle m’abandonnait. Elle avait frôlé ma main, elle avait vu qui j’étais, elle avait lu mes pensées, elle avait vu la pommette écarlate de Léo, elle avait vu la rage d’Annabelle, elle avait vu le visage et la lèvre explosée de Sophie, elle avait vu la réfugiée trempée, elle avait vu le petit Nathan que j’avais envoyé à l’hôpital, elle avait vu le médecin avec son œil au beurre noir, elle avait vu…

    « Tu as froid ? Tiens, allez Alex... »
    Elle avait posé quelque chose sur moi, et son contact, aussi proche, me fit à nouveau frissonner. Ce n’était pas de froid, cependant, c’était autre chose, mais je n’avais pas envie de mettre un mot dessus. Elle se rassit à côté de moi, et mon frisson s’éteignit. J’étais presque en train de le regretter, maintenant.

    « Je… »

    P#tain… pourquoi étais-je incapable de formuler correctement une phrase simple ? Ce n’était pas compliqué pourtant… généralement, je savais assez bien meubler un silence en racontant des choses plus ou moins intéressantes, plutôt moins que plus d’ailleurs, mais là… je n’arrivais même pas à répondre à de simples questions. Je levai la tête, pour fixer Valentine, et si cette fois ma voix mourut dans ma gorge, ce fut à cause d’elle. Parce qu’elle n’avait pas le droit d’être aussi… elle. Elle n’avait pas le droit d’être aussi… Le mot s’étranglait avant que je ne le formule totalement, même en pensées. Il fallait bien que je l’accouche, quand même. Parce que je n’avais pas le droit de refuser à Valentine d’être belle, quand bien même ce devait être la fatigue qui me faisait penser de telles choses, alors que je me l’interdisais la plupart du temps. Ne l’avais-je pas dis à Benoit ? Que les filles étaient un sujet sensible chez moi, même si j’étais loin, vraiment très, très loin de m’intéresser aux garçons ? Ce n’était pas pour frimer, ou parce que ça me gênait. C’était parce que s’il y avait bien quelque chose que je craignais, c’était de trop m’attacher, et de mal réagir. Un simple « non » m’avait fait frapper Sophie. Un simple conseil m’avait amené à envoyer ma copine du moment à l’hôpital. Ma seule copine, en fait. Ah, non, ce n’était pas Madeleine que j’avais frappé, c’était l’un de ses amis. Bref. Dans tous les cas, Valentine n’avait pas intérêt à frayer avec moi surtout si « Tu es belle. »

    C’était sorti tout seul. Je fermai les yeux brièvement. Elle avait parlé de mon visage. Ma main se leva pour aller tâter ma joue puis descendit vers ma lèvre où se trouvaient encore un peu de sang craquelé. Ma joue ? Ah. Oui. Je m’étais battu. J’avais oublié. Enfin… non, comment pouvais-je, n’était-ce qu’oublier, que je m’étais battu… C’était la cause de toutes mes emmerdes, c’était la raison pour laquelle je n’avais dormi de la nuit, c’était la raison pour laquelle j’étais ici, crevé, fatigué, énervé, détruit.

    « Je… je me bats tout le temps. J’arrive pas à… je sais pas… ne m’abandonne pas… s’il te plait, ne me laisse pas seul… »

    Ma voix se cassa. Il fallait que j’arrête. Que j’arrête tout de suite de parler, j’étais incapable de retenir les mots lorsque j’arrivais à les prononcer. Que j’arrête tout de suite de croire que ce que mon cerveau me disait était vrai. Que j’arrête tout de suite d’imaginer, n’était-ce qu’une seconde, que Valentine pouvait réveiller ce qu’il y avait de bon en moi.

    « Pourquoi est ce que quand tu es là, je suis gentil, et quand tu n’es pas là, je redeviens méchant ? »

    Je me faisais l’effet d’être un gamin, un grand gamin. Mes mots sonnaient avec l’écho d’une innocence que j’avais perdu très tôt, que je n’avais peut être même jamais eue. Je fixai Valentine dans les yeux, et malgré moi, un sourire se dessina sur mes lèvres.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Sam 13 Juil - 18:25

 Sa fragilité était désarçonnante. Il était là, avec le plaid sur les épaules. Je regardais Alexandre, c'était tellement étrange, il ressemblait profondément à un enfant dans sa manière de se comporter. Je l'avais entendu m'appeler pendant que j'étais partie lui chercher quelque chose pour le couvrir. Il ne semblait pas vouloir rester seule un seul instant. Pour autant, je n'arrivais franchement pas à savoir pourquoi ? Pourquoi n'était il pas arrivé avec son grand sourire et son air espiègle ? Pourquoi il n'était pas bavard comme à son habitude ? Pourquoi avait il ses marques sur son visage ? Pourquoi n'arrivait il pas à me parler ? Pourquoi n'arrivait il pas à parler tout court ? Je m'étais rassise à côté de lui, attendant qu'il se décide à parler. J'avais du temps, j'avais la journée. J'avais eu un jour de repos, bien mérité. Je restais avec Alexandre, il me fuyait du regard, s'essuyait la joue. Pleurait-il ? Je restais à côté, muette, du moins, je ne savais pas quoi dire, quoi faire, le prendre dans le bras serait peut être un peu trop ? Tu es belle. Je le regardais, interloquée, le rouge me montait au joue, je ne comprenais pas, pourquoi me disait il cela comme ça de but en blanc ?

« Qu..qu..quoi ?»

A ce moment là, je ne savais pas comment je devais agir face à lui, qu'est ce qu'il lui arrivait. Que devais-je lui dire ? Beaucoup de questions, et si eu de réponses, c'était assez frustrant. Pour me donner de la contenance, je piquais dans mon assiette, enfournant une bouchée énorme, manquant presque de m'étouffer. Décidément... Je… je me bats tout le temps. J’arrive pas à… je sais pas… ne m’abandonne pas… s’il te plait, ne me laisse pas seul… Je cherchais son regard. Je ne comprenais, il se battait tout le temps ? Mais avec qui ? Avec lui même ? Ça ne laisserait pas des traces comme ça ? Qui pourrait bien frapper Alexandre, peut être y avait il une partie du caractère d'Alexandre que je ne connaissais pas, peut être n'avait-je vu que la meilleure partie de lui. Ce qui m'avait fait l'apprécier, lui faire confiance, me remonter le moral, m'accompagner, me soutenir, me faire rire, me faire sourire, ne jamais laisser aller à ma déprime, me faire penser à autre chose. Connaissais-je vraiment Alexandre ? Pourquoi est ce que quand tu es là, je suis gentil, et quand tu n’es pas là, je redeviens méchant ? Je le regardais, je ne faisais que cela le regarder. Parce que je ne le comprenais pas, je n'y arrivais absolument pas. Je voulais essayer de lire dans ses yeux, rouge de fatigue, quelque chose, je voulais essayer de le comprendre, de savoir pourquoi sonnait comme des phrases d'enfants. C'était manichéen, le bien contre le mal. Méchant et gentil. Il me fixait, et un sourire se dessina sur son visage, ce qui me fit sourire à mon tour. Voilà, c'était l'esprit. Je ne savais pas bien si j'avais fait quelque chose pour qu'il me sourit de cette manière, mais en tout cas, c'était bien plus agréable de le voir sourire comme cela. J'eus pour réflexe de lever la main, pour la porter sur sa joue, toujours ne souriant. Ce que je faisais aucune idée, mais j'avais l'impression que je pouvais faire ça.

« J'ai pas la réponse à ta question Alex, mais je préfère quand te voir sourire. »

Sa joue était rugueuse, irrégulière, pourtant agréable, je restais là assise, la main sur sa joue, qui se voulait peut être rassurante, il était venue chercher de l'aide, de la compagnie, et malgré son sourire, je doutais que tout était réglé, au contraire, je pense que tout était loin d'être réglé, mais je ne voulais pas qu'il se sente agressé par mes questions, il ne fallait pas qu'il se braque, j'avais déjà réussi à entrevoir un sourire, nous étions sur la bonne voie. Malgré tout, je ne savais pas bien pourquoi il disait qu'il se battait tout le temps. Il ne me semblait pas violent, ni même impulsif... Je n'avais pas de souvenir qu'il fut méchant, ou désagréable avec moi. Devais-je creuser un peu plus, pour connaître Alex, je ne savais pas bien ou tout cela allait nous mener. Je me rendis compte alors que mon geste pouvait le mettre à l'aise, et d'un coup, je me sentis moi même mal à l'aise, qu'est ce qu'il m'avait pris, je ne pouvais pas agir de cette manière alors qu'il était en pleine détresse. Je retirais ma main de sa joue, la reposant sur la table, gênée par ma conduite.

« Excuse moi... Je.. je.. Je suis désolée. »

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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Dim 14 Juil - 9:02

A mon sourire, elle répondit par un autre sourire, encore plus éclatant. C’était simple, ce n’était vraiment pas compliqué. La voir, tout simplement la voir me mettait le sourire aux lèvres. Là où ça se compliquait, c’était là où personne ne pouvait voir en moi. Mon cœur battait la chamade, mais c’était dangereux pour elle. D’autant plus que d’ange, elle devint démon lorsqu’elle posa sa main sur ma joue, son contact me brûlant plus sûrement que si on y avait apposé une bougie. Allumée, la bougie, bien sûr. Pourquoi est ce que quand tu es là, je suis gentil, et quand tu n’es pas là, je redeviens méchant ?. Cette question aussi était d’une simplicité déconcertante. Tout était résumé en un mot. Lorsque Valentine était là, je n’arrivais pas à être méchant, c’était… ça m’était strictement impossible. J’avais voulu l’éloigner de moi, la garder à distance, la blesser pour qu’elle ne m’apprécie pas, j’avais voulu mettre en place le périmètre de sécurité que je mettais toujours entre moi et les filles. Je n’avais eu aucun souci à le poser entre moi et Annabelle, entre moi et Léonie, entre moi et la réfugiée que j’avais fait tomber à l’eau, quoi que je puisse en dire. J’avais tout fait pour l’écarter, mais à chaque fois, je n’avais voulu en fait que plus me rapprocher d’elle. La première fois que nous nous étions vus, à l’hôpital, je n’avais eu qu’une envie : lui remonter le moral. Lorsque j’étais retourné la voir à la pépinière, c’était pour la virer totalement de ma vie, au final j’étais resté pour l’aider. Et maintenant…

« J'ai pas la réponse à ta question Alex, mais je préfère quand te voir sourire. »

C’était rare. C’était très rare. Mais j’étais en train de piquer un fard. B#rdel. Ca, c’était vraiment, mais vraiment perturbant. Sa main sur ma joue me faisait frissonner par vagues, et je faillis la retenir lorsqu’elle l’écarta rapidement, mal à l’aise visiblement. J’effleurai ma joue du bout des doigts, comme si j’essayai de retrouver sa main qu’elle avait pourtant rapatriée. Elle semblait gênée, je ne pouvais que comprendre pourquoi, vu que j’étais dans le même état.

« Excuse moi... Je.. je.. Je suis désolée. »

« Non ! Ne sois pas désolée… je… c’est moi qui… j’aurai pas du venir… »

Je me levai rapidement, peut être un peu trop vu que le tournis me prit et me fit tituber. Il fallait que je la laisse, avant de… avant de te sentir mieux ? Avant d’accepter son aide ? Quelque chose dans le genre, oui. Je n’avais pas le droit d’être égoïste. Je m’appuyai sur la chaise, le plaid glissant lentement de mes épaules.

« Valentine, je… je ne veux pas te faire de mal, je ne dois pas rester… Si je te fais du mal… je suis… Un psychopathe ? Incontrôlable ? Dangereux ? Stupide ? … je ne suis pas celui que tu crois. Je… »

Je quittai le support de la chaise pour faire un pas en arrière. J’avais repoussé ce moment pendant trop longtemps. Il fallait qu’elle sache que je n’étais pas gentil et qu’elle n’avait rien à faire avec moi. Non, là, j’extrapolais. Dans tous les cas, elle ne devait pas avoir envie de me voir, et de m’aider. Même les anges n’étaient pas obligés, n’avaient pas à se sentir obligés, de m’aider. D’aider des cas désespérés de méchanceté, comme j’en étais un. Il fallait que j’arrive à la convaincre que l’Alexandre gentil qu’elle avait vu n’était pas tout à fait réel. Que c’était pour elle que j’avais été gentil, mais que ce n’était pas naturel. Il ne fallait pas que j’y crois, et si j’arrivais à me convaincre qu’elle était trop bien pour moi, ce qui était assez simple à imaginer, si j’arrivais à me faire comprendre à moi-même que je devais agir pour tous les deux,

« Ecoute, je…, le café, l’odeur du pain perdu, la présence apaisante (m#rde) de Valentine avaient fait leur office, j’étais… plus… calme. Et moins perdu. Et am… non. hier, je me suis fait lourder de l’armée parce que j’étais trop violent. Je… Je ne suis pas celui que tu crois. »

Trop violent. Ce n’était pas tout à fait ça, mais en partie. Si je devais déformer la réalité, ça ne me gênait pas de le faire, parce que j’étais réellement trop violent. Et j’étais aussi insolent, irrespectueux, désobéissant, arrogant, impulsif, instable, susceptible, agressif… la liste de mes défauts étaient bien trop longues pour que j’en fasse à l’instant un listing complet.

« Et ça m’a un peu attristé. Mais ça va mieux, maintenant. »

Un peu attristé ? Tu veux dire que ça t’a totalement démoli, et que c’est pour ça que tu t’es traîné comme une larve jusque ici… Tu ne vas pas mieux, Alex, mets toi ça dans le crâne. J’suis sûr que tu sors de chez elle, tu fais une rechute, et tu vas me faire une crise de panique dans un bosquet, parce que tes jambes t’auront lâché d’ici là.. Peut être, mais ça elle n’avait pas vraiment besoin de le savoir. Tout ce qu’elle avait besoin de savoir, c’était que je n’étais ni fiable, ni gentil, ni compréhensif, ni patient, ni intelligent Depuis quand tu, toi, remets en cause ton intelligence ? Alex, tu ne vas pas bien, là, c’est certain., ni… ni quoique ce soit que, elle, pouvait être.

Je me passai une main nerveuse dans la nuque, pour me décrisper, et le plaid tomba définitivement de mes épaules, laissant mes bras nus se faire agresser de nouveau par le froid auquel j'étais encore sensible. Je me sentais peut être mieux, mais je n'avais pas vraiment mangé, je n'avais pas dormi, je n'avais pas bu autre chose qu'une gorgée de café.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 17 Juil - 17:45

J'étais certainement allée trop loin. Je n'aurais jamais du me montrer aussi...entreprenante ? Était-ce vraiment mon intention ? Je voulais surtout me montrer présente et rassurante, peut être n'avais-je alors pas bien compris la portée de mon geste. Je me sentais gênée, en plus de son compliment, me voilà rouge comme une pivoine, embarrassée par mon propre comportement. Qu'avais-je donc voulu faire ? Beaucoup de questions, j'avais été égoïste, je n'aurais pas du faire ça. Je m'étais platement excusée, comme prise en flagrant délit de bêtise, parce que c'était Non ! Ne sois pas désolée… je… c’est moi qui… j’aurai pas du venir… Je levais les yeux vers lui, ne comprenant pas. Et voilà, j'avais vraiment fait n'importe quoi. J'avais fait n'importe quoi, définitivement n'importe quoi, je l'avais gêné. Alors qu'il était venu me voir pour de l'aide, du soutien de la compagnie, mais qu'est ce qui m'avait pris ?

Je regardais Alexandre, non, il pouvait pas partit, c'était pas possible. Je n'allais pas le laisser errer tout seul dans les rues de Louisville. Nan, enfin si, il avait bien fait de venir, c'est moi qui avait fait n'importe quoi. Quand il se leva, je suivais le mouvement me levant en même temps voulant à tout prix l'empêcher de passer la porte, il n'avait ni mangé, ne semblait pas spécialement soulagé, je ne pouvais pas le laisser, j'aurais alors échoué dans ma mission de lui remonter le moral. Malgré ses sourires, je sentais, aussi étrange que cela puisse paraître, qu'il n'allait pas mieux qu'à son arrivée. Valentine, je… je ne veux pas te faire de mal, je ne dois pas rester… Si je te fais du mal… je suis… commença t-il. Je ne comprenais pas ce qu'il cherchait à dire, ou même à faire. Je le regardais. … je ne suis pas celui que tu crois. Je… . Je fronçais les sourcils, ne comprenant franchement pas. Je pensais même qu'il se trompait. Il y avait certainement du mauvais chez lui, mais il devait lui donner beaucoup trop d'importance. Parce que je n'avais, apparemment, vu que le meilleur de lui.

« Non, reste... Excuse moi, je voulais pas... Reste, je recommencerais pas, je suis désolée.. »

Je lui souriais. Hier, je me suis fait lourder de l’armée parce que j’étais trop violent. Je… Je ne suis pas celui que tu crois. Il avait été quoi ? Pour quelles... raisons ? Je ne connaissais pas bien le système de l'armée, parce que je ne m'y étais jamais intéressée. Mais ça devait être des actes assez graves comme actes de violence, j'étais perdue, je ne comprenais pas bien ce qu'il me disait. Je ne comprenais pas, parce que je ne connaissais pas cette partie de lui. Sa question prit du sens...éventuellement. La suite me fit presque lever les yeux au ciel. Et ça m’a un peu attristé. Mais ça va mieux, maintenant. Ça allait mieux ? C'était une blague ou il manquait de discernement ? Il avait froid, je l'avais trouvé errant sur le trottoir, avec un discours complètement incohérent, ou que je ne comprenais pas. Non, vraiment Alexandre était bien complexe que je ne le pensais.

« Mais arrête Alexandre... me dis pas que tu vas mieux, reste un peu, mange, et tu partiras après si tu veux. » commençais-je « Mais, je préférais que tu me parles, que je puisse comprendre, plutôt que de te voir prendre des décisions... irrationnelles. Tu peux pas, et je te laisserais pas, être seul.»

J'étais debout face à lui. Le sujet était en effet moins léger que les fruits et les légumes. Je lui souriais faiblement.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Jeu 25 Juil - 14:03

    « Mais arrête Alexandre... me dis pas que tu vas mieux, reste un peu, mange, et tu partiras après si tu veux. Mais, je préférais que tu me parles, que je puisse comprendre, plutôt que de te voir prendre des décisions... irrationnelles. Tu peux pas, et je te laisserais pas, être seul.»

    Des décisions irrationnelles ? Depuis quand prenais-je des décisions irrationnelles ? Bon, d’accord, la question était très mal formulée, parce que je prenais toujours, ou peu s’en fallait, des décisions que l’on ne pouvait vraiment pas décemment qualifier de rationnelles… Surtout que là, j’étais fatigué. Epuisé. Apeuré. Ereinté autant physiquement que psychologiquement. J’étais totalement tiraillé entre ce que la raison me disait de faire, ce que je croyais devoir faire, ce que j’avais envie de faire, et ce que j’avais peur de faire. C’était passablement compliqué, et même si j’aimais les choses compliquées, là, je n’avais pas vraiment la tête à me prendre la tête justement. Je fermai les yeux, le temps que la cuisine de Valentine arrête de danser la gigue autour de moi, et que cette affreuse impression d’être en pleine mer s’éloigne légèrement. Alex, tu sais que ça, ça veut dire qu’il n’est pas bon du tout que tu restes debout ?. Disons que je le savais, mais… j’avais peur. Très peur. De ce que je pouvais faire si je restais. De ce que je pouvais être amené à faire. J’avais peur. Je fuyais, comme me l’avait si bien dit cette réfugiée, Annabelle Dubois, quand je l’avais accusée de fuir. Elle m’avait renvoyé la remarque en boomerang, et le retour du bâton avait fait mal à la gencive. Je chancelai. Ravale ton p#tain d’orgueil, Alexandre, ravale le, s’il te plait. Maintenant que je m’étais levé, je me voyais mal revenir à ma place. Mais la cuisine tanguait toujours autant, et Valentine n’avait pas envie de me laisser ressortir, visiblement. Je la contemplai, longuement, ouvrant les yeux pour ça. C’était mon point de repère pour ignorer les vertiges qui me menaçaient. C’était mon soleil, mon phare, mon objectif. Et je m’en rendais compte maintenant, alors que je ne tenais plus sur mes jambes, qu’elle était devenue en peu de temps mon unique point de repère, la lumière qui attirait le papillon que j’étais, à Louisville. Avant c’était… avant, c’était plus ou moins Blandine et Emmanuel qui me permettaient de redresser mon cap quand je commençais à un peu trop déconner. Sérieux ? parce que tu nous écoutais ?. Je ne les écoutais pas, non, non, certainement pas, quelle idée saugrenue !, mais je cherchais inconsciemment leur approbation. Toi ? Chercher notre approbation ? Sérieux ?. Ce n’était peut être pas clairement visible, c’est le moins qu’on puisse dire, mais… quand j’étais encore au collège, c’était dans la chambre de Blandine que je me réfugiais pour lire. A Autun, lorsque je rentrais, c’était vers Emmanuel que je me tournais, surtout pour l’emm#rder et le critiquer, mais c’était vers lui que j’allais pour me sentir normal. Aujourd’hui… Valentine me donnait l’impression que je pouvais être gentil, que je pouvais être… fréquentable. Et normal. Et… voilà. Je rendis les armes, et fis un pas en arrière pour me laisser tomber de fatigue dans la chaise. Le contre coup sur ma jambe me tira une grimace alors que je balbutiai.

    « Je… J’ai peur de te faire du mal, Valentine. Je te l’ai dit, je… Je détournai le regard. Je suis sérieux, Val’, je… c’est toujours comme ça. Je finis toujours par faire souffrir les autres et… »

    La fatigue parlait pour moi, abattant minutieusement toutes mes velléités de reprise en main de ce que je pouvais raconter. Si j’avais été en pleine forme, ou même juste un peu moins fatigué, il était évident que je n’aurai jamais dit ça, même sous la torture. Mais là… je voulais juste être sincère. Ou presque. Je voulais juste lui faire comprendre qu’elle ne devait pas croire que j’étais… voilà. Ce n’était pas facile. C’était très galère, c’était l’horreur, c’était… voilà. Je n’arrivais plus à penser, je n’arrivais plus à formuler des phrases sensées et cohérentes. En fait, mes yeux se fermaient tous seuls. Dans un murmure, je rajoutai :

    « Je ne veux pas être tout seul non plus. Tu… tu es ma seule amie ici, je crois. Avec Baxter. »

    A cet instant, il ne me venait pas à l’esprit qu’être comparé à un chien, ce n’était pas très flatteur. Enfin… voir sa relation avec quelqu’un, comparée avec celle que ce quelqu’un entretenait avec son animal de compagnie, plus exactement, ce n’était pas du tout, flatteur. Mais pour moi… là… Baxter était mon meilleur ami, même s’il marchait à quatre pattes, avec cette désagréable manie de vouloir me mordiller la main. Il était sensible à mon état, donnerait sa vie pour me sauver, et sa loyauté n’avait qu’une seule faille : la confiance que nous placions l’un dans l’autre. Avec Valentine… je ne savais pas si ma confiance en elle, et celle qu’elle me portait, étaient aussi puissantes que celles entre Baxter et moi, mais dans tous les cas, elle était naissante. Et si ce n’était pas de la confiance que j’éprouvais pour elle, il y avait bel et bien quelque chose. Quelque chose qui me nouait la gorge, qui me serrait la poitrine, qui… ma tête tombait toute seule.

    « Est-ce que… est ce que je pourrais m’allonger quelque part ? »

    J’avais rendu les armes, et bien. Je ne faisais pas les choses à moitié. Non, du tout. J’avais rendu les armes, j’avais fait marche arrière. Tu as juste compris que tu ne pouvais pas tout faire tout seul, Alex. Non, ce n’était pas de ca dont je parlais, ou du moins, pas que de ça. J’avais rendu les armes, parce que je venais d’accepter de faire confiance, et de me rapprocher d’avantage de Valentine. Ce n’était pas bon, c’était une immense cȝnnerie, mais voilà… c’était trop tard maintenant.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 29 Juil - 13:32

Je ne pouvais porter Alexandre toute seule, je n'en avais pas la force, j'aurais aimé, j'aimerais pouvoir le faire le soutenir à moi seule, le porter vers le haut, le sauver de ce qui me semblait être sa propre noyade. Je ne savais pas ce qu'il se passait dans sa tête et dans sa vie, c'était le flou absolu pour moi. Les bribes de phrases qui sortait de sa bouche parfois, je ne les comprenais pas, c'était comme essayé d'assembler un puzzle, alors qu'il en manquait la moitié. Je souriais faiblement, nous avons tous été brisé d'une certaine manière, certains plus que d'autre. Mais j'avais l'impression qu'Alexandre avait été cassé bien avant toute ces tragédies. Avant la perte, avant tout ça. Alors que cachait il ? Je le regardais incapable de le cerner, qui l'avait cerné ? Moi ? Non, certainement pas. Alexandre était une énigme et de celle qui donnait mal à la tête. Je repris ma tasse de café qui avait tiédit, me donnant ainsi de la contenance. Je regardais Alexandre. Et buvait une gorgée de café. La reposant sur la table, c'était un geste ridicule, et je me trouvais ridicule.

Je… J’ai peur de te faire du mal, Valentine. Je te l’ai dit, je… Je le regardais ne le comprenant pas, voulait-il s'éloigner de moi ? Avais-je fait quelque chose ? Je ne comprenais pas ce qu'il cherchait à faire, je ne... Je suis sérieux, Val’, je… c’est toujours comme ça. Je finis toujours par faire souffrir les autres et ... Il ne me faisait pas souffrir, et j'espérais qu'il ne le ferait jamais, mais je ne le pensais pas capable de faire souffrir les gens volontairement. Il était si gentil, si souriant, que le voir énervé, ou violent ne me semblait pas possible. Et pourtant, son visage, et les marques qu'il y avaient dessus me disaient le contraire. Il fut un temps, où j'aurais pris un autre chemin, mais là, j'avais juste envie de lui prendre la main et de lui sourire, pour qu'il arrête de se tourmenter. Je ne veux pas être tout seul non plus. Tu… tu es ma seule amie ici, je crois. Avec Baxter. Il n'était pas tout seul, il ne l'était plus et ne l'avais certainement jamais vraiment été... J'avais envie de lui dire à quel point il comptait pour moi, à quel point son soutien, son amitié et sa présence au quotidien me permettait d'aller de l'avant, de sourire, de rire, de presque me donner envie de me lever le matin, en sachant que quelqu'un malgré toute cette horreur souriait. Mais là, il ne souriait plus, il était fatigué, si fatiguée, si triste, si vulnérable.

Est-ce que… est ce que je pourrais m’allonger quelque part ? Je le regardais, sortie de mes pensées, s'allonger, il y avait le canapé, je ramassais le plaid qui était tombé quand Alexandre s'était levé. Je le gardais entre les mains.

« Hum.. Oui, y'a le .. canapé dans le salon, si tu veux. »

Je l'accompagnais dans le canapé, posant le plaid sur le canapé. Et je m'asseyais sur l'accoudoir. Laissant à Alexandre le loisir de s'y asseoir. Et de s'y allongé. Je ne savais pas quoi lui dire, je n'étais pas spécialement timide, mais je n'étais pas non plus très bavarde non plus, mais je cherchais surtout mes mots, sans le mettre mal à l'aise, vu mon geste de tout à l'heure, je n'allais pas m'engouffrer dans quelque chose qui ne semblait pas du tout au goût du jour. Je ne savais vraiment pas ce qui m'avait pris. Je soupirais, prenant une longue respiration par la suite. J'allais m'embarquer dans une longue déclaration qui avait mis du temps à se mettre en place dans ma tête. Ça n'allait ps forcément être très cohérent, mais j'allais faire un effort.

« Je sais pas ce qu'il se passe dans ta tête, Alex... Et j'imagine que c'est compliqué, et il y a rien de mal à lâcher un peu du leste, surtout si ça te fait du bien... Et.. Et .. J'avoue que je comprends ce qu'il se passe, parce que je découvre une partie de toi que je comprends pas, et qui devrais apparemment me faire peur, ou du moins mettre de la distance, mais je suis pas convaincue que tu... mh.. es besoin que les gens s'éloignent de toi, au contraire. Enfin... Je suis là pour toi. Je serais haut, si jamais t'as besoin de quelque chose. »

Je récupérais mes chaussons, sur le fauteuil en face et quittais l'accoudoir.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Ven 9 Aoû - 20:56

    Je lui avais demandé un endroit où me reposer. J’avais rendu les armes, définitivement. C’était… le terme d’affligeant n’était pas suffisamment fort pour retranscrire ce que c’était mais donnait une vague idée de ce que je ressentais. J’étais crevé, j’étais défait, j’étais totalement… toutes mes barrières, toutes les limites que je m’imposais entre moi et les autres, entre moi et mon affection, entre moi et le monde, s’étaient effondrées en même temps que mes murailles et ma résistance à la fatigue.

    « Hum.. Oui, y'a le... canapé dans le salon, si tu veux. »

    Valentine m’accompagna jusqu’au canapé qu’elle venait de me désigner. Elle s’y assit sur l’accoudoir, et je tentai de faire de même, poliment. Malheureusement, je n’avais jamais su m’asseoir tranquillement sur un fauteuil, et pour compléter le tout ma jambe me lâcha : résultat, je m’affalai sur le canapé, à moitié allongé sur la longueur. Mes yeux se fermaient tous seuls, les idiots. La position allongée n’était pas la meilleure si Valentine comptait me faire la conversation. Après un temps de silence, je fermai les paupières, et appuyai ma tête sur l’accoudoir. Un soupir. Une longue respiration. Valentine allait parler : je me forçai à rouvrir les yeux, histoire qu’elle ne s’adresse pas à Morphée mais bel à bien à Alexandre.

    « Je sais pas ce qu'il se passe dans ta tête, Alex... Et j'imagine que c'est compliqué, et il y a rien de mal à lâcher un peu du leste, surtout si ça te fait du bien... Et.. Et .. J'avoue que je comprends ce qu'il se passe, parce que je découvre une partie de toi que je comprends pas, et qui devrais apparemment me faire peur, ou du moins mettre de la distance, mais je suis pas convaincue que tu... mh.. es besoin que les gens s'éloignent de toi, au contraire. Enfin... Je suis là pour toi. Je serais haut, si jamais t'as besoin de quelque chose. »

    Je suis là pour toi. Ces cinq mots étaient plus que perturbants. Je n’avais besoin de personne, j’étais totalement autonome et indépendant, j’étais génial, j’étais moi. Je n’avais besoin de personne. Et tu racontes des bêtises… pourquoi veux-tu tellement réintégrer l’armée à ton avis ? Je ne sais pas. Si tu le sais, tu ne veux juste pas te l’avouer à toi-même : tu as peur d’être seul et livré à toi-même. C’est faux. C’était totalement faux. Je ne savais pas pourquoi je voulais réintégrer l’armée – et je me mentais à moi-même en disant ça – et je ne voulais pas le savoir. Je n’avais besoin de personne, il fallait que j’arrive à m’en convaincre. Je n’ai besoin de personne. Et qu’est ce que tu fais là alors ?.

    Je me redressai, et me retournai pour poser la tête sur les genoux de Valentine. Mes mots me trahirent plus sûrement que mes pensées, alors qu’ils franchissaient d’un seul coup toutes mes barrières mentales :

    « Protège-moi, reste avec moi s’il te plait, Valentine. Mais protège-toi de moi aussi. Je suis pas un mec bien, c’est certain. J’essaye de l’être, parfois, mais ça foire toujours. Je foire toujours tout. »

    C’était en totale contradiction avec la tempête qui sévissait en moi, j’en étais bien conscient. A croire que ce que tu dis est plus intelligent que ce que tu penses… c’est le monde à l’envers. Le pire, c’était que c’était exactement ça. Habituellement, je pensais des choses intelligents, je pense que le terme d’ « habituellement » est un peu fort… on va dire « parfois », ça me semble plus réaliste, parfois donc, je pensais quelque chose de futé. Mais c’était extrêmement rare que je le dise, pour la simple raison que je n’avais pas envie d’en faire profiter les autres : ils étaient bêtes, et bien qu’ils le restent. Mais pour le coup, là… voilà. C’était n’importe quoi, le monde à l’envers comme l’avait si bien pensée la-représentation-psychique-du-mental-de-mon-frère qui m’aidait à survivre depuis le-début-de-la-fin-du-monde. Voilà, voilà : tout était dit en quelques mots. J’étais stupide, génialement stupide même : c’était un bon résumé.
    Je me calai un peu mieux dans le canapé, comme un enfant fatigué creusait dans des draps ou un lit un petit cocon pour dormir. Je me sentais partir à nouveau dans les bras de Morphée, même si j’aurai préféré que ce soit ceux de Valentine. Euh… qu’est ce que tu racontes là ?. Rien. Rien de rien. Je n’ai rien pensé, surtout pas concernant des bras et Valentine. J’étais stupide. J’étouffai un bâillement et je grognai dans ma barbe un :

    « Ne me fais jamais confiance, parce que tu risques d’être déçue. Tu me promets de ne pas me faire confiance ? »

    Avant de me laisser totalement bercer par le sommeil. Pour la première fois depuis notre arrivée en ville, c’était étrange, mais je me sentais en sécurité : ce n’était pas normal. Pas du tout. Je venais de me faire lourder de l’armée, le pronostic de ma réintégration d’urgence était très, très mauvais –il ne fallait pas négliger le fait que j’avais frappé l’une des personnes chargées de donner son accord –, je brisais toutes mes règles de sécurité concernant les amitiés qui pouvaient se former entre moi et d’autres personnes, je négligeais Baxter, mais… je m’endormis sans difficulté. Bon d’accord, ma fatigue et la douleur réveillée dans ma jambe, et non-endormie à ma pommette pouvaient aider, mais voilà. C’était étonnant.

    Spoiler:
     
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Dim 18 Aoû - 22:55

 Alexandre ne se fit pas prier pour s'allonger sur le canapé, j'eus un sourire, c'était déjà cela, il allait pouvoir se reposer. Il avait le visage marqué par la fatigue, par les complexités qui se passait dans sa tête. Qu'il se repose, ce n'était pas moi, ni Baxter qui allions l'empêcher de se reposer. Je restais à côté de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Il baragouina alors quelque chose sur la confiance, je ne devais pas lui faire confiance. Je soupirais, j'aurais aimé qu'il me parle un peu plus mais il était bien trop fatigué et tourmenté pour ça, alors je le laissais là. Je me ferais garante de son repos, pour le peu de temps qu'il aura. Quand il s'endormit, je fis glisser sur lui le plaid que j'avais mis sur ses épaules auparavant. Et lui caressait le front avant de quitter le salon pour lui laisser la tranquillité dont il avait besoin. Je fis un saut par la cuisine, me servant une nouvelle de tasse de café. Combien de temps tout ceci allait durer ? Toute cette tranquillité ? Je me sentais tendue, autant qu'apaisée, c'était étrange. Je regardais Baxter, qui s'allongea en face d'Alexandre sur le tapis. Je me décidais aussi à débarrasser la table, mangeant un morceau dans l'assiette que j'avais servi à Alexandre. Délicieux, vraiment s'il y avait bien une chose que je savais faire c'était le pain perdu. Pas compliqué me direz vous. Je gardais les restes pour plus tard, les plaçant dans le réfrigérateur. Je remplis un bol d'eau, retournant silencieusement le poser face au berger allemand, dans le salon.

Je souriais, et pris le chemin vers les escaliers, laissant glisser ma main sur la rampe. Avec mes chaussons autour du cou et une tasse de café dans l'autre, j'allais le laisser dormir avec son chien. Je montais les marches. J'allais me vider la tête dans calme. Si mon téléphone n'était plus capable de passer des appels, du moins, personne ne cherchait à me joindre, il m'apportait tout de même le réconfort de la musique. J'enclenchais les enceinte très archaïque que m'avais accordé Etienne, et je mis la musique à un volume qui ne dérangerait pas le sommeil du pensionnaire en bas. J'enfilais mes chaussons, nouant les rubans. J'avais peur du jour où ils allaient me lâcher. J'en avais une dizaine de paires, partis en fumée. Comment allais-je faire sans eux. J'y prenais un grand soin, comme d'habitude, mais plus qu'avant. Il était mon bien le plus précieux après tout. Une fois chaussée, le réflexe fut de faire quelques pointes, tapotant le bout des chaussons contre le parquet. Je me levais, j'eus un soupir apaisé. Je suivais les notes de musiques, levant un bras puis l'autre, descendant mes doigts, remontant ma jambe en montant sur pointes. Je tournais sur moi même, fermant les yeux appréciant ce pur moment d'harmonie avec ma musique. Tout disparaissait, le temps, les problèmes, la guerre, Jules, la pépinière, mes nuits hantées par les cauchemars, tout disparaissait, la peur, l'incompréhension, l'injustice, l'angoisse, l'inconnu, plus rien n'avait d'impact. Je me sentais foncièrement libre quand enfin je renouais avec la danse. J'enchaînais les mouvements,  évitant de sauter au maximum.  Pied plat, demi-pointes, pointes. Je tournais, enchaînais lentement un arabesque, je retrouvais une position de base, continuant mes adages.

Je ne me laissais pas, la tranquillité de la maison me faisait du bien. J'avais eu de la chance en tombant sur Etienne, qui se montrait si compréhensif, et m'encourageait à continuer.Alors c'est ce que je faisais, sans jamais me lasser ni me poser de questions. Ça me permettait d'avoir un rythme stable et soutenu, rythmé par la danse et le travail à la pépinière. Je n'avais pas à me plaindre. Du moins, je ne voulais pas que l'on me plaigne, j'avais réussi à m'instaurer une routine plutôt ... agréable et utile. Je fis une pause, m'essuyant sur le fauteuil buvant une gorgée de café. J'étais encore loin de mon rythme parisien, j'étais essoufflée, mais pas autant qu'à l'opéra. Je m'épongeais le front avec mon débardeur et reprit en cadence, premier temps... J'avais l'impression de me retrouver dans la grande salle d'entraînement, face aux grands miroir rectangulaire gigantesque. Que restait il de Paris, ci ce n'est des ruines et des cendres. J'eus une faiblesse à cette pensée, je me redressais, regardant le miroir en pied, où je pus regarder mon reflet et si des erreurs de pas je faisais. Une goutte de sueur perla sur ma tempe, et je repris, second mouvement, les cordes étaient plus violentes, un dégagé, et je pris appui sur mon pied avant, tendant la jambe arrière remontant sur pointe. Je ne devais pas lui faire confiance ? Je regardais le miroir, malheureusement, c'était trop tard, beaucoup trop tard pour me dire ça. Je m'étais accroché à lui, qu'il le veuille ou non, tout le monde avait besoin d'une ancre, et Alexandre devenait petit à petit cette ancre à laquelle je m'accrochais, je m'attachais. Sur cette pensée, j'enchaînais un entrechat, un adage, un développé et un arabesque. La musique se calma, je terminais sur pointe, et continuais mes mouvements lents. Allons, allons, Valentine, est-ce vraiment le moment de t'attacher à qui que ce soit ?

Oui.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 19 Aoû - 14:24

Je cours. J’ai toujours aimé courir. Ca défoule, ça soulage, ça vide l’esprit. C’est ça le must : courir, ça te vide si bien l’esprit que tu ne penses plus à rien. Tu ne ressens que le vent sur ton visage, tu ne ressens que l’asphalte qui s’étire sous tes foulées de plus en plus longues et rapides. Je cours. Droit devant. Ce n’est pas compliqué : le paysage ras de la Provence, c’est ce que je connais le mieux. La garrigue, les senteurs des herbes de Provence. Je monte sur la Ste Victoire. J’entends les cigales. Et je cours, encore, toujours. J’aime courir, ça me détend. Quand j’étais petit, ce n’était pas compliqué : si je m’ennuyais, je me mettais à courir dans la maison, jusqu’à ce que je transpire. Je courrais, j’attendais que les secondes s’écoulent. J’esquive une racine. Carrée, la racine. Je souris à l’intégrale qui volète au dessus de moi, et qui me suit dans mes foulées. Je cours sur un chemin de terre, et la végétation se transcende : luxuriante. Verte. Magique. Plus de cigales, plus de soleil de plomb : une fine bruine me rafraîchit d’un seul coup, et pourtant elle ne me mouille pas. Les toits de Bourgogne, les toits d’Autun se dressent d’un coup devant moi. Les fougères, les feuillus, les forêts. Le Lycée. Que fait-il là ? J’étais en Provence, j’étais chez moi… j’étais dans ma campagne rase, je n’étais pas dans la forêt ! Pourquoi se trouve t il soudainement devant moi, alors que… Une chanson, un simple murmure, s’élève à ma droite. C’est une toute petite exponentielle, qui grimpe, qui grimpe vers le ciel. Elle s’agrandit. Son chant devient une respiration. Je souris. La courbe devient une rampe. La rampe devient une échelle de corde. Un nouveau défi se dresse devant moi : je le relève, et je grimpe la corde. Je monte, je monte. J’atteins les nuages. Un petit papillon volète devant moi : je tends la main pour le prendre. Je n’ai pas à faire un mouvement supplémentaire : il se pose sur mon doigt.

Et se consume. Ses ailes se racornissent, ses teintes colorées s’obombrent, deviennent cendres : il brûle. La chanson qui était devenue une respiration se mue en un rire sardonique. « Tu es un méchant garçon, Alexandre, un très méchant garçon. » Je transpire. Je transpire et j’ai du mal à respirer. Je veux redescendre de l’échelle, mais elle n’est plus là. En fait, je suis en train de tomber dans un vide immense. Et une sauterelle apparait au loin. A chaque fois qu’elle rebondit sur un nuage, le mot  « méchant » explose dans le ciel dans un tonnerre qui me fait trembler. La sauterelle se rapproche, je veux fuir. Mais je tombe.


Je me redressai en sursaut dans le canapé. Une sauterelle ! Une sauterelle géante allait me sauter dessus ! Ma respiration rapide et mon air paniqué devinrent soudain rire. B#rdel. C’était juste un rêve. Juste un cauchemar. Du grand n’importe quoi. Les sauterelles… elles sont ma hantise. Je les détestais, pour la simple raison que lorsque j’étais tout petit, l’une d’elle m’avait sauté dessus et était entrée dans mon tee-shirt par un simple coup du sort… c’était idiot, mais je ne pouvais pas supporter ces animaux. Bon d’accord, si je voyais une sauterelle, je n’allais pas sauter de partout en hurlant, mais je n’étais pas à mon aise. Le temps que je me remette de mes émotions, je m’aperçus que j’étais dans le canapé de Valentine. Non pas que ce fusse particulièrement une surprise pour moi, mais il me fallait toujours du temps, au réveil, pour me resituer dans l’espace. Je refis lentement le court des évènements réels. L’armée. Raulne. Talbert. Douleur. Valentine. Baxter. Valentine. J’étais chez elle, ou plutôt chez le Louisvillien qui l’hébergeait. J’étais reposé, et mes pensées étaient plus claires. Je me frottai les yeux, hagard. Si j’étais chez Valentine, où était-elle ? Je fermai les yeux, et j’entendis de la musique. Un petit sourire s’étira sur mes lèvres. Je n’étais pas du genre timide, ou gêné. Non, pas vraiment. J’étais plutôt du genre curieux, et sans gêne. Ca,je ne peux que le confirmer.. Prudemment, je me mis sur mes pieds, ma jambe m’arrachant une légère grimace, qui m’arracha une nouvelle grimace : ma pommette malmenée ne voulait pas être de reste. Bon bon. Baxter se leva pour trottiner vers moi. Dans un sourire, je lui caressai la tête, et le grattai derrière les oreilles. Lentement, je fis le tour du salon et de la cuisine. Je grignotai un bout de pain perdu, froid. Bon sang de bonsoir, Valentine savait cuisiner, elle ! Le café était froid et m’arracha une grimace, à nouveau. Et je me remis en quête de mon ange personnel. Ange personnel ? Rien que ça ? Il fallait que j’admette qu’elle était… que je devais… Bref, il fallait que j’admette que j’avais eu besoin d’elle. J’étais reposé maintenant, parce que j’avais dormi, et si j’avais dormi, c’était parce que je m’étais senti en sécurité. Malheureusement, je n’avais qu’un souvenir flou de ce que j’avais bien pu lui raconter. C’était étonnant de ma part : moi qui habituellement retenais à peu près tout. Je savais bien que je n’étais pas encore au mieux de ma forme, mais je ne devais plus avoir l’air d’un zombie. J’avais chaud, j’avais un peu faim, mais je ne tombais plus de sommeil. La musique, douce, revint à mes oreilles, et je la suivis dans les escaliers. Baxter me suivait en silence, et je lui fis un clin d’œil. Non, je ne prenais pas une maison d’assaut. Les marches grinçaient, je m’appuyais sur la rampe. La musique s’intensifia, et j’aperçus une ombre qui faisait des pas dans la chambre entrouverte. Je fis un signe à Baxter pour qu’il reste dans le couloir : assis. Et je m’appuyai dans l’embrasure de la porte pour observer Valentine qui dansait. Je n’avais jamais été un fan de ballet, opéra, théâtre. Moi, c’était plutôt boxe, foot, basket et autres matchs de handball. Ce qui était un peu plus « physique » et bourrin. Le sport. La lecture et les maths, aussi, mais il y avait moins de spectacles basés sur ces deux disciplines. La musique s’interrompit mais ses mouvements se poursuivirent dans une lenteur magnifique. Je ne comprenais pas tout, mais j’avais conscience de la complexité et de la tonicité que tout cela demandait. C’était ahurissant, et ça avait quelque chose de magique. La boxe était une danse, dans un sens, mais la grâce qui émanait de Valentine était… d’un autre monde. Ouais, enfin, faut pas pousser : c’est juste une danseuse, une danseuse étoile très certainement. Ton regard transforme tout. Non, il ne transformait pas tout. Il transformait juste Valentine en un ange. Ou plutôt il la transcendait en un ange, puisqu’elle en était déjà un à la base. Elle ne m’avait pas encore vu, et je comptais bien que ça reste ainsi : je n’avais pas ma place dans son univers : malgré ma souplesse et ma force, je n’avais pas la grâce d’un danseur, et j’étais un gros balourd.

Dans mon état normal, j’aurai déjà bondi derrière elle pour la copier et parodier ses mouvements. Les gens auraient explosé de rire, et moi aussi. Mais il n’y avait pas de gens, et je n’avais pas envie de tout briser. Un souffle m’échappa :

« C’est beau. »

Ma voix résonna plus fort que ce à quoi je m’attendais, et je frissonnai. J’ouvris un peu plus la porte, et je passai la tête avec un sourire.

« Je viens de me réveiller, j’ai entendu la musique. Je peux entrer ? »
Alex demande à entrer ? il ne s’impose pas ? Mais c’est pas normal ça ! Si je demandais, c’était parce que je me sentais intrus. C’était la chambre de Valentine, à n’en pas douter. C’était le dernier endroit que je n’avais pas visité. Et pour l’une des rares fois de ma vie, je demandais l’autorisation, et j’attendais qu’elle me réponde avant de franchir le pas de la porte.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 19 Aoû - 19:59

 On m'avait demandé une fois si je considérais mon Art, comme une pratique faîte pour l'élite, qui n'aspirait qu'à n'avoir pour spectateur que l'élite. Je me souviens m'être dis, quel artiste n'aspirait pas à l'élite, pourtant, j'estimais que tous les arts étaient à la portée de tous, c'était seulement un ensemble de faits qui avait rendu le ballet si ... peu accessible. Pourtant, chacun pouvait trouver la danse classique élégante. Chaque artiste aspire à la beauté du geste, pour être reconnu par ses pairs et le monde extérieur. Alors aujourd'hui quel était le but de tout ceci ? La survie, tout ceci me rendait incroyablement vivante. J'entamais un troisième mouvement, suivant la douce musique des cordes frottées, accompagnés des instruments à vent. J'écoutais une partie du ballet de la Traviata, c'était ma pièce d'Opéra favorite, malgré la tristesse de l'histoire.  Je me concentrais sur les bruits de mes pas sur le parquet de ma chambre. J'aurais voulu m'élancer, mais malgré la taille admirable de la chambre je risquais clairement de me blesser. Peut être un jour, j'irais demander au maire de me laisser une heure dans une salle. Du moins s'il accepte. Et s'il avait le temps d'accéder à ma demande. Mes pas étaient réguliers, pesés, pensés. Je me laissais bercer mes souvenirs parisiens, par mes voyages dans le monde pour la danse. De mon émotion à chaque fois que je faisais les premiers pas sur la scène. Je me souviens de ce soir heureux, où sur scène j'étais devenue danseuse étoile, la consécration, j'accédais au premier échelon de l'Opéra de Paris. Je souriais, j'aimais ces souvenirs heureux, le visage radieux de ma grand mère quand elle avait su, le regard fier de Jules, et le sourire heureux de sa femme. Je gardais cela, biens immatériels, mais si précieux.

J'en oubliais ce qui m'entourais, quand je fus tirée hors de mon harmonie par la voix d'Alexandre qui s'était réveillée, je ne l'avais pas remarqué. Je lui souriais, comment disait-on déjà ? Oui, je lui souriais, de ce sourire radieux que j'arborais après la danse. Creusant mes joues de discrètes fossettes, je regardais Alexandre qui semblait déjà bien reposé. Combien de temps avait-il dormi ? Combien de temps m'étais-je évadée ? Je me sentais bien. C’est beau. Je souriais un peu plus. Qu'est ce que disais mon ancienne professeur, le compliment d'un "profane" était le plus sincère. C'était une femme un peu pédante, mais je ne savais bien pourquoi, j'aimais cette idée. Que celui qui ne connaît pas, mais qui reconnaît la beauté, prouve que ce que l'on fait est profondément beau, pas forcément parfait, mais beau, en toute simplicité.

« Merci. »

Je me tournais vers lui, descendant de mes pointes, retrouvant la terre ferme. Si l'on peut dire. Je me sentais légère. Il demandait s'il pouvait entrer, j'hochais la tête, ne comprenant pas bien pourquoi il demandait une autorisation, mais soit. Il entra en trombe, enthousiaste peut être. Regardait-il depuis longtemps ? Pour la suite, j'avoue ne pas bien savoir ce qu'il me prit. Mais très franchement, je me sentais si bien... Quand il approcha, je voulus partager quelque chose, ce que j'aimais, ma passion, ce qui m'avait permis de garder la tête haute, ce qui me faisait mettre un devant l'autre. Je voulais associer Alexandre à cela, c'était lui qui m'avait sourire pour la première fois, et la danse me faisait rire et sourire tous les jours, c'était assez logique non ? Si pour lui tout ceci était un erreur, j'étais convaincue, j'étais certaine du contraire. Avec tout ce qu'il vivait, j'étais convaincue qu'il avait besoin d'un peu de douceur, de légèreté, il laisserait ses problèmes revenir après, pour l'instant, il devait sortir la tête de l'eau, histoire de respirer un peu. Je tendais alors ma main vers lui, lui souriant, l'obligeant à s'approcher, j'attrapais son autre main. Le regardant dans les yeux, il devait vraiment se demander ce qu'il lui arrivait. Je continuais de lui sourire, c'était comme l'entraîner dans mon monde pour quelques minutes. J'hésitais quelques secondes, mais j'étais lancée maintenant, c'était un peu tard pour se poser mille et une question. C'était spontané, laissons cela comme ça. Je posais ses mains sur ma taille, jaugeant encore l'animal, mais il semblait calme, pour l'instant.

« Ecoute la musique d'accord ? Ferme les yeux et suis les mouvements de la musique.  »

Je montais sur mes pointes, gardant mes mains sur les siennes, il était capable de les enlever. Je fis demi tour, faisant face au miroir. Il faut que je concentre, parce qu'au final, si ça le gênait, c'était pour moi, très compliqué à gérer et je ne m'attendais pas à ça. Si je paraissais sûre de moi ? Eh bien, c'était pas le cas. Pur orgueil.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Lun 19 Aoû - 21:22

 L’art était une chose à laquelle j’étais totalement imperméable. Je devais être bien trop scientifique pour ça. On avait bien tenté de me faire faire de l’art plastique au collège : les batailles de peinture étaient bien plus passionnantes à mes yeux – une fresque faite à coup de bombe-à-peinture m’avait valu une excellente note à ce sujet – et mes parents m’avaient fait entendre moult œuvres classiques, lorsqu’ils avaient inscrit Blandine à des courts de piano. Mais ça avait été un cuisant échec : je préférais les maths, je préférais la boxe. En bref, je n’étais ni un artiste, ni un fin connaisseur dans ce domaine, et ça m’allait bien comme ça. Un tableau, à mon goût, ça servait plus à occuper l’espace qu’autre chose. Il n’y avait guère que la musique de film, les bandes sons, qui trouvaient grâce à mes oreilles parce que je m’imaginais chef d’orchestre, et que ça avait la classe. Mais bon. Là, je n’étais ni devant un picasso – très loin de là, vu la finesse des traits de Valentine ce serait plutôt un… euuh… je ne connaissais pas d’autre peintre en fait – ni devant une musique gniangnian. « Merci. » J’étais devant Valentine, qui était plus légère qu’une plume duveteuse tombant du ciel. Plus grâcieuse qu’Euphrosyne, Thalie et Aglaé toutes les trois réunies. Plus belle qu’un coucher de soleil éclatant au Cap Sounion, marbrant la mer de mille couleurs et faisant exploser de ses rayons vespéraux les cœurs des inconscients venus l’admirer. Je n’étais peut être pas sensible à l’art, mais j’étais sensible à la beauté qu’elle dégageait : ça, c’était une certitude. Lorsqu’elle m’autorisa à entrer, je ne me fis pas prier, et d’un pas rapide, ignorant la supplique de ma jambe, je la rejoignis au milieu de la pièce. Je la vis redescendre sur Terre, et je ne pus m’empêcher de laisser un sourire sincère s’étirer sur mes lèvres, s’y épanouir totalement jusqu’à faire pétiller mes yeux. Je n’étais visiblement pas dans mon état normal, et les noms de Sophie et Madeleine tournaient à la bordure de mon esprit, comme un avertissement. Je savais ce dont j’étais capable, et j’avais peur que ça arrive. J’avais peur qu’un jour, ma colère soit trop forte et que je perde, encore, le sens des réalités. J’avais peur… j’avais peur… mais ma peur s’évapora comme brume au soleil lorsqu’elle s’approcha de moi. J’étais immobile : tétanisé. Elle me regardait dans les yeux et j’étais hypnotisé par son regard. Elle me tendit la main, j’approchai. Son sourire me déstabilisait, son hésitation me fit fondre, et mes mots moururent dans ma gorge avant que je ne puisse les prononcer. Des mots de refus, de « je ne peux pas », de « ce n’est pas intelligent ». Elle les étouffait dans son regard. Seul un sourire malicieux lui répondit. Je ne savais pas où on allait, mais j’avais trop d’aplomb pour devenir un crustacé mou devant quelque chose… d’étonnant. Bien sûr que j’étais dérouté, bien sûr que j’étais interloqué, mais je ne fus pas sans réaction lorsqu’elle posa mes main sur sa taille.

« Tu veux qu’on danse ? »

Ma voix amusée trancha avec la musique de fond. J’étais totalement détendu, ma sieste m’ayant plus aidé que ce que j’avais pu imaginer. C’était fou comme la fatigue et le repos pouvaient faire contraster mon attitude. J’étais arrivé épuisé, incohérent, détruit, défait : voilà que j’étais détendu, amusé, et que j’essayais de ne pas penser avec des « si ». J’étais l’Alexandre agréable, celui qui ne montait pas directement au créneau, celui qui n’était pas cynique, méchant, mesquin. Celui qui n’était pas violent. Non. J’étais l’Alexandre amusé, intrigué, curieux. Pire que tout : j’étais en confiance. La présence et la légèreté de Valentine me calmait, m’apaisait, comme le ressac de la mer des années plus tôt. Comme la course lorsque je devais m’enfuir, comme la boxe lorsque je devais m’évader.

« Ecoute la musique d'accord ? Ferme les yeux et suis les mouvements de la musique.  »

J’acquiesçai, toujours amusé. Ecouter la musique, je savais faire. Fermer les yeux… c’était plus compliqué, et je pouvais simuler. Suivre les mouvements… je lâchai un petit rire. Danser était quelque chose de tout à fait impossible pour moi : j’avais la grâce d’un éléphant dans une plate-bande de violettes. Et encore, d’un éléphant borgne et unijambiste. Elle monta sur les pointes, comme pour se mettre à mon niveau, mais je me retrouvais légèrement plus petit qu’elle : je n’étais pas quelqu’un de particulièrement grand. Mes mains sur sa taille étaient à leur aise, étonnamment, et ses mains sur les miennes aussi. Pourquoi aurai-je du les enlever ? Je me laissais faire, toujours ce sourire amusé au visage. Mes yeux pétillaient de malice, ou du moins ce devait être très probablement le cas, mais aussi d’interrogation : qu’attendait-elle de moi ? J’avais peur de faire un faux pas, mais je me le cachais à moi-même. Elle fit demi-tour, et je luttai contre l’envie de la serrer contre moi. Je luttai, je luttai… Comme je luttai si bien lorsque j’avais envie de faire une bêtise. Autrement dit, dans un soupir, je fis passer mes mains devant elle pour la ramener tout contre moi, et la faire descendre de ses pointes. Je murmurai à son oreille : « Montre moi comment on danse, alors, petite étoile », et un nouveau petit rire s’échappa de mes lèvres, et je desserrai mon emprise. D’un mouvement de poignet, je saisis sa main, levai le bras pour la faire tourner à nouveau et qu’elle se trouve face à moi. Je me mordillai la lèvre.

Elle était trop proche de moi. Beaucoup trop proche. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, et je n’aimais pas ça tout en adorant cette sensation. Ca me rappelait trop Sophie. Ca me rappelait trop Madeleine. Ca me rappelait trop la méchanceté qui m’habitait et qui risquait de tâcher la candeur de Valentine. Qui allait la tâcher. C’était clair : j’étais incapable de résister. Ma main gauche emprisonna la main de Valentine, et ma main droite remonta lentement pour se poser sur ses paupières. Dans un souffle, la musique rythmant mes mots, je lâchai, toujours en souriant, toujours en riant, un petit « C’est à toi de fermer les yeux, maintenant. »

Je ne savais pas trop ce que je faisais. Ce n’était pas rationnel, c’était tout ce que je m’étais juré d’éviter depuis des années. Ce n’était pas bon, ni pour elle, ni pour moi. Mais je le faisais : parce que j’étais comme ça. Bon sang… j’étais incapable d’obéir aux autres, mais j’étais aussi incapable de m’obéir à moi-même. Les règles étaient faites pour être transgresser, j’étais libre comme l’air, fier comme un paon, indépendant comme un chat. Et moi-même, visiblement, je ne m’écoutais pas. Je me rapprochai de Valentine, en fermant moi aussi les yeux, et je posai délicatement mes lèvres sur les siennes. Et j’entendis le rire d’Emmanuel se mêler aux insultes de Sophie, de Madeleine, de Thomas – celui que j’avais envoyé à l’hôpital parce qu’il tournait autour de cette dernière –, et de tous ceux que j’avais déçus. Frappés. Et ils étaient nombreux. Précipitamment, je fis un pas en arrière, trébuchai contre moi-même, et m’écroulai par terre, le rouge me montant brièvement aux joues. Echec. « Aïe. » Aïe, j'avais merdé. Aïe, j'avais mal. Au coeur. A la jambe. A peu près partout. Je n'osais pas le dire, mais j'étais désolé.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 11:20

Il était au final encore assez tôt, pas plus de treize heures. Mais est ce que le temps avait ne serait-ce que la moindre importance en ce moment ? Je regardais le reflet dans le miroir, c'était surréaliste, je me sentais tremblante, vacillante, pourtant certaine sur mes pointes, c'était très difficile de me concentrer avec ses mains sur ma taille, je les avais placées là, mais je m'attendais pas à ressentir autant... autant de chaleur. Je le voyais sourire derrière moi, mais je n'avais pas besoin de le voir, je le sentais ce sourire que j'appréciais tant. Il était de retour, tant mieux. Tant mieux si j'avais pu participer à son retour, tant mieux. Il riait, malicieux je gardais fermement mes mains contre les siennes, j'essayais de garder le contrôle, du moins un minimum, mais c'était perdu d'avance. You brought this upon yourself

C'est pas comme si j'avais tout planifié, non. C'était venu naturellement, alors comment quelque chose de si... naturel pouvait être une erreur ? Ce n'est pas une bêtise, ce n'est pas ... une erreur. Ca ne pouvait pas l'être. Ses mains quittèrent les mains, et il me ramena à lui dans un mouvement rapide, je me sentais ridiculement petite, je fus forcée de retrouver le sol. Je me sentais bien là, j'avais chaud, c'était agréable, c'était simple. Et on pourra tout mettre sur le coup de la fatigue, sur cette guerre, comme vous voulez, je m'en fiche, mais franchement, c'était si...normal.  Montre moi comment on danse, alors. J'eus du mal à avaler ma salive, le battement dans ma poitrine se fit beaucoup plus fort, plus insistant, plus présent. Sa voix semblait si calme, alors que j'avais l'impression que mon cerveau me hurlait dessus.  Souvent, les choses s'accélèrent, et on ne sait pas bien ce qui s'est passé, mais là, non. C'était assez lent, marqué. On pouvait suivre chaque mouvement. Il me fit tourner, ça m'arrachait un rire, plus nerveux qu'autre chose, je me retrouvais face à lui. Il avait l'air moins fatigué, le regard qu'il avait dans les yeux me plaisait, Alexandre avait des yeux magnifiques. L'espoir a les yeux brillants, Alexandre avait cette lueur dans ces yeux qu'il avait marrons. C'était déstabilisant. Si j'avais le temps, je pourrais parler des yeux d'Alexandre, parce qu'ils sont sa véritable nature, simples, clairs et complexes dans leur nuance de marrons peu communes. Les émotions passent par les yeux, c'est ce que l'on voit en premier. Y'avais tout un monde dans les yeux d'Alexandre. Un peu trop vaste peut être, un peu trop compliqué certainement. Sa main glissa sur mon visage, m'obligeant à fermer les yeux, je me pinçais les lèvres, me mordant la lèvres inférieure, presque impatiente.  C’est à toi de fermer les yeux, maintenant. Qu'est ce que vous vouliez que je dise ? Non ? Impossible, très franchement, je m'en sentais incapable.

Ses lèvres irrégulières se posèrent contre les miens, tranquillement, lentement. Sans se presser, on avait le temps, j'aurais eu envie de poser mes mains sur ses joues rugueuses, mais je n'en fis rien, il avait emprisonné mes mains et mes lèvres. Un moment en suspend.  Doux, parfait dans l'imperfection, et je le sentis partir en arrière je rouvris les yeux, et je le vis tomber en arrière. Aïe J'eus le réflexe de toucher mes lèvres du bout des bois pour reporter ensuite mon attention sur Alexandre qui était tombé en arrière. Comment était il tombé en arrière ? Avait il perdu l'équilibre ? Reculé ? Je ne savais pas. Ou tout ceci allait nous menez ? Droit dans le mur pour certains ? Je n'en étais pas si sure, c'était certainement mon côté optimiste qui parlait, et je n'étais pas non plus complètement dupe, Alexandre n'était peut être un modèle de vertu, mais qui pouvait se vanter de l'être. Je le regardais, assis, comment réagir, se sentait il mal à l'aise à cause de son geste ? Il est vrai que j'étais aussi rouge d'une pivoine, et lui aussi. Il était adorable, impossible qu'il soit si mauvais. Je regardais son visage, qui était encore marqué par des coups qu'il avait du prendre. Je m'accroupissais en face de lui m'approchant par la même occasion, lui souriant. Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais voulu que ça dure un peu plus longtemps. Ma mission se trouvait très désagréable, alors je m'agenouillais. Continuant de le regarder, de le cerner, de le jauger de savoir ce qu'il pensait, il était troublé, et je l'étais aussi, mais lui bien plus que moi. Avais-je abusé de la situation ?  Je baissais les yeux, pour les relever quelques plus tard, fixant mes yeux dans les siens. S'il avait peur, moi j'étais presque terrifiée, mais j'avais cette impression presque frustrante de ne pas pouvoir m'éloigner de lui. Et c'était, très frustrant, surtout par souci d'orgueil. J'avais envie qu'il compte pour moi, et moi pour lui. Non, j'étais pas désolée. Je tendis ma main vers sa joue, m'avançant par la même occasion comme je l'avais fait dans la cuisine il  y a une heure auparavant. C'était irrégulier, un peu rugueux. Je souriais, encore, toujours, et certainement pour un long moment. J'encadrais son visage de mes mains, le forçant à me regarder droit dans les yeux.  J'aurais voulu être désolée, mais je ne l'étais pas. Parce que j'avais simplement trouvé ça beau, comme une profane devant l'Art.

« Si tu veux que j'arrête, dis le maintenant. »

Ne dis rien. S'il te plait ?

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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 16:05

J’étais tombé. « Aïe ». Voilà ce que j’avais dit. Un mot, un simple mot, un cri léger de surprise et de douleur : ça résumait ce que je ressentais. Mes coudes gémissaient, mon derrière aussi, ma jambe hurlait mais le pire, dans cette cacophonie, c’était mon cœur. Il ne savait pas s’il devait pleurer, hurler, crier, gémir, se révolter, se renfermer, se… Il battait à tout rompre dans ma poitrine. Cavalcade endiablée, comme s’il voulait coder en morse un message pour Valentine qui me regardait droit dans les yeux. Je ne pouvais pas ne pas lever la tête pour croiser son regard : elle était pivoine. Comme je devais l’être, ce qui était étonnant. Peut être était-ce un moyen sans erreur de savoir si j’étais sérieux ou si je jouais. J’étais immensément sérieux dans mon hésitation et mon regard hagard. Elle s’était accroupie : elle s’agenouilla à côté de moi. Je me décidai à bouger, me redressant légèrement, ramenant à moi mes genoux pour terminer assis, genoux contre la poitrine. Je ne cherchai pas à m’enfermer, non, non. Ce n’était qu’une illusion. Je cherchais juste à me ramener en moi-même, pour retrouver mon intégrité mentale, me reconstituer, ne pas m’effilocher entre ce que je voulais, ce que mon cœur voulait, ce que ma tête voulait. J’avais l’impression que mon Moi se dispersait, s’évaporait, et que je perdais conscience de tout, sauf de Valentine face à moi. Elle s’était rapprochée entre temps. Elle baissa les yeux. Je me sentis mourir. Lorsqu’elle les releva pour les poser dans les miens, ma respiration devint erratique. « Je… il… tu… » Non, Alex, dans l’ordre c’est « je, tu, il ». Ta g#eule. Je me perdis dans ses yeux bleu vert qui me happaient, comme me happait jadis la Méditerranée. Elle vola mon souffle, vola mes pensées, vola ma vie dans son regard : j’étais incapable de penser correctement. J’avais peur : j’étais terrifié. J’étais un s#laud, j’étais un c#nnard, mais j’étais un c#nnard amoureux. J’étais trop intelligent pour ne pas m’en rendre compte : et je me connaissais trop bien pour ne pas me leurrer. Et pourtant… je gardais en tête que ce n’était pas raisonnable. J’allais lui apporter des soucis, des problèmes, de la souffrance et une douleur indéfinissable : je le savais. Je n’avais pas le droit de la trahir de cette manière, en…
Qu’est ce qu’elle était en train de faire ? Elle souriait. Elle avait posé sa paume sur ma joue, et cette fois j’attrapai sa main pour l’y maintenir : pour qu’elle ne s’échappa pas comme elle s’était échappée un peu plus tôt. Ou beaucoup plus tôt : je n’avais plus aucune notion du temps. Sa deuxième main rejoignit ma deuxième joue et elle me força à replonger mon regard dans ses yeux si bleus.

« Si tu veux que j'arrête, dis le maintenant. »

Dire quoi ? Elle me donnait ma chance : elle me donnait une chance d’éviter le massacre, d’éviter le carnage. C’était obligé : entre nous, rien ne pouvait exister. J’allais tout détruire à un moment où à un autre, j’allais tout briser, et je risquais de la briser elle aussi si je n’y prenais pas garde. Elle me donnait une chance de… Je déglutis. Ma voix rauque me fit sursauter lorsqu’elle s’éleva dans la pièce :

« Valentine… »

J’écartai ses mains de mon visage. Je pris appui sur ce simple mot, ce simple prénom, pour me propulser encore plus loin dans ma décision pour m’y ancrer davantage et m’interdire tout retour en arrière.

« Ce n’est pas sérieux. On ne devrait pas… tu ne me connais pas… je… »

Je pris mon inspiration, pour reculer un peu, glissant sur le parquet de la chambre, m’éloignant de Valentine. J’avais peur de moi, j’avais peur pour elle, mais il m’était impossible de le dire.

« Ecoute je… je ne sais pas ce qu’il m’a pris, okay ? Je…, mes doigts vinrent pincer l’arête de mon nez. J’essayai d’esquisser un sourire, tandis que j’haussai les épaules Ecoute, je t’apprécie beaucoup mais… non, pas mais… enfin je veux dire que… »

Je posai mon menton sur mes bras croisés, eux-mêmes posés sur mes genoux remontés et serrés contre moi. Devais-je mentir, devais-je essayer d’être sincère, d’être franc, d’être clair ? Je ne trouvais pas de réponse convenable à ces questions. Et c’était agaçant. J’avais besoin d’équations, j’avais besoin de fonctions, de courbes, de graphes, d’intégrales, de plusieurs dimensions, d’inconnues, de racines carrées, de mathématiques abstraites, concrètes, de physique quantique : j’avais besoin de m’occuper l’esprit sur des sujets que je maîtrisais sans difficultés. Les relations sociales, les relations avec les autres, avec des filles, avec des gens, c’était trop dur pour moi : je me perdais entre ce que je voulais qu’il soit et ce qui était. Je déglutis une nouvelle fois, avant de me lever.

« Attendons. Il faut attendre. Il faut… Ne m’en veux pas. Ou plutôt, déteste moi. Oui, voilà. »

Alexandre l’imbécile est de retour. Voilà. C’était fini. Alex, l’adorable était parti se dorer la pilule aux Bahamas. Je n’arrivais pas à me convaincre que ce que je faisais, disais, était ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait dire : je n’arrivais pas à m’en convaincre, alors je voulais en convaincre Valentine. Je ne voulais pas qu’on se quitte en mauvais termes, mais il me semblait difficile que ce ne fusse pas le cas. Si je m’écoutais, là, maintenant, tout de suite, je revenais en arrière pour enlacer Valentine et de nouveau l’embrasser. Mais ce n’était pas raisonnable. Et depuis quand j’étais comme ça, moi ? Bon sang, je venais de me faire lourder de l’armée, après avoir tabassé un supérieur, qui m’avait rendu la pareille d’ailleurs, j’avais parlé sérieusement à Talbert, je m’étais effondré. Et voilà que… que quoi ? Que je devenais un crustacé en guimauve, juste parce que Valentine était là ? Bon sang. Qu’avais-je pensé ? Que j’étais un c#nnard amoureux ? C’était le cas, encore une fois, je ne pouvais pas le nier, mais je ne voulais pas devenir une langouste pour autant : j’avais un honneur quand même. Et je n’allais pas m’écraser, me langouster parce que c’était agréable d’être là. J’aidai Valentine à se lever. Etais-je anxieux quant à sa réaction ? Oui, non. Non, certainement pas. J’étais trop fier pour ça. Si elle était susceptible, grand bien lui en faisait, je n’en avais rien à carrer. Ou alors, c’était ce que je voulais croire.

« Tu danses très bien en tout cas. Tu continues de t’entraîner tous les jours ? »

Changement brutal d’ambiance, de contexte, de discussion : je tirais un trait sur ce qu’il venait de se passer. Voilà voilà.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 20:18

Il s'était redressée, et moi j'étais là à attendre une réponse. Une réponse qui ne venait pas. J'aurais pu attendre des heures, et des heures pour une réponse positive, j'étais du genre à patienter bien docilement. Je… il… tu… Il attrapa ma main, la maintenant contre sa joue, je continuais de sourire, au final, c'était cinquante cinquante. Je lui permettait une échappatoire, un mot et nous en restions là. S'il n'était pas sur, il valait forcément mieux que ça s'arrête là. Mais pourquoi vouloir des certitudes. Valentine… D'où elle sortait cette voix ? Il en fut aussi étonnée que moi apparemment. Il dégagea ses mains de son visage. De toute façon, c'était foutu, à la minute où il avait commencé à trop réfléchir, à trop penser, se souvenir de je ne sais quoi. Mon sourire s'estompa, doucement, au fur et à mesure que mes mains quittaient ses joues, passer de tant d'attentes à tant de ... déceptions, étaient un coup dur. Il allait dire quoi ? C'est pas toi, c'est moi ? Évidemment, que c'était pas ma faute. Ce n’est pas sérieux. On ne devrait pas… tu ne me connais pas… je…

«Oh.. Huh... gênant.. »

Il lâcha mes mains recula, glissant sur le parquet, instaurant une distance entre nous. Je récupérais mes mains. Ne sachant pas bien quoi faire avec. J'eus un peu de mal à gérer ce ... refus, cette retenue. Je n'avais pas l'habitude, je n'avais jamais été repoussée.. Enfin si, mais ça c'était une autre histoire c'était différent. Je fermais les poings, baissant les yeux, gérant en silence du mieux que je pouvais cet échec cuisant. Je laissais échappé un rire bref, puis fronçais les sourcils, c'était un coup à l'orgueil ça non ? J'eus un sourire, puis plus rien, puis un sourire. Et je me demandais alors comment j'allais faire pour faire comme si de rien n'état parce qu'au final, je m'étais pris un rateau. J'avais besoin de lui. C'était évident, alors je pouvais prendre sur moi, j'imagine, je suppose... j'en sais rien. Peut être pas aujourd'hui, faire semblant, j'y arrivais mal. Je posais mes mains sur un genoux, je les trouvais quand même beaucoup à plus à leur place sur les joues d'Alexandre. Mais il n'avait pas voulu. Tant pis, tant mieux, aucune idée. Pour l'instant mon esprit ne semblait pas vouloir fonctionner correctement. Ecoute, je t’apprécie beaucoup mais… non, pas mais… enfin je veux dire que…

« Alexandre.. Arrête.»

Mais Alexandre, tais toi ! Mais mon dieu, ça suffit. Je levais les yeux et ainsi la tête, hochant la tête de gauche à droite, l'implorant pour qu'il se taise. Chut, je t'en supplie ça suffit. Il ne m'écoutait pas en plus. Attendons. Il faut attendre. Il faut… Ne m’en veux pas. Ou plutôt, déteste moi. Oui, voilà. Sérieusement ? Non mais je veux dire sérieusement ? Il se leva et m'aida à mon tour à me relever, j'attrapais sa main, me relevant tranquillement, pour ensuite m'asseoir sur la malle qui était contre le bout du lit. Tu danses très bien en tout cas. Tu continues de t’entraîner tous les jours ? Je levais les yeux vers lui, complètement... surprise par ce qui était en train de se passer. Je retirais mes chaussons, les posant soigneusement sur mon lit. Je croisais les jambes. Et j'accoudais mon genoux, posant mon menton dans ma main regardant Alexandre. J'eus un léger sourire et je soupirais. Le regardant, passer à autre chose, alors qu'il venait de m'embrasser. Et j'en avais voulu beaucoup plus et que ... Han seigneur dieu. Mais non. J'étais amoureuse d'Alexandre. Je le regardais, surprise par cette prise de confiance. Je fais comment maintenant ? Comment faisait-il ça ? Comment il arrivait à faire ça ? Non sérieusement, s'il avait un truc... J'aimerais bien avoir le même truc. Je me mettais à rire, nerveusement, parce que là c'était beaucoup trop d'un coup. J'eus un véritable fou rire, je mis mes mains devant ma bouche en essayant de m'en n'empêcher, mais c'était nerveux, ça lâchait, tout d'un coup.

«Oh ... Alexandre, excuse moi.. Non.. oui, danseuse étoile, j'ai jamais... fait.. autre chose. »

Ce n'était pas drôle. J'avais eu de l'espoir. Des attentes. Des envies. Et puis plus rien. Plus rien. A défaut d'en pleurer, autant en rire. Ou que la chute était dure.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 21:47

J’avais mal, mai le pire, c’était que c’était à cause de moi-même que j’avais si mal. Je me faisais du mal en étant certain que c’était la meilleure chose à faire. On appelle ça du sadomasochisme, Alex. Pourquoi ? Pourquoi est ce que je m’imposais ça, pourquoi est ce que j’écartais, je voulais écarter, tant et si bien les personnes de ma vie ? J’étais stupide ? Idiot ? Crétin ? Non. Je ne savais pas trop. Dans tous les cas, j’avais un sérieux problème, mais ce n’était pas une nouveauté. Je n’étais pas heureux de réagir ainsi, et je pus lire sur les traits de Valentine qu’elle non plus n’était pas ravie. Se pourrait-ce qu’elle… Non, c’était impossible. Enfin, ça ne l’était pas tant que ça, d’autres étaient tombées sous mon charme – sans vouloir être narcissique. Mais pas elle. Pas Elle. Elle ne devait pas tomber dans les mailles du filet, elle ne devait pas se prendre dans la toile d’illusion que je pouvais si bien tisser autour de moi. Qu’est ce qui lui plaisait en moi, pour que sa voix se brise contre mes falaises et fendille ma décision ? J’avais voulu être ferme, j’avais voulu être convaincu, j’avais voulu la convaincre à défaut de ma convaincre. Visiblement j’avais échoué sur toute la ligne. Et je n’arrivais pas à en être désolé.

« Alexandre.. Arrête.»

Sa voix m’avait coupé, mais c’était plus son arrête qui m’avait fait taire. Arrête. Cesse. Me détestait-elle déjà ? Non, je me leurrais. J’étais perdu. Je sortis la première chose qui me passa à l’esprit. La danse. La question se voulait anodine, pour changer de sujet. Elle eut un petit rire, nerveux à n’en pas douter. Et bien, j’avais de la chance… je la regardais, étonné, inquiet, perdu. Non, pas perdu : c’était normal qu’elle soit nerveuse, je l’avais rejetée. Non, je ne voulais pas l’avoir rejetée. Je ne rejetais pas les filles, moi. Ou plutôt, je jetais celles qui étaient stupides et dévergondées et inintéressantes.

«Oh ... Alexandre, excuse moi.. Non.. oui, danseuse étoile, j'ai jamais... fait.. autre chose. »

Son rire me piétina le cœur aussi surement qu’un troupeau de pétaures dans les mondes magiques de Troy. Je restai immobile, incapable de faire un mouvement de plus. J’essayai de classer ce que je voulais faire et de le dissocier de ce que je devais faire. Ou le contraire. Un fait était certain : je tenais beaucoup trop à Valentine. Un autre était tout aussi incontestable : à mon contact, elle allait souffrir. Elle souffrait déjà. Et j’en souffrais. Et je détestais ça. Bon sang. Je n’étais pas une langouste, je n’étais pas un crustacé, j’étais un Alexandre. Et j’étais méchant. Mauvais. Alors pourquoi ça me blessait de savoir que je lui faisais mal ? J’avais frappé des dizaines de personnes durant mes 24 ans d’existence, et plusieurs fois j’a vais aimé ça. Je ne pouvais pas le nier : la violence me défoulait et me permettait de me retrouver en paix avec moi-même, aussi contradictoire que cela pouvait paraître. Mais Valentine réveillait en moi le sentiment que je pouvais être quelqu’un de bien. Ou alors elle était juste quelqu’un de stupide et d’idiote, et… bon d’accord, cette hypothèse était aussi intelligente que celle qui disait que les papillons descendaient des mammouths. J’étais toujours immobile, et j’étais silencieux. Plus pour longtemps.

« Oh. C’est bien. On sent que tu aimes ça. C’est… »

J’étais ridicule. Mes mots sonnaient faux, parce que je pensais à autre chose. Mes yeux n’arrivaient pas à esquiver Valentine. Ils revenaient sans cesse sur elle, coulant de ses cheveux au bout de son nez jusqu’à ses courbes. Elle avait enlevé ses chaussons de danse. Okay. On s’en fichait, mais j’avais noté ce détail. Je remontai mon regard pour me noyer dans ses yeux. La mer m’avait toujours apaisé, ou du moins tenté, et ses yeux bleus avaient le même effet sur moi. Une muraille se brisa. Je fis un pas en avant. Vers elle. Baxter, assis dans le couloir, grogna et me rappela sa présence, mais pour la première fois depuis des années, au moins depuis que je l’avais, je l’ignorais d’un claquement de langue qui le contraignit au calme. Je rejoignis Valentine sans un mot, et je m’assis à côté d’elle.

« Il peut nous arriver n’importe quoi, demain, après demain… nous sommes en guerre. On ne devrait pas s’attacher l’un à l’autre. On ne se connait pas. Je suis violent, je suis méchant, je ne suis pas fréquentable. Tu ne sais rien de moi. Ce n’est pas… raisonnable. »

Alexandre Maxime Reh, depuis quand es-tu raisonnable ? Je ne l’avais presque jamais été. J’avais tenté de l’être un peu plus tôt. J’avais frappé un supérieur. J’avais enchaîné les c#nneries. Une de plus, une de moins. Un sourire fleurit à nouveau sur mes lèvres. Sans lui laisser d’autres choix, j’enlaçai Valentine pour l’embrasser de manière plus appuyée, une nouvelle fois. Je décollai mes lèvres des siennes, et je murmurai dans un soupir, d'un ton taquin qui renouait avec l'Alexandre adorable que Valentine faisait naître en moi :

« Mais depuis quand Alexandre est il raisonnable ? »

Le souvenir d’Emmanuel explosa de rire dans mon crâne, mais je l’étranglais proprement. C’était mon moment à moi, là, et j’avais rejeté tout ce que pensait être le mieux pour suivre réellement ce que j’avais envie de faire. Voilà tout.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mar 20 Aoû - 22:36

Je ne pouvais pas m'empêcher de rire, non vraiment, c'était beaucoup trop pour moi. Avais-je eu tort ? Était-ce ma faute ? M'étais montrée encore une fois trop entreprenante ? Pourtant, ce n'est pas comme s'il m'avait repoussée, non au contraire. Revoir la scène en boucle dans ma tête, essayant de voir si j'avais fauté quelques part, si je m'étais montrée... hésitante, peu sincère. Je ne comprenais pas, je n'y arrivais pas et ce rire qui ne s'arrêtait jamais, toute ma nervosité s'exprimait dans ce rire, je me sentais fébrile, frustrée, rejetée, tout un mélange qui n'était pas dans mes habitudes, loin, très loin de là. Je préférais la sérénité, mon calme, mon sourire... son sourire. Valentine. Je me faisais du mal. Et je n'arrêtais pas de rire, j'en riais aux larmes, à la seconde où je m'arrêtais, mes pleurs de rires allaient se transformer en pleurs. Je commençais à avoir mal à la tête, mal au cœur, mal aux jambes, mal partout, j'avais envie de m'allonger, de m'enrouler dans la couette et de rester là toute la journée à me morfondre sur mon sort de petite danseuse rejetée par le militaire maître chien. Oh. C’est bien. On sent que tu aimes ça. C’est… Je levais la tête vers lui, les mains sur le ventre, si ça continuait j'en aurais des crampes. Mais sa voix m'ordonna le calme, et mon rire s'arrêta de la même manière qu'il avait commencé, d'un coup.

Il se leva, que faisait il encore ? Il allait partir ? C'était mieux de cette manière, après tout. L'idée qu'il passe la porte ne me plaisait pas, je ne voulais même pas regarder en direction de la porte. Il s'avança vers moi, et je suivais chacun de ses mouvements, comment pouvais-je encore me prendre à espérer quelques choses, étais-je stupide ? Pourtant, il s'asseyait à côté de moi, arrête Alexandre... Il peut nous arriver n’importe quoi, demain, après demain… nous sommes en guerre. On ne devrait pas s’attacher l’un à l’autre. On ne se connait pas. Je suis violent, je suis méchant, je ne suis pas fréquentable. Tu ne sais rien de moi. Ce n’est pas… raisonnable. c'était quoi le discours d'Apocalypse Now ? Qu'est ce qu'il se passait ? Pourquoi je sentais cette boule au ventre disparaître petit à petit, le ton de sa voix ? Sa cuisse contre la mienne ? Je m'en foutais moi de ce qu'il disait, je le connaissais pas cet Alexandre là, celui qui se voulait méchant, celui qui s'éloignait des autres. Ses bras m'entourèrent, je tournais la tête vers lui et sans que je ne puisses quoique ce soit, il m'embrassait à nouveau, plus appuyée, j'en restais immobile, surprise. Et puis j'en pris conscience, terminé je te lâche plus. Mes bras se glissèrent entre les siens, enlaçant son cou, se posant sur sa mâchoire, quand je vous dis que leurs place est là c'est que je ne trompe pas. Il s'éloigna un peu. Parlant encore, toujours, trop. Chut, Alexandre, quand tu parles tu réfléchis, et quand tu réfléchis tu t'éloignes et quand tu t'éloignes, tu t'en vas. Je rouvris les yeux. Ma main sur sa mâchoire glissèrent vers sa bouche, et le bout de mes doigts se posèrent sur ses lèvres, lui intimant de se taire.

«Chtt.. Tu parles trop Alexandre... Et.. »

Et ... Merde. Mes doigts sur ses lèvres furent remplacées par les miennes. Comme il disait, il peut arriver n'importe quoi. C'était si simple, c'était calme, c'était mieux comme ça, ma glissait dans son dos l’approchant un peu plus de moi. Et je préfère avec des regrets que des remords, alors tais toi Alexandre, tais toi. Et fait taire ce qu'il y a dans ta tête pour l'amour de Dieu.

Il avait un tee shirt Spirou quand même. Un tee shirt Spirou.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 21 Aoû - 12:08

«Chtt.. Tu parles trop Alexandre... Et.. »

Au moins, s’il y avait une chose dont j’étais certain, c’était qu’elle ne me rejetait pas. Elle. Son contact m’apaisait, tout en me brûlant. Je me sentais plus vivant que jamais avant, alors qu’elle m’intimait de me taire, comme si moi, Alexandre, je parlais trop. Non, je ne parlais pas trop, non ? Quand même pas ? Selon le contexte, une telle demande pouvait me faire rire, me faire sourire, ou m’énerver. A cet instant, l’injonction de Valentine se heurtait à mes falaises, mouillait d’écume mes bords ardus, noirs, et coupants. Elle avait l’autorité douce et ferme d’un dresseur face à une bête sauvage. Et j’avais l’envie étrange d’obtempérer. Elle semblait bien décidée à ne plus me lâcher. Ses bras qui m’enlaçaient me rapprochaient davantage d’elle. Son doigt sur mes lèvres m’obligea à me taire. Ce n’était pas la première fois que Valentine accomplissait l’exploit de me faire taire, mais c’était la première fois que c’était aussi efficace. Et pour cause, ses lèvres se posèrent à nouveau sur les miennes, pour la troisième fois, et je la serrai tout contre moi pour qu’elle ne s’échappe pas. Pour que je ne lui échappe pas. Il ne fallait pas que je réfléchisse trop, sinon j’allais me rendre compte que j’étais encore plus stupide que ce que je pouvais imaginer. Elle n’était pas comme Sophie, qui m’avait jeté. Elle n’était pas comme Madeleine qui m’avait conseillé d’aller voir un psy lorsque j’avais tabassé Thomas qui la regardait avec trop d’insistance. J’avais… j’avais presque confiance en Valentine pour ne pas me faire de mal, mais aussi pour s’écarter de moi si je lui faisais mal. Je ne voulais pas lui faire de mal. Je voulais être gentil, je voulais être doux, je voulais être le mec idéal, qui pense à la Saint Valentin, surtout que ça devait être sa fête, avant que le 15 soit passé. Je voulais être le mec qui prend soin de celle qu’il aime, pas celui qui frappe la fille qui le vexe. Je ne voulais pas être moi, pour prendre soin de Valentine. Et je pensais encore. Je pensais trop. C’était dramatique comme situation : je pensais trop. Je doutais. Je doutais de moi. Pas d’elle : de moi. C’était stressant. Je voulais me rassurer en l’embrassant toujours plus, en la serrant contre moi pour m’empêcher de la rejeter. Je décollai mes lèvres des siennes pour enfouir mon visage dans sa nuque. Nous étions assis sur le coffre en bout de son lit, et dans un sourire amusé, je nous fis basculer sur le lit pour atterrir allongé sur le dos, Valentine sur moi, que je contemplai en souriant. J’avais peur de tout, tout en ne craignant plus rien. C’était dingue. J’avais confiance en elle : c’était époustouflant. Parce que c’était inespéré. J’avais beaucoup de mal à placer ma confiance en un autre que moi, et ce depuis l’enfance. J’avais vite compris que j’étais différent des autres enfants – c’était du moins ainsi que j’avais perçu ma précocité avant même de la percevoir – et j’avais bâti consciencieusement un mur de briques entre moi et le reste des hommes. Les adultes avaient laissé s’effriter les restes de confiance que je daignais leur offrir, et je n’avais pas cherché à la reconstruire. Dès que je m’ouvrais, j’étais mis de côté. Exclus, par jalousie. Mis dans une bulle de coton : comme un trophée. Même les rares adultes que j’estimais n’étaient pas neutres, ou presque pas. Seul Emmanuel se comportait avec moi comme si j’étais normal. Seul Emmanuel me frappait lorsque je faisais une connerie, me disait que j’étais un crétin lorsque j’en étais vraiment un. Les autres… soit ils ne voyaient en moi qu’un cas désespéré, soit ils ne voyaient qu’un surdoué qu’il fallait exposer comme un bijou fragile. Et utile. Je n’avais confiance en personne d’autre que mes chiens. Et maintenant Valentine. Je n’avais plus envie de penser. Plus envie de réfléchir, d’analyser. J’avais juste envie de parler.

« Parle moi de toi, Valentine. Parle moi de ce que tu aimes, de ce que tu veux devenir, de tes amis, de tes amours, je l’embrassai à ce mot, avec un air taquin de cet Etienne. C’est ta chambre ? C’est ton royaume, à toi, ici ? »

Je parlais trop. Pour évacuer ma nervosité, pour lui laisser une chance de comprendre que je n’étais pas fait pour elle. Pour me laisser une chance d’arrêter d’être stupide, quand bien même j’avais rendu les armes. Quand je lui parlais, quand elle me répondait, j’arrivais presque à me convaincre que je pouvais cesser d’être un s#laud.

« Pourquoi ? Pourquoi moi ? »

La question m’avait échappé sans que je n’y prenne garde. J’étais allongé sur le lit, et je tenais Valentine tout contre moi. J’avais peur de ce qu’elle allait me répondre, mais je sentais ma poitrine se soulevait régulièrement, et soulever dans une moindre mesure Valentine, à un rythme régulier et apaisant. Je passai un bras sous ma nuque, pour faire office d’oreiller. J’attendais une voix, j’attendais une réponse. J’eus droit à une question, et pas de la bonne personne. Une voix grave monta du rez-de-chaussée :

« Valentine, tu es là ? »
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 21 Aoû - 15:05

Qu'est ce que ça signifiait tout ça au final ? Je ne sais pas. Ou est ce que ça va te mener ? Je ne sais pas. Et si tu le perdais comme tous les autres ? Je ne sais pas. Et s'il t'abandonnes comme ta mère ? Je sais pas. Qu'est ce que j'en savais moi de tout ça ? Je m'en fichais moi pour l'instant, j'étais trop bien là. Sa mâchoire était rugueuse, je m'attardais sur sa joue, en appréciant la sensation sur mes doigts. Tous mes ex, toujours rasé de près, impeccable, lisse, trop lisse peut être là. Alexandre sentait le café, et la pluie.Ma main dans son dos agrippa légèrement son tee shirt quand ils nous fit basculer sur le lit, je me sentis tombée, ma main glissa de sa mâchoire à son cou, me laissant tomber tranquillement, le lit rebondissait sous notre poids, et ça me fit rire. Je me sentais bien mieux que tout à l'heure. D’où venait se revirement de situation, je ne savais pas, et je n'avais pas envie de savoir.

Je me retrouvais au dessus de lui. Je me mordais la lèvre supérieure, je le regardant dans les yeux. Il semblait apaisé, pour le moment, il avait l'air d'avoir l'esprit léger, capable de tout faire, j'aimais les yeux d'Alexandre, l'imperfection de sa bouche, je soupirais d'aise. Parle moi de toi, Valentine. Parle moi de ce que tu aimes, de ce que tu veux devenir, de tes amis, de tes amours . Il m'embrassa une nouvelle fois,légèrement, furtivement, je lui souriais. J'aime l'odeur de l'herbe, l'ambiance du dimanche matin quand peu importante les conditions nous nous retrouvions tous pour prendre le petit déjeuner chez mes grand parents, j'aime les pluies d'étés, l'odeur du goudron après un orage. J'aime l'odeur du café et de la cigarette mélangé même si je ne fume pas, j'aime le pop corn salé et pas le pop sucré. J'aime aller acheter mes chaussons de danse, j'aime l'odeur du cuir, j'aime le regard qu'avait Jules pour sa femme, elle était pour lui la plus belle chose du monde. J'aime le contact du début de barbe d'Alexandre contre mes doigts. J'aime l'automne et le printemps, j'aime les premiers rayons de soleil qui traversait mes stores dans mon appartement à Montmattre. J'aime les pâtisseries. J'aime manger des yaourt sur la terrasse de mes grand parents en pyjama. J'aimais me balader en tee shirt culotte chez moi, quand il faisait beau, quand l'hiver il faisait froid dehors et chaud à l'intérieur. J'aime, j'aime... j'aimais. J'aime les vacances simples dans un petite maison entre amis, j'aime comment tu me regardes. J'aime comment tu me souris, j'aime comment tu rigoles, j'aime beaucoup trop de choses. Je peux continuer, mais on a pas terminé.

« J'aime l'odeur du pain, les lieues remplies d'histoires, et ceux qui n'en ont aucunes, pas la moindre trace d'histoire humaine dans ces lieux là, la nature sauvage. J'aime les siestes dans l'herbe, m'éblouir avec le soleil, les chapeau en pailles, et l'or blanc, j'aime l'Opéra de Paris, la scène y est immense et on peut danser sans craindre de cogner quelque chose. J'aime les premières lueurs du matin quand je n'ai pas dormi de la nuit. J'aime... J'aime... J'aime faire ça aussi.»

Je me redressais lui embrassant la joue, le nez et les lèvres. Je me redressais, le regardant, lui souriant. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Je le regardais interloquée par sa question. J'en sais rien moi. Tu portais un tee shirt Spirou, t'étais aussi handicapé que moi à l'hôpital, t'es drôle, j'en sais rien. Je te connais pas, et pourtant on en est là.

« Valentine, tu es là ? »

Je me redressais, tel un suricate. Oh Etienne. En parlant du loup. Il allait se demander ce que je pouvais bien faire. Et surtout qu'est ce qu'il faisait aussitôt ici ? C'était sa maison. Je regardais Alexandre, puis moi, puis la porte. Si j'arrêtais de bouger peut être qu'il se nous verrait pas. Tout ce qui ne bouge pas n'existe pas non ? Ça marche pas comme ça ? Je posais mon doigt sur la bouche d'Alexandre. Me mettant à genoux à côté de lui.

 « Si tu bouges pas, il te verra pas. »

Quoi ? Non mais quoi ? Bah non, Valentine c'est les enfants qui pensent ça.   J'entendais déjà les pas d'Etienne qui montait les marches, se plaignant de sa journée. Attendez, ou était Baxter ? Que... Déjà Etienne était dans l'encadrement de la porte.

« Qu'est ce que c'est que ce cleb's, Valentine ! ... VOUS ! »

S'écria t-il en pointant Alexandre de son index. Ah parce qu'en plus il se connaisse ?
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Mer 21 Aoû - 21:04

Son rire me faisait rire, son rire me détendait. Son rire me transcendait et me faisait devenir plus fort que jamais, plus sûr que jamais, tout en éloignant loin, très loin, toutes mes préoccupations, les reléguant au fond de mon esprit pour qu’elles ne reviennent pas avant des heures, des jours même, et peut être des années. Elle était sur moi, après que je nous ai fait tomber en arrière sur le lit où nous avions rebondi légèrement. Elle me regardait dans les yeux. C’était étrange : je me sentais totalement sous son contrôle. Ce n’était pas spécialement ça qui était étrange, non, pas du tout. Ce qui était si étrange, c’était que je ne me rebellais pas et que je me laissais totalement happer par son sourire, son rire et ses yeux sans me débattre. Pas encore tout du moins. A croire que ma fatigue, et ma petite sieste, et Valentine jouaient plus que je ne voulais le croire sur mon caractère à cet instant. Mes questions sur elle restèrent un instant en suspens, et je me demandais si elle allait y répondre. J’étais curieux, était-ce un tort ? J’allais bientôt le savoir, vu qu’elle s’apprêtait à parler.

« J'aime l'odeur du pain, les lieues remplies d'histoires, et ceux qui n'en ont aucunes, pas la moindre trace d'histoire humaine dans ces lieux là, la nature sauvage. J'aime les siestes dans l'herbe, m'éblouir avec le soleil, les chapeaux en pailles, et l'or blanc, j'aime l'Opéra de Paris, la scène y est immense et on peut danser sans craindre de cogner quelque chose. J'aime les premières lueurs du matin quand je n'ai pas dormi de la nuit. J'aime... J'aime... J'aime faire ça aussi.»

En quelques mots, elle avait réussi à créer un monde entier autour de nous. Par ses j’aime à répétition, elle avait bâti un univers et m’y avait fait entrer sans souci. J’entendais la musique de l’Opéra, je sentais l’odeur du pain chaud qui venait d’être retiré du fourneau, je sentais sous mon corps l’herbe fraîche qui faisait comme un matelas pour nous deux. Je la voyais déjà danser autour de moi, sans me cogner, sans me toucher, mais simplement virevolter. Ses baisers sur ma joue, mon nez, mes lèvres flottèrent dans l’air même lorsqu’elle se redressa légèrement. J’avais fermé les yeux lorsque le pourquoi franchit mes lèvres pour s’enrouler dans la maigre distance qui nous séparait. Mon cœur battait à tout rompre dans l’attente d’une réponse. La voix qui monta du rez-de-chaussée me fit sursauter, alors qu’à ma question une nouvelle question était posée. Ce n’était pas Valentine qui parlait. Non. Ce n’était pas Valentine. Et m#rde. M#rde, de m#rde, de m#rde, de plouc. J’ouvris grand les yeux, en me redressant légèrement.

« C’était quoi, ça ? Ou plutôt qui ? Etienne ? »

Valentine s’était redressée, s’éloignant un peu plus de moi. Pire encore : elle s’était détachée de moi pour se mettre à genou à mes côtés, sur le lit. Non mais oh ?! C’était qui le glandu qui débarquait et qui me ramenait sur Terre ? Je n’avais pas pris le billet retour, aux dernières nouvelles !

« Si tu bouges pas, il te verra pas. »

J’explosai de rire, malgré l’incongruité de la situation. Qui ne bouge pas n’est pas visible ? Mon sourire taquin refleurit sur mes lèvres ; il ne voulait vraisemblablement pas les quitter.

« Et si je ne bouge plus mais que je t’embrasse, tu disparais aussi tu crois ? »

Une ombre apparut dans l’embrasure de la porte, et j’entendis un grognement. Brusquement, je m’assis totalement sur le lit, et dans mes dents je sifflai Baxter qui courut à mes pieds, bousculant au passage celui qui venait nous déranger, Etienne à ne pas en douter.

« Qu'est ce que c'est que ce cleb's, Valentine ! ... VOUS ! »

Il me pointait du doigt. Et moi je le reconnaissais. En le singeant, je m’écriai en m’auto-pointant du doigt :

« Moi ?! »

Je me rapprochai ostensiblement de Valentine et passai mon bras autour de son épaule. Si ça déplaisait au glandu en face de moi, tant mieux. Ca m’amusait de l’embêter, surtout que je n’oubliais pas un seul instant que je le connaissais déjà. Mieux encore : il connaissait parfaitement mon poing que je lui avais asséné au visage des semaines plus tôt. Voilà. Valentine se fracassait à ce que j’essayais de lui dire depuis… depuis que nous nous connaissions ou peu s’en fallait. Ma paix intérieure, mon air malicieux, l’Alex-adorable – appelle-on le Maxime pour faire plus court – même, Etienne fracassa le tout par son arrivée et son vous accusateur. Moi. Oui. Moi. J’étais avec Valentine, dans sa maison, dans sa chambre, dans son lit. Nous étions encore habillés, si ça pouvait le rassurer. Mais de ce que j’en savais, ceux que Valentine rencontrait, ce qu’elle faisait de sa vie, ça ne regardait pas Etienne. Ca me regardait moi, maintenant. Je m’aperçus que j’ignorai qui était Etienne pour Valentine, que j’ignorais si elle était avec quelqu’un avant… avant la fin du monde. J’haussai mentalement les épaules. Je m’en foutais : le passé était le passé. Nous vivions dans le présent, et notre dernière expiration n’était déjà plus actuelle. Alors pourquoi penser à ce qui n’était plus, et pourquoi se soucier de ce qui pouvait advenir. Nous étions le présent, et seul lui importait. Mon sourire éclatant répondit à la question d’Etienne, même s’il s’adressait de prime abord à Valentine.

« Salut Marchet, Ce cleb, c’est mon chien, je pensais que vous vous souviendriez mieux de lui que de moi, mais bon, c’est vrai que je vous ai laissé un souvenir assez frappant de ma petite personne., je murmurai à l’oreille de Valentine, en riant : Je t’expliquerai, je crois qu’il vaudrait mieux que je m’échappe, il ne m’aime pas trop… »

C’est ça, fui, Alex. Fui vite avant qu’elle ne voie quel monstre tu es. Fui, pov’ lâche, fui vite, fui loin, et casse toi. Casse toi de sa vie, avant que tu ne la détruises, casse toi de cette baraque, casse toi. Ce n’était plus Emmanuel qui squattait mon cerveau à présent, visiblement. C’était Madeleine qui venait de cracher dans ma tête ses mots acides comme si elle voulait asperger mes neurones de poison. Je n’avais pas envie de lâcher Valentine. Je n’avais pas envie de la laisser. Je disais qu’il valait mieux que je parte, mais pour aller où ? Je n’avais plus de refuge à l’hôtel de ville, je n’avais plus rien à faire : j’étais livré à moi-même et le seul endroit ou je voulais être, c’était ici avec Valentine dans le creux de mes bras. Etienne avait tout cassé, et pour cette simple raison, je le foudroyai du regard.
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MessageSujet: Re: « Ce n'est pas tant l'aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. » [Livre I - Terminé]   Aujourd'hui à 15:39



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