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MessageSujet: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Mar 21 Mai - 21:44

Bon sang. J'ouvris difficilement les yeux avant de les refermer aussitôt. La lumière du jour était tout bonnement aveuglante, alors même qu'il n'y avait pas de soleil. Je le savais parce qu'il n'y avait pas eu de vrai soleil depuis quelques temps, et que les poussières cachaient une bonne partie du ciel à cause de la guerre. Mais on s'en foutait pas mal. L'important était ce que j'avais cru voir en entrouvrant les yeux. J'avançai péniblement une main, découvrant une épaule dénudée. Je tâtonnais un peu plus haut pour toucher des cheveux. Je rouvris les yeux tout à fait. Le visage bien enfoncé dans l'oreiller et dissimulé derrière sa chevelure, Léonie Leroy était allongée, portant un de mes T-shirt. Trop grand pour elle, il avait glissé le long de son épaule, couvrant cependant le reste de son corps. Je jurai intérieurement. Une fois, deux fois, trois, quatre, douze, vingt fois. Je me redressai dans mon lit en ne la quittant pas des yeux. Bon sang... Je posai une main sur mon front en essayant de me rappeler les événements de la soirée d'hier soir. Le bar, ouais, je m'en rappelai. Les potes, l'alcool limité mais fort, Léonie dansant... Oh m*rde. Je contemplai bêtement sa nuque, écartant distraitement une mèche pour la replacer derrière son oreille. Je n'avais même pas le souvenir d'être revenu ici, encore moins en compagnie de Léonie. Bon sang. Qu'est-ce que j'avais foutu ...? Enfin, la réponse était évidente. Mais la question était comment j'avais pu le faire ? Elle avait... 19 ans. Et le pire était que je me sentais coupable de ne pas me sentir coupable. Enfin. Pas vraiment. J'en savais rien. Tout était confus dans ma tête, comme si on avait tout mixé. J'avais besoin d'air. Besoin de courir. Besoin de la serrer contre moi. Je me donnai un petit coup derrière la tête pour m'assurer d'être bien réveillé. Je m'habillais simplement d'un second T-shirt qui traînait dans mes affaires, de mon pantalon de treillis et de mes rangers. Tout ça, en faisant le moins de bruit possible, pour éviter qu'elle se réveille d'une part, et parce que j'avais la gueule de bois de l'autre. Je la regardai une nouvelle fois -à vrai dire, l'avais-je quitté des yeux en m'habillant ?- et décidai de ne pas partir en voleur. Je saisis un bout de papier, et décapuchonnai un stylo pour y inscrire quelques mots simples : "Parti courir. Prend ton temps. Il faudra qu'on parle. J.B." Je m'assurai de bien effacer le "e" qui avait voulu se glisser après le J, et reformai le "t" pour en faire le B de mon prénom, et laissai le papier à côté d'elle, sortant en refermant silencieusement la porte.

Je mis un moment à retrouver la sortie de la mairie, le cerveau largement occupé à réfléchir à ce qui m'était passé par la tête la veille. Comme je l'avais écrit -comme quoi, quelqu'un était encore à la maison- il faudra qu'on en parle. Une fois que j'aurai les idées claires. Je finis par sortir de la mairie, de nouveau aveuglé par la lumière du jour, plissant les yeux pour voir si un peloton d'exécution mené par le Lieutenant Raulne m'attendait. Mais finalement, non. Juste une unique silhouette, avec une autre plus petite à ses côtés. Reh. Fixe, il me regardait. Je baissai la main que j'avais levé pour me protéger des rayons, et m'avançai dans sa direction. Pas que j'avais envie de parler forcément, mais s'il restait là à m'observer aussi fixement, il devait avoir besoin de quelque chose, non ? Peut-être pour sa jambe ? La dernière fois que j'avais vérifié, elle guérissait plutôt bien. Aurais-je manqué quelque chose ? Je l'aimai bien, Alexandre. Il avait beau paraître insupportable, il était l'un des rares militaires "purs et durs" si on pouvait les appeler ainsi, qui semblait toujours humain. Qui semblait toujours ressentir quelque chose. Autant dire que depuis que Léonie m'avait fait connaître la même chose, je ne pouvais que l'apprécier davantage. Son insubordination lui avait toutefois causé des problèmes par le passé, et j'espérai bien qu'il ne croise pas la route de Raulne de sitôt en tête à tête. La confrontation risquerait d'être explosive.

Cependant, je fus à peine arrivé à sa hauteur que je senti que quelque chose ne tournait pas rond. Peut-être était-ce son air trop sérieux, sa figure droite, ou quelque chose qui faisait qu'il n'était pas semblable à d'habitude, prompt à raconter n'importe quoi. Je m'arrêtai à quelques pas, légèrement décontenancé. Etais-je toujours à ce point groggy pour que je ne reconnaisse pas ses traits ? Non. Son regard, enfin me dit tout ce dont j'avais besoin de savoir. Vous savez, on dit souvent que quelqu'un vous fusille du regard. Pour le coup, je ressentais la même chose que si Raulne avait monté un peloton d'exécution contre moi après la soirée d'hier. Le genre de regard qui disait qu'il se passait quelque chose, et qu'on allait probablement pas aimer la surprise. Je n'avais pas spécialement envie de parler, au contraire, j'aurais préféré me vider la tête, mais j'étais militaire : je ne pouvais ni laisser un camarade dans la merde, ni ne pas prêter attention à une éventuelle menace.


- Un problème, Reh ? demandais-je.


Direct, sans fioritures. En même temps, j'allais pas lui tenir la jambe trois heures pour comprendre ce qui n'allait pas. Les discours, c'était pas mon truc, c'était celui de Léonie, qui se débrouillait d'ailleurs très bien pour le faire. Non, moi mon job c'était d'intervenir en direct. J'allais pas attendre qu'il s'effondre pour lui demander si sa jambe s'était ré-ouverte, par exemple. Alors j'y allais pas par quatre chemins, je demandai cash, et je me tenais prêt. J'avais beau n'avoir aucune idée de ce qu'il avait à dire, pour qu'il en ait perdu sa bonne humeur d'apparat, il devait s'agir de quelque chose de grave. Peut-être pas au niveau du peloton, sinon l'alarme aurait déjà sonné, mais les problèmes entre nous et les civils abondaient, s'il ne fallait citer qu'un seul des querelles récurrentes qui agitaient notre groupe. Restait qu'à espérer que ça ne soit pas trop grave, histoire que je puisse aller courir, et me vider enfin un peu la tête.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Mer 22 Mai - 8:47

    - Un problème, Reh ?

    C’est toi mon problème. La réponse, évidente, voulut fuser de mes lèvres mais je la retins in extremis, mon visage restant totalement, ou presque, hermétique. Je fixai le doc, JB, Jean-Baptiste Talbert de son nom complet, sans rien dire, me demandant presque « et maintenant, je fais quoi ? ».

    La dernière fois, quatre mois avaient été nécessaires pour que je comprenne qu’il fallait que je cesse, un temps, toujours ?, d’être aussi… insolemment insouciant, et il avait fallu quatre mois, donc pour que je me décide à agir. Efficacement. J’avais obtenu ce que je voulais en trois semaines, alors que ce n’était clairement pas gagné au départ, le non d’Autun sonnant comme définitif la première fois que je les avais contactés. Mais je n’avais pas lâché prise, comme aujourd’hui je ne comptais pas lâcher prise. La dernière fois, donc, il m’avait fallu quatre mois pour comprendre. Cette fois-ci, seules quatre secondes avaient été nécessaires. La dernière fois, il m’avait fallu quatre jours pour savoir ce que je devais faire. Cette fois-ci, la nuit m’avait suffi. Je n’étais pas rentré à la mairie, je n’y étais pas le bien venu, j’avais erré dans but dans les rues de Louisville, cherchant à comprendre comment j’en étais arrivé là. Parce qu’il était indéniable que cette fois, j’avais fait fort. Le pays était en guerre, dans un état de mobilisation générale, et j’étais parvenu à me faire éjecter du corps militaire. Alors qu’en parallèle, ils engageaient des gamines tout juste majeures, qui du fait de leur année usée sur les bancs des amphis d’une fac de psycho se croyaient de grands pontes en psychologie. C’était vers deux heures du mat’, vu la position des non-étoiles dans le ciel, que j’avais trouvé une question à ma réponse. Ou plutôt, une réponse à ma question. J’étais totalement à la masse. Pourquoi avais-je dérivé si loin dans la désobéissance et le dénie de tout sens commun ? J’étais totalement à la masse. A mon arrivée à Autun, j’avais mis toute mon énergie dans le fait de ravaler mes réflexes, me contraindre au calme lorsque je me sentais agressé. J’avais du avoir plus d’heures de colles que tous les autres gars de ma promo, mais je n’avais jamais franchi la ligne rouge, faisant constamment des efforts pour m’en tenir éloigné alors qu’elle m’attirait plus qu’une lampe pouvait attirer un papillon de nuit. Puis le Bac. La formation militaire. Baxter, Tusto, Diego. Les mois défilants, loin d’Autun, loin de Manu, loin de Bertin avec qui j’avais un contact qui allait en s’effilochant, l’épreuve « lycée militaire » étant à présent derrière moi. Lorsqu’il s’agissait de dompter Baxter, j’étais étrangement conciliant, me sachant totalement novice en la matière. Lorsqu’il s’agissait de sauter en parachute, je savais qu’on pouvait dire que ma vie était en jeu, alors j’écoutais ce qu’on me disait. Mais là, depuis le début de la guerre, parce que, b#rdel, c’en était une, il fallait que je me le répète pour le croire ; je l’avais compris depuis longtemps, j’avais perdu toute maîtrise. Parce que je ne gérais pas bien le surplus. L’irritation, la colère, la frustration, tout cela avait eu raison de la petite maîtrise, et le fait d’avoir été un peu électron libre n’avait rien arrangé, je m’étais senti… libre. Et voilà ce que ce sentiment sournois pouvait faire pour, ou plutôt, contre moi. Si je restais libre, j’allais encore plus déconner. Je ne savais pas comment, mais je savais que c’était possible. C’était pour cette raison que j’étais en face de la mairie dès le lever du soleil, à attendre que le doc sorte de sa tanière, pour lui demander de le voir. Je n’avais pas envie de rire, je n’avais pas envie de blaguer. Et je m’étais montré étonnamment patient, pendant les deux heures où je l’avais attendu, immobile, saluant à peine d’un signe de tête les autres militaires qui effectuaient un ballet devant mes yeux désintéressés. Un ballet de rondes, bien sûr, pas un ballet comme Valentine avait pu en faire, avant. Je serrai les poings davantage. Il fallait que je me calme. Non, j’étais calme. Non, en fait… je ne savais pas. Je bouillais de l’intérieur, mais j’étais d’un calme olympien en apparence, seuls la nervosité de Baxter et mes poings si crispés que mes phalanges étaient cadavériques, pouvaient me trahir. Baxter, d’ailleurs, était tout aussi immobile que moi, assis juste à côté. Finalement, le doc était sorti, donc. Je le fixai à présent, presque aussi avenant que Raulne.

    - Un problème, Reh ?

    « J’dois vous parler, doc, si vous êtes dispo. »

    Je n’attendis pas de réponse, préférant m’éloigner au plus vite du QG et faisant le tour du bâtiment, Baxter sur mes talons, sans savoir si le doc me suivait. Sans me retourner, peut être allais-je parler seul, de toute manière il n’y avait personne lorsque j’étais arrivé dans le dos de la mairie, je murmurais, poings encore plus crispés, raide comme un piquet :

    « J’ai merdé, Doc, j’ai besoin d’aide. »

    Si ces quelques mots me coûtaient ? Vous n’en aviez pas idée. C’était étrange d’ailleurs, Manu n’était toujours pas intervenu dans mes pensées. Peut être parce qu’il était suffisamment conscient que ce n’était pas le moment de me titiller. Alexandre qui demandait de l’aide. C’était un jour à marquer d’une croix blanche, assurément ! Alexandre qui admettait avoir besoin d’aide, le grand, le si intelligent, le si méchant Alexandre. Je sentis mes yeux s’humidifier. Baxter vint loger son museau dans mon poing, pour que j’arrête de le crisper tant. Je passai ma langue sur ma lèvre ouverte, où du sang séché se craquelait. Je devais avoir les pommettes, la droite du moins, écarlate. Raulne ne devait pas avoir une meilleure tronche. Mais je m’en fichais. Eperdument. Seul comptait ce que j’allais faire maintenant, et ce que Talbert allait dire.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Mer 22 Mai - 22:35

Alexandre Reh me fixa sans rien dire. Je ne bougeai pas non plus, comme hypnotisé par son immobilisme. Je m'approchai d'un pas, cherchant dans mon esprit embrumé ce que j'étais censé faire. Si tant était que j'étais censé faire quelque chose. Enfin, il était évident que Léonie aurait trouvé quelque chose à dire, quelque chose pour le lancer, mais moi, je n'y arrivai pas. Je m'aperçu que je le dévisageai non pas pour comprendre ses émotions, ce qu'il se passait réellement, mais plutôt pour chercher sur son visage des traces de douleurs. Etait-ce sa jambe ? Apparemment non, puisque le sang coagulé était bien sur son visage. Il avait du prendre des coups. De qui, je n'en avais aucune idée. Un examen aussi rapide comportait évidemment des lacunes, mais d'aussi loin que je puisse en juger, il ne devait pas avoir été gravement blessé. Il s'en remettrait bien. Après tout, il était militaire. Il était habitué à prendre des coups. Il crispa les poings, comme s'il venait d'entendre mes pensées. Je le regardai, surpris, tâchant de ne rien laisser paraître. Maintenant quoi ? Il allait m'attaquer pour on ne savait quelle raison ? J'étais seul et sans arme, mais on m'avait appris à me défendre. J'avais beau pas être le meilleur en combat rapproché, et même de loin, mais je me défendais suffisamment bien. Non, la question était de savoir pourquoi il le ferait ? Il n'y avait aucune raison à cela. C'en était tellement absurde que même ma paranoïa maladive ne parvint pas à me forcer à réagir et à me mettre en position de combat. Si ça avait été un civil, sans doute que j'aurais réagi différemment. Voire même un autre militaire. Mais Reh… Non. J'voyais vraiment pas pourquoi il voudrait m'en coller une. Sauf si j'essayai de lui faire une piqure.

Il finit par prendre la parole. Sa construction de phrase aussi était surprenante. Il "devait" me parler. C'était pas "Je voudrai vous parler", non, il le "devait". Donc il ne devait pas spécialement en avoir envie. Il n'attendit pas que je réfléchisse ou que je réponde par l'affirmative, alors que j'étais à la fois soulagé que l'éventualité qu'il ait voulu m'attaquer se dissipait, et contrarié parce que je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. Je lui emboitai le pas, avec un temps de retard, contournant la mairie. Au moins ici, personne ne viendrait nous déranger. Je levais les yeux vers les quelques fenêtres. L'une d'elle était la mienne, il me semblait. Impossible de la reconnaître d'ici. Je m'arrêtai lorsqu'il s'était lui aussi stoppé net. Ses phalanges étaient si serrées qu'elles en étaient devenus blanchâtres. Je secouai la tête silencieusement pour chasser les derniers relents récalcitrants de sommeil alors qu'il reprenait la parole. Il s'était clairement passé quelque chose pour qu'il me dise un truc comme ça, pour me demander mon aide. Deux premières idées se formèrent instantanément dans ma tête. La première, c'était qu'il s'était de nouveau fait mal à la jambe. C'était débile, mais j'avais toujours peur que mes patients fassent n'importe quoi. Cependant, ça ne collait ni avec ses traces de bagarre, ni avec la posture droite et parfaitement raide qu'il arborait devant moi. La seconde idée, plus plausible, mais aussi plus terrible, se fraya un chemin en moi. Peut-être qu'il s'était battu avec quelqu'un. Qu'il l'avait mis dans un tel état qu'il avait besoin de moi. Peut-être qu'il s'agissait d'un civil, et que du coup, il avait "merdé" comme on avait merdé. Tous ensemble, en leur tirant dessus. Mais dans ce cas, il serait venu directement me voir, non ? J'en savais rien. Le mieux quand on sait rien, c'est de demander, qu'ils disaient. Alors je demandai.


- Hé, , fis-je en m'avançant vers lui, lui posant une main sur l'épaule. Reh. Je le contournai pour me placer devant lui. Calme toi. Détend toi. Je tendis une main vers son visage, lentement, et en la lui présentant bien pour pas qu'il soit surpris, et palpais sa joue endolorie. Il avait reçu un sacré coup, mais ça ne laisserait pas des traces plus de quelques jours. Calme toi, Reh, répétai-je.


Bon sang. Je ne le connaissais pas des masses, mais tout de même assez pour me douter que demander de l'aide comme ça, c'était pas trop son truc. Déjà, ce côté sérieux et toute l'attitude guindée, ça lui ressemblait pas. Qu'est-ce qu'il avait pu faire pour qu'il se mette dans un état pareil ? C'était enfoncer des portes ouvertes de dire qu'il s'était battu. Peut-être qu'il avait tout simplement tué quelqu'un. Ça expliquerait pourquoi il serait pas venu directement. *Pas de conclusions hâtives* pensai-je, et avec raison. A quoi servait d'imaginer toutes sortes de choses quand la réalité pouvait être tout autre ? A part se créer des histoires complètement folles où l'on en viendrait à avoir peur de la personne en face de vous, à rien, je vous le disais. Je m'adossai au mur en ne le quittant pas des yeux, totalement réveillé maintenant.


- Je t'écoute, Alexandre. Je sais pas encore ce que t'as fait, mais j'vais pas te juger, d'accord ? Que tu te sois battu avec le fermier du coin ou le Président venu nous rendre visite, ça m'intéresse pas, même si j'ai besoin de le savoir pour bien comprendre ce qu'il se passe. Ce qui importe, c'est comment je peux t'aider, d'accord ? On est pas super proche, mais je suis loin de te détester, alors je peux dire qu'on est potes, hein ? Je t'écoute, Alex. Dis moi ce que j'peux faire.


C'était vrai. Alex était un des rares militaires avec qui je m'entendais plutôt bien. Alors, ouais, j'étais pas son meilleur ami, mais c'était pas parce que j'en avais pas envie, juste qu'on avait pas trop eu l'occasion de parler. Ça n'empêchait que si je pouvais faire un truc pour le tirer de la merde où il s'était fourré, quelle qu'elle soit, je le ferais. J'avais fort attachement à la tradition militaire du "on n'abandonne personne". Non, je laissai personne derrière. Politique de la maison. Je laissai personne se vider de son sang alors que je pouvais encore bouger. Je laissai personne que je puisse aider sans faire quelque chose. Evidemment, ces "personnes", c'était des militaires. Question civile, j'avais un peu moins de bonne volonté. Mais si, en plus des militaires, c'était des militaires que j'appréciai, alors, ouais, j'étais prêt à sauter de mon trou pour aller les chercher jusqu'en Enfer.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Jeu 23 Mai - 10:04

    - Hé, Reh. Calme toi. Détend toi. Calme toi, Reh

    Sa main sur mon épaule me fit me contracter davantage, et je luttai férocement contre mon réflexion de lui foutre un pain et de le mettre à terre dans une prise de combat au corps à corps que j’avais apprise. Il fallait que j’essaye, un peu, de me contenir et de combattre mes réflexes violents, c’était évident et indiscutable. Lorsqu’il me contourna pour me faire face et avancer une main interrogative en direction de mon visage, je me fis la réflexion qu’il se comportait comme si j’étais un chien agressif, blessé et/ou apeuré. Avec la même patience, délicatesse et en essayant de ne pas être brusque. Mais je n’étais pas Baxter, et je me dégageai d’un mouvement d’épaules et d’un pas en arrière. Le doc, de son côté, alla s’adosser à un mur, et je le suivis, pour rester à proximité. Mains dans les poches de mon jean, je ne savais pas ce que je pouvais dire. Je n’avais aucune idée de ce que je pouvais rajouter. Epaules crispées, tête enfoncée, j’étais totalement fermé et renfermé. En fait, dès que JB m’avait touché, j’avais perdu mon port droit et raide, pour me recourber légèrement.

    - Je t'écoute, Alexandre. Je sais pas encore ce que t'as fait, mais j'vais pas te juger, d'accord ? Que tu te sois battu avec le fermier du coin ou le Président venu nous rendre visite, ça m'intéresse pas, même si j'ai besoin de le savoir pour bien comprendre ce qu'il se passe. Ce qui importe, c'est comment je peux t'aider, d'accord ? On est pas super proche, mais je suis loin de te détester, alors je peux dire qu'on est potes, hein ? Je t'écoute, Alex. Dis moi ce que j'peux faire.

    Il m’écoutait ? Je n’avais rien à dire. Si en fait, j’avais beaucoup à dire, mais je savais pas comment formuler la chose. Je pouvais être très introverti lorsque je voulais… Toi ? Introverti ? laisse moi rire !. Non, sérieusement, dès que quelque chose me touchait très particulièrement, je me renfermais comme une huître, la pression montant ensuite petit à petit jusqu’à l’explosion. C’était pour ça que mes parents n’avaient rien pu tirer de moi, lorsque j’avais mordu Matthias, lorsque mon père était venu me chercher au poste près de dix ans plus tard. Je fixai mes chaussures, mal à l’aise. Ciel, que je détestais ça. Depuis quand étais-je mal à l’aise face à quelqu’un, hein ? Depuis quand étais-je nerveux, depuis quand avais-je mal au ventre à force de stresser ? Ce n’était pas normal. Ce n’était certainement pas bien. J’évitais de regarder le Doc, que je devais avoir déranger. Bon sang, Alex, secoue toi ! C’est pas mon p’tit frère, que je vois là ! C’est une loque qui se fait dessus à l’idée de dire qu’il a réellement merdé à un doc, m#rde ! C’est n’importe quoi !. L’écho de ce qu’aurait dit Emmanuel s’il avait été là, me fit comme une claque mentale, et j’essayai de me reprendre. Je me mordillai la lèvre, réouvrant au passage la plaie :

    « J’ai vraiment merdé, Doc, j’ai totalement perdu les pédales. Vous êtes bien sous le truc du secret médical ? »

    Je demandais ça pour la forme, parce que je me doutais bien qu’il avait deviné dès que j’étais parti de l’autre côté de la maire, que je ne voulais pas non plus qu’on le crie sur tous les toits. C’est trop mignon… tu es pudique sur tes sentiments…. Qu’avais je pensé un peu plus tôt ? Que Manu avait compris que c’était pas le moment pour me titiller ? Je lâchai un soupir embarrassé, évitant toujours de regarder le Doc. J’avais besoin de frapper quelqu’un, là. Je n’étais pas… fait, pour l’immobilisme. Je ne pouvais pas parler en restant raide comme un piquet. J’avais besoin d’être violent, de m’exciter sur un sac de sable, sur quelqu’un, sur un arbre, pour briser toutes les difficultés que je pouvais avoir à parler. M#rde. J’étais pathétique. Et je n’aimais pas ça. Je tâchai de me détendre, décrispant d’abord les épaules, me forçant à sortir mes mains des poches où s’étaient réfugiés mes poings serrés. Il fallait que je dise quelque chose. M#rde. Ce gars tendu, c’était pas moi. Ce gars silencieux, c’était pas moi non plus. Sans préavis, je donnai un coup de pied dans le mur.

    « J’me suis battu avec Raulne, il m’a viré du corps militaire. Si vous lui dites, et que Leroy confirme, ou le contraire, que j’suis pas cinglé, il verra pour me réintégrer. »

    Le barrage était ouvert, le fleuve de ma rancœur, de ma colère et de ma frustration, balayait en moi toute velléité de contenir la violence que j’avais besoin d’évacuer. Je balançais un direct au mur, arrachant au passage la peau du dos de ma main, et je grimaçai de douleur. Me tenant la main endolorie de celle qui avait évité de peu un carnage similaire, je me tournai finalement vers le Doc, plongeant pour la première fois depuis que je lui avais demandé de me suivre mon regard dans le sien :

    « Est-ce que j’suis fou ? »

    Ma main me lançait par intermittence, mais je n’y faisais pas attention. Comment pouvais-je être aussi… versatie ? Je m’en rendais bien compte. Un temps j’étais capable des pires horreurs, capable sur un coup de tête de frapper n’importe qui, pour n’importe quoi, et avec une agressivité incontrôlée, et quelques secondes me suffisaient pour redevenir… aussi normal que je pouvais l’être. Etais-je fou ? Cette question m’avait taraudée toute la nuit, m’empêchant de dormir. Ce n’était pas la première fois que je faisais une nuit blanche, et pour le moment d’ailleurs, ça allait tranquille niveau sommeil. La tension devait aider. La pression. Le stress. Je savais que je risquais de perdre les pédales sous peu. Sans la rigidité militaire, je pouvais devenir pire que ce que j’étais déjà. J’avais le sentiment qu’il m’était vital de réintégrer la troupe. Mais il n’était bien sûr pas question que j’en parle. Je me demandai soudain si le Doc avait lu mon dossier médical. S’il l’avait, déjà. S’il l’avait lu, ensuite. S’il en avait des souvenirs, enfin. Les chances étaient très faibles, infimes, j’en étais conscient. Et puis, je ne savais même pas ce dont j’avais envie. Avais-je envie qu’il en ait des souvenirs ? Je n’avais jamais lu mon dossier, mais je me doutais bien de ce qu’il contenait. « Propension à la violence ». « Précocité intellectuelle totalement assumée mais rejetée ». « Agressivité ». « Rejet de l’autorité ». « Allergique à la banane ». Que de choses inintéressantes. Il devait aussi y avoir les comptes rendus de mes rendez vous chez les psys, qui étaient tous, au premier abord, contradictoires. Parce que je m’amusais avec eux. Seules mon instabilité et mon insolence étaient toujours présentes. Mais ça, c’était voulu, c’était normal. Parfois, il y avait « arrogance », d’autres « à besoin de repères stables ». Le mieux, c’était la fois où le psy et moi, nous avions inversé les rôles, sans qu’il ne s’en rende compte. Il n’avait rien mis, dans le compte rendu. Je répétai :

    « Vous pensez que je suis fou, Doc ? »
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Jeu 23 Mai - 23:27

Il n'était rien de dire qu'Alexandre était loin d'être dans son état normal. Ou en tout cas, dans son état habituel. Rien qu'à sa gestuelle, et Dieu savait à quel point j'étais mauvais pour interpréter la gestuelle des individus, on pouvait voir la différence avec celui que j'avais connu jusqu'ici. Presque timide, gêné, nerveux, assurément. Lorsqu'il me demanda si j'étais bien sous secret médical, je hochai la tête avec lenteur, réfléchissant à ce qu'il pourrait me dire. Ou plutôt, cela ressemblait à un aveu. L'hypothèse du meurtre revint à la charge. J'attendis patiemment qu'il sorte de lui-même de son mutisme. Je l'avais dit : relancer la conversation, c'était pas mon truc. S'il voulait me dire quelque chose, il me le dirait. Sinon, j'estimai qu'il n'était peut-être tout simplement pas prêt pour ça, et on en resterait là. Il commença toutefois à essayer de se décrisper un peu. Je soupirai intérieurement. On y arrivait. Jusqu'à ce qu'il frappe du pied le mur à côté de moi, me faisant bouger, me remettant sur pieds. Je n'avais pas dressé les poings, mais il s'en était fallu de peu.

En fait, je pense que la principale raison de mon inaction avait été le fait que j'étais trop occupé à écouter ce qu'il avait à me dire, écarquillant les yeux au fur et à mesure qu'il parlait. Frapper Raulne, ouais, je pouvais comprendre. C'était pas ça le vrai problème. Non, le soucis, c'était qu'il fallait que ce soit moi qui me charge de savoir s'il était apte à reprendre le service. Moi et Léonie, qui d'ailleurs ferait ça bien mieux que moi. Je secouai la tête vaguement pour en chasser toute expression, me concentrant pour réfléchir, comme avant une opération. Il frappa du poing sur le mur, me déstabilisant de nouveau. Fou ? Non. Inconscient, peut-être. Frapper le Lieutenant, surtout en ce moment, était… Malvenu, pour ainsi dire. Il avait certainement eu ses raisons, et j'étais pas là pour en juger. Non, le problème était la décision de Raulne de le virer. Vu la patate qu'il avait pris sur la joue, il n'y était pas allé de main morte, et son renvoi était la preuve qu'Alexandre ne s'était pas retenu non plus. Sacré merdier, ouais.

Je soutenais son regard, avant de le porter sur sa main qu'il venait de blesser. Ça, je savais maîtriser. Guérir, soigner, recoudre, je pouvais le faire sans problème. Vous pouviez tirer juste à côté de mon oreille que je tremblerai à peine. La médecine, je maîtrisai. Alors, je commençai par ça, c'était plus facile. J'avais aucune trousse de soin, aucun matériel, mais juste ce qu'il faut pour des petites coupures comme celle-là. Je sortis ma gourde, et imbibais d'eau un mouchoir propre que je lui tendis, le forçant à l'accepter en le lui fourrant dans sa main valide.

- Fais pas l'c*n et applique ça sur ta main.

Est-ce que je pensai qu'il était fou ? Je relevai les yeux vers son visage en réfléchissant. Bordel, j'avais à peine jeté un coup d'oeil à son dossier médical pour savoir ses antécédents et ses allergies éventuelles, je lui avais pas fait un suivi psy, moi ! Alors, ouais, j'avais pu lire certaines remarques comme quoi il avait quelques soucis avec l'autorité, mais j'y avais pas prêté attention plus que ça. Mais clairement, il m'avait pas paru fou. Peut-être cachant bien son jeu, peut-être un peu inconstant, mais fou ? Non, j'pensai pas. J'étais pas psychologue, mais il avait pas l'air d'être plus atteint du bulbe qu'un autre.


- J'suis pas psy, Alexandre. Mais je pense pas que tu sois fou, dis-je. J'vais pas te mentir : j'ai parcouru ton dossier médical. Et c'est pas parce que les psy donnent tous des avis différents que je vais me mettre à croire des trucs. C'est pas non plus parce que tous les médecins d'ici ont émis leurs plaintes que je vais les croire. T'es un type bien, Alexandre. Je le sais parce que ça se voit au comportement de ton chien. J'y connais pas grand-chose, mais j'ai une fois fait un stage pour voir les blessures animales. Les types là-bas en faisait baver à leurs animaux, pas en étant méchant, mais en les rendant dingues. Les bêtes étaient incontrôlables. Alors si tu te demandes si t'es fou, regarde à tes pieds, et t'auras ta réponse.


Il était vrai que j'étais admiratif de la façon dont son chien se comportait. Ce qu'il avait fait lors des événements près de la mairie, lorsqu'on était allés à la maison de ce fermier pour y trouver la fille. Je ne mettais pas en doute l'efficacité des chiens, mais la plupart de ceux que j'avais pu croiser jusqu'ici ne m'avaient pas inspiré confiance. Leurs maîtres les dressait comme des bêtes de guerre, et les chiens étaient agressifs. Baxter réagissait aux pulsions d'Alexandre, parfaitement coordonné avec lui. C'était quelque chose d'assez impressionnant à voir. Donc, non, pour moi, il était pas fou. Juste déboussolé, peut-être, mais on l'était tous. Tirer sur des civils, ça marquait au fer rouge. Et que ça ne nous laisse pas indifférent était justement une preuve qu'on était toujours sains, que l'horreur n'était pas devenue notre pain quotidien.


- Reste ton vrai problème, repris-je. Raulne t'as viré. Bon. Ce qui est fait est fait, j'imagine. Je peux pas savoir si t'es apte à revenir. Ce que je peux donner, c'est un avis purement médical. J'suis pas psy, Reh. Je peux m'y essayer, mais les résultats pourront pas satisfaire le Lieutenant. Je te propose deux trucs. La première, c'est que tu me laisses t'examiner. Je veux pouvoir tout examiner : ta jambe, ta joue, ta main. Tu me dis où tu as pu te faire mal sans rien me cacher. La seconde, c'est que tu me racontes comment ça s'est passé. Je vais pas juger qui a raison et qui a tort, je m'en fous. Ce que je veux savoir, c'est si l'un d'entre vous deux a pété les plombs sans raison. T'es d'accord ?


Qu'est-ce qu'aurait fait Léonie a ma place ? Peut-être qu'elle était encore jeune, et qu'il lui restait beaucoup à apprendre, mais elle avait déjà fait plus de psycho que moi. L'écouter, ouais, tous les psys commençaient par là. L'écouter blahblahter sur ce qu'il s'était passé. Ensuite, réfléchir. C'était là où ça se corsait, évidement. Il fallait que j'essaie de déterminer pourquoi untel avait agi comme ça, etc. Bordel. Fallait que ça tombe sur moi. La partie médecine aurait beau être super facile, à condition qu'il se laisse faire bien sûr, la partie psychologie-en-carton me faisait déjà redouter ce qui allait se passer.

Pour moi, Alexandre était un bon soldat. Un sacré maître chien, et un bon atout pour le groupe. Mais si lui même se demandait s'il était fou, ça avait dû être ce que le Lieutenant s'était demandé aussi. Ça avait dû être un truc dans le genre qui l'avait poussé à l'expulser, alors que lui-même disait qu'on devait se serrer les coudes, et rester tous ensemble. Après, j'en savais rien. Je devrais attendre qu'il me dise ce qu'il s'était passé pour que je réfléchisse sur le sujet. J'allais devoir me forcer à ne pas avoir d'a priori, ni sur l'un, ni sur l'autre. J'avais jamais été totalement partial, et voilà qu'on me demandait d'être un putain de juge dans une affaire où j'avais pas envie de mettre les pieds. Mais voilà, certaines choses devaient être faites, parce que si Alexandre se faisait virer pour de bon, ça donnerait pas une super image. Et ça pourrait donner l'envie à d'autres de se barrer, aussi. Non, je n'en faisais pas partie. A peine.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Sam 25 Mai - 18:15

    - Fais pas l'c*n et applique ça sur ta main.

    Il me fourra un mouchoir trempé dans ma main valide, et j’hésitai entre le lui redonner en le lui balançant à la figure et faire ce qu’il me demandait. J’étais trop… perturbé, pour penser à quoi que ce soit d’intelligent. Non, c’était faux. En fait, au contraire, j’étais en train de trop penser. Je pensais à tous mes rendez vous chez les psys, chez les docs en général, que je n’aimais pas. Oh, ce n’était pas un a priori sur les médecins qui me faisait réagir comme ça, c’était juste que la plupart du temps, ils pensaient me comprendre ou pouvoir essayer tout du moins, et moi, j’avais juste envie de leur rire au nez. Bon, pour le coup, JB, il m’avait bien rafistolé, et là, il était aussi légèrement mon seul espoir de réintégrer en bonne et due forme la troupe. Donc je n’avais pas à merder, et donc il fallait que j’oublie le concept du « j’applique son mouchoir trempé sur son visage ». Sans y penser donc, je fis ce qu’il me demandait, alors qu’il reprenait la parole, me laissant… songeur.

    - J'suis pas psy, Alexandre. Mais je pense pas que tu sois fou. J'vais pas te mentir : j'ai parcouru ton dossier médical. Et c'est pas parce que les psy donnent tous des avis différents que je vais me mettre à croire des trucs. C'est pas non plus parce que tous les médecins d'ici ont émis leurs plaintes que je vais les croire. T'es un type bien, Alexandre. Je le sais parce que ça se voit au comportement de ton chien. J'y connais pas grand-chose, mais j'ai une fois fait un stage pour voir les blessures animales. Les types là-bas en faisait baver à leurs animaux, pas en étant méchant, mais en les rendant dingues. Les bêtes étaient incontrôlables. Alors si tu te demandes si t'es fou, regarde à tes pieds, et t'auras ta réponse.

    Dès que j’entendis le mot « dossier », c’était ouf, mais je me tendis. Réflexe que je ne pouvais pas contenir. Je détestais ce mot parce que généralement, il attirait des… hum… commentaires que je ne pouvais pas supporter et je m’emportais facilement sur ce terrain là. Encore plus facilement que sur les autres, voulais-je dire. Pourtant, ce que je craignais entendre ne sortit pas de la bouche du doc qui se contint au strictement médical. Enfin… à ce que je compris. Peut être qu’il ne se souvenait pas de tout ou que tout ne l’avait pas intéressé. Dans tous les cas, moi, ça m’arrangeait, même si concernant le fait que les psys aient tous donné un avis différent, c’était moyen pour moi. Bon, okay, il fallait l’avouer cette phrase m’avait arraché un sourire amusé, parce que c’était bien mon but. Perdre les psys en chemin et me foutre de leur gueule, c’était assez gratifiant, et ça m’empêchait de m’ennuyer. L’ennui… c’était mon pire ennemi. C’était celui qui me poussait à faire l’idiot, juste pour m’occuper. Je ne savais pas, je n’aimais pas m’ennuyer. C’était tellement… ennuyant. Et ton langage est tellement… développé, Alex… c’est sidérant. Bref. Je ne comprenais pas Talbert. Comment pouvait il dire que j’étais un type bien ? Lui, peut être, en était il un. Moi, très certainement que je n’en étais pas un. Je ne pouvais pas en être un. C’était impossible. J’étais un salaud, un connard, un enfoiré, un ahuri, un crétin, un p’tit con, mais je n’étais très certainement pas un type bien. Et Baxter était comme ça, juste parce qu’il était intelligent de base, et que je l’avais bien dressé. Point. Pourtant… même si je trouvais stupide qu’il puisse penser une telle chose de moi, je me fis la remarque que son argument, Baxter, n’était peut être pas si con que ça. Je n’étais pas fou parce que mon chien était sain d’esprit. Peut être… c’était une piste à creuser, parce que je n’étais pas convaincu. Je gardai le silence, alors que le Doc avait continué sur sa lancée.

    - Reste ton vrai problème. Raulne t'as viré. Bon. Ce qui est fait est fait, j'imagine. Je peux pas savoir si t'es apte à revenir. Ce que je peux donner, c'est un avis purement médical. J'suis pas psy, Reh. Je peux m'y essayer, mais les résultats pourront pas satisfaire le Lieutenant. Je te propose deux trucs. La première, c'est que tu me laisses t'examiner. Je veux pouvoir tout examiner : ta jambe, ta joue, ta main. Tu me dis où tu as pu te faire mal sans rien me cacher. La seconde, c'est que tu me racontes comment ça s'est passé. Je vais pas juger qui a raison et qui a tort, je m'en fous. Ce que je veux savoir, c'est si l'un d'entre vous deux a pété les plombs sans raison. T'es d'accord ?

    Si j’étais d’accord ? J’en savais rien. Mon vrai problème, le fait que Raulne m’avait viré ? Il ne comprenait rien. Talbert était totalement out. Mon vrai problème c’était que j’étais totalement timbré et qu’en soit, je n’étais pas fait pour être dans l’armée, même si je m’acharnais à y entrer, et actuellement à y revenir. Pour y rester. Si j’étais d’accord… Je soupirai, et détournai le regard, une nouvelle fois. J’avais envie de frapper le mur une nouvelle fois, que ce soit avec les pieds ou les mains. J’avais besoin de me défouler. Et il n’était pas question de courir, pas en présence du Doc qui suivait de près l’évolution de ma blessure à la jambe.

    « Si j’suis d’accord ? Pfff… Y’a rien à examiner, y’a rien à raconter… Je me frottai les yeux d’une main, non pour chasser des larmes qui n’avaient pas lieu d’être, et qui n’étaient pas, mais parce que là, la fatigue commençait à pointer le bout de son nez. Je ne sais même pas ce qu’il s’est passé, Doc, ni comment on en est venu à… ça… »

    Ca… mon renvoi. J’haussai les épaules, continuant de frotter sans y penser vraiment les écorchures dont suintait encore du sang, que je venais de me faire à la main. Je me fis la réflexion que son mouchoir allait être fichu, avant de l’écarter d’un geste purement mental. Dans tous les cas, c’était son problème. Pas le mien, oh non ! J’avais déjà suffisamment de problèmes pour ne pas avoir besoin de m’en rajouter. Je repensais à mon… entrevue avec Raulne, la veille. Je me souvenais de tous nos échanges, mais je n’arrivais pas à y voir une logique. Il avait frappé le premier, puis j’avais riposté. On avait un peu enterré la hache de guerre lorsqu’il m’avait agressé verbalement. Il avait eu une seconde mon respect, juste avant de vouloir appuyer son autorité et là… tout avait dérapé. Je l’avais frappé violemment dans la réelle optique de lui faire du mal, et de l’immobiliser le temps que je puisse cracher tout ce que j’avais à dire. Puis il m’avait pris de court, étalé par terre. Et j’avais à nouveau pété totalement un câble, en refusant de dire ce qu’il voulait que je dise. Puis voilà. Un résumé que je ne pouvais pas faire au doc, parce que trop décousu. Je posai mon regard sur Baxter qui me lécha le creux de la main.

    « J’pense pas que je sois un type bien, Doc. J’pense que y a quelque chose qui cloche sérieusement chez moi. J’sais pas trop ce qu’il s’est passé avec Raulne. Je… Pourquoi peinais-je à trouver mes mots ? Parce que je m’appliquais à dire la vérité, pour une fois. C’était rare, comme évènement. Plus rare encore, je me forçais à ne dire que, ou presque, la vérité, à un mec que je ne connaissais pas depuis plus d’un mois.… je… on s’est retrouvé à se battre. Il… Je venais à bout de ma patience. J’avalais ma salive, j’avais mes mots. Et je crispais les poings pour ne pas perdre le contrôle. Il fallait que je reste… hum… lucide. Que je reste encore un peu… sérieux. Il a remis en cause mon obéissance et… tu m’connais pas mais… j’ai un problème avec… l’autorité. Et j’étais fatigué. Alors j’ai… pété les plombs… et je me cherche des excuses… »

    J’étais totalement… out. Je ne savais plus ce que je racontais. Il fallait que Talbert donne son aval pour que Raulne soit content, ou mécontent d’ailleurs, puisque ça m’étonnerait qu’il veuille réellement être un connard sympa et me réintégrer de bonne grâce. Dans tous les cas, j’avais pour buts, un, de réintégrer l’armée, ce n’était même pas sujet à discussion, deux, de le faire chier, mais ça, dès le premier objectif atteint, j’allais pouvoir établir des plans pour du long terme. Mon regard dériva encore une fois loin des yeux de JB. Lorsqu’il y revint, pour se fixer, ce fut pour y rester plonger. Je donnai l’impression de totalement changer de sujet en reprenant, très sérieusement, comme si j’attendais, et c’était le cas, une réponse extrêmement réfléchie et sérieuse, ma réflexion et mes pensées suivant une logique qui m’était propre :

    « Doc, si vous étiez plus intelligent que toutes les personnes que vous pourriez rencontrer dans votre vie, qu’est ce que vous feriez ? Comment vous seriez ?»
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Mer 29 Mai - 22:38

Alexandre Reh avait l'air passablement épuisé, ou tout simplement agacé par mes questions, au choix. Je l'écoutai tranquillement, là encore en ne cherchant pas à le lancer, ou à l'aider : non, j'avais croisé les bras sur mon torse, et je restai appuyé contre le mur. Il ne m'apprit pas grand-chose de plus que précédemment, en réalité. Peut-être qu'il n'y avait effectivement tout simplement rien à dire de plus. Le seul élément qu'il apporta, fut son rapport avec l'autorité. Il me semblait avoir vu un truc dans le genre dans son dossier, mais je ne m'y étais pas attardé, tout ce qui m'intéressait sur le moment était de savoir si je pouvais le tuer en lui injectant tel produit.

Le plus étrange, toutefois, était qu'il avait intégré l'armée avec un tel "problème". Parce qu'on avait beau en dire ce qu'on voulait, et on le disait volontiers en tant de paix, comme quoi les soldats prenaient des décisions par eux-même, et tout, un militaire, c'était avant tout savoir obéir aux ordres. Peut-être qu'il s'y était fait. Après tout, par le passé, on envoyait ses gamins "à l'armée" pour les former et les dompter. Qu'est-ce qui avait pu faire ressurgir ce côté de lui ? La fatigue, comme il le disait ? Autant mentale que physique, j'entendais. Si la question physique pouvait être aisément réglée, j'avais même quelques somnifères restants quelque part, c'était encore et toujours celle mentale qui posait problème. En ces temps extraordinaires, il était normal de craquer. Nous avions peut-être été formés à la guerre, certes, mais nous y avions été plongés en quelques instants, sans qu'aucun des scénarios, plans, ou toute autre forme de structure ne se soit concrétisée. Nous étions un groupe isolé dans un village français, la hiérarchie était hors de contact, et la France avait subi des attaques nucléaires. A cette perdition la plus totale s'ajoutait nos problèmes, nos combats, mais surtout, le massacre des civils français sur la route. Pour cela, je n'avais pas de remède. Je me demandai si lui aussi, il les voyait. Les fantômes, qui parfois rampaient au-dessus de moi, leurs blessures là où mes balles les avaient touché suintant sur moi. Nous avions les mains sales, et nous n'avions même pas la satisfaction ou le simple réconfort d'avoir agi dans l'intérêt général. Nous avions tiré parce que nous avions eu peur, nous étions fatigués, nous avions réagi instinctivement. Nous avions tiré sans obéir à un ordre. Personne n'avait crié qu'on devait les abattre. Mais nous l'avions fait. Et Alexandre Reh extériorisait peut-être tout simplement ce massacre en défiant Raulne, en se battant avec lui. Moi, j'avais plus de chance, j'avais Léonie. Ma rage s'était peu à peu résorbée à son contact, pour finalement cicatriser. C'était tellement plus agréable de penser à elle qu'à.. ça, que je ne m'en privais pas.

La solution serait-elle alors de caser Reh ? Non, évidemment. Si c'était aussi simple, on nous l'aurait dit. Avant que je ne puisse répondre, toutefois, il enchaîna avec une question. Je fronçai les sourcils pour essayer de comprendre ce qu'il voulait dire par là. Si j'étais plus intelligent que tous ? Il était inutile de dire que je la prenais au sérieux, sa question. C'était pas quelque chose de balancé en l'air, genre "Vous feriez quoi s'il pleuvait demain ?", non, ça avait l'air sérieux, signifiant quasiment certainement qu'Alexandre était dans cette situation, ou que du moins il le croyait. Non pas que je remettais en doute ses capacités, mais je ne les avais pas encore vues à l'oeuvre. Toujours était-il qu'il était possible qu'il soit plus intelligent que tout le monde. Peut-être était-ce pour ça qu'il paraissait aussi original. Je ne pouvais prétendre être dans son cas : j'étais loin d'être plus intelligent que tout le monde. Mais j'étais plus intelligent que la moyenne, dirons nous. Lorsque j'avais intégré l'Ecole de Médecine de Lyon, j'avais été considéré comme l'un des meilleurs. Et là-bas, j'avais très vite brillé, j'étais un élève studieux au "fort potentiel" comme aimaient à le dire mes professeurs. Cependant, je n'avais jamais profité de cette intelligence autrement que pour la consacrer à la médecine. A soigner des gens. Alors, non, je n'avais pas commencé à dénigrer ceux "en-dessous" de moi intellectuellement, je n'avais pas adopté ce ton crâneur qu'ont les habituelles têtes de classe.


- Si j'étais plus intelligent que tout le monde, je pense que je ne changerai pas de ce que je suis maintenant, Alexandre. Je suis médecin, j'ai dédié toute ma vie à sauver des gens. Tout ce que j'ai fait, c'est pour préserver les autres. Alors mon intelligence, je l'ai offerte à n'importe qui. Je peux pas parler pour ton cas. Je sais pas si toi t'as du faire les mêmes choix, des choix qui impliquent de se sacrifier pour quelque chose d'autre. Quelque chose de plus grand. Je peux pas te dire ce que tu dois faire. Je peux pas te dire quelle cause est juste, et laquelle ne l'est pas. Tout ce que je sais, ou du moins que je pense, c'est que si tu es plus intelligent que tout le monde, tu as trois possibilités. Je marquais une pause, reprenant mon souffle et me décollant du mur pour planter mes Rangers sur le sol. Soit tu la gardes pour toi, et tu considères les autres comme infiniment inférieurs, et dans ce cas tu fous tout en l'air. Soit tu fais "comme moi", avec des guillemets, et tu te dévoues à faire quelque chose, de mettre ton intelligence à profit. La dernière possibilité est inconnue. Je déconne pas, c'est pas le "Oui, Non, Bof", c'est juste que je ne peux pas connaître tout à l'avance. La dernière possibilité, ça peut être tout simplement celle que tu choisiras comme juste. Et comme elle est personnelle, je peux pas te la dire. Ça t'aide peut-être pas, mais personne n'a dit que ce serait facile. Tout ce que je peux te dire, c'est que si tu tombes dans la première possibilité, les gens vont finir par tous te détester. L'autre, et tu t'écrases, comme moi. Tu obéis aux ordres, parce que ce sont les ordres. J'ai pas trop de doutes sur moi, et sur ma capacité à faire ce que je dois faire. Si Raulne était touché, j'hésiterai pas à aller le chercher. C'est comme ça. En résumé, tu as ça : deux choix définitifs, restrictifs, et qui peuvent faire que tu te détesteras toi-même, ou un truc que tu composes à ta sauce. Mais auquel tu tiendras. Ça veut peut-être rien dire ce que je dis, mais c'est comme ça que j'interprète ta question.


Je terminai ma longue tirade en inspirant, avalant ma salive, le désagréable sentiment d'avoir dit quelque chose ne voulant rien dire se faisant cruellement sentir. Comme le disaient mes professeurs lors de mes oraux : tout verbiage doit être évité, M. Talbert. J'étais pourtant devenu assez fort pour cela : parler pour ne rien dire. Parce qu'à la fin, je n'avais rien dit : juste qu'il devait se débrouiller. Autant lui faire un doigt, peut-être que ça serait allé plus vite. Mais bien sûr que j'aurais pas pu. En un certain sens, ça m'aidait aussi de lui parler. De réaliser en même temps que lui ce que je pensai de moi : que j'étais juste un soldat de base, obéissant aux ordres. Qu'ils soient néfastes, ou non. Une seule chose m'empêchait de céder au sentiment proche du désespoir qui pouvait s'emparer de moi devant une telle constatation, la certitude qu'aucun ordre, que rien au monde même, ne pourrait me contraindre à abandonner, ou à faire du mal de quelque façon que ce soit à Léonie. C'était mon unique certitude des derniers jours. Mon unique raison de vivre…


- Ecoute, Alexandre. Pour ce qui est de te réintégrer. Sur le principe je suis d'accord. Mais si Raulne pense que tu vas désobéir à ses ordres dès la première occasion, je ne peux pas le faire d'entrée de jeu. J'ai besoin de savoir si tu es prêt à laisser de côté ta désobéissance pour revenir parmi les militaires. J'ai besoin de savoir pourquoi tu souhaites revenir, si tu as une telle aversion des ordres. J'ai besoin de savoir si on peut compter sur toi, que tout militaire présent ici peut compter sur toi. C'est pas juste que j'engage une partie de ma réputation auprès de Raulne en te réintégrant. Ça, je m'en fous. Par contre, je veux savoir si tu seras toujours là quant les tirs se mettront à fuser, et que tu serais prêt à aller chercher Raulne au fond d'un fossé s'il était blessé. Il n'y a pas de demi-mesure. Ou tu t'engages, ou tu t'engages pas. J'ai choisi la facilité en obéissant aux ordres, et en me vouant à ma vocation. Si tu fais le troisième choix genre "un peu des deux", je peux pas faire en sorte que tu sois ré-intégré si on peut pas se reposer sur toi. En clair, je veux savoir si on peut te faire confiance, Reh. Rien de plus, mais rien de moins non plus.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Sam 1 Juin - 22:41

    Dans un sens, j’étais partagé. Je ne savais pas pourquoi j’avais posé cette question, tout en sachant pertinemment pourquoi elle avait eu besoin d’être formulée à haute voix. Lorsque mes parents avaient « découvert » que quelque chose ne tournait pas rond chez moi, entendez par là que j’avais une manière de penser totalement différentes des gens en général, et que je comprenais un peu, beaucoup, plus rapidement que les autres, ne tourne pas autour du pot, Alex, dis simplement surdoué, ils m’avaient mis en lycée général. N’était-ce que cela, juste ce simple fait, et j’avais compris ce qui allait m’attendre dans les années à venir. Lycée général. Bac S, parce que j’étais indubitablement scientifique. Puis une prépa. Une grande école. Un métier où on allait me courir après pour que je le choisisse. Un bureau. Bref. Une vie incroyablement chi#nte et bourrée de responsabilités que je ne voulais certainement pas endosser. Je ne m’étais pas opposé au lycée général, parce qu’en lycée pro, je savais très bien que j’allais faire la même chose. J’étais suffisamment doué pour passer toutes les frontières intellectuelles que l’on pourrait me poser, quelque soit mon niveau d’études et de connaissances, je le savais un peu trop bien. Ce n’était pas pour être prétentieux que je pensais cela, je savais juste assez bien mes capacités intellectuelles, même si ma tendance à la violence jouait en ma défaveur sur de trop nombreux points. Lorsque tout le monde avait compris que j’étais un surdoué, leur attitude envers moi avait changé, à chaque fois. Avant ils espéraient me virer au plus vite, ou être débarrassé de moi, ne dis pas ça, Alex, les parents n’ont jamais pensé ça !. c’est ce que tu crois, Manu, mais je savais bien lire dans leurs yeux qu’ils ne savaient plus quoi faire avec moi. Et ça me poussait à en faire toujours plus, peut être pour qu’ils me remarquent… mais je n’avais pas envie de penser à ça, parce que je n’avais pas tenu les psys loin de ma tête pour que je me retrouve bêtement à me psychanalyser comme un grand. Pourquoi avais-je dérivé aussi loin en pensée ? Parce que je m’interrogeais sur le pourquoi de ma question tout en sachant la réponse. J’étais un surdoué, j’étais totalement à mon aise avec mes capacités intellectuelles peu communes, ou du moins je me plaisais à le croire, mais dans un sens je n’assumais pas ce « statut » en le cachant à toutes les personnes qui pouvaient croiser ma route. En même temps, comment pouvais-je le dire ? « Bonjour, moi c’est Alexandre, je fais partie des 0.18% de la population à avoir un QI supérieur à 140, ce qui veut dire que comparé à moi tu n’es qu’une m#rde. De quoi ? Au revoir c#nnard ? D’accord, si tu veux ». Oui, il y avait d’autres moyens de présenter la chose, mais bon, l’idée était la même. Les gens auraient soit peurs de moi, soit seraient en train de m’aduler. J’exagérais peut être mais l’idée était là. Je préférais passer pour un crétin. Mais… parfois je me demandais comment les autres faisaient. Les autres personnes qui étaient un peu trop intelligentes. Je n’en avais jamais croisées, mais peut être n’avais-je juste pas fait attention. Je me laissais partir dans mes pensées, alors que JB était devant moi et avait commencé à me répondre. Je n’avais pas écouté le début, mais je tentais de reconstruire d’après ce qu’il me disait ce qu’il pouvait m’avoir dit.

    - Soit tu la gardes pour toi, et tu considères les autres comme infiniment inférieurs, et dans ce cas tu fous tout en l'air. Soit tu fais "comme moi", avec des guillemets, et tu te dévoues à faire quelque chose, de mettre ton intelligence à profit. La dernière possibilité est inconnue. Je déconne pas, c'est pas le "Oui, Non, Bof", c'est juste que je ne peux pas connaître tout à l'avance. La dernière possibilité, ça peut être tout simplement celle que tu choisiras comme juste. Et comme elle est personnelle, je peux pas te la dire. (…) En résumé, tu as ça : deux choix définitifs, restrictifs, et qui peuvent faire que tu te détesteras toi-même, ou un truc que tu composes à ta sauce. Mais auquel tu tiendras. Ça veut peut-être rien dire ce que je dis, mais c'est comme ça que j'interprète ta question.

    Je l’observai, détaché du mur, droit dans ses rangers, avaler sa salive et respirer après sa longue tirade qui me laissait de marbre, en fait. Qu’avait il dit si on résumait ? Qu’il était nul, stupide, et qu’il ne savait pas ce qu’il aurait fait s’il avait été intelligent parce qu’il ne l’était pas. Bon, j’exagérais. Ce n’était pas parce qu’il n’était pas un surdoué qu’il était stupide, j’étais ridicule de penser cela. Parce que si je pensais ça, j’étais dans la première option, et même si j’avais tendance à parfois, souvent, me croire supérieur, ce n’était pas ce que je voulais de prime abord. Il y avait une différence entre ce que je savais, et ce que je faisais. Je ne voulais pas forcément faire mal, mais le fait était que je faisais le mal sans pouvoir m’en empêcher. J’haussai les épaules pour toute réponse. Je me retrouvais face au flic, comme lorsque j’avais eu quatorze ans, au commissariat, évitant le tribunal pour mineur parce que l’un de mes « amis » n’avait pas eu le cran d’aller au bout du braquage que j’avais préparé. Mains enfoncées dans mes poches, épaules remontées, moue renfrognée, j’avais tout du gamin peu convaincu par le monologue de l’adulte.

    - Ecoute, Alexandre.

    J’haussai un sourcil. Pas étonné qu’il reprenne, non. J’avais vite compris que les adultes, tu ne te considères pas comme tel ?, je ne m’étais jamais considéré comme un adulte, pour la simple raison que j’étais aussi responsable qu’un enfant de huit ans. Conscient, par moment, du danger, mais l’oubliant au profil du jeu. J’haussai un sourcil, plutôt parce que l’emploi de mon prénom complet avait un effet étrange sur moi. Je me méfiais de ceux qui m’appelaient Alexandre et pas simplement Alex, parce que ça voulait dire qu’ils étaient sérieux. Et les gens sérieux étaient ennuyants.

    - Pour ce qui est de te réintégrer. (…) Il n'y a pas de demi-mesure. Ou tu t'engages, ou tu t'engages pas. J'ai choisi la facilité en obéissant aux ordres, et en me vouant à ma vocation. Si tu fais le troisième choix genre "un peu des deux", je peux pas faire en sorte que tu sois ré-intégré si on peut pas se reposer sur toi. En clair, je veux savoir si on peut te faire confiance, Reh. Rien de plus, mais rien de moins non plus.

    J’avais la bouche sèche. Je passai ma main blessée dans ma nuque, réveillant au passage la douleur des égratignures sur mes phalanges qui viraient au bleu à présent. Qu’est ce que j’avais à répondre à…ça. Si je devais répondre franchement, la réponse à sa question concernant la confiance qu’on pouvait placer en moi était bien évidemment un « non ». Non, on ne pouvait pas me faire confiance parce que j’étais imprévisible, autant pour moi que pour les autres. Non, parce que j’étais irresponsable, et que malgré tous les efforts que je pouvais faire, je me tournais naturellement vers le mal lorsqu’il s’agissait d’agir. On me refusait quelque chose ? Je frappais, j’attaquais, j’écrasais jusqu’à ce qu’il ne reste rien chez l’autre de volonté. Ca, pour sûr, chez moi il n’y avait guère de demi mesure. Sauf lorsqu’on parlait de la confiance qu’on pouvait placer en moi. Bref, ce n’était donc pas dur de répondre à sa question, mais il était évident que non, je n’allais pas lui dire ça tout de go. Parce que je perdrais toutes mes chances de… Je n’avais aucune chance. C’était certain. Non. J’avais toutes mes chances, si je faisais ce que je savais faire : mentir. Jouer. Simuler. Il n’avait pas besoin de savoir la vérité. Mais je savais aussi qu’un bon mensonge mélangeait avec subtilité fausses et réelles informations. Parce qu’il n’était crédible que s’il avait une base réelle avec de légères modifications. Il ne restait qu’à savoir ce que j’avais à intérêt à ‘avouer’ et ce qu’il me fallait garder pour moi, à raison. Mon esprit classa en un clin d’œil les données, détermina les interdits, orienta la discussion, m’indiqua des axes à éviter et ceux à prendre impérativement.

    « Ca vous dérange si je réponds pas tout de suite ? Je… j’inspirai profondément avant de faire un pas sur le côté, ne pouvant rester immobile plus longtemps. Je… Je ne savais pas comment formuler ça. Être sincère avec quelqu’un me tuait. Mais il était clair que je ne pouvais garder tout ça pour moi. A Louisville j’étais seul. Il me fallait un allié. Et le sort avait fait que cette tâche était tombé sur… lui. Pauvre JB. je… tout dépend. Si pour vous, être obéissant comme un chien et réagir à n’importe quel ordre en vous écrasant, c’est la seule garantie que vous puissiez me faire confiance, alors non, pas question de me faire confiance. Parce que je ne suis l’objet de personne. Que ce soit bien clair. »

    Plus je parlais, plus les mots venaient avec naturel. Ce n’était pas compliqué, je lui expliquais le mieux que je pouvais ce que je me sentais le droit de lui expliquer. Pourquoi était-ce si difficile pour moi d’être… franc. Spontané. Direct ? Pourquoi était-ce si difficile de… parler de moi. De ce que j’étais. De la confiance qu’on ne pouvait pas placer en moi, parce que moi-même, en réalité, je me refusais cette confiance. Je faisais des cercles, mains sorties des poches qui s’agitaient légèrement pour essayer de me faire comprendre, devant Talbert.

    « Je… Je… écoutez. Sérieusement. Je… il y a dix ans, je me suis retrouvé au commissariat, j’ai évité de peu le tribunal pour mineurs. Un flic m’a fait comprendre que tout seul, je pouvais pas éviter la prison. J’suis trop violent. J’suis trop indépendant et versatile. C’est pour ça que je suis parti en lycée militaire et que je suis dans l’armée. C’est pour être sûr qu’on me garde plus ou moins à l’écart de là où je peux déconner. Parce que croyez moi, ou non, je sais faire des efforts. J’en fais, là. Croyez moi ou non, de toute manière, je m’en branle. Si je vous dis que je suis plus conscient que vous de ce que je suis, vous n’allez pas me croire, ou ça ne va rien dire pour vous. Je… »

    J’essayais, justement, de ne pas m’énerver. Mais c’était peine perdu, parce que justement, j’étais en train de m’énerver et ma voix enflait à chaque mot un peu plus, je m’agitais, d’ailleurs, à chaque phrase davantage.

    « Vous avez lu mon dossier médical ? Tant mieux, et ça doit bien être la première fois que je dis une telle c#nnerie. Vous savez donc que je ne suis qu’un p#tain d’instable qui a un sérieux problème psychologique, tout en étant un c#nnard de surdoué qui n’a rien d’autre à foutre d’autres que de gâcher ce qu’il est par égoïsme, c’est vous qui l’avez dit. »

    J’avais prévu de mentir. Il y avait plus de vérité dans mes propos que dans mes pensées au final. C’était amusant, dans un sens, mais c’était assez effrayant dans un autre. Si je commençais à me mentir à moi-même et à dire la vérité aux autres, je n’allais plus m’en sortir. Je cessai un instant de m’agiter et je fixai le Doc.

    « Faut pas se faire d’idée. Si j’suis là, c’est juste par égoïsme. J’veux pas finir esclave de ce que je suis, alors je me mets une laisse sans laisser le droit aux autres de la tenir. Si vous pouvez me faire confiance ? J’suis pas un dégonflé. J’suis pas un lâche. J’suis juste un p#tain de mec qui a un gros problème caractériel et qui ira à droite si on lui dit d’aller à gauche. Mais c’est pas pour autant que j’suis c#n. Si je vois un mec qui va se faire buter par un autre mec encore plus c#n, j’vais l’aider. J’suis pas un mec bien comme vous donc, j’suis juste un enfoiré qui veut essayer de pas trop pourrir la vie des autres. »

    Bon. Ca allait, finalement, j’avais quand même menti. Parce que pourrir la vie des autres, c’était mon plus grand talent après celui qui consistait à jouer au c#n avec les autres. Je mentais aussi sur le fait de venir en aide à des mecs. J’étais pas un doc, et selon mon état psychologique du moment, je me savais capable d’aller aider l’agresseur comme l’agressé. Il suffisait que je sois en rogne, pour que je saute sur le prétexte pour tabasser quelqu’un. Et il suffisait que j’aime pas le mec à terre pour l’observer sans rien dire se faire tabasser. Mais ça, le Doc n’avait pas besoin de le savoir. J’avais suffisamment mis ma confiance en lui, en lui parlant crument de comment je me considérais, pour ne pas trop en dire. Il n’avait pas besoin de tout savoir.

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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Jeu 13 Juin - 9:40

HJ : désolé pour l’énorme retard ! :O Et j’espère que ça te conviendra... ^^’

Je le laissais réfléchir tranquillement. Sauf en cas d’urgence médicale, j’étais très peu pressant en général. Ça n’était pas non plus quelque chose de parfaitement urgent : j’avais tout mon temps. Lui, peut-être que moins, puisqu’il semblait vouloir ré-intégrer l’armée au plus vite. De mon point de vue, il pouvait réfléchir encore longtemps, qu’il prenne le temps. C’était pas une question facile que je lui avais posé, mais elle était nécessaire. Certains pouvaient dire que les types qui réfléchissent trop longtemps ne sont pas fiables, parce qu’ils prennent trop de temps avant de passer à l’action, mais pour moi, ceux qui répondaient du tac au tac étaient les plus susceptibles de fuir le moment venu. Bien sûr, dans certains cas urgents, et surtout dans notre profession, il fallait réagir immédiatement. Mais ces réactions ne seraient vraiment efficaces que si on avait pris le temps de réfléchir si c’était vraiment ça qu’on voulait comme vie. Moi, je l’avais accepté, j’avais adhéré aux valeurs militaires, et je réagissais rapidement en situation. J’avais toutefois pris le temps de réfléchir, après mes années règlementaires obligatoires pour être passé par l’Ecole Militaire de Médecine, si je voulais vraiment continuer. La réponse m’était apparue dans la semaine. Oui, je souhaitai continuer, parce que je ne voulais pas finir médecin dans une ville anonyme. Je voulais être utile, et l’Armée m’avait offert ce but.

La suite de sa tirade me convainquit qu’il réfléchissait bel et bien. Je du faire un gros effort pour ne pas ouvrir la bouche de surprise. Oui, ça avait le mérite d’être franc, ça, c’était sûr et certain. Il me fallait bien avouer que je ne m’attendais pas à ça. Dans son cas, pour revenir parmi nous, j’avais eu l’impression qu’il aurait été capable de tout, quitte à mentir. Or, il n’avait pas l’air de mentir puisque, s’il s’arrêtait là, c’était foutu, jamais je ne pourrais le ré-intégrer. Il avait l’air si gêné de parler que je ne pus que me sentir mal à l’aise, comme si c’était moi qui faisait quelque chose de mal. Puisqu’il me parlait de lui, oui. Une histoire d’enfance, où il avait failli passer en jugement. D’où le fait qu’il défoule sa violence dans l’Armée. Qu’on lui file un boulot où il pourrait se déchaîner contre des ennemis de l’Etat, et pas contre n’importe qui. Un problème caractériel, même sans l’avoir lu, je voulais bien le croire. Il s’agitait, là, devant moi, s’énervant au fil de ses paroles, et je me crispais. Une nouvelle fois, j’avais l’impression qu’il allait me sauter à la gorge, et si on ajoutait à cette paranoïa ce qu’il venait de dire, j’avais toutes les raisons de croire que je me trouvais en présence d’un type dangereux. 

Alexandre Reh était dangereux, ça, j’en étais convaincu. Déjà, il avait frappé Raulne, et ça se voyait qu’il suffisait de l’énerver suffisamment pour qu’il vous passe à tabac. Et qui avait en plus un problème avec l’autorité, il venait de le dire, il irait à gauche si on lui disait d’aller à droite. Je savais faire des concessions, j’en faisais souvent, mais même en réfléchissant à ces brutes sans cervelles qui s’engageaient justement pour se déchaîner, elles avaient le mérite de savoir obéir. Et celles qui ne le faisaient pas étaient expulsées. Il ne fallait cependant pas tout confondre : Alexandre n’était pas une brute, et il avait de la cervelle. Mais il était violent, selon ses dires, et cela formait un cocktail explosif. Et je préférerais ne pas être là quand il exploserait... Il serait capable de nous tirer dessus. Si on faisait des c*nneries, je sais pas, par exemple, tirer sur des civils ? Qu’on refasse ce genre d’horreurs, et je pouvais sentir que ça ne passerait pas avec lui. Peut-être que s’il n’avait pas eu la jambe en charpie qu’il aurait déjà fait quelque chose. Je ne savais même pas s’il avait tiré avec nous. Parce que moi, j’avais tiré. Dans son exemple, nous étions les mecs plus c*ns qui avions tué les autres. Peut-être qu’ils nous auraient tiré dans le dos s’il avait pu. 

Comment un type pareil avait pu rester aussi longtemps dans l’Armée sans que ça ne soit jamais remarqué ? Comment avait-on pu laisser passer ça ? Il avait clairement besoin de quelque chose, et apparemment les suivis psy ne marchaient pas. Et c’était à moi de savoir s’il était apte à servir. Rien que dans la formulation, ça sonnait faux. Il n’était pas là pour servir, ça c’était sûr. Pourquoi était-il là alors ? Pourquoi Alexandre, es-tu dans l’Armée ? Tu ne veux pas obéir, tu veux frapper des gens. Tu as déjà songé à une carrière dans la criminalité ? Je repoussais ces sombres pensées ironiques, et essayais de me concentrer. Il ne semblait plus vouloir parler, tout était probablement dit. Moi aussi, j’avais besoin de réfléchir. Je levais la main pour le lui faire comprendre, l’observant en silence. J’étais parti du principe que je voulais le ré-intégrer, parce que je l’aimais bien. Mais avec ce qu’il venait de dire, pouvais-je toujours le faire ? Il était instable, trop instable, trop dangereux. Je devais protéger les miens, et donner une arme à un type susceptibles de nous tirer dessus ? Peut-être qu’il n’en irait pas jusque là, mais il avait frappé Raulne, et ça me suffisait pour en conclure qu’il était tout à fait capable de le tuer un jour. 

D’un seul coup, je comprenais son envie de frapper le mur, et j’avais moi-même une furieuse envie de me défouler contre ce pauvre béton. 

Depuis toujours, j’essayai de protéger les miens. Mes camarades. Parce que nous étions des soldats, et on pouvait compter les uns sur les autres. On s’épaulait. Du moins, en théorie. Mais c’était plutôt vrai, on ne se laissait pas tomber. Des fois, des types pétaient les plombs et tiraient sur tout le monde, des fois l’Armée ramenait des gens brisés. Du coup, il m’apparut assez clair que je ne pouvais pas intégrer un homme capable de telles choses. Je ne pouvais pas prendre cette décision. Parce que si jamais une telle chose arrivait, si jamais j’avais tort de lui faire confiance, je ne pourrais jamais me pardonner d’avoir mis sciemment notre escouade en danger. En un sens, s’il m’avait menti, s’il avait répondu aussitôt sec, que ça aurait mieux valu... Je n’aurais pas eu autant de scrupule si un jour il butait un des nôtres. 

Il devait s’en douter, non, qu’avec un tel discours, il ne pouvait pas revenir parmi nous ? N’était-ce pas évident ? Demandez à n’importe qui dans la rue sur les principales valeurs de l’Armée, tous vous répondront la discipline, l’ordre, la hiérarchie. C’était quelque chose d’évident. Et il était là, devant moi, à me dire qu’il voulait revenir sans obéir aux ordres. Peut-être que pour lui c’était tout à fait clair, mais pour moi, je ne comprenais rien. C’était totalement incompréhensible. Peut-être que c’était moi qui était juste c*n et lui trop intelligent pour que je comprenne ce qu’il voulait dire. Il fallait que j’en ai le coeur net. C’était presque foutu, je me voyais déjà écrire mon rapport à Raulne, sur lequel, même en tentant d’enjoliver la chose, la mention de son «indépendance» n’y serait que trop présente. 


- Je... Je ne peux pas. Tu ne peux pas me demander de te réintégrer sans qu’on puisse compter sur toi à chaque instant. Je sais que c’est difficile, mais quand on tire, on doit tous tirer dans la même direction, quelle qu’elle soit. C’est l’Armée. On obéit. On peut se poser des questions et s’apercevoir de l’horreur qu’on fait, mais à ce moment-là, on quitte l’Armée. Si on ne peut pas obéir aux ordres, on se tire. On n’est plus des soldats. Je ne dis pas que c’est mal de réfléchir, au contraire, mais si jamais obéir aux ordres, de Raulne, ne te convient pas, alors je ne peux rien faire. Je ne peux pas te laisser tous nous mettre en danger. Je sais que ça n’est pas ce que tu attendais, je sais que tu as fait des efforts pour me parler de toi, mais si tu ne fais pas des efforts pour savoir obéir, alors je ne peux rien faire.


Le contact visuel devint rapidement insupportable, mais je ne le briserais pas le premier. Il fallait qu’il comprenne que j’étais sérieux. Je ne pouvais pas, tout simplement. Il me suffisait de l’imaginer péter un câble et tirer sur Léonie pour que je sente mon estomac se tordre. Non, non, je ne pouvais pas accepter d’être celui qui accepterait un type dangereux pour nous dans l’unité. A moins qu’il ne fasse de gros efforts, je ne pourrais pas. Pour être sûr de ses efforts, je songeais qu’on pourrait l’emmener à Cherbourg, voire s’il obéissait à ce qu’on lui dirait... En somme, le mettre en situation de guerre pour voir s’il acceptait de réagir comme on pouvait s’attendre qu’il agisse. C’était tout ce que je voulais. Une preuve qu’il était capable de respecter la chaîne de commandement, d’obéir aux ordres. S’il passait un tel test, je donnerais mon aval, sûr. Si un type débarquait maintenant, et que Raulne donne l’ordre à Reh de l’abattre, et que lui le faisait, alors, oui, ça me conviendrait. Evidemment, je ne pouvais pas souhaiter qu’un tel événement ne survienne, mais au moins, on en aurait le coeur net.


- Reh. Il faut que tu me comprennes : je ne peux rien faire si jamais tu refuses d’obéir. C’est quand même la base d’un soldat, non ? Pourquoi tu veux reprendre ton casque et ton arme si tu ne seras pas capable de te conformer...? Pas de philosophie à la c*n, je sais ce que l’obéissance aveugle peut faire, mais il le faut bien, si jamais tu souhaites revenir, on a besoin de savoir que tu feras ce qu’on te dit de faire quand on aura besoin que tu le fasses. Je suis prêt à pas mal de concessions, que tu salues pas Raulne quand il passe, je m’en fous, que tu refuses d’aller faire tes patrouilles aussi. Mais si jamais on te demande de faire quelque chose, et que si tu ne le fais pas tu nous mettras tous en danger, j’ai besoin de savoir que tu seras capable de le faire. Si tu veux pas être un esclave, pourquoi tu cherches à être soldat ? Tu pourrais pas te débrouiller seul ? demandais-je, sincèrement. Pas avec un ton sur lequel il pourrait se sentir davantage agressé. Je dois protéger les types de l’unité, tu vois ? Je suis médecin, et je dois sauvegarder la vie des miens. Je ne peux pas les mettre en danger en te réintégrant tout de suite, si je ne suis pas convaincu que tu ne feras pas tout ce qu’il faut pour aider les types de l’escouade. Raulne compris.


C’était moins définitif que prévu, et tant mieux. Je lui laissais une chance de me prouver qu’il pouvait réintégrer le service. Bon sang. Tout, dans le vocabulaire militaire, ramenait aux ordres et à l’obéissance. SI Reh n’en était pas capable, c’était foutu. Je doutais que Raulne accepte de le faire revenir si moi et Léonie ne présentions pas une réponse béton. Il n’accepterait pas des «oui, mais». Mais pour le moment, c’était la seule réponse que je pouvais donner.
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MessageSujet: Re: I.R.U. (Intervention de Réintégration d'Urgence) [Livre I - Terminé]   Ven 14 Juin - 20:18

    Il ne m’avait pas interrompu. Il ne m’avait pas du tout interrompu, ni même fait mine de. Ca ne sentait pas bon. Pas bon du tout. Comme disait Ben’, y’avait une couille dans le potage, et perso, j’avais pas très faim. Je sentais les palpitations de rage commencer à me picoter. Ca aussi, ça ne sentait pas bon. Pour JB. Je n’étais pas stupide, je jouais un jeu dangereux en étant sincère avec lui. Parce que me réintégrer à la troupe, ce n’était pas très mal à première vue si j’étais incontrôlable. Le plus malin, en fait, ce serait de me foutre une balle dans la tête assez rapidement, avant que je ne foute trop la m#rde si possible. Je n’étais pas stupide, c’était bien ça le problème d’ailleurs, mais arrête de te plaindre ! Des gens tueraient pour avoir ton intelligence brute, Alex !, et je pouvais suivre son raisonnement alors qu’il restait, à présent, silencieux. J’étais dangereux, c’était un fait.   Donc il fallait jauger ma dangerosité avant de se prononcer. J’avais frappé Raulne, donc j’étais capable de frapper n’importe lequel d’entre eux. J’avais tabassé un supérieur, enfin, tabassé, n’exagère pas non plus, Alex, tu as bien pris cher toi aussi, et à la fin, c’était pas lui qui clopinait…, donc je n’avais aucun respect de la hiérarchie. J’étais une grenade dégoupillée qui avait bugée mais qui risquait d’exploser au moindre choc. J’étais une bombe à retardement. J’étais… panne d’inspiration ?…j’étais Funny Bear lâché dans la nature qui pouvait se mettre à chanter sa chanson stupide à tout moment, sans préavis. En bref, tu es dangereux, on a compris. Et lui aussi l’avait compris. Donc il ne pouvait pas me réintégrer. Mais… il y avait un mais. Sinon il ne tarderait pas autant à parler. Affection ? Il m’appréciait et ne voulait pas me blesser ? ou alors il avait juste peur de moi et de ce que je pourrais faire. Je pensais à Sophie. Elle aussi m’avait dit non. Serais-je capable de frapper le doc ? La question ne se posait même pas en fait. Je ne pouvais pas prévoir mes réactions, mais franchement, ce n’était pas trop dur de savoir que je risquais de totalement péter les plombs. Alors pourquoi tu n’éclates pas maintenant ?. Parce qu’il n’avait pas encore parlé à haute voix. Ca dépendait de la formulation de ce qu’il allait dire. Car maintenant que je savais ce qu’il pensait, il me tardait qu’il parle. Je n’arrivais pas à rester immobile, je faisais des huit devant lui, coupant par intermittence le contact visuel. Il fallait que je bouge. Il fallait que je me fatigue, pour épuiser mon cerveau. Enfin, au bout de ce qui me paru être une éternité, Talbert daigna prendre la parole, et je m’arrêtai un instant. Avant de reprendre mes huit infinis.

    - Je... Je ne peux pas. Tu ne peux pas me demander de te réintégrer sans qu’on puisse compter sur toi à chaque instant. Je sais que c’est difficile, mais quand on tire, on doit tous tirer dans la même direction, quelle qu’elle soit. C’est l’Armée. On obéit. […] Je sais que ça n’est pas ce que tu attendais, je sais que tu as fait des efforts pour me parler de toi, mais si tu ne fais pas des efforts pour savoir obéir, alors je ne peux rien faire.

    Je l’avais mauvaise. Mon visage s’était totalement fermé, n’exprimant même pas de la colère. J’étais… non, je n’étais pas déçu. Même pas en colère. Enfin, si, j’étais en colère, mais ce n’était pas, pour une fois, le sentiment qui prédominait. Je m’arrêtai une nouvelle fois, un court instant. Avant de repartir. Ce n’était pas de la déception, ce n’était pas de la colère, ni même de la folie. Pas même de l’auto satisfaction d’avoir pu suivre son cheminement de pensées. Non. C’était pire. Parce que… j’étais blasé. Totalement blasé. Désillusionné. Je lui avais fait confiance, même s’il ne s’en rendait pas compte. Je lui avais confié, sur moi, plus que je n’en avais jamais confié volontairement à une personne depuis des années. Je serrai les dents, les poings, me moquant de mes phalanges qui viraient lentement mais surement au violacé. Je me crispai, parce que je sentais qu’il n’avait pas fini. Parc e que… j’espérais un « mais »… un « mais » pour enlever le ton définitif. Pour lui, l’Armée c’était l’obéissance absolue ? Pour moi c’était protéger les citoyens des fous furieux comme moi. Pour moi c’était défendre les gens, mettre ses capacités au service de la France, chose que j’étais incapable de faire de moi-même dans les grandes écoles. Pour lui, l’Armée, c’était juste ça ? S’écraser, liquider des civils sur un ordre donné par un fou furieux ? Pour lui c’était être un robot, qui se refusait de penser et de remettre en cause les ordres qu’on pouvait lui donner ? Qu’avait il dit déjà ? « Je ne peux pas te laisser tous nous mettre en danger. » ? Parce qu’il me voyait ainsi, capable de péter un câble et de tous leur tirer dessus ? Il me prenait vraiment pour un dingue, quoiqu’il ait dit plutôt. C’était vraiment qu’un petit enfoiré de merdeux, menteur et hypocrite. Nan, en fait, j’étais bel et bien déçu, même si j’étais avant tout blasé. Et il reprit, enfonçant le clou, avant que je n’aie pu lui cracher au visage ce que je pensais de lui.

    - Reh. Il faut que tu me comprennes : je ne peux rien faire si jamais tu refuses d’obéir. C’est quand même la base d’un soldat, non ? Pourquoi tu veux reprendre ton casque et ton arme si tu ne seras pas capable de te conformer...? Pas de philosophie à la c*n, je sais ce que l’obéissance aveugle peut faire, mais il le faut bien, si jamais tu souhaites revenir, on a besoin de savoir que tu feras ce qu’on te dit de faire quand on aura besoin que tu le fasses. Je suis prêt à pas mal de concessions, que tu salues pas Raulne quand il passe, je m’en fous, que tu refuses d’aller faire tes patrouilles aussi. Mais si jamais on te demande de faire quelque chose, et que si tu ne le fais pas tu nous mettras tous en danger, j’ai besoin de savoir que tu seras capable de le faire. Si tu veux pas être un esclave, pourquoi tu cherches à être soldat ? Tu pourrais pas te débrouiller seul ? Je dois protéger les types de l’unité, tu vois ? Je suis médecin, et je dois sauvegarder la vie des miens. Je ne peux pas les mettre en danger en te réintégrant tout de suite, si je ne suis pas convaincu que tu ne feras pas tout ce qu’il faut pour aider les types de l’escouade. Raulne compris.

    Je rétorquai instantanément, cinglant, acide, amer, à la limite du ton assassin.

    « Elle est bien belle l’armée française si elle se considère comme une esclave. Tu es pathétique.. Tiens, plus de vous ?. Il avait perdu mon respect. Pour toi, être soldat, c’est obéir ? Quand on te dit de flinguer des gosses, c’est normal  tu obéis ? Perso, je trouve que c’est de la c#nnerie à l’état pur. Quand j’suis arrivé à Autun, c’était pour pas finir en taule. Quand j’suis sorti avec mon Bac les mains dans les poches, c’est pas pour rien que j’suis direct parti dans l’armée, que je n’ai pas fait profiter le monde de mon intelligence si exceptionnelle, Je virais au cynisme et à l’ironie, tout en restant à distance de Talbert pour me retenir de lui foutre un pain capable de lui faire voir des papillons pendant des heures. c’est pour tabasser les bonnes personnes et arrêter de passer mes nerfs sur le premier venu. Ou du moins tabasser des gens qui pouvaient me répondre de la même manière. »

    J’avais repris ses mots un à un et j’arrivais au pire. Parce que si j’étais blasé, déçu, en colère par ses premiers propos, ses derniers mots m’avaient… vexés. Infiniment plus que ce qu’on pouvait le croire. Je donnai un coup de pied dans les graviers qui parsemaient le goudron avant de reprendre, sentant la truffe humide de Baxter dans ma main, pour me calmer. Au moins, lui, il n’avait pas peur de moi.

    « J’t’ai fait confiance, mais en fait, tu es comme les autres docs, voire pire. J’suis plus dans l’unité alors tu t’en branles de ce que je suis. Tout ce qui compte maintenant pour toi, c’est de protéger les autres de l’escouade. Moi, j’existe plus, c’est ça ? Tu t’en branles totalement de ce que je pense, de ce que je vis. J’existe plus pour toi, à partir du moment ou j’suis plus avec ce p#tain d’uniforme sur les épaules, c’est ça ? »

    Mon ton s’était fait méprisant, mais mon regard ne pouvait pas tromper. J’étais triste. Mais je n’allais pas l’avouer. Oh non, il ne fallait pas compter sur moi pour le dire. Je serrai les dents à nouveau. D’ailleurs, ma jambe recommençait à me faire mal, le coup que Raulne m’avait infligé la veille, et ma nuit d’errance dans la nuit n’avaient pas aidé. Mais, pareil, je n’allais pas le dire. Parce que ce petit enfoiré s’en foutait, en fait, de mon état. Je ne l’avais pas de suite compris, j’avais cru qu’il se souciait de moi, de ce que je ressentais, mais en fait, tout ce qui lui importait, c’était de savoir si j’allais être dangereux pour lui et les autres. Il s’en fichait que moi, j’aille mal. Il s’en fichait, et je ne l’avais même pas vu, trop confiant à la base. C’était bien mignon d’aider un mec qui venait de se prendre un p#tain d’obus dans la jambe, n’exagère pas, tu t’es juste pris un éclat, mais dès que le mec s’avérait être un Gremlins auquel on aurait donné à bouffer après minuit, en fait, bah forcément on se barrait. Ce n’était plus la gentille petite peluche qui l’avait insulté, mais un gros taré de la vie. Alors forcément, ça donnait moins envie de l’aider. Forcément. J’avais besoin de voir Valentine. Parce qu’avec elle, j’avais l’impression d’être vivable. J’avais l’impression de… P#tain m#rde. Alex. Non. Tu vas pleurer là ?. Je tournai le dos à JB, pour fermer les yeux et me reprendre, parce que voilà. Là, ça n’allait pas du tout. Je me concentrai sur Baxter pour le caresser, avant de dire, me tournant en grimaçant, parce que je venais de forcer sur ma jambe maltraitée, en direction de JB.

    « Très bien. J’ai compris. J’t’emmerderai plus. T’façon, tu veux pas parler aux civils, j’imagine. Parfait ! j’me casse et je te laisse tranquille obéir comme un toutout ! J'imagine que si je me flingue dans deux jours, ça t'importera peu ! »

    Je sifflai entre mes dents et Baxter vint se placer à mes côtés, grognant au passage en direction de Talbert. Je n’avais plus rien à lui dire, de toute manière. Le seul langage que je me sentais capable d’employer avec lui, là, maintenant, c’était le langage des poings-dans-la-g#eule, que je parlais assez bien d’ailleurs. Je me demandais juste s'il allait mordre à l'hameçon.  

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