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MessageSujet: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Jeu 9 Mai - 12:14


    Les yeux rivés sur le plafond, les yeux complètement éveillé même si mon corps était complètement épuisé, je n’arrivais pas à dormir. J’étais lasse, vide, perdue, désemparée par ce qu’il m’arrivait. Je perdais petit à petit l’envie de vivre, mon âme s’envolait et ma conscience sombrait dans la folie. J’étais bonne à enfermée, car j’étais susceptible d’être dangereuse pour les autres, mais aussi pour moi-même. C’était paradoxal car je me sentais sans vie, et pourtant il y avait cette rage et cette colère en moi qui pouvait ressortir à tout instant. J’étais sûre d’être capable de tout si jamais je voyais un militaire, surtout l’un des trois et encore plus si c’était ce putain d’enfoiré de Philippe. Comment avais-je pu céder à ces avances ? Je ne voulais plus croire en l’amour que je lui portais, tout simplement parce que je le pensais et le croyais dur comme fer qu’il était responsable de la mort de mon fiancé. En était-il fier ? Alors que j’étais déjà dans une souffrance en arrivant dans cette ville. La situation de Cherbourg m’avait bouleversée, et je ne m’en étais toujours pas remise même si je m’efforçais d’avancer. J’avais toujours ce sang sur mes mains, d’abord celui de l’homme qui m’avait sauvée d’une foule en panique et qui était mort criblée de balle par la suite. Je l’avais regardé mourir. Comme celle qui m’avait extirpé de ma torpeur, alors que l’ennemi avançait sur moi dangereusement. Elle était morte après que j’ai fait tout mon possible pour la soigner. Je l’avais porté sur mon dos alors que mes forces me quittaient. Elle était morte dans mes bras, ma culpabilité s’agrandissant encore et toujours. Et là, même si je n’avais pas participé à la situation, mon fiancé était mort… dans mes bras aussi. Je me souviens de son sourire avant son dernier souffle. De son râle profond avant que la vie ne le quitte. Ce fut là qu’un trou béant m’emporta, moi, mes sentiments… mon cœur. Je ne sentais même plus les brûlures de ma trachée parfois, en lien avec l’atteinte de mes poumons. J’avais vécu avec, et depuis plusieurs jours je n’avais pas pris mon traitement. A chaque inspiration, je sentais l’air rentrer jusqu’à mes poumons. Mais cette douleur n’était rien comparée à celle qui était profonde depuis la veille. Qui me rongeait de l’intérieur. C’était comme des petites bestioles qui me mangeaient petit à petit, me faisant souffrir atrocement. J’avais beau me recroqueviller sur moi-même, pleurer à n’en plus pouvoir, rien n’y faisait. Elle était toujours présente, incrustée au plus profond de moi.

    Je basculais et roulais sur le côté, passant mes jambes pour me retrouver assise. Je m’appuyais sur mes bras, me penchant en avant. Je soufflais, il lne fallait pas que je reste ici. Ce n’était d’ailleurs pas ma maison, pas ma vie. Cette ville non plus d’ailleurs. J’aurais préférée mourir durant mon aventure, avant d’arriver ici en somme. Mourir à la place de cet homme qui m’avait sauvé, ou bien cette adolescente… ou encore mon fiancé… Je me levais rapidement, trop, ce qui me valut une perte d’équilibre intense. Je m’appuyais sur le piano qui était à côté, mon autre main sur mon front. J’avais mal au crâne, me sentais extrêmement faible. Depuis combien de temps n’avais-je pas mangé ? Je ne savais plus. L’eau ne m’était plus familière non plus, et s’il y avait eu des bouteilles d’alcool, je me les serais bien toutes enfilées. Juste pour oublier… tout en fait. Je n’avais même plus de mot pour exprimer ce que je ressentais. Je voulais juste… ressentir une autre douleur que celle que j’avais intérieurement. Je me dirigeais donc vers la cuisine, d’un pas lent, presque en trainant les pieds ; je ne voulais pas réveiller Elena, elle ne devait pas me voir comme ça, je ne voulais pas qu’elle ait à subir ma souffrance alors qu’elle-même avait déjà perdu son mari. Nous nous ne connaissions d’ailleurs pas assez pour que je puisse me confier. Et de plus en plus, je me renfermais. Je ne souhaitais voir personne, juste mourir en silence…
    J’ouvris un tiroir, puis un autre, cherchant désespérément l’objet dont j’avais besoin. Une idée folle en somme, mais lorsque je trouvai enfin un couteau, je le pris fermement, puis me dirigeais vers la porte. Je ne pris pas la peine de prendre un manteau, à quoi bon ? Le froid m’agressa le visage et mes bras nus. Mais je ne ressentis absolument rien, bien que le froid m’engloutisse au fur et à mesure. Il n’y avait personne dans les rues, la ville était dans une obscurité profonde, sans pleine lune pour donner un peu de lumière à cette nuit d’une noirceur intense. Je ne croisais personne, et c’était d’ailleurs très bien comme ça je ne voulais pas de compagnie, personne pour me dire d’arrêter ce que j’étais en train de faire. En effet, au fur et à mesure que j’errais, le couteau goûta à ma chair une première fois, puis une deuxième, laissant couler le sang rouge sur mon avant-bras. Ce n’était pas assez, je ressentais encore cette douleur interne profonde. Je ne supportais plus ça. Mes jambes m’entraîna hors de la ville, et je compris où j’étais lorsque j’entendis les bruits sourd de l’eau. Je me retrouvais en contre-bas, mon regard s’éleva jusqu’à l’apex de cette cascade. C’était un regard vide, comme si ma conscience s’était éteinte, avec toutes mes émotions. Seule restait la douleur, pénible et tellement oppressante. Je cherchais un chemin pour atteindre ce sommet. Je sentis alors sur mes doigts couler le sang. Ca y est, je ressentais enfin les coupures que je me faisais depuis tout à l’heure, malgré le fait que je m’étais déjà écorché les bras avec du fil barbelés la veille. Je ne m’en souvenais plus, n’avait même pas remis mes bandages que j’avais enlevée… quand ça déjà ? Ma mémoire était défaillante elle aussi. J’arrivais donc enfin au sommet, après quelque arrêt, les arbres m’avaient permis de me soutenir durant mes pauses, les tâchant de mon sang. Il y aurait des bêtes affamées que je serais leur repas sans sourciller. C’était peut-être le cas d’ailleurs, mais de toute façon, bientôt tout ça sera fini. Je m’avançais à présent vers cette cascade, le vide m’attirait désespérément. J’étais presque heureuse, c’en était fou n’est-ce pas ? Je tenais toujours ce couteau dans ma main droite, j’avais arrêté ms scarification sur mon avant-bras gauche car je les ressentais pleinement désormais. Mais pourtant, la douleur intérieure était trop forte. Mes pieds s’arrêtèrent tout juste au bord, mon regard au loin se baissa pour regarder la hauteur. Je ne sauterais pas sur les rochers, je voulais me laisser aller dans l’eau, que la cascade m’emporte. Peut-être que ça soulagerait mes poumons qui me brûlaient affreusement. Je souhaitais me laisser porter, par le vent via ma chute, mais aussi l’eau qui allait, j’en étais certaine, me bercer doucement, pour qu’enfin la vie me soit retirer. Je ne souhaitais que ça, et personne n’allait m’en empêcher… non personne…
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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Lun 20 Mai - 14:19

J'étouffe, meurs à petit feu [...]

Annabelle dormait un peu mieux maintenant, même si ses nuits étaient toujours agitées. Depuis sa discussion avec Philippe Raulne, dix jours auparavant, elle tentait de se reconstruire, de se renforcer et de reprendre confiance en elle. C’était difficile. Et parfois elle avait envie de baisser les bras, et de se laisser aller, de se laisser porter par le cours des choses et ne plus être qu’un membre passif de cette ville. Comme il devait être agréable de ne plus se préoccuper des choses, de faire comme si toute cette guerre n’existait pas et de se mettre à l’écart de tout cela. Agréable et simple. Mais, comme tout un chacun, Annabelle devait faire un choix : prendre le chemin le plus facile, au risque de tomber quelques mètres plus loin et ne plus savoir se relever, ou choisir la voie la plus ardue, mais qui la rendrait aussi plus fière d’elle une fois arrivée au bout du chemin. Et elle était bien déterminée à ne pas se laisser abattre, alors elle choisirait la deuxième option, quitte à peiner longtemps et à se heurter à de nombreux obstacles.

Le samedi précédent, Annabelle avait croisé Éléanore dans les rues de la ville. Cette rencontre fortuite avait fait du bien à la jeune femme, elle avait désespérant besoin de visages amicaux dans sa nouvelle vie. Les deux femmes n’avaient néanmoins eu que peu de temps pour se parler, ayant chacune une occupation à mener à bien dans les minutes qui suivaient leur rencontre, mais elles avaient fixé rendez-vous ce jour-là pour se voir un peu plus longuement. Ce mercredi avait été fixé. Elles devaient se voir dans la matinée, et la jeune femme était bien incapable de deviner l’horreur qu’avait vécue son amie depuis lors. Elle n’avait aucune idée des événements récents, puisque quand elle l’avait croisée, rien de notable ne s’était passé.

Dès son réveil, Annabelle se prépara, mit sur ses épaules un pull chaud, pour contrer le froid de l’automne qui régnait au dehors. Elle mangea un peu du pain qu’il lui restait, se rappelant de ne pas oublier d’aller chercher sa ration de nourriture. Puis, elle prit le chemin de la maison où logeait Éléanore, dans le Quartier Hibiscus. Elle lui avait dit qu’elle habitait provisoirement chez une habitante de Louisville, Elena Beaumort. Elle n’était pas souvent venue dans le quartier résidentiel aussi observa-t-elle un instant les maisons fort similaires qui s’y dressaient. Son amie lui avait indiqué le chemin pour se rendre chez elle mais en voyant toutes ces maisons identiques, Annabelle eut peur de ne pas trouver la bonne. Heureusement, elle parvint sans encombre devant la bonne maison. Le nom sur la boîte aux lettres lui indiqua qu’elle était arrivée à bonne destination. La jeune femme alla jusqu’à la porte, qui n’était pas fermée. Elle la poussa légèrement et appela :

« Éléanore ? C’est moi, Annabelle. »

Sans réponse, elle avança un peu mais répugnait à entrer plus avant dans une maison qui n’était pas la sienne. Alors qu’elle s’apprêtait à renouveler son appel, une jeune femme apparut devant elle. Annabelle s’excusa rapidement d’être rentrée dans la maison sans autorisation et lui expliqua qu’elle recherchait Éléanore, qu’elle avait rendez-vous avec elle et qu’elle était son amie. Elle n’eut pas le temps de s’expliquer plus avant que la jeune femme lui répondit rapidement que celle qu’elle cherchait n’était pas là. Elle n’ajouta rien et Annabelle fut un instant mal à l’aise sans savoir pourquoi. Elle remercia la femme et sortit en lui souhaitant une bonne journée.

Bon maintenant, où était donc passée Éléanore ? Alors qu’elle se posait la question en plein milieu du trottoir, elle aperçut une tâche irrégulière plus loin sur le sol. S’approchant, elle se pencha pour l’examiner et se rendit compte avec effroi qu’il s’agissait de sang. Est-ce le sang d’un animal ? Elle avait trop peur de penser que cela puisse être le sang d’un être humain. Prise d’une mauvaise intuition, elle se dirigea dans la direction que le sang lui indiquait et repéra rapidement une autre tâche, similaire à la première. Elle se mit à marcher plus vite et continua de suivre les marques qui se succédaient sur l’asphalte. Ses pas la guidèrent vers le sud de la ville, dans un coin qu’elle n’avait jamais visité auparavant. Elle releva les yeux de la route quand elle entendit un bruit d’eau qui coulait rapidement. Devant elle se dressait une cascade absolument magnifique, qui s’écoulait tranquillement à l’abri des regards. Perdue un instant dans sa contemplation, Annabelle oublia pendant quelques secondes pourquoi elle était là. Mais cela lui revint instantanément en tête quand elle aperçut une silhouette se découper en haut de la cascade. Immédiatement, elle se précipita au plus près de la cascade qu’elle pouvait et leva la tête pour faire face à la personne qui s’y trouvait. Elle hoqueta de surprise quand elle constata de qui il s’agissait.

« Éléanore ! Bon sang qu’est-ce que tu fais là-haut ? »

Elle était certaine qu’elle devait l’entendre, après tout la cascade devait faire un peu plus de sept mètres de haut, ce n’était pas si haut que ça.

« Est-ce que ça va ? Redescends ! »

Qu’est-ce qu’elle fichait donc en haut de cette cascade ? Elle voulait se suicider ou quoi ? Annabelle était sûre que si elle sautait, elle ne parviendrait pas en bon état en bas. Bon sang, est-ce qu’elle voulait bien descendre ? Elle n’avait pas envie d’aller la chercher là-haut !

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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Mar 21 Mai - 18:44


    Les gouttes de sang n’arrêtaient pas de coulé, se traçant un chemin, le plus court qu’il soit, suivant la gravité pour venir s’écraser sur le rocher où je me trouvais. Je ne ressentais pas la chaleur qui sortait de mes scarifications, je ne sentais pas mon corps vivant tout simplement, et la douleur qui s’en sortait me paraissait minime comparé à celle qui me dévorait le cœur. J’étais brisée, totalement brisée et je perdais la raison petit à petit. Je ne savais plus où j’étais, qui j’étais, je ne savais pas ce que je faisais, sauf peut-être ce que je faisais debout, à la limite du vide. Je voulais me laisser aller, trouver une personne qui me comprenne et qui réalise l’ampleur de mon chagrin. Personne ici ne pouvait comprendre, j’en étais presque convaincue. On m’aurait juste enfermée pour ce que j’avais fait la veille, on m’aurait peut-être tué si cela avait été une autre personne qui tenait le fusil. Je serais morte et j’en serais bien heureuse. Derrière moi toute cette guerre, derrière moi toutes ces émotions qui me bouffaient l’existence, derrière moi ce foutu patelin, derrière moi… la lame venant s’enfoncer plus profondément dans ma chair me fit m’arrêter dans mes éternels déboires et idées noires. Je ressassais tout ce qui n’allait pas, et depuis la guerre, beaucoup de choses, trop même pour que je puisse les supporter. J’étais en choc, complètement en choc encore de ce qu’il était arrivé à mon fiancé. Je me refaisais la scène, et sans cesse je me disais que j’aurai pu faire quelque chose pour que le tir ne soit pas là, dans ma tête, à me hanter continuellement. Si j’avais pu lui faire signe, si j’avais pu…
    Les larmes coulèrent le long de mes joues, se frayant elle aussi un chemin sur ma peau tellement froide. J’avais mal, je souffrais, les larmes ne suffisaient pas tout comme ce couteau. J’avais envie de crier, crier à m’en perdre la voix. Peut-être aurai-je dû le faire ce jour-là, ça m’aurait peut-être empêché de faire une folie en prenant l’arme. Ma main ensanglantée vint rejoindre mon ventre où je ressentais encore la douleur du coup que m’avait porté Philippe. J’avais mal intérieurement, et elle se surajoutait à celle que j’avais dans la poitrine. Je ne lui en voulais pas en fait, je l’avais braqué d’une arme, deux fois d’ailleurs, puis frappé à l’aide de la crosse. Il me haïrait pour ça, ça et pour le rejet, l’abandon que je lui ai fait à la mairie. Jamais il ne me pardonnera, il me haïra toujours… mais je m’en fichais. J’avais tout perdu, rien gagné, et c’était cela qui faisait le plus mal.

    Une voix dans ma tête m’incitait à sauter, tout de suite, maintenant. Il ne fallait pas attendre. Puis une autre se mêla et je me bloquais dans ma lancé. Je vacillais presque, prise de vertige soudain et réalisant soudainement quelle était cette voix. Je réalisais que je n’étais plus toute seule, qu’il y avait quelqu’un. J’’avais entendu cette voix lointaine, puis plus rien. J’avais espéré avoir rêvé, divaguer, halluciné. Mais une seconde phrase me fit prendre conscience qu’elle était bien là. Mon regard se dirigea dangereusement vers le bas puis se porta sur Annabelle qui était en contre-bas. Je ne pu continuer à la regarder car le vide m’emporta brusquement, je me redressa presque aussitôt et perdit l’équilibre sur le côté où mon genou heurta violemment la roche suivi de mes deux coudes. Non non non ! Pourquoi était-elle là ? Je ne voulais pas qu’elle me regarde dans cet état, je ne souhaitais que me purifier dans cette eau, et personne ne m’aurait découverte car personne ne m’aurait cherchée. J’aurai pu mourir paisiblement, l’eau aurait soulagé mes poumons qui me brûlait et la mort la souffrance que j’éprouvais. Le couteau glissa de mes mains pour s’échapper dans le vide et dans la cascade. Je pleurais, ne m’arrêtait plus, de gros sanglots. Je restais là étalée au bord du vide, ne sachant pas quelle ligne franchir.


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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Jeu 20 Juin - 12:38

J'étouffe, meurs à petit feu [...]

Annabelle était toujours en bas de la cascade, attendant qu’Éléanore lui réponde mais aucune réponse ne vint. La tête de l’autre réfugiée était apparue un instant, penchée vers le vide, quand elle avait crié, mais elle avait disparu presque aussi instantanément. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien faire en haut de cette cascade à cette heure du matin ? Annabelle s’inquiétait pour son amie. Enfin, « amie », elle ne savait pas trop ce qu’elles étaient l’une pour l’autre. Mais Éléanore était certainement une des personnes les plus amicales qu’elle ait rencontrées dans son nouveau lieu de résidence. Comme elle l’avait dit à Raulne quelques jours plus tôt, les gens ne se soutenaient que s’ils avaient des points communs. Des groupes s’étaient formés au sein de Louisville, personne ne pouvait le nier. Les militaires, regroupés autour de Raulne, les citoyens, pour la plupart liés au maire Huygues, bien que certains semblent ne pas toujours approuver sa façon de diriger, et les réfugiés, qui tentaient tant bien que mal de survivre dans une ville où certains ne voulaient pas d’eux.

Pourquoi Éléanore était-elle montée là-haut ? Qu’est-ce qui lui était arrivé ? Quand elles s’étaient croisées la semaine précédente, Annabelle n’avait pas vu quoi que ce soit dans son regard qui indiquait un état de détresse. Est-ce qu’elle avait vécu quelque chose de traumatisant ces derniers jours ? Ou bien est-ce qu’elle ne supportait plus la vie ici ? Non, quand même, elle n’aurait jamais cru qu’elle puisse vouloir se suicider – parce que c’était visiblement ce qu’elle était en train de faire – pour la vie à Louisville. Certes, elle n’était pas toujours plaisante, mais elle n’était pas non plus désagréable et détestable. Il y avait de bons moments. Si même Annabelle savait en trouver, malgré ce qu’elle avait vécu, Éléanore devait le pouvoir aussi.

« Je t’en prie ! Descends ! »

Elle n’avait pas la force de monter. Et puis, elle avait peur que si elle quittait son amie des yeux pendant un court instant, celle-ci ne fasse quelque chose d’irréparable.

« Viens, on va en parler ensemble ! Mais je t’en supplie, descends de là ! »

Sa voix portait toujours autant et elle savait que l’autre l’entendait, même si elle ne répondait pas. Elle ne savait pas trop quoi dire de plus. Et si elle ne descendait pas, elle allait devoir monter, ce qu’elle voulait à tout prix éviter. Non pas qu’elle ait le vertige ou quoi que ce soit, mais elle avait l’impression que si elle montait, Éléanore allait peut-être se sentir acculée en haut de la cascade et faire n’importe quoi. Annabelle ne s’était jamais retrouvée dans une situation pareille. Elle n’avait jamais eu à gérer les gens de la façon dont elle devait le faire maintenant. D’habitude, elle se gérait elle-même et c’était déjà bien suffisant. Sa rupture avec Jérémy avait été la période la plus difficile de son existence. Elle avait dû se gérer bien au-delà de ce qu’elle avait pu penser. Apprendre à se gérer était une des choses les plus ardues de l’existence. Du moins, c’était ce qu’elle pensait. Ceux qui pensaient se connaître suffisamment pour se gérer sans difficultés étaient soit des menteurs, soit des fous. On ne se connaissait jamais vraiment. Il était facile de se dire « dans telle ou telle situation, je réagirai probablement comme ça ». Non. C’était faux. Il était impossible de savoir comment on réagirait à une situation sans l’avoir vécue personnellement. Annabelle aurait pensé pouvoir gérer sa rupture sans complication, sans atermoiement, pour se remettre instantanément du choc. Mais elle n’y était pas préparée. Et la surprise avait été frontale.

Et maintenant, elle se trouvait dans une autre situation difficile, à laquelle on ne pouvait se préparer. Qu’est-ce qu’on pouvait bien dire à une personne sur le point de se jeter du haut d’une cascade ? Elle n’était pas préparée à ça et encore une fois, elle se dit qu’elle n’était pas la bonne personne pour affronter tout ça. Elle avait peur. Peur que cela tourne mal.

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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Jeu 20 Juin - 14:22


    Je n’arrivais pas à supporter mon chagrin et mes sanglots se faisaient de plus en plus intenses. Ma chute m’avait provoqué une vive douleur à mon genou et à mes coudes. J’étais désormais étalée sur la roche, mes avant-bras ensanglantés qui tachaient petit à petit la pierre grise foncée. J’étais seule dans mon désespoir et peut-être me fallait-il quelqu’un pour me pousser à rester sur terre, éviter de prendre le chemin de la folie ou de l’inconscience, même si je pensais l’avoir déjà pris. Mais le fait même de le penser m’indiquait clairement que je n’avais pas totalement perdu la tête. Il me fallait un pilier sur lequel me reposer, mais je ne savais guère qui. Je n’étais pas du genre à demander de l’aide, sinon je ne serais pas en haut de cette falaise en cet instant. Je ne laissais plus transparaître la femme forte que j’avais été jusque-là, avec des hauts et des bas bien évidemment. Mais bien souvent lorsque je déprimais et que je n’arrivais plus à afficher une mine de combattante, je restais dans mon hôtel, recroqueviller sur mon lit à attendre que cela passe. A imaginer que j’avais Mickaël à mes côtés pour me réconforter, sentir ses bras, son odeur, sa peau… Puis je repartais de plus belle le lendemain, avant que la réalité ne me refrappe le visage. Je ne voulais plus de ça. La seule chose qui ‘avait retenu en vie était l’espoir de revoir un jour mon fiancé. A part lui, je n’avais aucune famille… Je me surpris à penser à Philippe un instant, avant de l’éradiquer de ma mémoire, tout comme le bon moment que l’on avait passé, nos corps entrelacés. J’avais ressenti de fort sentiment, mais j’avais trop peur et était stupide aussi. Finalement, je me demandais si je ne devais pas rester seule, j’avais l’impression de tout rater dans ma vie, même en m’étant enfuie pour une deuxième vie. Qui avais-je de précieux désormais ? Personne. Je me sentais vide, tout glissait en moi et j’étais une cible facile pour toutes émotions nocives. Une quinte de toux me reprit, salissant ma bouche de mon sang lorsque je mis ma main sur mes lèvres.

    La même voix parvint à mes oreilles, comme plus tôt, me demandant de descendre. Je n’avais ni le courage ni la force ni même la volonté de faire ce qu’elle me demandait de faire. Elle ne savait pas ce qui était arrivé, j’en étais certain après avoir écouté ces derniers mots. Je vacillais encore malgré le fait que j’étais au sol, allongée. Je me tenais sur mes deux coudes qui me faisaient un mal de chien et mes cheveux cachaient mon visage trempé de larmes que je ne savais arrêtée. Ma tête me tiraillait et me tournait, si je me relevais, c’était certain je tomberais dans le vide. Je ne voulais spas sauter, je ne voulais plus car Anna était en bas, je ne voulais infliger ce fardeau à personne. Je ne voulais que personne ne se sente coupable de mes actes, de mes décisions.

    « Je… Anna ! »

    Mon crie s’étouffa dans ma gorge et je ne savais guère si c’était suffisant pour qu’elle perçoive ma détresse. J’avais des crampes dans tous mes membres qui tétanisaient mes muscles un par un. J’avais l’impression de vivre un enfer. Je vivais un enfer. Je voulais que ça s’arrête. C’est pourquoi peut-être j’avais choisi la cascade. Quel élément pouvait m’enlacer sans me faire affreusement souffrir à part elle ?


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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Ven 5 Juil - 10:30

J'étouffe, meurs à petit feu [...]

Ses suppliques restaient sans réponse et Annabelle ne savait que faire. Elle allait devoir se forcer à monter en haut, tout en espérant qu’Éléanore ne fasse pas de bêtises pendant qu’elle était en  pleine ascension de la cascade. Bon sang, qu’elle n’aimait pas devoir gérer les autres personnes ! Elle-même était déjà assez difficile. Surtout avec ce qui  lui était arrivé avant de parvenir à Louisville. Elle devait vivre avec ce poids sur ses épaules et c’était déjà parfois trop lourd pour qu’elle puisse avancer sans zigzaguer sous l’effet des souvenirs douloureux. Comment faisaient les autres victimes de viol pour s’en sortir ? Cela lui semblait tellement impossible… Elle avait beau se forcer à écarter ses souvenirs de sa mémoire, pour les enfoncer là où ils ne ressurgiraient plus, cela ne fonctionnait pas. Ils refluaient par vagues, plus ou moins fortes, à intervalles réguliers, souvent quand elle s’y attendait le moins, et venaient la percuter de plein fouet. Un bruit, une odeur, suffisaient à les faire remonter à la surface. C’était terriblement frustrant de ne pas pouvoir se contrôler, mais aussi terriblement fatiguant.

Enfin, elle entendit un faible cri, qui semblait provenir d’Éléanore. Le cri s’éteignit rapidement, par manque de force de celle qui l’avait prononcé. Mais cela décida Annabelle, qui avait perçu une note de détresse dans cette voix presque inaudible à cause de la cascade. Elle courut vers le bas de la cascade, et se mit à grimper relativement rapidement, malgré la nature qui avait tous les droits en ces lieux et qui voulait l’empêcher de passer. Cela lui rappela les promenades en forêt qu’elle faisait enfant, avec ses parents. Elle aimait sortir des sentiers balisés pour s’aventurer au plus profond des bois, laissant derrière elle les deux adultes qui ne s’inquiétaient pas outre mesure pour leur enfant. Elle avait l’habitude de chercher des coins spéciaux, déjà en quête de paysages à photographier dès son plus jeune âge. De toute façon, elle n’allait jamais très loin, gardant toujours un œil en arrière, pour être sûr de ne jamais se perdre. Elle s’était perdue une seule fois, alors qu’elle avait entendu un bruit derrière elle, la jeune Annabelle s’était retournée brusquement, avait alors trébuché sur une grosse racine et était tombée en contrebas, roulant pendant de longues secondes. Elle avait dû faire le tour d’une énorme partie de la forêt et avait bien cru ne jamais retomber sur le sentier quand elle avait finalement entendu ses parents l’appeler avec une voix forte, après près d’une heure de marche. Dans les bras de son père, elle avait écoulé toute sa douleur par les larmes. Mais là, dans une situation comme celle qu’elle avait vécue, les larmes ne suffisaient plus.

Annabelle parvint enfin en haut de la cascade et trouva le corps de son amie allongé dangereusement près du vide. Elle courut vers elle, en faisant attention où elle marchait, et s’accroupit près d’elle, posant une main sur son épaule, autant pour lui signifier sa présence que pour la retenir si elle faisait un mauvais pas.

« Éléanore ? C’est moi, Annabelle. »

Bon, ça elle le savait déjà, mais elle avait préféré le lui rappeler, ne sachant pas l’état dans lequel l’autre se trouvait.

« Viens, ça va aller. Tout va bien aller. Recule-toi, viens vers moi. Il ne faut pas rester là. »

Elle tentait désespérément de la faire venir vers elle, et donc de l’éloigner du gouffre. Elle espérait qu’elle allait le faire toute seule, parce qu’elle ne savait pas si elle aurait la force de la porter pour le faire. Ou alors peut-être la faire rouler…

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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Dim 7 Juil - 14:04


    Mes larmes se frayaient un chemin désormais sur mon visage sale de sang. Les gouttes salées vinrent s’engouffrer parfois dans ma bouche emmenant avec elle ce goût acide typique du liquide rouge qui s’écoulait lentement de mes avant-bras. Je ne me reconnaissais plus, n’arrivait plus à prendre le bon chemin. C’était le chagrin couplé à la solitude qui me faisait certainement cet effet-là. Lorsqu’on était bien entouré, on partageait notre chagrin et notre douleur de la perte d’un être cher. Là, j’avais dû endosser seule toute la souffrance qui me submergeait en plus de celle que j’avais déjà sur les épaules. Je ne pouvais plus rien supporter, je n’avais plus la force et je voulais que tout cela s’arrête. S’il n’y avait pas eu Anna en contre-bas, je serais très probablement déjà dans les bras de cette cascade, me laissant doucement bercé par le courant et le liquide froid se frayer un chemin dans mes bronches et mes poumons. J’aurai pu mourir noyé, je voulais mourir noyé.
    Mes idées noires et plus que nocives ne me quittèrent plus, jusqu’à ce que quelque chose se pose sur mon épaule et me fasse ouvrir les yeux de surprise. Mon cœur battait à tout rompre. Combien de temps étais-je là ? Je n’avais plus aucune notion du temps. J’étais complètement désorienté. J’entendis parvenir à mes oreilles le son de la voix d’Anna qui se représenta. Elle pouvait le faire, car pendant quelques secondes je me demandais qui pouvait bien être à côté de moi. Je levais la tête vers elle, les cheveux se collaient à mon visage trempé de larme et de sang. Mon regard était vide, mais on pouvait constater les dégâts du deuil et de la perte immense que je vivais. Je ne savais même pas si elle était au courant ; au courant que j’avais perdu presque ma moitié.

    « Anna… rien ne va… ils me l’ont pris… Ils me l’ont pris… ! »

    Ma voix exprimait toute la douleur que je pouvais ressentir, mes yeux aussi me trahissaient parfois même s’ils paraissaient anormalement vide d’émotions. Je ne voyais plus le monde autrement que chaotique, la situation dans laquelle on était – soit en guerre – ne m’aidait en rien pour remonter la pente. Je ne savais d’ailleurs pas si je souhaitais survivre, j’étais démunie, abattue par toute cette foutue merde qui nous entourait, je ne trouvais plus la force et me laissait doucement et affreusement mourir à petit feu. Je voulais que tout cela s’arrête, était-ce trop demandé ? Mais je ne souhaitais guère que quiconque soit spectateur de ma folie, même si j’en avais entrainé plus d’un déjà.
    Ma main se leva en tremblant, je cru presque que ce geste pour lever mon bras m’allait être impossible, avant de m’agripper au bras d’Anna, glissant sur sa peau et la salissant au passage. C’était comme une tentative pour lui faire comprendre que j’acceptais son aide, en quelque sorte. C’était fou comme la présence d’une seule personne pouvait vous remettre dans la réalité et vous faire peser le pour et le contre finalement. Je n’avais pas beaucoup fait de réflexion car je n’étais plus à même de faire quoi que ce soit, mais je m’étais dit qu’Anna n’avait rien fait pour mériter de voir ce que j’avais voulu faire, ni d’en bas, ni même d’en haut. Je ne voulais faire de mal qu’à moi-même, mais je n’avais réussi à rien jusque-là. Je ne pouvais bouger, me relever ou même faire le moindre geste, j’avais l’impression que le vide m’attirerait irrémédiablement. J’attendais un support, un pilier sur lequel me reposer mais je ne pouvais pas tout retransmettre à Anna. J’avais eu dès la première rencontre su qu’elle avait vécue elle aussi quelque chose d’affreux, je ne souhaitais guère lui en rajouter sur les épaules ; mais mon état était critique, je ne savais plus comment faire.


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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Ven 2 Aoû - 10:55

J'étouffe, meurs à petit feu [...]

Son inquiétude grandissait au fur et à mesure qu’elle constatait l’état d’Éléanore. Mais qu’est-ce qui lui était donc arrivé pour qu’elle soit dans cet état ? Annabelle vit alors le bras mutilé de son amie, et elle hoqueta. Bon sang, qu’est-ce qui lui prenait ? Qu’est-ce qui lui était arrivé pour qu’elle se mutile de la sorte ? Il était évident qu’elle essayait de se suicider en venant en haut de cette cascade en se mutilant de la sorte. Elle eut envie de la secouer, pour lui faire prendre conscience de sa stupidité. Elle n’allait pas résoudre ses problèmes en agissant ainsi ! Elle devait se reprendre, sinon ça n’allait pas aller. Annabelle retint cependant ses propos vindicatifs, sachant que cela ne servait à rien de crier sur cette jeune femme affaiblie, et apparemment déprimée au-delà ce qu’il était possible d’imaginer. Alors qu’elle cherchait encore des signes révélateurs et explicateurs de son état, l’autre prit la parole, lâchant quelques syllabes qui alertèrent la Toulousaine.

« Qui donc ? Qui t’ont-ils pris ? Et qui te l’a pris ? »

Elle ne comprenait rien à ce qui passait et elle se sentait plus que jamais là où elle n’aurait pas dû être. Elle ne connaissait pas grand-chose de l’histoire d’Éléanore et ceci lui prouvait encore à quel point elle était ignare de la vie de son amie. Visiblement, il s’agissait d’événements récents, sinon elle n’aurait pas été dans cet état maintenant. Mais qu’est-ce qui s’était donc passé ?

« Attends, je vais t’aider à te déplacer. »

Mettant son bras autour de sa taille, elle la soutint pour l’aider à se redresser quelque peu et la déplaça plus loin, là où elle ne risquait pas de tomber de la cascade à tout moment. Elle l’aida à s’appuyer dos à un rocher, et essaya de ne pas la faire heurter quelque chose, pour ne pas la faire souffrir davantage. Elle ne savait pas quoi faire de plus. Il fallait l’emmener à l’hôpital d’urgence. Elle allait se vider de son sang ici sinon. Et Annabelle refusait d’avoir sa mort sur la conscience.

« Bon sang, il faut que tu ailles à l’hôpital. Tu perds beaucoup de sang. »

N’hésitant pas un instant, elle enleva le pull qu’elle portait sur elle, au-dessus d’un T-shirt, et le mit en garrot autour du bras de son amie, pour arrêter le saignement, au moins provisoirement. Elle ne connaissait pas grand-chose en premiers soins, et elle paniquait de ne pas pouvoir aider l’autre femme. Elle alla jeter un coup d’œil en bas de la cascade, en quête d’une personne qui serait venue s’y promener, mais aucune silhouette n’était visible. Elle se pencha un peu plus, tentant d’apercevoir plus loin, mais toujours rien. Elle n’avait pas spécialement envie de perdre l’équilibre en se penchant trop, aussi se redressa-t-elle correctement, glissant une main dans ses cheveux, cherchant une solution qu’elle ne trouve pas. Elle n’arriverait jamais à la transporter seule jusqu’à l’hôpital. Merde ! Elle retourna près d’Éléanore qui reposait toujours contre le rocher.

« Qu’est-ce qui t’a pris bordel ? Tu es devenue complètement folle ou quoi ? »

Ok, ce n’était peut-être pas la meilleure chose de l’agresser de la sorte, mais elle ne savait plus quoi faire là. Il fallait qu’elle trouve une solution…

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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Lun 5 Aoû - 20:44

    Elle devait ne rien comprendre, mais je ne le réalisais pas. Je pensais que ça avait fait le tour du village, car nous n’étions pas aussi nombreux que nous le pensions. Les bavardages vont bon train, et il suffit d’un événement frappant. Ca l’avait été ce jour-là, à l’instant même où la balle percuta son torse et l’éclaboussant d’un sang violent, le sien. Je revoyais la scène sans cesse, en intense ralentissement, défilé devant mes yeux même s’ils étaient toujours ouverts. Je n’arrivais plus, la douleur était là, présente, réelle, angoissante, suffocante… tant de mots qui la décrivait mais aucun remède. Je le pensais vraiment. C’était le premier deuil, le plus dur à supporter peut-être. J’avais été capable de faire ma seconde vie et laisser des gens derrière moi car je savais qu’ils étaient toujours vivants. Je les quittais, et ce n’était pas l’inverse. Là, Mickaël m’avait quitté, et nous n’avions rien pu faire. Tout avait été si vite… je n’avais pas pu lui dire au revoir. J’étais passée par une joie intense suivit d’un désarroi total, le grand chaos en moi qui m’avait fait complètement disjoncté, perdre la raison. Je ne savais d’ailleurs pas si je l’avais reprise.

    Ses mots percutèrent ma poitrine, non pas parce qu’ils étaient sévères ou méchants, mais qu’il me rappelait encore et toujours l’acte abominable. Elle ne savait donc pas… Comment le lui dire entre deux sanglots ? Comment lui dire sans que ma voix ne s’éteigne sous le poids du chagrin ? J’essayais d’articuler des mots, ma bouche s’ouvrit et un seul son sortie finalement « Mickaël… » le prénom de mon fiancé. Je ne savais plus si je lui en avais parlé, je doutais ne pas l’avoir fait. Il fut un temps où je voulais partir d’ici pour aller le retrouver. J’étais devenue… tellement forte à ce moment, puis me voir dans cet état me rendait presque… honteuse, ridicule, pathétique. Comment pouvais-je surmonter cela ? C’était la question que je me répétais sans cesse malgré la douleur qui ne s’éteignait pas. Malgré le sang qui s’écoulait de mes avant-bras… rien, rien ne changeait. Elle était toujours présente.
    Elle m’aida à m’écarter du bord, une idée très intelligente étant donné que j’étais encore instable et totalement imprévisible. Je ne savais moi-même pas ce que je pouvais faire. Elle me souleva, et je fus prise de vertige violent, manquant de tomber si Anna n’avait pas été là pour me soutenir. Elle m’installa plus loin, je grimaçais alors que je m’adossais à ce que je pensais une pierre vu la dureté et la fraicheur de l’élément. Ca me faisait presque du bien en fait. Je levais la tête pour l’observer, mes cheveux restaient collés sur mon visage salit de mon propre sang et de mes innombrables larmes. C’était vrai, je devais aller à l’hôpital, mais je ne pouvais pas y parvenir seule. Bizarrement, sa voix me ramenait petit à petit dans le monde réel, écartant un peu ma douleur, la baissant un peu en intensité. Comme si sa seule présence et le fait qu’elle me parle et s’occupe de moi puisse y faire quelque chose. Dans ces moments-là, il faut toujours avoir des personnes sur qui compter pour pouvoir nous montrer la bonne voie. Actuellement, je n’avais eu personne et Anna m’aidait beaucoup en cet instant.

    Mes larmes avaient cessées, comme si j’étais sur pause. Peut-être n’avais-je plus de larme au final, peut-être étais-je trop affaibli désormais. Je failli rire lorsqu’elle me traita de folle. C’était le mot qui me faisait peur étrangement. J’avais peur qu’on m’enferme, que le mot folle reste pour longtemps dans la mémoire des gens. Le resterait-il dans celle d’Anna ?

    « Je ne sais pas… la douleur… est… terrible… »arrivais-je à articuler, complètement essoufflée. Il fallait que j’aille voir un médecin, d’urgence avant que je ne m’évanouisse. Je pouvais marcher, mais pas seule, mon regard se porta vers Anna, et mes yeux transmettaient ce que je voulais qu’elle fasse. Je voulais qu’elle m’aide, mais les mots ne sortaient pas de ma bouche. Si seulement j’avais su que tout pouvait changer…


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MessageSujet: Re: J'étouffe, meurt à petit feu... le vide m'emporte.[Livre I - Terminé]   Mar 6 Aoû - 12:25

J'étouffe, meurs à petit feu [...]

Annabelle ne pensait même pas qu’elle était suffisamment en état pour lui tenir un discours cohérent. Toutes les questions qu’elle avait posées, c’était plus pour dire de lui parler, de la maintenir en éveil pour la garder avec elle. Inconsciente, elle doutait de pouvoir faire grand-chose pour elle, à commencer par le fait qu’elle serait incapable de la porter seule jusqu’à l’hôpital. Heureusement, la clinique se situait dans le quartier sud de Louisville, et la cascade ne se trouvait pas très loin de là, étant elle aussi dans le sud. Elle devrait donc pouvoir y accéder en un temps assez réduit, si elle arrivait à faire marcher un peu Éléanore, ou du moins à la faire tenir plus ou moins debout, pour ne pas avoir à la porter entièrement sur la route.

Lorsque la jeune femme prononça un prénom, Annabelle s’arrête subitement. Mickaël ? Son fiancé ? Elle et Éléanore étaient petit à petit devenues presque des amies, et elles avaient ainsi discuté de leur vie personnelle. Si Annabelle n’avait pas parlé de ce qui lui était arrivé sur les routes de Cherbourg à Louisville, elle avait abondamment parlé de Toulouse, de son travail, jusqu’où il l’avait emmenée, de l’Afrique, de Jérémy également, même si elle en avait dit beaucoup moins de lui que du reste, la douleur de leur séparation étant encore trop présente dans son cœur… Éléanore, elle, avait également parlé de son fiancé, Mickaël. Mais, à ce qu’elle savait, il n’était pas à Louisville, et elle ne savait pas s’il était en vie. Comme elle pour Jérémy. Et là, si elle avait bien compris, ils lui avaient pris Mickaël. Est-ce qu’il était… mort ? Annabelle imagina à quel point la douleur de son amie devait être forte si c’était le cas. Elle n’arrivait pas à imaginer ce qu’elle ressentirait si on lui annonçait de but en blanc que Jérémy était mort, lui aussi. Même s’il était peu probable qu’il vive encore. Est-ce qu’Éléanore avait vu la mort de son fiancé ? Bon sang ça avait dû être horrible si c’était le cas ! Qu’est-ce qui s’était donc passé ?

« Tu me raconteras tout une fois à l’hôpital. Pour l’instant, garde tes forces, tu vas en avoir besoin. »

Après lui avoir laissé le temps de souffler quelques minutes contre le rocher, ne voyant décidément toujours personne à l’horizon pour l’aider et voyant le regard implorant de l’autre, elle s’accroupit près d’elle, l’agrippa comme elle put en passant son bras autour de sa taille. Éléanore passa son bras autour de sa nuque et s’appuya lourdement sur elle. Annabelle fit quelques pas hésitants avant de raffermir sa prise sur le corps de son amie et se mit à descendre avec elle de la cascade. Leur descente fut longue et pénible, mais elles arrivèrent en bas sans trop de dégâts supplémentaires. Elle continuait de lui parler, pour garder Éléanore consciente. Prenant le temps de souffler un peu une fois arrivés au pied de la cascade, elle continua de la soutenir, ayant du mal à retrouver son souffle. Puis, elles reprirent leur marche, lentement mais sûrement, vers l’hôpital. En chemin, un passant croisa leur route et il s’empressa d’aller aider Annabelle à porter la jeune femme qui perdait peu à peu conscience. Le remerciant chaleureusement, la Toulousaine put ainsi avancer plus vite tandis que l’inconnu soutenait son amie sur sa gauche.

Enfin, l’hôpital se montra à quelques mètres, et ils les franchirent avec peine, le corps lourd d’Éléanore commençant à les épuiser tous deux. Immédiatement, des infirmières vinrent les aider quand ils entrèrent dans le bâtiment. Annabelle se reposa dans la salle d’attente pendant qu’ils s’occupaient de son amie. Après un long moment d’attente, on vint la chercher et on l’emmena jusqu’à la chambre qu’elle occupait. Elle passa quelques heures à ses côtés avant de repartir, sur le coup de midi, lui promettant de revenir la voir le lendemain dès que possible.

FIN
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