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MessageSujet: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Ven 12 Avr - 16:50

The past is a foreign country.

L’air de l’après-midi était vif près de la plage qui constituait la Côte de Nacre. Il soulevait régulièrement quelques volutes de sable qui n’avaient comme par miracle pas été humidifiés par la rosée du matin qui se faisait de plus en plus fraîche et prenait à présent son temps pour sécher. Les embruns de la mer en ce mois d’octobre n’aidaient pas non plus à rendre l’air plus sec et commençaient déjà à laisser leur trace humide sur leur passage. Le sol était glissant par endroits, surtout sur les rochers, mieux valait faire attention où on mettait les pieds.

Annabelle s’était levée comme toujours, en ayant dormi peu. Elle espérait qu’un jour à nouveau, elle parviendrait à se reposer réellement, sans faire ces horribles cauchemars qui la réveillaient toujours en sursaut en plein milieu de la nuit. Elle avait passé l’autre moitié de la nuit à fixer le plafond de la chambre dans laquelle elle dormait, écoutant presque religieusement les petits bruits de la maison. Elle s’y était habituée beaucoup plus facilement qu’elle n’aurait pu le croire. Cela faisait trois semaines qu’elle habitait chez les Fontaine. Trois longues semaines. Elle avait presque l’impression d’avoir toujours vécu là, dans cette attente perpétuelle. Elle attendait. Que quelque chose se passe, qu’un autre événement dévastateur survienne, les anéantissant tous sans un regard en arrière… Elle n’attendait plus rien de la vie à présent. Il pouvait bien arriver n’importe quoi, elle s’en fichait. Elle n’avait aucun ami ici, personne sur qui compter réellement. Oh bien sûr quelques réfugiés étaient gentils avec elle, mais ils n’en étaient pas pour autant rien d’autre que des étrangers parmi d’autres. Lyra était là elle aussi mais elle ne pouvait décemment pas lui demander de régler sa vie en fonction de la sienne à présent. Elle laissa s’échapper un petit soupir. Sa vie lui manquait. Elle avait l’impression qu’on la lui avait arrachée sans lui demander son avis. Et qu’elle se retrouvait maintenant à errer dans une existence dont elle ne connaissait rien.

Ce jour-là, elle avait décidé d’aller marcher aux alentours de la maison des Fontaine. Elle n’était pas allée jusqu’à la plage néanmoins. La mer ramenait souvent divers débris sur le sable et Annabelle n’aimait pas marcher à travers ceux-ci. À vrai dire, plus personne ne s’aventurait beaucoup là-bas… Avant de partir de la maison, peu après l’heure de midi, elle avait attrapé son sac d’appareil photo, y avait rangé son appareil, ainsi qu’un autre objectif, l’avait refermé et l’avait jeté sur son épaule. Elle portait une veste de pluie prêtée par Lyra quelques jours plus tôt. Cela faisait trois semaines qu’elle n’avait pas pris de photos. Et, petit à petit, cela avait créé comme un manque insondable en elle. La jeune femme avait d’abord eu peur de prendre des clichés des gens, dans la situation actuelle. Peur de la façon dont ils pourraient réagir. Puis cette peur s’était au fur et à mesure éteinte. À présent, elle ne comprenait pas pourquoi elle avait éprouvé cette crainte. Le monde changeait, tournait, évoluait, et qu’elle le photographiait ne changerait rien.

Après avoir marché quelques mètres, elle avait sorti son appareil et avait pris quelques photos de la plage qui s’étendait plus bas. Lorsque son doigt avait appuyé sur le bouton déclencheur, un sourire était venu s’épanouir lentement sur son visage. Voilà, c’était ça qu’il lui manquait. Cela allait peut-être lui rendre la vie ici plus supportable. Elle appuya à nouveau quelques fois et sentit ses épaules se détendre comme après un effort trop long et trop intense. Elle fit le tour de la maison, s’aventurant un peu plus loin, continuant ses clichés du paysage, et laissant ses pas la guider. Un moment, elle s’assit sur un rocher, fixant la mer et lui abandonnant toutes les pensées moroses qu’elle avait eues auparavant.

Annabelle refit le tour de la maison, l’appareil toujours en main, quand elle vit un homme se diriger vers la bâtisse. Elle se trouvait à quelques deux cents mètres de là où il venait d’apparaître alors il était fort probable qu’il ne l’ait pas vue. D’autant plus qu’il s'avançait d'un pas rapide vers la porte d'entrée, en regardant droit devant lui. Arrivé à destination, elle le vit frapper trois petits coups secs sur la porte, attendre patiemment quelques secondes et puis dire quelques mots toujours face à la porte. Il fit un geste rageur avant de se détourner de la maison. La jeune femme, qui l'observait toujours, fit quelques pas dans la direction générale de la maison, sans pour autant s’approcher trop. Elle avait l'impression de le connaître alors qu'elle était sûre et certaine de ne jamais avoir vu cette silhouette dans Louisville. Impression étrange. Cela la fit s'approcher un peu plus, pour rentrer dans son champ de vision...

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Dim 14 Avr - 16:30

"Tu veux encore un petit café, mon chéri ?" demanda Louise, ma mère.
"Non merci, je dois y aller." répondis-je de la voix la plus neutre possible mais mon air crispé ne lui échappa pas.
Mon père Bernard était assis près de nous, le regard vide. Sa tasse de café reposait en face de lui mais il l'avait oubliée. Il était tellement perdu dans ses pensées que nous l'avions oublié nous aussi. C'est ainsi que nous sursautâmes de concert quand il s'écria d'un seul coup :
"Tu ne dois pas lui en vouloir d'être ainsi, c'est sa nature !"
"Papa ?"
De qui parlait-il ? Etait-il dans une phase de refus de la réalité, si caractéristique des malades d'Alzheimer, ou avait-il suivi notre conversation et compris ce que je m'apprêtais à faire cet après-midi ? Ma mère m'avait invité pour le déjeuner : nous avions évoqué le retour de leur chien Tibo, que Benjamin Leveque et moi avions découvert errant dans le lycée, parlé bien sûr de la vie quotidienne de plus en plus éprouvante et préoccupante... J'avais dit à Maman que je partais voir Mathilda Fontaine ensuite. Elle savait que je n'envisageais pas cet entretien de gaieté de coeur, mais il le fallait. Après le "procès" du soldat Azarov, elle avait laissé en suspens de nombreuses questions. Il me semblait que mon avenir en tant que maire à Louisville avait été compromis par ma réaction de défense du soldat.

"Tu parles de Mathilda, Papa ?"
"Il faut lui pardonner, cette petite, elle a beaucoup de responsabilités, elle a besoin de ton aide" continua mon père. Il avait perdu son expression vague et me regardait franchement, comme s'il voulait me convaincre qu'il avait raison. Quand j'entendis le mot "aide", je reculais, me renfonçais dans mon siège. Impossible !
"Mathilda n'a pas envie qu'on l'aide. Elle aime montrer qu'elle se débrouille toute seule, bien mieux que moi !"
*Elle est tellement désireuse de nous montrer qu'elle est supérieure qu'elle se sacrifie pour un militaire !*
Je n'avais toujours pas digéré cette histoire. Et je n'avais pas envie d'en parler avec qui ce soit. Seulement avec elle. J'avais une question dans ma tête: pourquoi ? Pourquoi défendre un militaire alors qu'elle les déteste et me déteste d'avoir oeuvré pour notre cohésion face à l'adversité ?
Mon père voulut continuer mais je le stoppai net.
"Tu n'as rien compris : tu es dans ton monde et moi je me bats pour que le monde réel reste debout !"
Joignant la parole au geste, je me levais. Le silence retentissant et la figure peinée de ma mère me firent prendre conscience que je les avais blessés. Je ramassais mon sac et mon manteau, mais Maman ne vint pas me dire au revoir. Près de la porte d'entrée, je jetais un dernier regard vers eux : Louise tenait la main de Bernard et tentait de le réconforter. Tibo vint seul et je le caressai distraitement.

*Tant pis*. Cette dispute n'allait pas me permettre de garder mon calme devant Mathilda mais tant pis. Allais-je tout faire empirer en venant m'expliquer ? *Non pas m'expliquer. Je n'ai pas de comptes à lui rendre. Je veux juste... mettre les choses à plat. Quelle est cette histoire selon laquelle j'aurais détruit la maire Blanchet ?*
Quand je toquai à la porte, il n'y eut pas de réponse. Je répétais mon geste. Toujours rien. Comme j'étais énervé contre moi-même d'avoir cédé à ma colère et d'avoir rappelé à mon père sa maladie contre laquelle il ne pouvait rien, je laissais parler ma frustration en m'adressant à la porte :

"Ouvre Mathilda, je sais que tu es là. On a besoin de se parler ! Tu crois que je suis pas clean, mais chez toi non plus, il y a des choses pas nettes dans ton comportement !!"

Comme si elle était derrière et pouvait tout entendre. Comme si délibérement elle gardait sa porte femée pour mieux me narguer. Comme si, avec ce silence, elle me soufflait : "Va t-en Martin, je n'ai rien à te dire. C'est toi qui a besoin de voir un psy !"

Rageur, je fis mine de frapper la porte de mon poing, m'arrêtant à l'ultime moment. Il ne manquerait plus que l'on m'enferme pour vandalisme ! Je m'éloignais de la maison maudite, sortais une cigarette. Il fallait que je me calme. Nous étions proches de la côte de nacre, j'allais faire un tour pour me changer les idées puis je reviendrais la voir.

Une jeune femme blonde apparut en face de moi, à quelques dizaines de mètres, alors que je prenais le chemin vers la côte. Je me sentis gêné qu'elle ait vu le maire en pleine colère. *Comme si j'étais un citoyen comme les autres.* Je marchais vers elle, dans l'intention de la saluer comme si de rien n'était et de continuer ma route. J'arrivai à sa hauteur.
"Bonjour Madame" fis-je poliment tout en la regardant brièvement. Son visage me disait quelque chose ; une Louisvilloise que je croisais au marché, sûrement. Je continuai ma route quand elle m'interpella.


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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Sam 20 Avr - 11:56

The past is a foreign country.

La jeune femme avait continué de marcher lentement vers où il se trouvait. Cette impression de déjà-vu ne la quittait pas et elle avait froncé les sourcils, comme si cela allait lui permettre de retrouver plus facilement l’identité de l’homme. De son côté, ce dernier s’était éloigné de la maison, et se dirigeait maintenant vers elle. Son visage était fermé, comme si quelque chose l’énervait au plus profond de lui. N’eut été ce flou sentiment familier qu’elle éprouvait à son égard, Annabelle n’aurait certainement pas pris la peine d’adresser plus qu’un « Bonjour Monsieur » en retour à sa salutation. Mais il fallait qu’elle sache qui était cet homme. Aussi s’arrêta-t-elle un peu avant qu’il la dépasse et elle tendit le bras, pour l’arrêter sans le toucher. Elle accrocha son regard et cette impression de déjà-vu ne fit que se renforcer sans qu’elle ne puisse pour autant le fixer à un endroit bien précis. Lorsqu’elle parla, sa voix reflétait l’esprit dans lequel elle se trouvait : confus, incertain et interrogatif.

« Excusez-moi… Est-ce qu’on ne serait pas déjà croisés quelque part ? »

Elle avait bien conscience qu’elle embêtait peut-être cet homme pour rien mais elle devait savoir. Nerveusement, elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille. Depuis qu’elle était sortie, le vent jouait avec ses cheveux et la forçait à les remettre constamment en place. L’air frais lui avait fait du bien, et avait chassé les mauvais souvenirs qui revenaient sans cesse. Son appareil photo toujours dans sa main droite, elle l’avait quelque peu oublié, en se focalisant sur l’homme. Elle avait hâte de visionner les photos qu’elle avait prises dans les instants précédant leur rencontre. Pendant un court moment, de manière assez stupide, elle avait eu peur d’avoir perdu la main. De ne plus savoir saisir la fugacité d’un instant, son immédiateté et sa particularité. Mais dès qu’elle avait enclenché le bouton, elle se rappela qu’il lui serait impossible de perdre ça. C’était comme du vélo, ça ne s’oubliait jamais. En tout cas pour elle. Mais elle était quasiment née avec un appareil photo en main, donc peut-être que ça ne comptait pas. Elle ne savait pas trop. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle avait été heureuse de retrouver cette sensation enivrante pour elle, celle de coucher sur pellicule un monde qui n’arrêtait pas de changer, d’évoluer et de progresser. Essayant toujours de retrouver où elle avait pu croiser cet homme, elle continua de parler :

« J’ai la vague impression de vous connaître, mais je ne me rappelle pas d’où… »

Elle avait à nouveau froncé les sourcils, prouvant son trouble. Sa mémoire tentait vainement de le replacer dans un contexte familier, sans succès. Elle était pourtant sûre d’avoir déjà vu ce visage, plus jeune certainement, mais elle avait l’impression que tout le monde avait pris un sacré coup de vieux avec tous ces événements. Elle-même avait parfois du mal à se reconnaître dans le miroir. Le regard fuyant, le port de tête un peu moins vaillant qu’avant, elle n’était plus la même. Les événements d’avant son arrivée à Louisville l’avaient marquée à jamais, chassant son insouciance au loin. Et elle ne la retrouverait jamais. C’était comme si elle avait été forcée de grandir d’un coup, sans qu’elle le veuille. Ça faisait terriblement mal. Elle partit dans un petit rire joyeux mais un peu gêné.

« Vous allez me prendre pour une folle, désolée. C’est juste que vous me semblez familier sans que j’arrive à savoir où je pourrais vous avoir croisé auparavant. Et je suis quasiment certaine que ce n’est pas ici à Louisville que je vous ai déjà vu. »

Elle fit un petit geste de la main, comme pour signaler son désappointement.

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Mar 23 Avr - 20:37

J'avais pris une décision importante aujourd'hui : me rendre chez Mathilda pour commencer à comprendre sa réaction. Depuis notre réunion dans "mon bureau" - entre guillemets, parce que je ne le considère déjà plus comme le mien depuis que Raulne l'a investi sans me demander mon avis, *non je ne considère pas ça comme faisant partie des biens pouvant participer à l'effort de guerre et pour la mobilisation générale !* - bref, depuis cette fameuse réunion de guerre, j'avais pensé à elle ; j'avais repensé à mon mensonge et à sa réaction. Il fallait qu'on s'explique mais je n'étais pas sûr de pouvoir contrôler ma colère, ni garder mon calme. Zut ! Moi qui me croyait mûr, maître de mes émotions, voilà qu'arrivé devant sa porte, je pétais un cable. Elle ne m'ouvrait pas tout de suite, et tout de suite j'imaginais qu'elle me narguait, qu'elle était derrière la porte et qu'elle se moquait de moi. Et tout ce que j'avais trouvé à faire, c'était crier en face de la porte des idioties.

Je me sentais idiot et cela m'énervait. Je me sentais incapable de rester bien droit dans mes bottes, comme le maire que j'étais. J'étais censé incarner la droiture, le respect, la politesse... Mais je perdais mes moyens face à Mathilda. Elle représentait la femme forte, capable, débrouillarde, et donc dédaigneuse de l'aide que je pouvais lui apporter.

Sur mon chemin pour m'éloigner de la maison des Fontaine, je dépassai une femme blonde.

Excusez-moi… Est-ce qu’on ne serait pas déjà croisés quelque part ?
Interloqué, je me retournais pour la dévisager.
"Euh..."
Là, elle m'avait pris au dépourvu ! Je la regardais, à part au marché ou dans les rues, je ne la remettais vraiment pas !
J’ai la vague impression de vous connaître, mais je ne me rappelle pas d’où…
"Oui moi aussi mais on a dû se croiser dans un magasin, au marché, dans un parking, bref, dans la ville ! Vous habitez où ?"
J'avais demandé cela sur un ton survolté, parce que je voulais partir et réfléchir un moment tout seul sur mes conduites passées et présentes, et me sentir frais et dispo pour affronter Mathilda. Je ne me présentais pas sous un très bon jour à cette jeune femme : j'aurais du prendre le temps de l'écouter mais je n'avais pas envie.

Ce fut quand elle ajouta qu'elle était sûre que ce n'était pas à Louisville que je sentis comme un déclic dans ma tête. Oui, je la connaissais mais pas ici. Mais alors où ? Dans un autre pays ? La machine se mit en branle dans ma tête ; des connexions se faisaient mais je manquais d'informations.

"Excusez-moi pour mes paroles, je ne suis pas très en forme aujourd'hui. Comment vous appelez-vous ? Moi c'est Martin."lui demandai-je précipitamment.
Je ne lui donnai pas mon nom de famille, car si elle ne me reconnaissait pas en tant que maire, elle ne risquait pas de le faire maintenant ! A quoi lui servirait mon nom de famille ? Par contre, si elle pouvait me dire son nom, cette intuition se confirmerait peut être...


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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Ven 3 Mai - 9:45

The past is a foreign country.

Elle s’en voulait un peu de déranger cet homme alors qu’il semblait très occupé mais son esprit n’arrivait pas à se détacher de lui. Ce visage… elle aurait parié ce qu’elle avait de plus cher qu’elle l’avait déjà vu. En plus jeune certainement, car cette impression lui faisait remonter le temps de quelques années quand même. Annabelle essayait de redessiner mentalement le visage de son interlocuteur pour le rendre plus jeune, mais c’était extrêmement difficile. Si seulement elle avait pu se rappeler le contexte de leur rencontre. Mais sa mémoire lui jouait des tours et elle n’arrivait pas à se fixer sur un lieu bien précis. D’un côté, cette rencontre fortuite lui proposait un divertissement, d’autant plus qu’elle avait le cœur léger grâce à son appareil photo. Un petit sourire éclairait son visage, reflétant son état apaisé, ce qui n’avait pas été le cas depuis qu’elle était arrivée à Louisville.

C’est pourquoi elle fut choquée de constater la façon dont il se comporta avec elle. Il lui parla d’un ton presque furieux et cela fit baisser son moral d’un coup sec et inattendu. Ok, elle aurait peut-être mieux fait de ne pas lui parler, si c’était pour qu’il gâche sa bonne humeur. Non mais qu’est-ce que c’était que ce type énervant ? Finalement, elle ne le connaissait peut-être pas, elle avait forcément dû se tromper. Son sourire s’évanouit de son visage et elle se renfrogna, ses yeux perdant la sympathie qui y avait flotté quelques instants auparavant. Est-ce que tous les habitants de cette ville étaient tous inamicaux ? Ce n’était pas croyable ! Elle n’avait vraiment aucune chance avec ses rencontres. À part Lucas, qui avait quelque sympathie pour elle, Annabelle n’arrivait vraiment pas à choisir les personnes avec qui elle engageait la conversation.

Elle fut tentée de le planter là en lui disant qu’elle s’était forcément trompée et qu’elle l’avait confondu avec quelqu’un d’autre. Elle ne répondit même pas à sa question sur le lieu où elle vivait. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Elle regretta presque de lui avoir adressé la parole de manière amicale. Quand il reprit la parole, elle se détendit légèrement, mais la crispation de ses muscles était toujours présente et elle n’affichait plus aucun sourire. Elle se força à répondre :

« Ce n’est pas grave. »

Qu’elle ne le pensât pas n’entrait pas en ligne de compte. S’il avait des problèmes avec la politesse minimum, ce n’était pas son cas.

« Je m’appelle Annabelle Dubois. » Et elle enchaîna directement. « Je ne voulais pas vous déranger, je me suis certainement trompée. Laissez tomber, j’ai dû vous confondre avec quelqu’un d’autre. » Elle fit quelques pas pour s’éloigner de lui et lui adressa un signe de la main comme pour lui dire au revoir. « Bonne après-midi à vous. »

Et elle lui tourna le dos pour s’éloigner. Elle était bien décidée à ne laisser personne gâcher son après-midi, qui avait tellement bien commencé avec ses prises de vue. Son appareil était à présent rempli de clichés de la plage de Louisville et elle songeait déjà à parcourir d’autres coins de la ville pour immortaliser les récents événements qui avaient métamorphosés la bourgade. La peur qui lui avait noué les entrailles que quelqu’un l’aperçoive en train de photographier le malheur qui s’était abattu sur les habitants s’était envolée. Après tout, même lors des pires événements de l’histoire, depuis que la photographie avait été inventée, elle permettait de garder une trace pour le futur. C’était important, pour que les générations futures sachent ce qui s’était passé, et les conditions dans lesquelles les gens avaient vécu. C’était un témoignage pour le futur. Et si quelqu’un la critiquait, ou se plaignait de ses photos, elle saurait se défendre. C’était comme si tenir fermement la poignée de son appareil en main lui donnait une nouvelle force, qu’elle pensait avoir perdue.

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Mar 28 Mai - 20:35

Ce n’est pas grave. répondit-elle en souriant, mais son visage reflétait encore la contrariété. Après tout, je n'avais pas été très sympathique envers elle un instant plus tôt. Tout à mes pensées sur le rejet de Mathilda et les tensions entre nous, sur les situations inexplicables et inexpliquées, j'avais de même repoussé la tentative de cette jeune femme pour me reconnaître. Je n'imaginais pas encore que je l'avais peut-être rencontrée ailleurs qu'à Louisville. Que je la connaissais d'un autre temps, d'une autre époque. Non, cette expression n'est pas moyenâgeuse, dépassée. J'avais vraiment l'impression que nous étions tombés dans un gouffre spatio-temporel, comme dans un livre de science fiction. Nous avons pénétré dans une autre dimension inconnue, où tout nous paraît hostile. Après avoir tenté de communiquer avec la planète Fontania, je n'étais pas préparé à rencontrer tout de suite une autre espèce intelligente qui essaierait de me parler et de ramener des souvenirs enfouis.

Elle me donna son nom, Annabelle Dubois. Cela ne me disait rien non plus. La mémoire ne fonctionnait plus ; cette dimension rendait vagues les souvenirs heureux d'un autre temps où le monde existait encore, où le "dehors", les nouvelles des autres pays nous parvenaient à la télévision. Elle recula et me salua.
Je la regardais partir, et remarqua enfin un détail qui m'avait échappé jusque là : un appareil photo. Elle tenait un appareil photo, l'avait sur elle en arrivant, l'attrapait fermement tout en poursuivant sa route. Un déclic se fit en moi, quelque chose d'infime mais je voulus le saisir au vol avant que la planète Boisée disparaisse de mon téléscope.

"Attendez ! Vous faites des photos ? Je veux dire, vous êtes photographe ? Qu'aimez-vous photographier ? Qu'avez-vous déjà pris en photo ?"
Une avalanche de questions "bateau" mais ça m'était venu tout seul. Peut-être n'allait-elle pas vouloir me parler plus alors j'ajoutais :
"Je suis encore désolé pour ma réaction tantôt, je ne comprenais pas que vous ne me connaissiez pas, car je suis le maire de Louisville. Mais non, c'est vrai, vous ne me connaissez pas en tant que tel, n'est ce pas ? Cet appareil photo, il me dit quelque chose... S'il vous plaît, parlez-m'en !"
Une supplication sur un appareil photo, la prise de vue était loufoque !


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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Mer 5 Juin - 13:25

The past is a foreign country.

Elle s’était déjà éloignée  de plusieurs pas quand l’homme qui avait dit s’appeler Martin la rattrapa pour l’interpeller. Elle s’arrêta donc à peine quelques mètres plus loin de l’endroit où ils étaient parlés précédemment et se retourna pour lui faire face. Elle remit négligemment une mèche de cheveux derrière son oreille pendant qu’il lui posait plusieurs questions sur son appareil photo. Son regard dériva vers la main qui le tenait et revint ensuite se poser sur l’homme qui s’excusait pour son comportement précédent. Annabelle resta un moment sans voix en apprenant que cet homme était le maire de Louisville. Et merde, est-ce qu’elle allait en plus se mettre le maire à dos parce qu’elle n’avait pas voulu lui parler à cause de son attitude peu sympathique ? Il ne lui manquerait plus que ça. Mais il avait soulevé un point intéressant. Non, elle ne le connaissait pas d’ici, ça elle en était certaine. Donc il était impossible qu’elle le connaisse en tant que maire.

« Finement observé. »

Ok, elle n’avait pas pu s’empêcher de lui lancer une petite pique. Mais après tout, si elle avait un appareil photo, c’était qu’elle aimait bien photographier, et qu’en effet, elle était sûrement photographe. Se forçant à ravaler son ironie due au comportement antérieur de Martin, elle continua de parler sans lui laisser le temps de répondre :

« Je suis photographe professionnel. J’ai toutes sortes de missions qui m’envoient aux quatre coins du monde pour photographier un pays, des lieux spécifiques ou des gens… Je travaille pour des magazines, des maisons d’édition... Ça varie, c’est en fonction de la demande. Je suis allée par exemple dans toute la France mais aussi en Afriq… »

Elle s’interrompit brutalement car soudainement le déclic s’était fait dans son esprit. Son visage s’illumina sous la surprise et elle s’exclama presque :

« Oh bon sang ! L’Afrique ! Mais oui ! Vous étiez au Parc Kruger ! En… Quand est-ce que c’était déjà ? Début 2004 ? On était dans le même groupe de touristes pour visiter le parc ! C’est bien vous ? »

Elle était quasiment certaine qu’elle ne se trompait pas. Oui, ça ne pouvait être que lui. Elle reconnaissait maintenant son physique, et elle arrivait à présent à le visualiser dans le contexte dans lequel elle l’avait rencontré, c’est-à-dire l’Afrique. Elle le revoyait marchant dans la réserve naturelle à ses côtés et parlant français avec lui avec joie. Elle possédait de magnifiques photos de ce séjour de quelques jours au parc. Elle avait été impressionnée par les animaux qu’elle y avait vus et repensa à tous les beaux clichés qu’elle avait su prendre, notamment des Big Fives, à savoir les lions, principale attraction du Parc, qui doraient leur crinière au soleil, les éléphants, se déplaçant dans de lents mouvements qui permettaient de les photographier assez facilement, les léopards, se cachant par moments dans les hautes herbes, les rhinocéros, qu’on n'approchait pas trop quand même, les guides préférant ne pas énerver l’énorme animal, et les buffles, qui se trouvaient toujours en troupeaux de taille très importante. À côté de ces Big Five, il y avait bien sûr toutes sortes d’autres animaux, comme les zèbres, les girafes, les hippopotames, dont Annabelle avait eu de très belles photos également. Les clichés de serpents, d’oiseaux et plus généralement des paysages du Parc avaient aussi rempli sa carte mémoire. Elle devait même avoir quelques photos de Martin, maintenant qu'elle y pensait. Elle était certaine d'en avoir fait de lui dans la savane, ainsi que de quelques autres touristes. Elle n’avait pas compté le nombre de photos qu’elle avait prises pendant ce bref séjour mais elle avait passé un long moment à les trier et à sélectionner celles qu’elle enverrait au magazine pour lequel elle travaillait.

« Mais… à moins que je me trompe, vous n’étiez pas maire à cette époque. Comment ça se fait que vous l’êtes maintenant ? »

Elle avait des tonnes de questions à lui poser mais toutes se bousculaient dans sa tête et elle se força à les organiser pour pouvoir les lui poser correctement. Elle n’allait pas non plus l’assaillir de questions.

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Ven 12 Juil - 19:56

Je ne savais même pas pourquoi je me focalisais autant sur son appareil photo. Il me semblait soudain aussi important que le visage de cette jeune femme, qui sur le coup ne me disait rien. On aurait dit que ma mémoire avait effacé certaines images et mis au premier plan les nouvelles et plus récentes couleurs explosives de la guerre. L'horreur nous avait fait oublier l'essentiel de nos souvenirs. Pour se rappeler, il fallait effectuer un travail titanesque et douloureux. Je comprenais sa réponse ironique, qu'elle me lança après s'être finalement retournée. J'avais heurté cette jeune femme sans le vouloir : et maintenant, je voulais qu'elle reste un peu et qu'elle me parle de sa vie et ses photos.

Pourquoi le ferait-elle avec un inconnu désagréable ? En révélant qui j'étais, je lui avais en quelque sorte forcé la main, me rendis-je compte. Face au maire de la ville, elle n'avait pas le droit de se montrer sauvage et de s'en aller d'un pas vif. Elle pouvait par contre être hypocrite et me sourire alors qu'en fait, elle n'avait qu'une envie : s'éloigner de moi.

Je ne compris pas au même moment qu'elle : elle ne termina pas le mot "Afrique" : dans ses yeux, on pouvait lire de la stupéfaction et une soudaine révélation. A ma grande honte, je ne pouvais pas en dire autant.
Je m'efforçais de sourire comme si moi aussi je la reconnaissais. J'en profitais pour fouiller ma mémoire : oui j'étais parti en Afrique en tant qu'ambassadeur et j'avais profité d'un séjour près du parc Kruger pour y faire un safari. Ca y était. Je la regardais maintenant d'un autre oeil. C'était donc elle, la petite française en short, toujours accrochée à son appareil ? Un instant, je laissais de côté ma vie pesante à Louisville et plongeai dans l'ambiance de ces beaux souvenirs. Ce fut court, ce fut chaud, ce fut magnifique. Mon sourire s'élargissait et j'acquiesçais, je disais :

"Oui c'est bien moi. Et vous c'est Annabelle. Vous preniez tellement de photos, pour un article, n'est ce pas ? Nous étions les deux seuls français du groupe alors nous nous sommes rapprochés et vous ... oui ! Vous m'aviez prêté votre lotion anti-moustiques car je commençais sérieusement à ne plus avoir un centimètre de peau non piquée !" m'exclamais-je en riant. Ce souvenir venait de remonter à la surface en même temps que je parlais.

Sa question suivante me fit perdre mon sourire de naguère et la réalité me rattrapa. D'un air plus sombre, j'entamais mes explications en essayant que mon discours sonne bien et l'intéresse :

"Je suis né ici et j'avais fini des études en sciences politiques. Après avoir vagabondé autour du monde, j'ai eu envie de retourner à ce qui était vraiment important : mes parents, mes amis, ma ville."
En disant cela, je revenais aussi sur mes souvenirs de mes débuts à Louisville. Les retrouvailles avec mes parents, mon père surtout, atteint de la maladie d'Alzheimer sans que je le sache. Ma mère n'avait pas voulu m'en parler pour ne pas gâcher mes séjours à l'étranger. Les retrouvailles avec mon ami d'enfance Claude, déjà installé et déjà père d'un petit garçon appelé Benjamin. Et face à l'incompétence de la maire en place, face aux critiques récoltées, l'envie de gérer ma ville d'enfance et ses concitoyens. Comment expliquer cela à Annabelle sans entrer trop dans les détails ? Je ne voulais pas l'ennuyer alors j'ajoutais simplement :

"C'est tellement important pour moi que j'ai voulu aider les Louisvillois dans leur vie de tous les jours et devenir maire était la suite logique de mon parcours." Ce n'était pas totalement vrai mais je ne voulais pas parler de mon ambition. Elle aurait une image de moi biaisée. Déjà, je sentais que mon statut de maire ne pourrait pas nous autoriser à parler comme si j'étais un simple citoyen. Oserait-elle se plaindre devant moi ?

Un sentiment devança les autres : que faisait-elle à Louisville ? Elle devait sûrement être arrivée avec les réfugiés. Je ne voulais pas entendre son histoire pour ne pas lui faire remuer de mauvais souvenirs mais c'était nécessaire. Nous ne pouvions parler de rien d'autre si elle ne me racontait pas son arrivée. La catharsis passait par le récit incessant des plaies encore ouvertes. Tout en parlant, je me rapprochais d'elle et je demandais d'une voix anxieuse :

"Annabelle, si tu es là, c'est que tu as survécu puisqu’autour de nous, la guerre fait toujours rage. Je suis content qu'il ne te soit rien arrivé de fâcheux."
Non finalement, je ne pouvais me résoudre à poser la question. Je n'osais pas. Ma voix se brisa légèrement sur la dernière phrase.
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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Lun 15 Juil - 22:11

The past is a foreign country.

La révélation de son identité avait complétement annihilé l’énervement qu’Annabelle avait pu ressentir à l’égard de Martin. Toute trace avait disparu, ne laissant qu’un sourire sur son visage depuis le moment où elle avait enfin assemblé les pièces du puzzle pour en dégager un souvenir précis. Mais bien sûr ! Comment avait-elle fait pour ne pas se souvenir de lui auparavant ?! Ils avaient passé plusieurs jours ensemble dans la réserve naturelle, et ils s’étaient rapidement parlés, étant donné qu’ils avaient la même langue maternelle. Il lui avait dit d’où il venait, ce qu’il faisait dans la vie… et elle lui avait retourné les informations. Elle se souvenait maintenant de menus détails, qui florissaient dans sa tête subitement, maintenant qu’elle avait enfin fait le lien.

Elle remarqua bien que Martin ne comprit pas tout de suite où elle voulait en venir. Son sourire était vague, et exprimait plus une politesse quelconque qu’autre chose. Puis, soudain, elle le vit faire également le lien entre elle et l’Afrique et elle lui fit un grand sourire. Cela faisait tout de même huit ans qu’ils s’étaient rencontrés, et le contact entre eux s’était amenuisé au fil des ans, pour finir par s’éteindre complètement mais il ne pouvait pas ne pas se souvenir d’elle alors qu’elle se revoyait encore marcher à ses côtés dans la savane. Elle rit quand il parla de la lotion anti-moustiques. Elle se rapprocha de lui pour lui répondre, son sourire flottant toujours sur son visage.

« Oui heureusement que j’étais là d’ailleurs avec ma lotion, où vous auriez fini rempli de piqûres ! »

À présent, d’autres bulles de souvenirs lui revenaient en tête, comme la fois où il lui avait montré au loin un aigle qu’elle n’avait pas remarqué et dont elle avait pu tirer une belle photo, ou encore le moment où ils avaient ri tous les deux quand elle lui avait montré un cliché de lui,  un singe perché sur l’épaule, en train de lui voler son chapeau. Cela lui semblait tellement lointain à présent…

« Je prenais des photos pour un magazine oui. D’ailleurs celles que j’ai pu prendre au parc ont énormément plu aux rédacteurs ! »

Alors que l’Afrique évoquait en elle de joyeuses pensées, sa question suivante fit se renfrogner Martin et elle perdit son sourire, acquiesçant gravement à ses propos. Ainsi donc il était originaire de Louisville. Elle avait beau chercher dans sa mémoire, elle ne se rappelait pas qu’il l’ait mentionné lorsqu’ils étaient dans la réserve. Il avait certainement dû parler d’une petite ville de Normandie, sans citer le nom, et puis même, elle n’était pas sûre qu’elle l’aurait retenu même s’il le lui avait dit… De son côté, elle devait probablement lui avoir parlé de Toulouse – après tout sa ville lui manquait souvent quand elle n’y était pas – mais il ne devait pas s’en souvenir non plus.

« Je comprends. Il faut savoir faire le point sur les choses vraiment importantes. »

Elle n’avait rien d’autre à ajouter, alors elle se tut, préférant ne pas plonger Martin dans des événements qui semblaient douloureux. Il continua sa pensée, lui parlant de son envie de devenir maire pour aider les habitants et elle le crut. Elle s’était bien entendue avec lui en Afrique et elle avait vu en lui un homme d’action. Il lui semblait naturel qu’un tel homme devienne maire. Si ce n’était pas ce genre d’homme qui gérait une ville, qui d’autre le ferait ?

« Ça fait longtemps que vous êtes revenu ici, à Louisville ? »

L’instant d’après, la jeune femme fronça les sourcils quand il reporta l’attention sur elle en la questionnant de manière implicite sur son arrivée dans la ville. Aucun sourire ne réapparut sur ses lèvres. Elle avait l’impression que c’était une question récurrente. Après tout, c’était normal de s’inquiéter pour les gens, avec les événements qu’ils avaient tous vécu, mais elle avait juste marre que tout le monde lui demande si ce qu’elle avait vécu avant d’arriver à Louisville n’avait pas été trop pénible. Elle se força à sortir quelques paroles sympathiques. Elle ne réagit même pas au tutoiement.

« C’est gentil. »

Les mots restèrent un peu coincés dans sa gorge et elle se l’éclaircit avant de continuer. Elle fit un vague sourire mais qui n’avait plus rien de sa gaieté précédente. Il se voulait juste amical.

« Je n’aurais pas dû me trouver ici, c’est le boulot qui m’a attirée au large de Saint-Lô et puis je suis arrivée ici. »

Son ton indiquait clairement qu’elle n’aimait pas la ville et elle se morigéna intérieurement de le laisser paraître devant le maire qu’était devenu Martin Huygues.

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Ven 26 Juil - 20:25

Le monde était vraiment petit ! Qui aurait-pu imaginer que je retrouve une connaissance de mon passé ici ? Au fur et à mesure que nous échangions, les souvenirs se faisaient de plus en plus précis. C'était comme une bouffée d'air frais, comme si on m'autorisait à m'échapper un peu de la vie pesante que je menais à Louisville. Quand j'étais jeune, en Afrique, le monde s'offrait à moi : j'étais libre d'aller et venir, libre de mes décisions, personne ne dépendait de moi, c'était ... une vie normale ! J'étais très actif aussi : j'adorais mon travail mais il ne m'empêchait pas de dormir ! Etre maire était un fardeau : alors je bataillais devant elle pour lui expliquer pourquoi devenir élu était ma passion, et pour lui prouver que j'adorais toujours ça. Je me mentais à moi-même : je n'étais pas préparé pour cette guerre anonyme et brutale et je n'avais pas les armes - sans mauvais jeu de mot - pour combattre. Juste mes mots et ma diplomatie. Il ne me restait pas grand chose et je me demandais souvent si j'étais à la hauteur de la tâche. Je doutais de plus en plus de mes compétences. J'espérais que cela ne se voyait pas trop ; j'étais gêné qu'elle me retrouve en tant que maire et que nous ne puissions plus retrouver cette "relation" que nous avions eue en touristes du parc Kruger.

*C'est du passé. Tu ne retrouveras plus rien parce que c'est impossible. C'est un temps révolu.* Cela me faisait de la peine de l'avouer mais nous n'avons plus que ce souvenir en commun. J'essayai de me renseigner sur son parcours, car je m’inquiétais pour elle mais apparemment je n'aurais pas du. Mes questions - insidieuses ? sans gêne ? trop personnelles - la firent froncer les sourcils.

« Je n’aurais pas dû me trouver ici, c’est le boulot qui m’a attirée au large de Saint-Lô et puis je suis arrivée ici. »

Sur le coup, je me trouvais à court d'inspiration pour relancer la conversation. Un "Mm... pas de bol alors ?" ne serait pas passé, si ? Subitement, je perdais de vue notre passé commun si lointain pour me rappeler que je ne la connaissais pas tellement que ça, et qu'elle devait se sentir aussi mal à l'aise en ma présence. *Oui vraiment, quel bonheur d'être maire ! Les gens se doivent d'être hypocrites sinon je vais augmenter les impôts !* Cette blague à deux euros ne me faisait même pas rire pour son absurdité.

"Euh... Je crois que personne n'a eu envie de venir ici." lâchai-je après un raclement de gorge un peu suspect. Puis j'ajoutais :
"Je suis désolé pour cette question idiote : je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie." Une image qui ne voulait pas dire grand chose, car j'ignorais encore quelles étaient ses séquelles et ses traumatismes. Et je ne lui demanderais pas ! Maintenant, il fallait changer de sujet, vite !

"Vous... euh... vous ... Comment vous occupez vos journées ?"
Cela me semblait une question pas trop personnelle, même si elle était mal tournée.


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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Ven 2 Aoû - 13:11

The past is a foreign country.

Visiblement, l’un comme l’autre semblait un peu gêné de cette rencontre. Annabelle avait peur de dire des bêtises devant Martin, qui était devenu maire de la ville et qui occupait donc un poste important, décisionnel et primordial. Déjà, elle avait fait implicitement comprendre qu’elle n’aimait pas la ville et son existence depuis qu’elle y était arrivée et qu’elle logeait là. Vivre chez les Fontaine n’aidait pas de toute façon à se sentir bien, surtout quand elle avait sans cesse le regard désobligeant de Mathilda sur elle, qui lui montrait de façon assez claire qu’elle n’était pas la bienvenue.

« Je m’en doute. En même temps, s’il n’y avait pas eu Louisville, nous serions sûrement tous morts sur les routes donc d’un côté, heureusement que la ville était encore debout pour nous accueillir. »

Voilà, tenter de lui faire croire que les habitants étaient tous heureux de nous voir. Même si c’était loin d’être le cas. Pour certains, les réfugiés ne faisaient qu’alourdir leur quotidien, se servant dans les réserves, utilisant leur eau et leur électricité, dormant sous leurs toits, alors qu’eux-mêmes devaient se rationner pour survivre. Franchement, parfois, Annabelle aurait voulu être morte sur les routes qui l’amenaient à Louisville. Au moins, elle n’aurait pas eu à subir tout ça. C’était presque plus pénible que la mort, cette situation.

« Ne vous inquiétez pas. C’est juste que tout le monde me pose toujours les mêmes questions, et je n’ai jamais été du genre à déballer ma vie, du coup, ça commence à me peser un peu. Mais ne prenez pas ça pour vous, vous n’y êtes pour rien. »

Les gens posaient toujours les mêmes questions. D’où venez-vous ? Comment êtes-vous arrivée ici ? Est-ce que vous avez été blessée ? Où logez-vous maintenant à Louisville ? Blablabla… C’était normal de poser ce genre de questions, et Annabelle savait qu’elle aurait dû se montrer un peu plus sympathique avec ces personnes-là, car elles, au moins, se souciaient un peu d’elle. Mais elle n’arrivait pas à encore totalement à oublier ces mains sur son corps, dans cette voiture, juste avant son arrivée à Louisville, et cela la bloquait complètement dès qu’on lui demandait comment elle était arrivée ici. Déjà, quelques personnes savaient son histoire. Elle n’avait pas pu s’empêcher de raconter ça à Estelle et à Hélène, deux autres réfugiées qui s’étaient retrouvées près d’elle lors des premiers jours. Elles avaient toutes subi des souffrances avant leur arrivée dans la ville de Normandie, et elles s’étaient confiées l’une à l’autre, tentant d’apaiser leur douleur. Ce qu’Annabelle avait aimé chez elles, c’est qu’elles ne l’avaient pas jugée. Elles avaient écouté sans mot dire, se contentant de le calmer grâce leur simple présence. Raulne savait aussi. Et ça, ça lui faisait mal et lui donnait honte. Mais le militaire avait été tellement direct avec elle qu’elle n’avait pas pu s’empêcher de tout déballer pour se justifier. Trois personnes qui connaissaient son secret, c’était déjà beaucoup. Alors hors de question de raconter à Martin aussi. Même s’il était plutôt sympathique avec elle et qu’il se faisait simplement du souci pour elle. Elle soupira à sa question.

« Pour le moment, pas grand-chose. Je voudrais aider la communauté mais je n’ai jamais rien fait d’autre que de prendre des photos. C’est mon métier et toute ma vie. J’aimerais trouver un travail, mais je ne sais pas où chercher. Puisque vous êtes maire, vous n’auriez pas une idée de ce que je pourrais faire ? Pour être utile ? »

Si elle trouvait un travail, elle était sûre qu’elle serait un peu plus acceptée par les habitants de la ville. Ça valait le coup d’essayer.

Hors-Jeu:
 

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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Mar 10 Sep - 20:31

Spoiler:
 

Notre conversation tombait un peu à plat et je m'en désolais. Il me semblait que je n'arriverais pas à retrouver cette complicité entre Annabelle et moi. Mes souvenirs restaient flous et lointains, mais nos discussions me revenaient peu à peu, une impression générale de bien-être. Je crois qu'autrefois en Afrique j'étais plus jeune, plus libre, de ma vie, de mes choix. Je n'étais pas encore séparé. Je n'étais pas encore maire. Constatation si simple. Et puis l'Afrique ... Un autre paysage, un autre horizon que la Normandie traditionnelle, la terre de mes ancêtres. Par cette comparaison amère, que reprochais-je ce jourd'hui à la France ? Savais-je au moins si le parc Kruger était toujours debout ? Si les bombes ne l'avaient pas dévasté elles aussi ? Peut-être les animaux s'étaient-ils échappés ? Allons, trêve de naïveté. De toute façon, il m'était impossible d'obtenir des informations sur ce qu'il se passait réellement en France, alors imaginez un peu l'Afrique ! Ce continent si lointain ! Nous voilà revenus au Moyen-Âge : ignorants des réalités du monde autour de nous, coupés du reste de la planète, survivants se démenant pour se nourrir, se chauffer, se défendre contre leurs ennemis... Est-ce que les Louisvillois cherchaient un roi pour les rassurer, un être possédant tous les pouvoirs pour les protéger et les aliéner, pour leur faire oublier la réalité ? Avais-je l'âme et la carrure d'un roi ? *Allons, tu divagues, Martin.*

Annabelle avait-elle besoin d'un roi ? Oui, assurément. Elle parlait de Louisville, comme d'un bastion, une forteresse, un phare pour guider les navires perdus, métaphore pour désigner les réfugiés toujours plus nombreux qui fuyaient la mort et le chaos. Je représentais alors plus un capitaine de frégate, de garnison... ou de prison ? Annabelle appréciait-elle vivre parmi nous ? Avait-elle seulement le choix ? Encore une fois, nous ignorions ce qu'il se passait au-dehors. Nous étions comme dans un huis clos, enfermés sur nous-mêmes. Pris dans le tourbillon effrayant de nos vies que nous ne contrôlions plus.

"Louisville s'est dressée comme un rempart bienfaisant sur votre route et vous n'avez eu d'autre choix que de rester ici, le temps qu'il faudra. Si toutefois cette ville se transformait ... et bien ... si vous ne vous y sentiez pas à votre aise, parlez-m'en et je ferai mon possible pour améliorer votre sort." déclamais-je d'un ton qui me parut solennel, trop, quasiment royal. L'idée d'être -temporairement - le roi m'avait séduite. L'idée d'être son roi aussi. Protecteur, je l'étais. Faible face aux grands yeux tristes ou farouches d'une femme, aussi.

Annabelle se situait plutôt du côté combatif de la féminité. Elle ne se morfondait pas sur son sort et paraissait vouloir aller de l'avant. Elle me demanda donc ce qu'elle pouvait faire pour aider. *Elle veut aider ?* Tout de suite, une myriade d'idées me vinrent en tête car il y avait en effet un milliard de choses à faire pour nous sortir la tête de l'eau. Mais ... Plusieurs sentiments se débattaient moi. Un, je ne la connaissais pas tant que ça. Je ne pouvais pas confier une tâche primordiale à une réfugiée qui n'appréciait pas notre ville aussi sûrement qu'un citoyen. Elle pouvait tout à fait s'enfuir du jour au lendemain. Il y avait des sujets qui concernaient seulement les Louisvillois et qui ne devaient pas s'ébruiter. Deux, quelque chose en moi me répugnait à lui imposer quoi que ce soit. Au lieu de ça, je répliquais sobrement :

"Oui, il y a moyen d'être utile ici. Les Louisvillois aiment toujours prendre un verre, manger un bout et se détendre. Si vous n'avez rien contre les restaurants, le Garde Côte cherche un ou une serveuse. Vous pouvez y présenter en disant que vous êtes envoyée par le Maire. Tenez..."
Je sortais un carnet, déchirais un bout de papier et inscrivais mon autorisation concernant Annabelle. J'ajoutais l'adresse du restaurant.
"Votre nom de famille ?" J'inscrivais "Dubois" et lui tendis ensuite le papier.
"Vous avez une autorisation de ma part et l'adresse du restaurant. Vous feriez mieux d'y aller tout de suite ; avant que le poste ne soit pris. Les postes qui se libèrent sont une aubaine pour nos chômeurs. "
Une manière de dire qu'un Lousvillois devrait plutôt prendre ce poste.
Je reculais et attendais qu'elle prenne congé. J'avais comme l'impression qu'elle ne resterait pas longtemps parmi nous.


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MessageSujet: Re: The past is a foreign country. [Livre I - Terminé]   Mer 18 Sep - 13:46

The past is a foreign country.

En observant les traits de Martin, c’était l’Afrique et ses paysages fabuleux qu’Annabelle avait devant les yeux. La Normandie avait laissé place à des souvenirs enfouis, des souvenirs heureux, plein de découvertes et de nostalgie. Elle avait souvent rêvé d’y retourner, mais elle n’en avait jamais eu l’occasion. Ce pays lui manquait. Comme Toulouse lui manquait actuellement. C’était fou à quel point on pouvait avoir envie de tout quitter pour voyager mais être autant apaisé lorsqu’on revenait chez soi. L’Afrique, elle l’avait visitée quand elle était à peine adulte, elle venait tout juste d’avoir dix-huit ans. Elle s’était émerveillée de tout, ayant encore derrière elle des yeux d’enfants qui, elle l’espérait, ne la quitteraient pas de sitôt. Elle n’avait pas envie de devenir une adulte avec des responsabilités, des horaires fixes de travail, un quotidien harassant et rempli de problèmes qu’on repoussait sans cesse. C’est pourquoi la photographie l’avait toujours attirée. Grâce à ça, elle avait toujours imaginé voyager sans cesse, exerçant le métier qu’elle avait choisi – et dans lequel elle était visiblement douée, puisqu’elle avait gagné de nombreux concours de photographies – et appréciant en même temps les découvertes que pouvait lui offrir le monde.

Mais voilà qu’elle se retrouvait bloquée à Louisville, petite ville normande qui n’avait rien à lui offrir de concret. Elle ne se plaisait pas ici, c’était inutile de le dire. Mais qui aurait cru que la guerre allait les laisser là, abandonnés et impuissants face à tout ce qui se passait dans le reste du monde ? Louisville était aussi bien une bénédiction qu’une prison. Et elle doutait de pouvoir s’en enfuir un jour. Penser à tout cela devant le Maire de ladite ville n’était peut-être pas très intelligent. Mais Annabelle se doutait qu’elle n’était pas la seule à penser à cela. Il devait avoir beaucoup de problèmes sur les bras en tant que haut responsable de cette ville. Un instant, elle le plaint. En plus d’assurer sa survie, il devait également assurer la survie de celle de tous ses concitoyens. Elle n’aurait voulu sa place pour rien au monde. Elle acquiesça quand Martin parla à nouveau, ne sachant pas exactement ce qu’elle aurait bien pu lui dire si jamais elle « ne se sentait pas à son aise » dans la ville. Elle ne pouvait décemment pas aller le trouver pour lui dire que sa vie ici ne lui plaisait pas alors que Louisville lui fournissait de quoi vivre, manger, se loger… Elle aurait été bien ingrate de le faire. Elle n’ajouta rien, ne trouvant rien à dire pour lui répondre.

Par contre, un sourire se dessinait sur son visage quand il lui parla d’un restaurant qui cherchait une serveuse. Voilà une opportunité !

« Oh oui ce serait parfait ! C’est vraiment très gentil de votre part ! »

Elle le regarda sortir un bout de papier pour y inscrire quelques mots et répondit « Dubois. » quand il lui demanda son nom de famille. Elle le vit l’ajouter sur la feuille, qu’il finit par lui tendre. L’attrapant du bout des doigts, elle regarda ce qu’il y avait noté, alors qu’il le lui disait en même temps. Elle mit le papier dans sa poche, réajustant la sangle de son appareil photo sur son épaule une dernière fois. Elle releva la tête pour lui faire un grand sourire, ravie d’avoir enfin une piste pour aider la communauté. Elle n’aimait pas rester à ne rien faire. Déjà enfant, elle était toujours occupée à faire quelque chose, ses parents n’aimant pas qu’elle reste sans occupation, car sinon elle finissait toujours par les embêter. Du coup, elle avait été habituée à s’occuper dans son coin, laissant souvent libre court à son imagination. Et là, depuis son arrivée à Louisville, elle avait été un peu perdue car tous ses repères s’étaient évaporés et, le comble, elle n’avait pas d’utilité avec son appareil photo en main. On avait besoin de main d’œuvre, et pas d’une petite photographe. Alors cette opportunité que Martin lui offrait à présent, elle comptait bien la saisir. Avant de partir, elle se sentit obligée de remercier le Maire.

« Merci encore, c’est super gentil à vous. Je vais y aller tout de suite oui. Je… je suis contente de vous avoir revu, ça fait toujours plaisir de revoir des têtes connues. Surtout ces temps-ci. J’espère qu’on sera amenés à se revoir. »

Puis, lui lançant un dernier sourire, elle se détourna de lui, laissant juste échapper un « Passez une bonne fin de journée. » avant de prendre la route du restaurant qui, elle l’espérait, allait pouvoir l’accueillir en son sein pour satisfaire son envie d’être utile à la petite communauté qu’elle avait rejointe. Peut-être qu’elle allait enfin faire changer l’avis des gens sur elle si elle se mettait à les aider comme elle le pouvait. Elle avait envie de s’intégrer à la population de Louisville, parce que survivre seule, elle en était incapable.

FIN
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