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MessageSujet: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 6 Avr - 11:08

    Ma nouvelle vie dans la maison des Beaumort semblait m’apaiser, mais j’avais l’impression que je ne pouvais pas être moi-même, de peur peut-être qu’Elena me jette si elle me voyait disjoncter ne serait-ce qu’une seule fois. Je l’avais aidé avec son consentement pour ranger un peu la maison et la nettoyer. J’essayai de tout faire pour que ma présence ne la dérange pas trop, et bizarrement parfois la solitude me manquait. Ce brusque changement d’une chambre d’hôtel étouffante et tellement vide à une maison qui me paraissait immense où l’on vivait désormais à deux était presque trop rapide. Pourtant je lui en étais reconnaissante de m’avoir offert un toit. Mais il me fallait mes moments de solitude, de plénitude que je ne trouvais finalement pas. Il me fallait de temps à autre sortir pour sentir l’air de plus en plus glacial me frapper le visage et me ramener encore plus à la réalité. J’étais donc partie faire un tour, m’aérer la tête même si je savais pertinemment que ça ne changerait rien sur comment je me sentais.

    Je fis le tour de la ville, évitant scrupuleusement de passer devant la Mairie qui me rappelait trop de mauvais souvenirs… ou de trop bons. Je ne voulais pas de nouveau avoir à repenser à cette fameuse nuit, où je m’étais complètement fourvoyer. J’avais peut-être perdue la tête à cause de tout ce chaos, peut-être avais-je des crises de folies, comme les gens que l’on pouvait enfermer dans des asiles. Je soupirais. Au moins, ce qu’il s’était passé m’avait peut-être remis sur les rails ou du moins calmé pour un cours instant. Car je ne cessais pas de penser à partir pour retrouver Mickaël, ne serait-ce que pour m’éloigner de cette ville, mais surtout d’une certaine personne en réalité. Je voulais au moins me promener sans avoir à le rencontrer, était-ce trop demander ?
    Mes pas me dirigèrent vers la gare ferroviaire. Peut-être était-ce mon désir d’évasion qui me poussait à venir en ces lieux ou que j’aimerais voir un train arriver pour me faire découvrir que tout cela n’était qu’un cauchemar, et rien de plus. Que je partirais d’ici définitivement pour rejoindre Saint-Malo, et tout redeviendrait normal et d’une banalité profonde que je convoitais énormément. Et tout le reste resterait derrière moi, du moins je l’espérais…

    Je quittais la gare dans l’intention de rentrer, cela faisait bien plus de deux heures que j’errais et je commençais à sentir le froid m’envahir. Le silence m’entourait hormis le fait que mes oreilles s’étaient habituées au bruit quotidien qui me rappelait toujours que la guerre n’étais pas loin. Mon instinct me fit prendre un chemin différent, me retrouvant à passer devant un poste de surveillance fabriqué par les militaires. Il y avait une barrière qui me paraissait affreusement minime en bois, barbelés et bidons divers. Ça en était presque amusant, c’était censé nous rassurer ? Mon regard se porta sur les abris de chaque côté, et lorsque je compris qu’il y avait des militaires postés à l’intérieur, je m’empressais de continuer mon chemin, ne souhaitant en aucun cas savoir si Philippe était là. Mais alors que je pressais le pas, j’entendis les militaires s’agiter, et bizarrement, ça me fit revenir en arrière. Curiosité ou destin ? Il s’agitait de plus en plus, alors mon regard se porta au loin, vers la route où je vis comme une ombre au loin, une silhouette qui se dessinait de plus en plus…
    Mon cœur fit un bond et jamais je n’avais ressenti autant d’euphorie en moi qu’en cet instant. Etait-ce vraiment la réalité ? Ou mon subconscient qui me jouait des tours ? Un mirage ? Ou je devenais vraiment folle. Mais au fur et à mesure que la silhouette s’avançait, je ne pouvais plus douter. C’était lui, enfin ! Dieu que ça me faisait plaisir de ressentir tant d’émotion positive en même temps. Je n’en revenais pas, c’était presque un miracle ! Je cru m’évanouir. Je le voyais courir vers notre ville et j’avais déjà un grand sourire aux lèvres pour l’accueillir à bras ouvert. Je me voyais déjà dans ses bras, l’embrassant en pleurant tellement j’aurai été heureuse. Je voyais mon avenir autrement avec lui à mes côtés, j’aurai certainement moins peur, je ne serai plus seule, et je me retrouvais enfin. J’avais l’impression que la guerre n’existait plus. Mes yeux le fixaient, il courrait vers nous, vers moi. Mes yeux se fronçaient lorsque je le vis en possession d’une arme qui avait l’air d’être assez grosse. Je n’étais pas en mesure de l’identifier, et je me demandais pourquoi il s’agitait de la sorte, mais mon plaisir de le revoir à nouveau m’arrêta dans ma réflexion. Et j’étais à mille lieues de me douter de l’atrocité dont j’allais être témoin…

    D’un seul coup, les militaires s’agitaient encore plus, je jetais un rapide coup d’œil vers les casemates mais ne voyait pas ce qu’il s’y passait. Puis, un coup de feu, violent, brutal, me faisait sursauter. Soudain, je réalisais qu’il pouvait tirer dans une seule direction. Ma respiration se bloqua et immédiatement mes yeux cherchaient mon fiancé. Au moment où je le vis vaciller au loin, mon cri fut perçant, profond, et je ne pu me résoudre à rester là à ne rien faire. Je voulais leur dire d’arrêter, de stopper tout, qu’il n »était pas un danger. Mais mes jambes se crispèrent brusquement. Je courais pour le rejoindre. Peu importe qu’il y ait une barrière ou qu’il était possible qu’ils tirent de nouveau. Rien ne m’arrêtait dans ma course effrénée pour le rejoindre, je poussai la barrière sur un coup d’adrénaline et m’arrachait les mains et avant-bras au passage avec les barbelés. Je ne ressentais pas la douleur et continuais à courir en ligne droite vers Mickaël qui venait de s’écrouler. Je ne savais guère comment j’avais pu parcourir en aussi peu de temps une assez longue distance, mais j’arrivais à lui presque aussitôt. En voyant qu’il avait été touché au thorax et que son sang s’échappait rapidement de lui, je ne pu réprimer mes larmes. Instinctivement je mis mes deux mains sur sa plaie pour retenir le sang qui s’écoulait toujours plus vite. Je le regardais et je fus surprise de le voir me faire un sourire resplendissant en me voyant à ses côtés.

    « Ça va aller, ne t’inquiètes pas. Je… »

    Ma voix était tremblante, mon cœur battait la chamade et j’avais l’impression qu’il ne cessait de s’accélérer. La vue du sang abondant sur mes mains m’était plus qu’insupportable, mais j’essayais de tenir le coup. J’avais aperçu l’arme qu’il tenait toujours dans sa main, mais le risque vital qu’il puisse mourir d’un moment à l’autre me fit appeler à l’aide, dans un hurlement de désespoir.


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Lun 8 Avr - 13:50

[HJ : si vous avez des questions ou si j'ai fait une connerie, ma boite a mp est là pour ça  )


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    Je surveillais la ligne d'horizon à l'aide de jumelles. Rien à signaler. Les collines boisées qui encadraient la route en face de notre propre position étaient toujours vides, personne à signaler. Sur ce poste de surveillance ci, il y avait de moins en moins de réfugiés qui arrivaient du nord. La guerre devait les happer sur la route au fur et à mesure qu'ils arrivaient dans notre direction. D'ailleurs, par dessus la ligne d'arbres, on apercevait parfois quelques flashs lumineux suivis toujours du même tonnerre lointain de l'artillerie ou de tirs de missiles. Le poste était calme. Deux casemates en bois creusées dans le sol assuraient la couverture et le camouflage de la position, qui nous avait permis d'établir un barrage routier fait de bric et de broc. Prolongeant nos légères fortifications de campagne pour mettre d'éventuels tireurs à couvert, quelques mètres de tranchées partaient des casemates en ligne droite, chacunes dans une direction opposée à la route. Ainsi, si une force ennemie arrivait par la route, nous serions susceptibles de pouvoir abriter pas mal de tireurs dans nos retranchements, et mitrailler la route. Dans la première casemate, je buvais une tasse de mauvais café, brûlant et fort. Il y en avait encore en train de passer dans une chaussette tandis que l'eau bouillait sur un réchaud à gaz, sur une petite table que j'avais piqué à la mairie. La casemate était assez spacieuse, trois mètres sur trois. On pouvait tenir à plusieurs dedans. En batterie face à la route, une mitrailleuse légère, armée et prête à faire feu. Avec moi, Bandat. Je savais que Talbert et Bertin étaient dans l'autre casemate. Bandat surveillait la route, elle aussi, tout en semblant nettoyer son arme. J'étais de mauvaise humeur et ne lui avait adressé que quelques mots en arrivant pour inspecter notre fameuse « ligne de résistance », un simple checkpoint retranché sur la route. Je vidais ma tasse d'un trait et reprenait mes jumelles. C'est alors qu'un mouvement m'interpella, plus haut sur la route. Un type avançait sans aucune précaution, avec un fusil entre les mains. Il courait, même.


    | Hé, psssst... Bandat, on a un client. |


    La belle se tourne vers moi, fusil à la main. Le mec continue de courir vers nous. Difficile à dire, s'il est dangereux ou simplement en fuite. Je fais signe à Bandat de surveiller notre nouveau Forrest Gump pendant que je sors de la casemate, grimpe par dessus le caillebotis et fais signe à Talbert et Bertin d'ouvrir l'oeil. Si le mec coure vers nous et que c'est un ennemi, ce sera probablement pas notre seule mauvaise surprise de la journée. Si c'est un réfugié qui s'est dégoté une arme il doit bien avoir une raison pour s'enfuir dans notre direction. Je prends le mégaphone que j'ai trouvé à la mairie, retourne à l'intérieur de la casemate, et crie


    | Arrêtez vous ou nous ferons feu ! Armée Française, Arrêtez vous! |


    Le mec courre encore. Je lâche un juron, et recommence mon injonction.


    | Arrêtez vous bordel, où on tire! |


    Mes paroles restent lettres mortes. Je me tourne vers Bandat.


    | Flingues moi ce connard. On prend aucun risque. |


    Marre de perdre des hommes pour des conneries. Le coup de feu claque ; l'homme s'écroule. C'est là que je vois une silhouette pousser la barrière de barbelés en s'esquintant les mains et courre vers le corps. Je sors de la casemate, hurlant à tout le monde de ne pas tirer. Bordel de merde, qu'est ce qui a pris à cette garce d'Eléanore, de courir à découvert vers un type potentiellement dangereux ? Je confie à Bertin la mitrailleuse dans sa casemate pour nous couvrir, et siffle Pour que Talber et Bandat me rejoignent. A trois, on coure vers le mec tombé, qu'Eléanore prend dans ses bras. Merde alors, qu'est ce que ?


    | Merde ! Talbert, vois ce qu'il a ! |


    Je me tournais vers Eléanore.


    | Putain mais tu nous fais quoi, là, tu le connais? |



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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Jeu 11 Avr - 13:30

    Et bien, ces petites murailles que nous avions construit pour fortifier la ville n'avait pas tellement fière allure mais c'était mieux que rien, les intrus n'oseraient peut être pas franchir le seuil de la ville. Je ne savais pas trop. Raulne et moi étions à côté à surveiller les environs de la ville mais je doutais que quelques choses apparaisse véritablement devant nos yeux. Tout était désert à plusieurs kilomètres à la ronde, qu'est ce que nous pouvions vraiment faire à part glander ? Je trouvais cela fort peu utile, mais en même temps, il le fallait, alors je ne disais rien. Les réfugiés se faisaient si rares ces derniers jours comme si tout le monde avait réussi à trouver un abri, à moins que tout le monde soit mort sur la route ou quelques parts à force de n'avoir rien à manger. En fait, cela m'était égal, nous étions bloqués dans ce trou à rat et la nourriture commencerait à manquer chez nous aussi, bientôt il faudrait sacrifier les enfants pour avoir de la viande. Quand je pensais à cela, je souriais intérieurement, je ne voulais pas en arriver là, nous n'étions pas des cannibales, mais bon, certains en temps de crise sont tellement fous qu'ils seraient bien capables de passer leur fils ou leur fille par le feu pour pouvoir manger. L'être humain est tellement égoïste quand il le veut bien.

    Bref, je surveillais la route, mais il n'y avait rien à signaler alors je décider de nettoyer un peu l'extérieur de mon arme tout en ayant un oeil sur la route, on ne sait jamais. Il suffit de quelques secondes d'inattention pour se faire tuer ou gravement blesser. C'est alors que Raulne me dit que nous avions un client. Le sourire vint alors sur mes lèvres, enfin du monde, un réfugié ? Apparemment non, le bonhomme courait vers nous avec une arme entre les mains. Putain mais il faisait quoi le type ? Il voulait se faire trouer la peau en un rien de temps ? Il semblait être trop loin pour nous voir pour le moment alors nous n'agissions pas mais s'il avançait de trop près, je lui trouerais la peau sans aucune once de remords. Nous sommes donc sur le qui-vive. Raulne prends le mégaphone pour dire au mec de ne pas aller plus loin sous peine d'une première sommation. L'homme ne semble rien entendre. Je reçois l'ordre de lui tirer dessus ce que je fais immédiatement. Je vise droit, je le touche de plein fouet, le type s'écroule. Nous n'avons pas attendu très longtemps avant de tirer, le type n'avait peut être pas réalisé qu'il y avait des militaires droit devant. Enfin bon, ce n'est pas très important, nous avons eu notre ennemi d'un seul tir. Puis soudain, une blondasse arrive de derrière passant à travers les barbelés s’abîmant les mains sans doute au passage pour courir vers le type. Je la connais, sans plus, elle fait partie des habitants de la ville. Mais qu'est ce qu'elle fout ? Elle court droit vers le type que je venais de flinguais. Avec Raulne et Talbert nous la suivons, Bertin nous couvre au cas où. Elle prends le type dans ces bras appuyant sur la blessure, je ne l'ai pas manqué, il a été touché en pleine poitrine. Raulne ne fait pas dans la demi mesure et demande à la blondasse si elle connait le type. Sans doute vu comme elle agit avec lui. Et merde ...
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Jeu 11 Avr - 22:05

Pour une fois, j'en regretterai presque de ne pas vadrouiller du côté de l'hôpital de Louisville. Surveiller les alentours immédiats du village est une mission capitale, certes. Mais depuis que l'afflux des réfugiés s'est calmé, il n'y a pas grand-chose à faire. Presque ennuyeuse maintenant. Non pas que je préférais canaliser les foules essayant d'entrer en masse, mais ça serait toujours mieux que d'attendre, fusil levé vers le lointain, une improbable invasion.

C'est sur ces pensées que je le vis. Un homme, seul, armé. Courant vers nous. Je tapote l'épaule de Bertin pour qu'il le mette en joue et attendis. Ce n'était pas à moi de prendre la décision de quoi que ce soit, et lorsque le Lieutenant arriva à notre hauteur pour nous signaler de le tenir bien en joue, je répondis par langage des signes par l'affirmative. Notre supérieur lui hurla de s'arrêter par le mégaphone une première fois. Je crispe mes mains sur mon arme en me mettant à parler dans ma tête au type.

Allez, arrête toi, fais pas le con. Arrête toi. Il vient de te le demander une seconde fois; Y'aura pas de troisième. On va l'faire. On va tirer. Arrête toi, arrête toi...

Il ne s'arrête pas. Bandat, la tireuse d'élite du régiment, fait feu. Un unique coup de feu qui cueille notre agresseur en pleine poitrine. Je continue de le fixer, le regardant tomber comme au ralenti, à-travers la lunette de mon FAMAS. Puis il se passe quelque chose d'autre, quelque chose que je ne comprends pas immédiatement : une autre silhouette court, en sens inverse. Instinctivement, je la suis du viseur, le doigt sur la gâchette, jusqu'à ce que Raulne ne nous invective de ne pas tirer. Mon index quitte immédiatement sa position, et j'ai l'impression d'être un robot tant mon corps réagit de lui-même aux ordres : je me relève, attrape mon casque en l'enfilant d'une main, pour suivre le Lieutenant et Bandat, couverts par la mitrailleuse de Bertin.

La jeune femme qui a traversé la route pour rejoindre l'hostile est déjà à sa hauteur, les mains ensanglantées. Elle le prend dans ses bras alors que nous arrivons nous aussi, et c'est là que je la reconnais, pour l'avoir soignée à de multiples reprises. Cette fois, ce sont ses mains qui ont souffert, mais ce ne sont pas sur elles que le Lieutenant me demande de me concentrer, mais plutôt sur le type qu'on vient d'abattre. J'écarte fermement mais sans brusquerie Eleanore pour m'occuper du blessé.

Qu'est-ce qu'il a ? La phrase aurait pu être cocasse. Ce qu'il a, c'est une balle dans la poitrine, et une sacrément mal logée. Enfin, ça dépends du point de vue. De celui de la tireuse, c'est un carton plein. Du mien, c'est un cauchemar médical. Je pose mon fusil à terre pour tirer mon couteau de cheville, découpant avec précaution la chemise du type, dévoilant la blessure qui pisse le sang. Pas besoin de vérification supplémentaire, il a été touché au poumon. Où précisément je n'en sais rien, mais il est perforé. Je n'hésite qu'une fraction de seconde avant de sortir un morceau de drap blanc pour essayer de contenir l'hémorragie. Je tâte son dos, et retiens un rictus de déception. La balle n'est pas ressortie. Et impossible de la trouver. De ma main libre, je sors une petite lampe torche que je cale entre mes dents pour essayer de voir la blessure davantage, un scalpel écartant précautionneusement la chair ouverte. Un éclat métallique confirme un diagnostic qui s'alourdit de seconde en seconde : le projectile a éclaté, laissant des morceaux aussi mortels les uns que les autres à l'intérieur. Je relève le visage vers Raulne en reprenant la lampe.


- La balle est toujours à l'intérieur, en morceaux. Poumon perforé, hémorragie. Si on ne l'opère pas très vite, il va y rester ! dis-je, plus pour Eleanore que pour le Lieutenant, à qui j'adresse un infime mouvement de la tête, pour lui faire comprendre qu'il n'y a en réalité que très peu d'espoir, ne serait-ce qu'il survive à son transport à l'hôpital.

Je regardais de nouveau l'homme en tâchant qu'il bouge le moins possible, les draps, substituts aux bandages règlementaires se couvrant rapidement d'écarlate, alors que je me demande si je peux l'opérer à moi tout seul dans le cas présent. La réponse de l'Ecole de Médecine fuse aussitôt : non. Ce coin est inadapté, propice aux infections, et une opération sans personnel spécialement formé revenait à un échec quasi garanti. Mais dans le cas présent, je doutais avoir le choix.

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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 12 Avr - 19:35

    Je revoyais la scène comme si je la vivais encore et encore. J’entendais encore les militaires s’agiter, quelqu’un lui dire d’arrêter alors que la silhouette ne s’arrêtait pas. Je ne l’avais pas reconnu à ce moment-là, me demandant pourquoi cette personne ne s’arrêtait pas sous les ordres du militaire ; il voulait se faire flinguer ? Mais après que chaque trait m’est apparu soudainement très familier, je reconnu enfin Mickaël. J’avais eu la très nette impression que la guerre n’existait plus et qu’il n’y avait que l’amour que je portais pour lui désormais. Je sentais déjà en moi le bonheur immense des retrouvailles, lui aussi allait être surpris de me retrouver. Je voulais simplement qu’il me serre dans ses bras et qu’il ne me lâche plus, plus jamais. Un premier avertissement, un second puis… le tir qui siffla dans mes oreilles comme si la balle avait frôlé mon oreille. Je n’avais rien compris, il était déjà par terre. Je le vis s’écrouler au ralenti, et mon cœur fit un bond et s’accéléra aussitôt, tenant un rythme fou pendant un cours instant, m’incitant à courir vers lui. Il fallait que j’évacue par l’effort et il fallait que je le retrouve, à tout prix. Aucun obstacle ne pouvait arrêter ma course effrénée.

    Mon appel à l’aide dans un cri désespoir se fit entendre. Bien que je ne souhaitais pas que les militaires l’approchent étant donné que c’était eux les criminels à l’origine de sa blessure. Je restais figée au-dessus de mon fiancé. Je lui avais sorti que tout irait bien mais je n’en savais absolument rien. J’entendis une voix qui me paraissait lointaine mais pourtant si proche. Je n’avais pas réalisé à sa première phrase, mais lorsque la voix s’éleva de nouveau, je compris qui s’était. Son questionnement par rapport à ce que j’avais fait me laissait folle de rage. Je ne quittais pas mon regard du visage de Mickaël qui n’arrivait pas à parler, et ne cessait de comprimer avec mes mains la plaie ensanglantée même si j’avais l’impression que le sang ne s’arrêtait pas de couler.

    « Qu’est-ce que t’en a à foutre, c’est toi qui l’a abattu ! »

    Ma voix se fit froide et emplit d’une haine profonde. J’aurai voulu que les rôles soient inversés, pour qu’au moins je puisse savourer le moment des retrouvailles. A part ça j’étais terrifiée à l’idée de le perdre, terrifiée à l’idée de savoir comment je basculerais après sa mort. Comment pourrais-je vivre s’il me laissait là, toute seule dans cette ville ? Comment ne pourrais-je pas penser à me donner la mort ? Il y eu un gémissement qui arrêtait mes pensées d’un seul coup. Preuve qu’il était vivant mais la mort le guettait inlassablement. Je voulais qu’on me le restitue, s’il fallait un miracle, je le voulais maintenant. Diable ! mais pourquoi ne se passe-t-il rien ?!
    Mes larmes ne pouvaient pas être retenues, même si je l’avais souhaitée. J’avais peur, terriblement peur et je crispais un peu plus mon appui, comme si ça allait tout résoudre. Puis un militaire m’écarta, me forçant à brusquement revenir à la réalité. J’étais comme dans une phase étrange, une somnolence, un autre monde qui était entre lui et moi. Je ne voulais pas le quitter, je ne voulais pas cesser de le toucher, car peut-être était-ce la dernière fois que sa peau sera chaude, que son sourire sera beau et sincère, que son regard sera embrasé en me voyant. Je ne savais pas comment il faisait pour ne pas pleurer, ni même être paniqué. J’avais l’impression qu’il était apaisé. Je glissais vers sa tête, alors que le militaire coupait le vêtement pour inspecter la plaie. Je n’osais pas le prendre, de peur qu’il ne suffoque encore plus, alors je lui pris sa main droite de libre, la salissant de son sang et du miens que je ne voyais plus mêlé au sien. Je ne ressentais pas la douleur de mes avant-bras que j’avais fort bien écorché, je ne ressentais que la terreur de le perdre. J’avais l’impression de ne plus respirer, que ma vie ne tenait aussi qu’à un fil… qu’aux mains du médecin présent.

    Ses mots me frappaient avec tellement de poigne que je cru que j’allais y rester. Je serrais la main de Mickaël si fort que je m’en fis mal moi-même. Mon regard se porta sur le militaire qui avait si soigneusement diagnostiqué la blessure. Ses derniers mots restaient dans ma tête et résonnaient à outrance. Je cru que j’allais exploser, que ma tête ne supportait pas cette réalité, que je sombrais petit à petit dans l’inconscience, dans une folie qui se verrait démesurée. Alors mon désespoir parla encore.

    « Mais qu’est-ce que tu attends ? Fait quelque chose bon dieu ! »

    Je rapprochais ma tête de son visage, pleurant desespéremment. Il essaya de parler mais aucuns sons ne sortirent si ce n’est que des grognements sourds. Il cracha du sang. Je lui indiquais de ce taire car j’avais compris ce qu’il m’avait dit… de ne pas m’inquiéter. Comment je pourrais dans cette situation ? Ça m’était impossible. Si je pouvais remplacer sa vie par une autre, je le ferais sans réfléchir !
    Si un dieu existait vraiment, j’espérais qu’il épargne sa vie… m’épargne. N’avais-je déjà pas assez souffert ?


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Lun 15 Avr - 13:34

    Bandat est silencieuse à côté de moi. Elle fait en sorte sans doute de ne pas faire de vagues. Ou alors, est elle choquée de ce qu'elle a encore dû faire sous mon ordre ? Je n'en sais rien ; C'est une possibilité comme une autre. Après tout, elle a déjà dû flinguer des civils sur la route, et je sais que même si elle n'est pas celle qui a le plus exprimé ses sentiments vis à vis du carnage, elle n'en est pas moins touchée, comme les autres de l'unité. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête. L'espace d'un instant bien éphémère, je m'interroge sur ce qu'il se passe réellement dans l'esprit de la jeune femme. Elle est sûre d'elle, c'est un fait. Elle m'a déjà fait des propositions plus ou moins explicites aussi. Pourtant, je ne sais pas grand chose de la tireuse d'élite. Je la sais efficace, mais je ne sais en fait rien de plus. Je n'ai aucune idée de ce qui fait sa vie civile, si elle a une famille, ou une autre passion que celle de me provoquer sans cesse par ses coups d'oeil et ses petits sous entendus pas si anodins que cela. La situation se rappelle à elle même quand je voie Talbert bousculer doucement Eléanore qui pleure toujours, pour s'occuper du blessé. Quand je m'approche, je vois à quel point le type est touché. Merde alors. Bandat est vraiment bonne. Le professionnel de la mort que je suis sait reconnaître un tir précis et mortel quand il en voit un. La blessure était large, profonde, les tissus étaient largement endommagés. Les os aussi. Y'avait de sacrés dégâts. Et je reconnaissais aussi ce que l'expérience ajoutait à mon absence totale de connaissances médicales. Le mec allait mourir, c'était presque certain. Je n'avais jamais vu qui que ce soit blessé de la sorte qui s'en sortirait d'une manière X ou Y. Bandat avait fait un carton, et vue la réaction d'Eléanore on venait de tuer un civil de plus. Putain de merde. Je regardais ce pauvre con sombrement. Avant de comprendre. Putain, ce pouvait il que ce soit... ? Talbert essaie de reconnaître un maximum l'ampleur des blessures infligées pour pouvoir au mieux les soigner. Je croise le regard de Talbert et je reconnais dans ses yeux la vérité que je cherchais. Le mec est foutu. Je sais pas si je dois hurler ma frustration ou laisser éclater une certaine joie sauvage à l'idée que ce soit lui en particulier. J'analysais la situation, et me tournais vers Bandat.


    | Jenna, occupes toi de Valiosky, retiens là. Fais la souffler. Elle aide pas, là. |



    Je savais qu'Eléanore se débattrait, mais je n'avais pas réellement le choix. Je m'accroupis à côté de Talbert, qui s'afférait à faire de son mieux. J'étais quelqu'un de juste, mais cruel. Pragmatique au possible. J'allais condamner toutes les chances de cet homme. Je vins souffler quelques mots à l'oreille de Jean Baptiste.


    | S'il est foutu, ne gaspille pas ton matériel ou nos fournitures pour lui. On en aura peut être besoin plus tard quand ça pourra faire la différence. |


    Un détail retint maintenant mon regard.


    | Comment ce mec a trouvé un fusil américain? |



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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 19 Avr - 12:22

    Ces situations n'étaient jamais très confortable pour nous militaires. J'avais tiré sur ordre de Raulne sans me poser plus de questions sur un ennemi en approche, quoi de plus normal ? Mais il avait fallu que cette blondasse cours dans la direction du type pour pleurer sur son corps qui était encore en état mais bientôt mort. La balle qui s'était logée dans sa poitrine n'était pas ressortie, elle semblait avoir perforé un poumon selon les propos de Talbert, autrement dit, avec l’hémorragie qu'il avait, il n'en avait plus pour longtemps. D'habitude, je serais fière de moi, l'avoir eu aussi bien dans une distance raisonnable me comblait mais là, ce n'était pas le même cas de figure puisque le type ne semblait pas être un véritable ennemi. Mais bon, il n'avait qu'à écouter nos avertissements et puis il avait une arme, s'il n'en avait pas eu peut être que nous n'aurions pas tirer mais là, je l'avais fais. Selon les paroles de Talbert, le mec était presque mort, un trou et il serait enterré vite fait, bien fait, il n'en fallait pas plus. Nous allions perdre notre temps, je le sentais bien. Déjà que j'avais bousillé une munition pour un type qui n'en valait pas la peine, j'avais envie de dire quelques choses mais je ne voyais pas ce que je pouvais dire en pareil circonstance, je n'avais fait qu'appliquer les ordres. Mon silence serait peut être mal perçu mais je m'en fichais pas mal. La blondasse pleurait sur cet homme qu'elle connaissait bien apparemment, peut être qu'ils étaient ensemble, mais en tout cas, elle voulait absolument que Talbert fasse quelques choses pour le sauver même si c'était peine perdue de toute évidence. Elle allait devoir s'y faire. Raulne me demanda donc de m'occuper de Valiosky car elle n'aidait pas. Je prenais donc la blondasse par le bras.

    " Venez, laissez les agir, soufflez un peu, il faut vous calmer. "

    Je l'avais tirer un peu de force du dessus du corps de l'homme en train d'agoniser. Cela ne lui plairait pas, mais je ne faisais qu'obéir aux ordres. Nous nous écartions de quelques mètres, histoires que ces gémissements ne déconcentre pas Talbert si jamais il décidait d'agir sur le corps. J'entendais Raulne dire que si l'homme était trop gravement blessé, qu'il ne servait à rien d'agir. Il avait raison, nous n'avions pas du matériel médical à l'infini.

    " Je ne sais pas qui est cet homme pour vous mais nous l'avons averti que nous allions tirer et il n'a pas arrêté sa course, ni déposé son arme, il était donc potentiellement dangereux. "

    Ouais, je ne sais pas si ces propos la réconforterait, mais je n'étais pas forcément des plus douées pour réconforter les gens, surtout quand la perte n'était pas tout à fait effective mais qu'elle allait arrivé et donc qu'elle était toute fraîche. Je l'aurais bien prise dans mes bras mais je n'étais pas dans ce genre de mouvance. Enfin, je sais pas, j'avais pas l'habitude d'étreindre les gens en général; j'étais juste un soldat, point barre !
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 19 Avr - 20:31

La situation empirait de secondes en secondes. D'un côté la femme qui m'exhortait de faire quelque chose, tandis que de l'autre elle revenait sur lui, m'empêchant d'avoir la voie libre. Ce que je devais faire ? Oh, je savais ce que je devrais faire, s'il s'agissait de l'un des nôtres, et s'il n'était pas aussi gravement atteint. Non, le problème, c'était que je devrais utiliser une grande partie de nos maigres ressources pour un résultat incertain. Plus qu'incertain même. Je me force à la concentration alors que Bandat emmène Eléanore ailleurs.

Je reviens aussitôt au-dessus de lui, alors que toute mon expérience, tout mon corps, tout ce qui peut hurler à l'intérieur de moi me crie qu'il est foutu. Je n'ai pas le matériel, pas le temps, pas d'assistants qualifiés, et la blessure est trop grave pour une opération en plein air. Le lieutenant se penche vers moi pour me souffler de lâcher l'affaire. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Le manque de matériel se fait de plus en plus criant chaque jour, et le dépenser pour un cas désespéré… Surtout sur un civil. Je me hais pour cette pensée, mais il n'est pas un combattant. Il n'est qu'un civil n'ayant pas obéi à nos instructions. Il a mis en danger notre sécurité en même temps que la sienne. Je ne le connais pas. Et j'ai beau défendre la vie, je suis un soldat. Un infirmier militaire. S'il s'agissait d'un soldat, je n'aurai aucune hésitation quant à donner tous les moyens nécessaire pour essayer de le ramener. C'est le soldat qui forme une guerre. Pas le civil. Je détourne le regard de la plaie, en acquiesçant du chef, incapable de regarder dans la direction d'Eléanore.

Je ne la connais pas bien, mais je l'ai déjà soigné. Le blessé doit être quelqu'un qu'elle connaît particulièrement bien. Quelqu'un de sa famille peut-être ? En tous cas, cette personne lui est importante… Et je ne peux décemment pas le laisser en attendant que ses poumons se remplissent de temps sans tenter quelque chose. Je sors une pince aseptisée et reprend ma lampe torche entre mes dents, écartant avec précaution le drap ensanglanté. Si je retire les éclats, peut être qu'il aura une chance. L'idéal serait qu'il soit endormi, mais vu ce que je vais faire, il sombrera dans les vaps d'ici pas longtemps.

Il commence à hurler dès que ma pince fouille sa peau. Je repère soigneusement les éclats métalliques en les retirant doucement pour le jeter derrière moi. Certains ont cautérisé des vaisseaux sanguins, ce qui peut constituer une bonne chose : une perte trop abondante de sang le tuera aussi sûrement que la blessure en elle-même. S'il survit à ça… Peut-être qu'il aura une chance, via perfusion sanguine.

Je me remet à espérer en écartant le chair pour y trouver le coeur de la balle. Qui n'est d'ailleurs pas difficile à trouver. Logée contre l'os qu'elle a brisé, elle n'est plus identifiable en rien. Je l'extrais délicatement, l'examinant sous ma torche brièvement avant de la lancer au loin. Il ne reste plus qu'à trouver les derniers fragments. J'en trouve de multiples, mais plus j'en trouve, plus j'ai du mal à comprendre pourquoi il perd autant de sang. La blessure au poumon est certes impressionnante, mais elle ne devrait pas produire une telle effusion. Et je n'ai pas le temps d'interroger Eléanore sur les antécédents médicaux de ce type, il faut juste espérer qu'il ne soit pas hémophile…

Puis je comprends. Brutalement. Il n'est pas hémophile. Le mystère s'éclaire. L'artère a été sectionnée. Une goutte de sueur perle à mon front alors que mes mains commencent à s'agiter de tremblements imperceptibles. Je ne l'avais pas vu. Désormais je ne vois que ça, mais auparavant je ne l'avais pas vue. Je me suis trompé dans mon diagnostic. Et s'il était plus ou moins foutu, j'ai aggravé son cas en cherchant des éclats sans la clamper d'abord. Il aurait perdu moins de sang, et l'hémorragie aurait pu être contenue. Le sang bouillonne, l'homme crachote, avant de s'agripper frénétiquement au sol. Puis il retombe au sol et ne bouge plus. Les derniers soubresauts de son organismes tentent désespérément d'envoyer du sang et de l'oxygène au cerveau, mais c'est fini.

Je baisse la tête en enlevant de ma bouche la lampe torche, empoignant les draps souillés avec rage, me relevant en poussant un juron, jetant les pansements improvisés au sol. Je sais que c'était un civil, je sais que sa blessure était grave et qu'il ne s'en serait probablement pas sorti de toute façon. Qu'il était foutu d'avance. Mais je me suis pris à espérer pouvoir y arriver, alors que je m'étais trompé dans sa blessure. Je m'éloigne de quelques pas en serrant le poing d'impuissance.

J'ai essayé et j'ai perdu.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 20 Avr - 10:53

    C’était inconcevable. On venait de me le rendre et on me le reprenait presque aussitôt. Je n’avais même pas eu le temps de lui dire combien j’étais heureuse de le retrouver, combien je l’aimais et combien je remerciais le ciel de me l’avoir envoyé. Mais ce coup de feu qui résonnait encore dans mes oreilles m’avait tout prit. Mes souvenirs, ce que je m’étais imaginé, ma joie, mon bonheur de revoir de nouveau sa silhouette, son visage… Mais pourquoi diable ne s’était-il pas arrêté ? Pourquoi on avait tiré sur lui ? N’étais-je finalement suivie que par le malheur ? Je n’étais bonne qu’à éprouver du chagrin, du regret et de la culpabilité tout le long de ma vie. J’étais sur le point d’être certaine qu’une vie heureuse n’existait pas pour moi. Je devais toujours avoir la sensation d’être brisée au plus profond de mon être. Mais lorsque l’on est déjà briser en mille morceaux, que nous reste-t-il ? Le désespoir… la souffrance… la mort…
    Je me tenais toujours au-dessus de son visage, mes doigts essayant d’enlever le sang de sa bouche, mais je ne faisais que lui en rajouter avec le mien et le sien que j’avais partout sur mes avant-bras et mes mains. Mes pleurs s’étaient arrêtés, peut-être pour un court instant, mais je ne faisais que lire dans les yeux de mon bien aimé. Je ne me concentrais que sur ça, je lisais son regard profond qu’il me portait. Je ne voulais pas le quitter, je ne voulais pas qu’il ferme les yeux… jamais. On me tira par le bras soudainement. J’étais comme dans un autre monde, perdu entre le conscient et l’inconscient. Au début je me laissais faire, mais lorsque cette militaire m’écarta de force mon amour, je me débattis avec vigueur. Ça ne changeait rien au fait qu’elle m’avait écarté de quelques mètres.

    « Je n’ai pas besoin de souffler, lâchez-moi ! »

    Je n’ai pas envie de gaspiller une seule seconde… C’était vrai, je n’avais pas envie de souffler, je n’avais pas envie de voir la réalité en face, j’avais juste besoin de le toucher pendant que son corps était encore chaud et que son regard était aussi intense et vivant. Elle me sortit une explication que je ne voulais pas entendre, ne voulait pas comprendre. Je niais toute évidence. Bien sûr qu’il avait une arme, mais l’avait-il seulement pointé vers eux ? J’avais la conviction que non. Alors ils tiraient sur tout ce qui bougeait, c’était de leur faute ; et ils auraient ce mort innocent sur la conscience, point !

    « Et ça vous donne le droit de décider de le tuer ? »

    Ces morts sortirent de ma bouche comme s’ils étaient répugnants ; les militaires me dégoutaient. Pourtant en arrivant ici, je n’avais pas été contre eux, mais désormais mon opinion allait peut-être changer. Ils tuaient à tout va, peu importe si c’était un ennemi ou pas, ils ne faisaient pas la différence. Ils l’avaient abattu. Ils avaient abattu mon fiancé. Comment je pouvais ne pas éprouver autant de haine envers eux ? Tout mon corps me dictait de leur faire payer. J’avais un désir de vengeance qui naissait en moi, aussi terrifiant soit-il. J’étais presque totalement imprévisible, et je ne savais pas ce que j’aurai pu faire si j’avais eu une quelconque arme entre mes mains. Dieu que c’était mieux ainsi, sinon j’aurai bien pu tirer sur l’un deux sans même éprouver un seul remords.
    Quelques secondes s’étaient écoulées, voire des minutes. Je ne laissais pas le choix à la militaire de me retenir car le cri qu’avait poussé Mickaël me fit exploser de terreur. Je vis le médecin enfoncer une pince. J’avais de l’espoir. L’espoir qu’il puisse faire quelque chose, que le sang ne coule plus si vite et que je retrouve enfin Mickaël sain et sauf. Je m’extirpais bien vite de la militaire qui m’avait écarté et alors que je me remis aux côtés de lui, il me prit la main et me la serra de toutes ses forces. Je ne savais pas quoi faire, hormis le laisser m’écraser la main. Personne d’autres ne devaient me toucher, ni même me retirer encore de son corps, sinon j’allais devenir folle et frapper tout le monde. Déjà que j’étais dans un monde un peu différent, je pouvais sans aucun mal prendre le chemin de la folie. C’était si facile de se laisser aller, de prendre le chemin qui serait le moins rude. Mais en cet instant, je ne savais pas ce que pourrait provoquer en moi la mort de Mickaël. Je ne voulais pas penser à l’après, je voulais espérer, regrouper toutes mes forces pour pouvoir retrouver un infime espoir en moi. Chose inutile car bientôt son souffle disparut, ses tremblements me font l’effet d’une crise cardiaque. Je ne respire plus non plus. Sa main se crispe davantage encore avant que je ne sente qu’il n’y avait plus aucune prise, plus de force.

    « Non non non non ! »

    Je panique, agite la main de Mickaël. Je sanglote à moitié, ne voulant croire à sa mort. J’entends le médecin jurer et là un immense vide se fit en moi. Mon regard se fit intensément triste. J’étais comme oppressée, ma poitrine ne voulant plus bouger, restait figée comme coincé, ne m’aidant pas dans ma respiration. Mon chagrin se fit plus intense, mes pleurs plus profond. Je me refermais de plus en plus dans ma souffrance, prenant Mickaël dans mes bras, me salissant de tout son sang. Je me recroquevillais sur lui, l’agrippant de toutes les forces qu’il me restait, aussi infimes soient-elles et le berçait doucement comme si j’attendais un miracle. Comment vais-je pouvoir vivre après ça ? J’avais mal, mal dans tout mon être. Je ne pensais même plus à mes avant-bras ensanglanté, je n’avais que cette douleur profonde qui ne s’éteindrait jamais. Je les hais, je les hais tous ! Ils avaient pris le seul être que j’attendais, le seul être que je chérissais le plus, le seul à pouvoir faire vivre mon cœur, à me tenir debout et vivante jusque-là.


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Jeu 2 Mai - 22:33

    Je n'avais pas besoin de qui que ce soit à cet instant ; j'avais besoin d'une minute pour pouvoir réfléchir à toute cette nouvelle situation, à toutes les implications de ce qu'il venait de se passer. Comme d'habitude, j'étais responsable de la mort d'un homme. Cela ne m'émouvait qu'un minimum, sachant que j'avais tout fait dans les formes ; j'avais depuis longtemps appris à relativiser la mort des gens que je croisais. Après tout, s'il m'avait écouté, il serait toujours en vie. D'un point de vue purement pragmatique, il semblait bien que j'avais fait ce qu'il fallait ; j'avais ménagé mes pertes en ne laissant rien passer de la part d'un ennemi potentiel ; je lui avais laissé une chance. Ce n'était pas ma faute. Ce n'était pas forcément la sienne non plus. Comme on dit dans l'armée, ce genre de merde arrive. Mais ce qui m'interpellait, c'était d'une part qu'Eléanore le connaissait, et vue sa réaction, il devait s'agir d'une coïncidence de dingue puisqu'il semblait être le mec qui vivait avec elle. Son Mickael ou je sais plus trop son nom. Le voir là, mort et en train de refroidir, ne me fit d'ailleurs ni chaud ni froid. Je ne le considérais pas comme un rival, ni comme un ennemi, et encore moins comme un ami. Je ne l'avais pas connu de son vivant, et j'avais tiré un trait sur Eléanore après le comportement incroyable qu'elle avait eu à mon encontre lors de notre précédente entrevue ; je n'avais plus envie de me casser les couilles tout seul à me poser des questions existentielles à propos d'elle. Elle avait fait ce qu'elle avait à faire, moi aussi, ça s'arrêterait là, elle me l'avait bien fait comprendre et j'étais d'accord avec elle. Survivre allait demander bien d'autres sacrifices que celui de retrouvailles super mièvres avec l'amour de jeunesse. J'étais grand, j'étais un putain de troufion et j'allais encore en prendre plein la gueule dans les heures, jours et semaines qui allaient venir. Donc non, ce n'était pas tout ça qui m'interpellait dans la mort de ce type que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam. C'était le fait qu'il portait un fusil d'assaut américain.


    Certes, nous en avions nous mêmes en dotation depuis quatre ans,durant certaines opérations. Le FAMAS c'était bien beau, mais coûteux et externalisé, alors l'Etat Major avait tablé sur une réduction des coûts en se servant des surplus des ricains. Ouais. Pas une mauvaise idée. Ces flingues étaient fiables. Peu importait. Il avait pu trouver ce fusil dans les dépôts de Cherbourg, mais j'en doutais. Ce genre d'armes, c'est forces spéciales ou unités de combat. Or, j'étais sensé commandé les restes de la seule unité de combat envoyée en Normandie. Alors, il se passait quoi maintenant ? Les Ricains nous foutaient sur la gueule, ou des FS d'autres nations ? Mais qui alors ? Ces foutus anglais ? J'avais toujours du mal à le croire, même si l'explication était la moins irrationnelle de toutes les autres possibilités. Bandat alla voir Lénore. Eh merde. J'avais pu à l'appeler comme ça. Restes concentré. Phil, mon vieux, s'il se passe vraiment ce que tu crois qu'il se passe, on n'est pas dans la merde. Le mec est mort, c'est trop tard. Talbert en prend un coup je le sens, mais je n'ai pas le temps pour ça pour l'instant. Il faut qu'on avance, qu'on bouge, qu'on soit efficace et ordonné. Et quand le mec clamse pour de bon, c'est Lénore qui pète un câble. J'arrive derrière, pose ma main sur son épaule.



    | C'est fini, arrêtes. On va l'emmener en ville. On te laissera un peu seule avec lui si tu le désires, et on l'enterrera. |


    Je ne savais pas quoi dire d'autre. Je m'approchais de Bandat, et lui souffla à l'oreille de veiller à ce que Valiosky ne fasse pas de connerie, l'encourageant d'un geste à continuer à essayer de réconforter la jeune femme, même si elle était plus une femme d'action qu'une sentimentale. Peu importait. Je lui serais redevable, et je le lui fis comprendre d'un clin d'oeil. Elle avait plus que ce que j'attendais d'elle et continuais à le faire. Je m'approchais de Talbert.


    | Ca va aller toubib. C'est pas ta faute. Ce genre de merde arrive. Bouges, penses à autre chose. Occupes toi des vivants, et avances. Tu te sens d'attaque pour aider un peu Eléanore ? Elle a besoin d'un coup de main, et je suis pas le mieux placé pour le faire. On a un problème avec ce flingue. Il faut que je parle à Comet et à Bertin. T'en dis quoi, toi? |



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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 3 Mai - 17:17

    Je n'étais pas très douée pour les relations humaines dans ce genre de contexte, on pourrait même dire, que j'étais la personne la moins bien placée mais bon, Raulne m'avait donné ce rôle alors je faisais ce que je pouvais. Je lui disais de souffler, de se calmer mais elle ne semblait pas en avoir envie et encore moins besoin, mais que pouvais-je y faire ? Rien du tout, j'étais totalement impuissante. Je lui avais donné la raison pour laquelle, nous lui avions tirer dessus, mais elle n'en était pas pour autant convaincu. Nous ne voulions pas forcément le tuer, c'est un fait mais bon, il avançait vers nous avec son arme, il était potentiellement dangereux, j'avais tiré, point final. Je ne répondais donc pas à sa question, elle ne voudrait rien entendre de toute façon, elle nierait l'évidence même. Il n'était pas si dangereux que ça, mais il courrait, il avait cette arme donc j'avais tiré, je l'avais joliment plombé. Je ne tuais pas les gens de gaieté de coeur, je ne suis pas comme ça quand même, mais quand j'observais l'ordre de tirer, je ne le faisais jamais à moitié. Miss Valiosky était en mode hystérie de toute façon, il n'y avait plus rien à faire pour elle, cette personne a qui elle tenait plus que tout, qui était probablement son petit copain ou quelques choses comme ça, à qui elle tenait énormément de toute évidence n'était plus de ce monde. Vu la blessure, il faudrait un véritable miracle pour que Talbert réussisse à le rafistoler pour qu'il puisse revivre. Jusqu'à présent, il n'y avait pas encore de mort vivants dans le coin, ni de vampires que je sache, si ? Je ne la retint pas quand elle me repoussa, je la laissais faire son deuil. Il y avait encore un peu de vie en lui, mais ce n'était plus pour encore très longtemps. Lorsqu'elle cria un long "non" de toutes ces forces, j'ai compris que c'était alors la fin pour lui, une fin définitive. S'il avait voulu nous écouter, ça ne serait pas arrivé, mais il n'était pas très intelligent ce type. Le seul intérêt qu'il avait été son arme. Il avait du la dégotée quelques parts entre son départ et son arrivée. La petite dame nous détesterait, c'était une évidence, elle nous ferrait un bon gros coup de déprime, elle nous haïrait, il faudrait la surveiller, qu'elle ne nous fasse pas de coups foireux, car je la sentais capable du pire. Il était assez clair que ce geste ne ferrait pas remonter notre cote de popularité dans la ville. Depuis l'affaire Czeslaw, notre côte de popularité ne cessait de chuter, et là ça continuerait mais ce n'était pas une bavure, en aucun cas. Bref, je devais donc faire le chien de garde par rapport à Valiosky, j'en étais enchantée. Bon, fallait donc rapporter le corps en ville aux yeux de tous ...

    " Venez, nous allons lui faire un enterrement digne de ce nom. Je sais que c'est difficile à encaisser, mais nous avons tous perdu de vue des êtres chers dans cette guerre. J'aimerais bien revoir ma famille si je le pouvais, mais je ne sais même pas s'ils sont vivants ... "

    J'essayais de jouer à la sentimentale, j'aurais bien voulu versée une larme mais je n'étais pas aussi bonne comédienne. Ma famille ne me manquait pas plus que ça, mais bon, j'aurais bien aimé les revoir quand même enfin, ça n'avait pas tellement d'importance pour moi.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Lun 6 Mai - 23:25

Je sais qu'avec des "et si", on peut ré-écrire le monde. Mais il n'empêche que si j'avais pu diagnostiquer correctement ce pauvre type, il serait peut-être encore parmi nous. Cependant, en y réfléchissant bien, ce n'est pas cela qui m'afflige. Ce n'est pas le fait qu'il soit mort qui me perturbe. Non. C'est d'avoir fait une erreur qui lui a coûté finalement le prix fatal. Les "et si" changent brutalement de direction : Et si j'avais commis cette erreur sur un frère soldat ? Et si je la reproduisais en situation de combat ? Et si mes capacités médicales déclinaient lentement… ? Je ne peux accepter cette idée. Je suis médecin militaire, les autres comptent sur moi pour leur donner des soins. Je ne dois pas flancher. Je sais que les erreurs peuvent arriver, et malgré toute l'horreur que m'inspire cette idée, mieux valait ce type qu'un des nôtres. Il faut que je me calme, et j'écoute patiemment le Lieutenant en hochant la tête. Il a raison. Faut que je pense à autre chose. Mon regard tombe sur l'arme américaine du type, et je fronce les sourcils. L'arme ressemble à un Colt M4, ou a un de ses nombreux dérivés, dont le célèbre M16. Mais le fait est qu'il jure trop dans les mains du civil. Contrairement aux Etats-Unis pour ne prendre qu'eux, la juridiction française interdit la détention d'arme automatique aux civils. Ce qui signifie que ce type a trouvé l'arme quelque part. Reste à savoir où, et comment. Piqué sur un cadavre, peut-être, mais pas français. Trop de questions, et trop de flou…

- O.K., mon lieutenant. Et merci. Pour l'arme, j'en sais rien. Il l'a peut-être récupérée sur un cadavre d'un soldat américain en train d'être rapatrié après l'exercice de l'OTAN. Mais ça ferait bizarre qu'elle ait pas été récupérée par ses potes. Faut voir de quelle configuration elle est aussi. Ça ressemble un peu à celle des Forces Spéciales, mais j'vois pas ce qu'elles foutraient là. Je sais pas chef. Je… J'vais m'occuper d'Eleanore, et de ce pauvre type.

Je m'agenouillais près du cadavre en déposant mon sac à dos à terre, pour en sortir un brancard plié, que je montais rapidement en quelque gestes précis. Pas de sac mortuaire pour lui : on n'en avait que peu, et ils étaient réservés aux militaires, afin de mieux conserver l'état général du corps. Ça aurait peut-être mieux valu, pour cacher ses blessures, mais la couverture plastifiée opaque que j'allais lui déposer dessus ferait tout aussi bien le travail. Je levais un oeil vers Bandat alors qu'elle essayait de rassurer Eleanore, et déposais le cadavre sur le brancard. Je pris un nouveau drap propre pour le serrer autour de la blessure pour la camoufler tant bien que mal. Je pris ensuite la couverture, attendant toutefois avant de cacher son visage. Je me relevais, rehaussant mon casque sur ma tête, m'approchant du duo.

- Je suis désolé, Eleanore, dis-je, n'ayant pas retenu son nom de famille pour une approche plus protocolaire. Sa blessure était trop grave, je ne suis pas sûr que l'hôpital aurait pu le sauver non plus. *Et encore moins si j'avais réussi à le leur amener avec un faux diagnostic*, pensais-je. Le truc était de ne pas tout dire. Je pourrais, oui, mais à quoi bon ? Lui faire miroiter la possibilité d'une alternative ? La laisser s'enfermer dans la spirale des "et si" ? Si vous en avez besoin, une unité psychologique peut vous aider. L'"unité" en question ne rassemblait qu'une seule personne, en réalité, la nouvelle, comment s'appelait-elle déjà ? Léonie quelque chose. Psychologue. Dans ce monde de fou, tout le monde en aurait sûrement besoin. Si vous voulez quelques instants avec le défunt avant que nous ne l'emmenions en ville…

Je ne pouvais rien faire de plus. Je l'avais soigné, certes, mais je ne la connaissais pas. Et je préférai la laisser dans les mains autrement plus expertes de Bandat. Je me tins à côté du brancard de fortune, attendant patiemment qu'elle réagisse, et que je trouve qui de la tireuse d'élite ou du lieutenant m'aiderait à porter le type jusqu'en ville. Sale boulot s'il en était, de croiser le regard de tous les gens dans les rues, alors qu'on porte un cadavre, abattu par nos soins. Ça aurait largement de quoi faire de nouveau baisser notre cote de popularité. Je fermais mon visage aux émotions qui tentaient d'affluer lorsque je regardais la position de la blessure, voyant presque au-travers du plastique et des bandages l'étendue de mon erreur. Ça n'était pas quelque chose que j'aurais du louper. Je pouvais toujours chercher des excuses, comme le manque de sommeil, le stress, ou encore la conviction qu'il était déjà foutu, mais rien ne marchait. Le meilleur moyen était encore de ne pas y penser. Ça en valait mieux pour tout le monde. Je me concentrerai mieux la prochaine fois. Je m'obligerai à tout revérifier, comme lorsque j'étais un bleu. Des fois, faut juste reprendre à zéro des techniques qui marchent, pour mieux retrouver ses réflexes aguerris. Se reculer pour mieux sauter. En espérant que ça marche, et que je ne me retrouve pas complètement démuni la prochaine fois que je serais confronté à une blessure. Trop comptaient sur moi. Je ne pouvais pas les lâcher. Pas maintenant, pas alors que nous allions repartir au combat, contre un adversaire inconnu, possédant peut-être du matériel américain. Pas alors que la guerre venait nous chercher à notre porte.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Mar 7 Mai - 20:39

    Je me renfermais de plus en plus dans mon désespoir, le chagrin immense qui me brisait petit à petit. Je perdais conscience, sombrais malheureusement dans un chaos que je ne savais maîtriser. Je ne savais d’ailleurs pa si je pourrais m’en remettre. Je ne souhaitais pas en fait, préférant laisser libre à la douleur. Rien ne pouvait décrire ce que je ressentais tellement c’était fort et puissant. Il n’y avait aucun mot qui existait sur terre, aucune souffrance qui pouvait être supérieure à celle qui me submergeait totalement. C’était juste… indescriptible. Mais je ne souhaitais guère que la douleur disparaisse, sinon ça voulait dire que plus rien n’avait d’importance, et que le chaos régnait en maître ; même si c’était un peu le cas. Je me demandais encore comment Mickaël avait pu brandir cette arme, et comment il avait pu ne pas entendre les ordres énoncés par les militaires. Il n’aurait fallu que d’un geste… un seul… mais le tir s’échappa trop vite. Il avait été trop brutal, trop vif, je n’avais pas eu le temps de comprendre ce qu’il se passait. Juste que j’avais été heureuse un instant, pour qu’après tout ne soit qu’obscurité et souffrance. Rien, rien ne pouvait me faire remonter à la surface, je me morfondais toute seule au-dessus de ce corps qui devenait doucement tiède. Il n’était plus chaud, la vie s’échappait doucement, pour qu’il ne soit qu’un cadavre parmi tant d’autres. J’étais recroqueviller sur lui, sur son visage, après mainte et mainte larmes et de gros sanglots, je décidais de le regarder une dernière fois, et poser mes lèvres doucement sur les siennes. J’aurai dû le faire avant ; avant que sa conscience ne l’abandonne, avant qu’il meure. J’aurai souhaité qu’il me renvoi ce baiser, mais je n’eus pour réponse que du sang sur mes lèvres avec ce goût métallique qui frappait ma conscience, me ramenant un peu vers la réalité. Je constatais alors qu’une main était posée sur mon épaule, et à entendre la voix, je compris qui c’était. Avant même que j’eu le temps de me redresser et de virer cette main qui m’était insupportable, il l’avait déjà retiré. Tant mieux pour lui, car mon corps ne supportait plus aucun contact, quel qu’il soit. Et comme si cette main n’était pas assez, l’autre bonne femme revint encore à la charge. Ces mots, je ne les acceptais pas. Je me noyais dans ma peine, et je ne voyais que ça. Qu’est-ce que j’en avais à foutre sérieusement de sa famille ?

    « J’en ai rien à faire de votre vie, allez voir ailleurs et laissez-moi ! »

    J’avais juste tourné la tête pour l’apercevoir, à travers mes cheveux blonds qui était parsemés de couleur rouge sang. Je ne sentais d’ailleurs plus rien, mais j’étais sale. De mes lèvres coulait le sang que j’avais récupéré de ce baiser qui m’avait mortifié, mes avant-bras était couvert de rouge, on ne distinguait d’ailleurs plus si ça venait entièrement de mes plaies ou du sang de l’hémorragie que j’avais tentée d’arrêter. J’en voulais à tous ceux qui étaient présent, j’en voulais à la terre entière, à dieu aussi. Ma douleur passa d’une peine immense à une envie de vengeance. C’était étrange comme le corps et la conscience pouvait se protéger face à la perte d’un être cher. Je détournais cette douleur pour en faire une force. Je ne savais pas ce que ça allait donner, mais certainement rien de bon. Mais je m’en contre-fichais, je n’avais plus rien à perdre, absolument plus rien. N’était-ce pas totalement dangereux ? N’étais-je pas dangereuse ? On ne tarderait pas à le savoir…
    J’étais dans l’inconnu, en pleine recherche de mes émotions qui étaient si fortes et qui m’indiquait beaucoup trop de chose à la fois. J’avais des idées de folies en tête. Avais-je perdu la tête ? Je pensais que oui, car lorsque l’enfoiré de toubib commença à mettre le corps sur un brancard. Là j’eu soudainement peur, mais une rage intérieure me contrôla ; et ces mots furent de trop.

    « Qu’est-ce que t’en sais toi ? Si ça avait été un autre médecin il serait encore en vie ! »

    Des mots durs, alors que je savais pertinemment qu’il perdait beaucoup trop de sang et que j’étais sûre qu’il allait mourir. Mais j’avais déjà mis tout ça de côté, la raison s’était en allé, et la folie prenait le dessus lentement… sans que je ne m’en rende compte, et sans pouvoir faire quoique ce soit pour la contrer. Je n’en avais point la force. Une autre phrase de trop qui parvint à mes oreilles, que j’avais très mal assimilées. Il ne voulait que m’aider… mais je n’entendais plus.

    « Qui ? Qui va m’aider ? On va m’enfermer c’est ça ? »

    Ce fut de trop, je n’entendis même plus le reste, mon regard se posa instinctivement sur l’arme qui était toujours à terre. L’arme qui avait fait tuer son mari. Je la saisie rapidement, m’en emparant brusquement, presque sur un coup de tête. Je pensais savoir ce que je faisais, la rage était toujours là, cachant toute ma capacité à raisonner. Je n’en avais que faire, au diable, je la pointais d’abord vers le médecin. Trouvant que j’étais trop proche de lui, je me redressais, poussa sur mes jambes pour me relever. Je sentis l’immense faiblesse en moi, une fatigue intense mais cette rage me maintenait par je ne sais quel moyen. C’était bien comme ça. Je voulais juste qu’ils s’en aillent, tous !

    « Dégage ! Mais dégagez tous !! »

    Tous mes sens aux aguets, j’essayais de percevoir le moindre geste de l’un d’entre eux. J’étais seule face à trois. Je reculais de quelques pas, mon doigt était sur la gâchette, totalement crispé. Si j’avais eu conscience de la situation, j’aurai pu me rappeler que c’était la deuxième fois que je pointais une arme, aussi la deuxième fois que je la pointais sur Philippe. Je m’étais en effet décalé, préférant tirer sur l’homme qui avait clairement abattu mon fiancé. J’avais juste envie de presser la détente, que tout s’arrête, qu’ils m’abattent eux aussi. Pourquoi attendre ? Je pouvais m’effondrer aussi inerte et morte que le corps de mon fiancé. Cette arme me paraissait lourde, mais je résistais tant bien que mal. Elle aurait été plus petite que je l’aurais retournée contre moi… Pourquoi hésiter ? Si aucun d’eux ne prendrait la décision, je le ferais. J’étais décidée… je le pensais. En réalité j’étais totalement perdue. La situation me paraissait comme un cauchemar effroyable. J’allais me réveiller, c’était certain, au moment de presser la détente…


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 10 Mai - 10:08

    J'essaie de focaliser l'attention de Talbert sur nos vrais problèmes sans qu'il n'en vienne à se concevoir des chimères qui foutraient tout en l'air. Je savais bien que les choses n'étaient pas faciles ; elles ne l'étaient pour personne en fait. Mais je comprenais que le toubib prenne les choses très à cœur, c'était son job après tout, et il convenait de pouvoir le comprendre un peu. Moi personnellement, j'aurais été bien incapable de faire son taf, qui était d'ailleurs plus que ça, une véritable vocation. J'essayais de lui occuper l'esprit avec les problèmes qui se levaient face à nous, et il semblait comprendre où je voulais en venir, car cela lui permit de se changer les idées et de rester concentré. Talbert avait raison, l'arme avait peut être été récupérée sur le cadavre d'un US en manœuvre, ce qui n'était pas si absurde que ça, puisque la région était assez prisée pour quelques manœuvres interarmes et interarmées de par sa proximité entre la France et l'Angleterre, et non loin des autres principales puissances militaires en Europe. Il pouvait avoir raison. Pourtant, je ne savais pas pourquoi, mais je pressentais quelque chose de pire. En bref, il ne savait pas, et moi non plus, ce qui 'nétait de toute façon pas super rassurant. Ce que je désirais avant tout, c'était de pouvoir démêler le vrai du faux dans toutes les hypothèses qui m'envahissaient l'esprit. J'étais tellement préoccupé que je ne pensais plus du tout à Eléanore juste à côté, plongée dans une profonde détresse avec une Bandat qui faisait de son mieux pour s'occuper d'elle. En même temps, j'étais quelqu'un de radical dans tous les aspects de mon existence. Je ne désirais en aucun cas m'attarder sur le cas d'Eléanore. On s'était battus, rapprochés de manière très intime, puis elle m'avait brutalement repoussé. Je ne me laisserais plus faire, et j'avais muselé tout ce qu'elle avait éveillé en moi. Ce n'était pas le moment, et cela n'arriverait plus jamais. Je n'avais pas le droit de me laisser déconcentrer vis à vis de ma mission. Je réfléchissais toujours à ce qu'il venait de se produire, comment ce type en était arrivé jusqu'ici, et pourquoi. Pourquoi il trimballait une arme américaine en courant comme un dératé. Etait il poursuivi ? Je m'apprétais à envoyer Bandat en messager mettre la ville en état d'alerte quand je vis Eléanore péter un boulon pour de bon.


    Elle envoya péter mes hommes de manière assez violente. Elle s'en pris férocement à Talbert qui dans le fond n'y était pour rien, et commençait d'ailleurs à nous faire une belle crise de nerf, hurlant et pensant qu'on allait l'enfermer. C'était pas l'idée à la base, mais si elle continuait comme ça ça pouvait très bien s'arranger. Je n'allais pas me laisser péter les couilles plus longtemps alors qu'on était peut être... Elle se saisit par surprise de l'arme de son mec trucidé et la pointa vers nous en général, puis sur moi en particulier. Je me figeais, lui jetant un regard noir. Ainsi donc, j'étais encore le responsable, pas vrai ? Ce n'était pas grave, j'avais les épaules pour l'encaisser. Bandat était sous ma responsabilité, c'était moi qui avait donné l'ordre. Je m'avançais en poussant doucement la tireuse d'élite et le toubib, qu'ils s'écartent. Je me tournais vers eux.



    | Prévenez les autres et amenez des renforts. Je vais régler ça. |


    Du renfort, on en avait besoin. Si le mec qu'on avait buté courait pour fuir quelque chose, ce quelque chose n'allait pas tarder à débouler, et on ne pourrait défendre cette position avec seulement une poignée d'hommes. Qui plus est, Eléanore n'en avait qu'après moi. Je fis un pas de plus, la fusillant du regard.


    | Et alors quoi, maintenant, tu vas me buter ? C'est vraiment ça que tu veux? |


    Je m'approchais encore, lentement mais sûrement, collant mon torse contre le canon du fusil, la mettant au défi de tirer.


    | Eh bien, vas y. Fais le. Qu'est ce que t'attends ? |


    A cet instant précis, je venais sans doute de battre un nouveau record d'intensité dans la haine qu'elle m'inspirait.


    | Tues le mec qui a buté ton fiancé. Et condamnes toute cette ville. Parce que c'est ça que tu vas faire. Je suis peut être un connard fini, mais je suis le chef ici. Si je crève, mes hommes vont être désorganisés et dépassés par tout ce qui va nous tomber dessus très prochainement. Tu sais pourquoi je dois pas mourir ? Parce que je suis le seul qui a le cran de faire ce qui est nécessaire pour que tout le monde s'en sorte. J'ai pas peur de me salir les mains si ça me permet de sauver des gens. Vas y, Eléanore. Fais le. Venges ton mec, et tous les gens que j'ai tué. Evites à cette ville de souffrir plus longtemps en la précipitant un peu plus dans le chaos qui va la détruire. |




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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Ven 10 Mai - 16:21

    Bon, j'étais un vrai soldat, je n'étais pas faite pour les relations humaines, surtout en cas de crise si l'on peut dire. Avec Eléanore Valiosky je n'arrivais strictement à rien, mais alors à rien du tout. Elle avait prononcé des mots qui en temps normal m'aurait mis hors de moi, m'aurait poussé dans mes retranchements pour ne pas agir mais là, je n'avais que ce que je méritais franchement. « J’en ai rien à faire de votre vie, allez voir ailleurs et laissez-moi ! » C'était assez clair, je la laissais donc faire ce qu'elle voulait, ça m'était égal après tout, je ne voulais pas essayé de gérer une blondasse à moitié folle parce que son soit disant petit ami n'avait pas voulu obéir à nos ordres. J'avais essayé de me montrer gentille mais ça ne fonctionnait pas, elle était bien trop hystérique. Mais ce qui me rassurait un peu, c'était qu'elle réagissait de la même manière avec Talbert qui était médecin et donc qui savait mieux parler avec les autres. Elle était folle, point. J'avais presque envie de me barrer de là. Honnêtement, cette femme commençait à me faire mal à la tête à trop jacasser là. Un bon cacheton et hop au dodo ! Talbert devait bien avoir ça non dans son attirail. Pourtant, non, il n'eut pas le temps de lui donner quoique ce soit. Elle venait de prendre l'arme de son petit copain là et elle nous menaçait. Ma tête devait être dépiter. Elle ne devait même pas savoir se servir de cette arme mais elle nous mettait en joue. Un coup pouvait très bien partir tout seul. Je ne pouvais résolument pas m'en aller de la sorte. Elle se montrait provocante, elle perdait complètement la tête. Ma pauvre fille, tu ne sais pas ce que tu es en train de faire là. Elle se décalait légèrement, pointant son arme sur Talbert puis sur le lieutenant. Elle m'ignorait inconsciemment sans doute alors que c'était moi qui avait tiré sur son homme. Son doigt était sur la gâchette, elle tremblait presque, le coup pouvait partir d'un instant à l'autre. Raulne nous dit alors d'aller chercher du renfort mais je n'aimais pas le laisser dans une position aussi inconfortable. En même temps, il n'y avait plus rien à faire là. Eléanore était en mode martyr, folle à liée, je ne pouvais pas la soutenir, même si elle était une femme. Je ne réfléchissais pas plus longtemps, je commençais à me déplacer de derrière Philippe pour me rendre à l'intérieur de la ville. Je marchais un pas, puis deux, et quand je fus en dehors du champs de vision de la blondasse je courrais en direction de la ville pour chercher du secours ne regardant pas derrière moi.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 11 Mai - 9:43

Je me crispais à ses paroles. Je ne la regardais pas dans les yeux. Je serrais les mâchoires en me contraignant au calme. Avait-elle vu ? Non, c'était impossible, elle était trop occupé à pleurer la blessure de son mari, elle n'avait pas pu voir ce que moi j'avais raté… C'était impossible. Tout bonnement impossible. Et pourtant, elle m'accusait, certaine qu'un autre médecin l'aurait vu, lui. Ce qui, j'étais contraint de l'admettre, n'était pas fondamentalement faux. Qu'est-ce que j'étais censé faire ? Lui présenter mes excuses ? Lui dire la vérité, que j'avais raté mon coup, et que j'avais contribué à sa mort ? Il fallait que je fasse quelque chose. Que je ne reste pas les bras croisés. Que je dise maintenant ce qu'il fallait que je dise. Lorsque je relevais la tête, armé de cette détermination nouvelle, elle me visait avec le fusil américain.

Ça fait toujours un drôle d'effet d'être en joue. Personne ne sait comment on va y réagir la première fois. La pensée que notre vie peut finir en un quart de seconde, qu'une simple pression sur la gâchette va vous renvoyer dans le néant, est déstabilisante, au mieux. Au pire, on perd complètement ses moyens. Heureusement pour moi, ça n'était pas la première fois qu'on me visait. Le fait qu'il s'agisse d'une civile n'y changeait rien. Nous étions toujours en guerre, et les civils faisaient parfois ce genre d'erreurs qui finiraient par leur coûter la vie. Je la regardais droit dans les yeux, l'air un peu surpris, avant d'hausser les épaules, l'air de se demander ce qu'elle attendait. A cette distance, je n'aurais pas le temps de saisir mon arme. Encore moins de riposter. Et à cette distance, elle n'avait que peu de chances de me louper. Peut-être que je survivrais au tir. Après tout, j'avais un gilet pare-balle. Peut-être que la balle avait un revêtement renforcé, en dotation standard chez les Forces Spéciales Américaines, auquel cas j'étais mal parti. Peut-être que la balle m'atteindrait dans une partie non protégée. Autant de possibilités… Dont la plupart ne finissaient pas bien pour aucun de nous ici. Mais après tout, peut-être que ça n'était pas plus mal qu'elle tire, en fin de compte. J'aurais presque souhaité qu'elle le fasse, qu'elle montre à quel point son désespoir était grand, et sa rancoeur envers moi l'était aussi. Il arrive aussi qu'on développe ce genre de pensées suicidaires lorsqu'on est mis en joue.

Je ne retins qu'à grand-peine le soupir de soulagement qui voulait s'échapper de mes lèvres quand le fusil changea de direction. Le Lieutenant s'avança vers elle, nous écartant bien loin de la ligne de mire d'Eleanore, nous demandant d'aller chercher des renforts. Bandat bougea lentement, sûrement pour ne pas affoler la potentielle tireuse, et je l'imitais après un temps de retard, mon regard fixé sur le Lieutenant. Il allait tout régler, avait-il dit. Il gérait la situation. Mais si elle tirait, si elle le tuait… C'était foutu. Tout était foutu. On avait déjà eu du mal à reprendre une hiérarchie après la cessation des contacts radio, mais le Lieutenant avait réussi à s'imposer, de par son grade et son historique. Sans lui, il n'y aurait plus aucune organisation dans le groupe. Chacun pouvait avoir un avis divergent sur lui, mais c'était le meneur, et tout le monde sait que si le meneur disparaît, il laisse un sacré bordel derrière lui. Pour lui succéder, pour le remplacer, pour remettre de l'ordre, ou pour savoir quoi faire, tout simplement.

Je finis par courir derrière Bandat, qui avait déjà disparu dans la ville pour chercher des renforts. Elle pouvait très bien y arriver seule, et laisser le Lieutenant totalement isolé ne me plaisait pas. Si elle tirait, il faudrait intervenir vite. Je bifurquais avant d'entrer dans la ville, me déplaçant derrière Eleanore afin qu'elle ne me voit pas, sortant d'une poche le bipied règlementaire pour mon arme. Je la déployais enfin en m'allongeant à terre, visant la tête blonde une fois le Famas stabilisé grâce au bipied. Comme à chaque fois que je me mettais en situation de combat, je resserais nerveusement les attaches de mon casque, retirant la sécurité de mon arme. Peut-être que le Lieutenant m'avait vu, peut-être pas. En tous cas, si elle tirait, elle était foutue. Et ensuite je foncerais aider le Lieutenant. C'était la seule ébauche de plan que j'avais pu trouver en attendant. Mais c'était toujours mieux que rien, toujours mieux qu'on m'annonce alors que j'allais chercher les autres que le Lieutenant se vidait de son sang parce qu'il était resté tout seul face à une hystérique.

Bien qu'allongé dans l'herbe, je n'étais pas invisible : mon arme jurait trop avec le paysage, et les alentours n'étaient pas ce qu'il y avait d'idéal pour se camoufler. Ça n'était pas le but. Je n'avais pas envie que les renforts cherchés par Bandat me tire dessus en pensant à un tiers tireur isolé. J'aurais pu la prévenir que je restais, mais elle était partie trop vite. Il ne restait plus qu'à espérer qu'ils reconnaissent mon brassard, ou mon drapeau français accroché à mon épaule. Le Lieutenant avait maintenant le canon de l'arme sur le ventre. A bout portant, je n'étais pas sûr que son gilet arrête même une balle standard. Je n'entendais pas ce qu'ils disaient, mais il était évident qu'il la mettait au défi de tirer. On réagit tous différemment mis en joue, et lui il avançait vers elle, ce qui était de loin la dernière réaction que je pensais avoir. *Allez, fait pas la c*nne Eleanore, lâche ce truc…* Il fallait qu'elle revienne à la raison. Peut-être que j'aurais du accompagner Bandat pour que j'aille chercher la psy tout de suite. Mais c'était trop tard maintenant. Je restais bien fermement campé dans l'herbe, mon doigt sur la détente, regardant par mon viseur une femme qui ne se doutait même pas que son acte allait avoir des conséquences bien plus rapides que ce qu'elle aurait pu prévoir.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 11 Mai - 10:20

    Oui je devenais folle, oui je perdais la raison. Mais n’avais-je pas une bonne raison que tout cela arrive ? M’arrive à moi ? Je ne supportais pas cette perte, cet immense chagrin que l’on ne pouvait nommer avec des mots. Le comprenaient-ils au moins ? Non. C’était des militaires, avec une absence de cœur. Ils ne pleuraient pas sur les morts qu’ils faisaient, sinon ils feraient de bien piètre soldat. Mais je n’acceptais pas ce qu’ils avaient fait, je ne pouvais pas. Mickaël était ma raison de vivre jusqu’à présent, qui allait me garder en vie ? Comment j’allais garder espoir désormais ? Rien, je n’avais plus rien, juste de la culpabilité, des regrets et bien d’autres choses encore qui me tourmentaient affreusement. J’étais bouleversée, en choc émotionnel. La colère et la rage prenait le dessus… et je la laissais faire. J’avais vu du coin de mon œil partir la femme, après que Philippe les ait courageusement écartés. Soit, c’était mieux ainsi, peut-être que lui aurait le courage de brandir son arme, comme il l’avait fait lorsque j’avais voulu voler une arme. Il pourrait tirer, il me haïssait, c’était parfait.
    Je gardais le canon de fusil pointé sur lui, je vis partir aussi le médecin mais ne m’en préoccupait guère. Il se retourna vers moi, s’avança dangereusement vers moi. Il avait toujours quelque chose à sortir, il ne se la fermait jamais. Et quoi ? Ben oui, je créais l’image d’une folle, hystérique, bonne à enfermée. Quitte à que ce soit le cas, autant mourir sur le champ. L’arme était lourde, trop lourde, et pourtant je m’efforçais de le garder en joue, malgré les mots qu’il me sortait et soutenait son regard de mes yeux rouge et mouillés. Pouvais-je véritablement tirer ?

    Il s’arrêta lorsque le canon toucha son torse. Je me crispe un peu plus sur l’arme, et je réalise que si je tire, je le tue. Oui, je deviens une meurtrière. Mais ce n’étais pas ça que je voulais. Je repris conscience de tous mes sens, mes véritables sens. Mon regard se porta sur le canon de l’arme qui était collé au torse de Philippe. C’était la deuxième fois que je le pointais, la deuxième fois que j’avais pensé que je pouvais tirer. Je n’étais pas faite d’acier et je n’avais pas un cœur en béton. Je l’avais prouvé avec la mort de mon fiancé qui m’avait énormément affectée, au point de perdre la raison ; je ne savais d’ailleurs pas si je l’avais reprise. Mes pensées se perdirent et mon regard aussi sur le corps qui était derrière Philippe. Et lorsqu’il entama un long récit, j’en avais plus qu’assez de l’entendre me parler ainsi. Il avait toujours les bons mots, se pensait plus malin, plus intelligent peut-être ? Il était juste responsable, oui c’est ça, responsable de cette mort atroce à mes yeux.

    « Va te faire foutre avec tes belles paroles ! »

    Et j’en avais effectivement rien à foutre de tout ce qu’il me disait, nous étions de toute façon condamnés. J’étais condamnée. Je le voulais. Personne ne pouvait rien faire pour moi, car je n’étais qu’une misérable veuve ; et prise de folie par-dessus le marché. Qui serait capable de me ramener à la raison ? J’avais toujours cette idée d’en finir avec ma vie, de pouvoir enfin me reposer et d’arrêter de me poser une multitude de questions dans ma tête qui finirait par exploser. Elle explosait d’ailleurs. J’en n’avais aussi marre de devoir toujours m’expliquer, de devoir toujours comprendre mes émotions, les retenir ou les laisser aller pour au final avoir des regrets. Je voulais que tout ça s’arrête, et pour le faire, il fallait que ce soit moi… ou lui. Au fur et à mesure que je me perdais dans mes pensées qui étaient plutôt loufoque, mon bras cédait petit à petit. Je plongeais mon regard dans le sien, reculais de quelques pas et pressais la détente.

    Mon cœur s’arrêta quelques secondes, et lorsqu’il reprit sauta quelque battement ; j’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer. Une larme coula puis d’autres. Philippe était toujours debout devant moi, mon bras avait flanché bien avant que je tire, et je constatais que je l’avais raté. Tant mieux dans un sens, je ne pouvais pas le tuer car la seule vie à prendre ici-même était la mienne. Je retournais l’arme précipitamment et frappais de toutes mes forces en direction de Philippe, en plein visage. Un geste incompréhensible pour moi. C’était pour quoi ? Pour lui transmettre toute la haine que j’avais à son égard ? Ou juste pour m’assurer qu’il était toujours bien debout devant moi, et qu’il n’agonisait pas ? Je m’écartais de lui. J’étais fébrile, mes jambes tremblaient et je n’avais de cesse de me répéter que tout cela n’était pas réel. Mes bras me brûlaient et j’essayais de me concentrer sur cette douleur pour m’éviter de repenser à celle qui était incrustée, profonde… en vain. Je regardais l’arme que j’avais entre les mains, et que je ne voulais pas écraser au sol car elle était mon seule espoir d’en finir une bonne fois pour toute. J’avais envie qu’il brandisse une arme vers moi, sentir la mort toute proche. Qu’elle m’emporte et m’embrasse tout simplement !


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 11 Mai - 17:24

    J'espérais que mes ordres avaient pu être suivis à la lettre, parce que la chute de la situation actuelle dépendait beaucoup de la diligence de mes exécutants à amener rapidement et efficacement une aide capable de m'apporter un peu de soutien. Et dans la situation précaire dans laquelle je me trouvais, c'était quelque chose de vraiment appréciable que de se rendre compte que je pouvais compter sur mon unité. J'espérais en tous cas que ma confiance n'était pas mal placée, sinon, tout serait à refaire. Loin derrière moi, je finis par entendre Bandat et Talbert prendre leurs jambes à leur cou et se carapater en vitesse. Le second avantage à avoir envoyé tout le monde voir ailleurs était que si les choses devraient vraiment dégénérer, il n'y aurait qu'une seule victime. Ce que j'appréciais sans conteste... Parce que j'avais déjà beaucoup de sang sur les mains. J'espérais que Comet aurait assez de gueule pour prendre le commandement après moi si je devais crever de manière très ironique des mains de mon ancienne amante, car c'était bien lui le meilleur de toute l'unité. Un pisteur et un traqueur hors pair, un vrai soldat, un tueur de l'ombre. Un fantôme, bien plus que je ne l'étais alors que je n'étais déjà pas manchot du tout. Bref. Je me concentrais, fixant un regard colérique vers la jeune femme qui continuait de braquer son fusil dans ma direction. Pauvre conne. Se doutait elle seulement de ce qu'elle était en train de faire ? Je ne pensais pas. Elle était tout simplement trop désespérée pour démêler encore le vrai du faux dans ce qu'elle voyait ou entendait ; elle était tout simplement ailleurs, dans un endroit hors d'atteinte pour qui ne comprenait pas sa manière de raisonner. Je pensais bien qu'elle avait été brisée par la mort de son type, mais deux jours avant, elle avait pas passé un moment plus qu'intime avec moi ? Du diable si je comprendrais un jour la nature de la psyché humaine. Je n'étais pas de ceux qui parvenaient à comprendre les autres, mais alors pas du tout.


    Je vois, et je sens Eléanore se crisper un peu plus sur l'arme alors que le canon touche mon torse. Si elle appuie sur la détente, je risque de mourir. Rapidement je l'espère, salement dans tous les cas. Il n'y a que peu de morts propres, et celle ci n'en ferait pas partie. Pire encore, puisqu'il s'agirait de la mienne. J'essayais d'accrocher son regard, mais celui ci était fou ; les pupilles dilatées comme les animaux acculés et traqués. Elle avait peur, elle était terrifiée. Elle venait de voir son compagnon mourir sous ses yeux, et j'étais le responsable qui se présentait à elle. A sa place, j'aurais sûrement tiré. Mais je n'y étais pas, pas le moins du monde même, et je ne savais absolument pas ce qu'il se passait là haut, dans sa tête sans doute endolorie par la souffrance. Eléanore me cracha d'aller me faire foutre avec mes belles paroles. Tiens, avais je dit quelque chose de « beau » ? Je ne m'en rappelais pas. Je n'avais évoqué qu'une paire de cruelles vérités. Elle cilla et recula, finit par détourner légèrement son arme et tira. Je sursautais, contrôlant ma vessie d'extrême justesse. La garce ! Elle m'avait foutu les jetons ! C'est alors que la crosse du M4 vint se fracasser contre ma pommette, l'entaillant et m'envoyant les quatre fers en l'air. Je tombais brutalement sur le sol, des fleurs de sang éclosant dans mon regard. Sonné, un instant passa avant que je ne retrouve ma vue, mon ouïe, mes sensations. C'est alors que je sentais une très forte douleur dans mon visage, et du sang qui me coulait dessus depuis la coupure au coin de ma figure. Je me redressais, je lui arrachais l'arme des mains et lui donnais un coup en plein dans le ventre.



    | Putain mais t'as fini de jouer à la conne ? Si tu voulais ma peau, t'avais qu'à me flinguer ! Merde alors ! T'es dangereuse, Eléanore. T'es vraiment dangereuse. On va attendre le retour de mes hommes, et tu vas rester sous surveillance. Parce que tu vas vraiment finir par buter quelqu'un. Merde alors ! |



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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Sam 11 Mai - 22:50

J'étais prêt à tout, sauf à ce qu'elle tire. Etrangement, j'étais convaincu intérieurement qu'elle ne le ferait pas. J'avais beau en avoir peur, je ne pensais pas qu'elle le ferait. Pourtant, le coup de feu claqua, et je relevais la tête pour mieux voir ce qu'il se passait. Elle frappa Raulne au visage, le projetant à terre, et je regardais de nouveau dans mon viseur pour aligner Eleanore. Pas le temps de savoir si je devais tirer que le Lieutenant se relevait pour lui arracher l'arme des mains en la frappant au ventre. Maintenant qu'ils étaient si rapprochés, je ne pouvais pas tirer sans risque de toucher le Lieutenant, qui avait le visage ensanglanté. Je jurais en me relevant, courant vers eux, alors que j'aperçus du coin de l'oeil les premiers renforts arriver, sûrement au pas de course après le coup de feu. Tout s'était passé si vite que je n'avais pas eu l'occasion de réagir, je n'avais pas succombé au réflexe du tir instinctif, parce que tout simplement je ne m'y attendais pas. Je rejoignis Raulne en mettant Eleanore en joue pour la faire reculer, avant de reporter mon regard sur lui, faisant signe aux soldats de venir à notre rencontre.

Tout s'était passé si vite… Je consultais d'autorité le visage du Lieutenant, la plaie ouverte continuait de lui faire perdre du sang et je sortis un bandage pour le lui appliquer et comprimer la blessure. Je tournais ensuite plusieurs fois son visage pour inspecter les points sensibles, surtout les yeux, m'assurant qu'ils n'avaient pas été endommagés.


- Vous devriez vous asseoir, chef, indiquais-je en essayant de l'y contraindre. Il va falloir que je nettoie ça avant que ça s'infecte.


Il avait beau commander toute l'unité, pour l'instant, il avait plutôt intérêt à faire ce que je disais. On avait vraiment pas besoin de lui avec une blessure bénigne qui se serait bêtement infectée. Heureusement, la plaie était peu profonde, et plus impressionnante qu'autre chose. Il n'avait pas besoin de points de sutures, un simple pansement règlerait l'affaire en l'espace de quelques jours. D'abord, la partie "facile" : je pris une gourde d'eau avec laquelle j'aspergeais un mouchoir pour nettoyer les contours de la blessure. Puis, je sortis un flacon de désinfectant, et en imbiba un coton que j'appliquais sur la joue du Lieutenant. Je regardais bien la plaie, et ne vis aucun signe que quelque chose d'extérieur comme un petit morceau de l'arme qui se serait cassé et incrusté à l'intérieur. Je sortis enfin un des précieux pansements encore homologués pour le coller sur sa joue blessée, lui laissant le mouchoir pour qu'il puisse nettoyer le sang qu'il restait. Et qu'il ne fasse pas de chichis parce que j'utilisais du matos pour lui. Ces trucs finiraient par être "périmés", les produits chimiques à l'intérieur du pansement ne faisant plus effet, alors, valait mieux les utiliser tant qu'on le pouvait.

Je me relevais en hochant la tête, me dirigeant vers Eleanore, sous la garde de quelques de nos hommes. Je m'approchais d'elle lentement, levant les mains. Les siennes étaient blessées, j'avais pu le voir en apercevant l'arme couverte de sang au niveau de la crosse. Elle avait du se faire ça en escaladant les barbelés. Et quitte à soigner le Lieutenant, autant continuer, non ? Le seul soucis était de savoir si elle était calmée, ou non. J'approchais donc avec prudence, pour lui parler d'une voix calme, oubliant le fait que j'aurais pu la tuer quelques instants plus tôt.


- Eleanore ? Je peux soigner vos mains. Si vous ne le voulez pas, dites-le tout de suite, sinon, je vais avancer.


Pas question qu'elle me fasse le même coup que l'autre civile, qui m'avait brutalement agressé alors que j'essayais de la soigner, lors du speech du maire. Je remarquais que j'avais déposé mon arme, ce qui était peut-être une bonne idée, puisque ça l'empêcherait de lui donner des idées. J'avais l'impression d'entrer dans une cage à fauve. On ne savait jamais quelle allait être leur réaction.
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Dim 12 Mai - 15:56

    Je n’allais pas tarder à lâcher l’arme tellement elle me paraissait lourde. Je l’avais tâchée de tout mon sang mêlé à celui de mon fiancé. Le fluide rouge dégoulinait un peu moins, peut-être parce qu’on ne le voyait guère parmi tout ce sang. Je n’en avais pas conscience jusque maintenant, car cette douleur était minime comparé à ma souffrance intérieure. Philippe m’arracha l’arme des mains, je ne pu rien faire pour l’en empêcher, mes bras retombèrent, lourd, vide, presque inerte. J’aurai souhaité qu’il fasse autre chose… mais tout ce qu’il réussit à faire était de me rendre ce que je lui avais fait au visage. Je n’aurai d’ailleurs même jamais pensé pouvoir lui entaillé le visage, je ne comprenais pas mon geste. J’avais peut-être peur de ne pas l’avoir raté en pressant la détente au final. Il me le rendit fois deux cents. Le coup parti dans mon ventre. Il avait mis une telle puissance, et je n’avais rien pour contrecarrer, aucune force, rien ne me venait ; seulement la sensation d’une immense douleur qui surpassait celle que j’avais depuis tout à l’heure. Un gémissement s’étouffa dans ma gorge, le regard porté sur Philippe. En vérité, il m’avait bien aidé avec ce coup porté au ventre ; il m’avait fait tellement fait mal que j’étais en train de redécouvrir l’environnement. Comme si je me réveillais d’une espèce de torpeur qui, je pensais, n’allait jamais se terminer. Je me sentais horriblement mal, ça ça ne changeait guère, mais je ressentais ma faiblesse profonde, la sensation que mes membres étaient gelés puis j’avais froid, terriblement froid. Je tremblais, mais je ne m’en étais pas rendu compte. Je ne savais pas encore si la folie s’était totalement éteinte, mais pour le moment, je n’avais aucune idée insensée en tête. Mon regard regarda vers le sol et je m’effondrais en tenant mon ventre. Impossible de tenir debout, mes jambes flanchaient et cela faisait un moment qu’elles ne souhaitaient plus me porter. J’avais entendu ses paroles, dures. Il m’insultait carrément, mais il avait peut-être raison au fond, au moins il m’avait faire reprendre la raison, un semblant du moins.

    La poussière lors de ma chute m’arriva jusqu’aux narines et à ma gorge, et une quinte de toux me prit, réveillant encore plus la douleur à mon ventre. Je fermais les yeux, comme pour me dire que tout cela n’existait pas, que j’étais somnambule et que j’allais me réveiller au même endroit, mais seule. Je n’entendis pas le médecin revenir pour soigner Philippe. Je n’avais plus de larmes, pourtant j’aurai bien aimé qu’elles coulent. Je ne savais plus quoi faire, si j’en avais eu le courage et surtout la force, j’aurais sans doute fuit. Oui, j’étais assez bonne sprinteuse alors je me serais enfuit, à l’opposé de la ville bien sûr. Soit j’aurai trouvé une arme pour arrêter cette torture profonde, soit j’aurai trouvé autre chose de toute façon. Mais pourquoi diable n’avait-il pas dégainé son arme ? Tout serait terminé. Il n’avait pourtant pas hésité pour tuer mon fiancé, pourquoi diable ne le faisait-il pas pour moi ? Nous avions été très proche il y a peu de temps, et je n’avais pas été contre d’ailleurs, je l’avais juste planté à la fin. Je n’étais bonne qu’à jeter en fin de compte. Je ne méritais personne et personne ne me méritais. La voix du médecin me sortit de ce cercle infernal que je me faisais en pensée. J’avais les bras toujours contre mon ventre, me tâchant de plus en plus. Je n’étais plus à ça près, je ne ressemblais qu’à une épave souillée de toute part. Je ne réagissais pas à ses paroles, ou du moins lui jetait un rapide coup d’œil. Il pouvait venir, je ne lui ferais plus rien à l’heure qu’il est. Peut-être que la folie me reprendrait, mais pas aujourd’hui. Je voulais qu’on me laisse tout simplement, ici-même, au froid, dans la poussière, peu m’importait. Je fermais une nouvelle fois les yeux, je me décrispais lentement puis l’épuisement m’emporta dans un lourd sommeil.


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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Dim 12 Mai - 21:28

    J'étais furax. Exténué. Et je pissais le sang. Putain de jour de semaine d'année de vie de merde ! C'était vraiment de pire en pire. Moi qui croyait qu'on ne nous enverrait plus qu'en maintien de la paix dans des zones à peine chaudes, on se retrouvait en pleine troisième guerre mondiale, sans objectif, bombardés et massacrés avant d'arriver sur objectif. Ensuite, on avait dû flinguer plein de civils alors que cette fois on avait rien fait, et arrivés dans ce putain de trou paumé les problèmes se succédaient aux problèmes. C'était vraiment que de la merde cette mission. Je dormais plus, je mangeais peu et je perdais pied, je m'en rendais compte. Là j'atteignais bientôt mes limites, et ce ne serait pas beau à voir quand je pèterais les plombs pour de bon. Ca au moins c'était clair. Je savais que je ne devais pas craquer, que je devais aller mieux et vite sinon des gens allaient mourir. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais plus. J'enchaînais les situations les plus éprouvantes, des ordres plus qu'atroces que j'avais dû donner à l'affaire du viol en passant par le rejet parfois très violent des civils, mes retrouvailles avec Eléanore et tout le bordel que ça avait causé dans ma tête, et tout le reste. Et maintenant ça. Putain, j'étais vernis il y avait pas à dire. J'avais mal au crâne, et pour la première fois depuis bien longtemps, j'avais juste envie de me trouver un coin tranquille, de me souler à mort et de dormir une nuit complète. Putain, qu'est ce que ça me ferait comme bien ! Mais ce n'était pas possible. Merde. Pourquoi il avait fallu que je sois le plus gradé à s'en être réchappé. J'aurais tellement préféré qu'un autre connard soit à ma place. Tenez, je pensais même que me faire exploser avec une large partie de mes hommes dans le convoi aurait pu être nettement plus agréable que me retrouver ici et maintenant, dans cette putain de situation pourrie. J'entendis des bruits dde pas et vis ce que je soupçonnais être Talbert qui avait désobéit à mon ordre se pointer. Et plus loin, le lourd bruit des rangers qui foulent le sol. Je n'avais même plus la force d'engueuler le premier pour sa désobéissance et les autres pour leur foutu retard. Sans me demander mon avis, le toubib me tourna le visage pour regarder ma blessure et se mit en devoir de la soigner. Je me sentais mou, mou et dépassé. Je le laissais faire. J'avais besoin de souffler là. J'acquiesçais d'un signe de tête à ce qu'il me dit, m'asseyant à même le sol. Je tiquais quand le désinfectant toucha ma plaie, mais je ne montrais rien de plus. Putain, j'avais vraiment besoin de cette bouteille. Il me colla un pansement sur la gueule, et là c'était trop.


    | Putain toubib, j'ai plus six ans. Garde ton matos pour les gros bobos. J'ai la tête dure. |


    Ca, c'était vrai. Même que si elle finissait par exploser avec les chances qu'il y avait qu'elle le fasse, elle ferait de foutus éclats. Talbert alla ensuite voir du côté d'Eléanore, surveillée par mes hommes. Je me redressais, fichant machinalement une clope entre mes lèvres.


    | Vous faites gaffe à la route, et vous me la ramenez. Gardez là en observation, laissez là libre de ses mouvements mais vous me rapportez si elle fait encore des conneries. Je vais voir pour mettre les autres postes en état d'alerte. |


    Aussitôt dit, aussitôt fait. Marcher m'apaiserait... Pour un moment en tous cas.



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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Lun 20 Mai - 17:26

J'approchais d'Eleanore, qui apparemment s'était calmée. Ou du moins était trop choquée par les coups pour réagir, ce qui m'allait aussi. J'avançais toujours avec prudence, pour réutiliser un morceau du coton encore propre pour désinfecter ses coupures, ce que je fis en l'empêchant de s'y soustraire. Le Lieutenant donna l'ordre du départ rapidement derrière moi, et je dû me dépêcher, nouant des bandages serrés sur ses mains, dans un soin de fortune, mais qui tiendrait bien jusqu'à son retour à la ville. Je me relevais en acquiesçant la tête au peloton qui encadrait Eleanore, et je récupérais mon arme pour les suivre.

Le Lieutenant s'éloignait déjà de son côté pour vérifier les postes de sécurité, et le groupe entourant Eleanore s'éloigna rapidement, après que j'eus réquisitionné un homme pour m'aider à transporter le brancard. Je quittais les lieux du drame sans un regard en arrière, la vision de l'herbe souillée de sang étant de celles capables de vous rester en tête pendant un bon moment. On avançait plus lentement qu'eux, faisant attention à ne pas faire tomber le sac mortuaire. En théorie, on pourrait avancer bien plus vite. En théorie, nous étions censés le faire sous le feu ennemi. En théorie, on protégeait les civils, aussi. En tout cas, les nôtres. Ceux qu'on croisait ailleurs étaient potentiellement hostiles. Mais les Français… J'en savais rien. Mieux valait ne pas poser de questions. Cesser de réfléchir. Je savais faire ça, hein ? Arrêter de s'interroger, ça valait mieux pour tout le monde.

Je dirigeais le brancard vers la gare, pour le déposer à terre. Inutile de l'emmener jusqu'à l'hôpital. Je congédiais le soldat d'un signe de tête et entrepris de refermer le sac. Sur le petit espace réservé aux détails, j'écrivis simplement "Tué - Inconnu - Civil" ainsi que la date et l'heure. Je rebouchais le capuchon de mon stylo en me relevant, observant la forme noire devant moi. Il n'y avait rien à dire. Pas de mot à laisser filer au vent, rien qui n'en vaille la peine.

Je tournais les talons, et partis dans la direction opposée. Je croisais en chemin le groupe arrêté d'Eleanore, et ralentis. Je n'avais qu'une envie, celle de m'assoir quelque part et de ne plus bouger, mais je me forçais à aller à sa rencontre. Certaines choses élémentaires devaient être dites, et, ayant celui qui avait essayé tout du moins de sauver le pauvre homme, j'étais le mieux placé pour le faire. Je m'approchais lentement, m'obligeant à la regarder en face. Je n'avais toujours pas décidé de ce que j'allais dire quand je pris la parole.


- Madame, pour ce que ça vaut, vous avez nos condoléances. Si vous en avez besoin, une psychologue pourra vous aider. Vous avez aussi mes excuses. Je n'ai pas été à la hauteur. Je… Je vous souhaite de trouver la paix.


Sans attendre de réponse, n'en voulant même pas à vrai dire, je me retournais vers le casemate où je devais encore monter la garde pour quelques heures. Je remis la sécurité sur mon Famas, repliant le bipied, et retournais à l'intérieur, posant mes affaires au sol. Il faudrait bientôt qu'on s'inquiète de la pénurie médicale. Bientôt. Pas maintenant. Je reportais mon attention sur la ligne d'horizon. A part les dernières volutes de fumées dues au tir du M4, il ne restait aucun souvenir de l'affrontement. Rien. On aurait même pu croire que rien ne s'était passé. Non, les souvenirs n'étaient pas physiques : les souvenirs resteraient en nous, quelque part. Et ils reviendraient à la charge quand on se croirait au calme, nous appelant ailleurs, nous détournant de la réalité. Oui, ils reviendraient sous forme d'hallucinations, pour me déconcentrer en un moment critique afin que je les rejoigne. Je secouais la tête pour éviter qu'ils ne m'assaillent dès maintenant. La fumée s'était dissipée. Tout était calme.

HJ : Désolé pour l'attente, et la qualité x_X
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MessageSujet: Re: Qui a-t-il de pire que la vision d'un être cher abattu ?[Livre I - Terminé]   Mar 21 Mai - 16:29

    Mes paupières m’avaient obligés à fermer les yeux, je ne m’étais pas endormie de suite, du moins je le pensais. Mes oreilles entendaient toujours ce qu’il se passait autour de mon corps plutôt inerte en cet instant ; et pourtant je n’avais pas l’impression d’être encore là. J’errais dans un monde qui m’était inconnu, avec aucun objet, aucune atmosphère paisible ou lumineuse. IL n’y avait rien, que le néant de mes propres douleurs. J’étais seule, l’air était irrespirable et je toussais comme jamais je n’avais eu. Des quintes interminables qui ne me laissaient pas reprendre mon souffle. J’étais sale, mais pas sale d’une journée de dur labeur non, sale d’un sang qui coulait sur moi tel une fontaine. J’en étais recouverte. J’observais mes mains qui n’avait plus rien de normal, mais qu’est-ce qui l’était maintenant ? Je ne devinais plus le réel de l’irréel, je faisais des choses que je n’aurais jamais faites si j’avais bien dormi, bien mangé, et si Mickaël était encore à mes côtés. Puis tout à coup, le sang sur mes mains se dissipa, puis sur mes membres et enfin tout mon corps. J’avais l’impression d’avoir moins mal mais encore plus à la fois. J’avais une douleur en moins c’était certain, mais une autre encore plus forte prenait le relais… ou avait-elle toujours été présente ? Je souffrais le martyre et lorsque je sentis quelque chose sur mon épaule, mes yeux s’ouvrirent brusquement.

    C’était comme si mes yeux redécouvraient la lumière, je fus éblouis plusieurs minutes alors que je sentais des hommes me prendre par les deux bras pour me forcer à me lever. Il me fallut quelques minutes de plus pour comprendre où j’étais et ce qu’il s’était passé. Comme si mon cerveau déraillait, tout comme ma mémoire. Mais à la vue du corps recouvert un peu plus loin lorsque je tournais la tête me ft reprendre pleinement conscience de la réalité. Et aussi de la terrible douleur dans ma poitrine qui allait avec. Je toussais plusieurs fois, manquant de tomber mais j’étais à moitié portée par les renforts qu’avait demandés très certainement Philippe. En tout cas, pour le moment j’étais tellement affaiblie que je ne pensais guère à faire une autre folie, et puis je ne pourrais pas étant bien entourée. Ils me dirigèrent vers la ville, alors que je n’avais voulu que partir dans l’autre sens. Je ne voulais pas rentrer, je voulais juste partir seule, me laisser à l’abandon, qui sait peut-être aurai-je péri sous la faim ou je me serais faite violer puis laissée pour morte ou bien torturée. Mais bizarrement, si cela pouvait apaiser ma souffrance, je me laisserais aller à cette idée, si folle soit-elle.

    Je me demandais où ils pouvaient me conduire. Je pensais déjà une cellule très peu confortable pour moi, de toute façon, je n’avais pas eu le luxe d’avoir un confort quelconque depuis mon arrivée ici. Si peut-être depuis que j’avais accepté de vivre chez Elena. Elena… je ne pouvais pas retourner vivre chez elle dans cet état. Et puis, après ce que j’avais fait, comment pouvait-elle me faire confiance ? Elle ne me laisserait plus vivre à côté d’elle, et je ne voulais pas lui imposer ma souffrance ni même le fait qu’elle puisse avoir peur de moi. J’avais failli tuer Philippe, et peut-être le médecin si mon bras n’avait pas flanché. Mais en fin de compte, si j’avais réussi à le tuer, je ne serais plus là à l’heure qu’il est, je serais déjà bien loin. Loin de la souffrance, loin de la culpabilité que je pouvais avoir depuis le début de cette guerre, et j’aurai rejoint avec grand bonheur mon fiancé. J’aurai été libérée de ce poids qui ne finissait plus de m’écraser. Je n’arrivais plus à le supporter, je n’arrivais plus à rien.
    Je croisais encore une fois le médecin, qui semblait s’avancer vers moi. Je devais être pathétique car je n’arrivais pas à mettre un pied devant l’autre sans que les gardes ne me soulèvent. J’avais dû lui faire peur, et je me demandais pourquoi il m’avait soigné après ce que j’avais bien pu lui faire. Braquer une arme sur lui, j’avais failli le tuer lui aussi, alors pourquoi diable avançait-il vers moi ? Peut-être se sentait-il plus à même de me parler maintenant que j’étais entourée et maintenue par deux gardes. Je ne pouvais pas lui faire grand-chose en l’état actuel. Ces paroles me glissèrent dessus comme de l’eau. Je ne retenais pas grand-chose, si ce n’est qu’il voulait me coller une psychologue, pour faire quoi ? Pour lui parler de ce que j’avais vécu ? J’avais déjà tout dit, et tout fait par les actes que j’avais pu faire. Ou alors me disait-il ça pour la folie qui m’avait emporté, si au moins j’étais sûre que cela s’appelait comme ça. C’était un tout, le choc post-traumatique de Cherbourg qui me hantait toujours, cette ville qui m’était insupportable, Philippe aussi que j’avais retrouvée alors que je m’en serais mieux portée sans lui, et à présent la mort de mon fiancé. Après des jours et des jours à espérer, à devenir folle quant à attendre de quoi il en retournait. J’avais même été prête à voler pour lui, à partir toute seule le retrouver ! Tout ça pour le voir une fraction de seconde vivant au loin, et le voir mourir la seconde d’après. N’était-ce pas traumatisant ? J’allais me laisser porter par le chagrin et le malheur, je l’avais déjà fait d’ailleurs, mais bientôt la déprime prendra ma vie.
    Les gardes la dirigèrent vers la Mairie, où certainement il devait y avoir une pièce prévu pour des cas comme moi. Je ne me débattais pas, si je pouvais crever dans un coin toute seule, c’était tant mieux. Ils allaient m’offrir le privilège de rester cloîtrer toute seule, ressassant inlassablement et me laissant porter par l’errance. Combien de temps ma conscience tiendra-t-elle ?


    Spoiler:
     


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