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MessageSujet: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Mer 20 Mar - 18:16

    Mes yeux parcouraient le mur d’en face. Le regard fixe, attendant que le jour se lève doucement. Je n’avais pas bien dormi à cause de l’emménagement d’aujourd’hui chez Elena. Elle m’avait proposée bien gentiment de venir chez elle. Ça m’avait vraiment plu et j’avais accepté après un temps de réflexion. Je m’étais surtout demandé si ça ne la dérangeait pas, puis ensuite je m’étais dit qu’avoir de la compagnie ne pouvait que me faire du bien. J’avais moins d’idées noires car j’avais pensé à cet emménagement depuis quelques jours. Et désormais, ça allait être officiel dès ce matin. Je roulais sur le lit pour me mettre assise et me lever doucement. Je tournais ma tête et me massa le cou et l’épaule gauche. Je soufflais un bon coup et me dirigea vers la salle de bain pour me débarbouiller, puis je rassemblerais mes affaires.
    Je n’avais qu’un petit sac en ma possession en plus de mon sac à dos. Je n’avais rien d’autre, mais de toute manière je n’avais pas grand-chose non plus. Je fis le tour plusieurs fois pour ne rien oublier, et surtout je vérifiais que j’avais mon pendentif et ma bague au doigt avant de fermer définitivement la porte de cette chambre d’hôtel. Je n’avais aucun regret.

    Je descendis les escaliers, puis m’arrêta quelque instant lorsque je sortis de l’hôtel. C’était peut-être un nouveau départ. Après ce qu’il s’était passé lors du rassemblement, puis le camion du laitier et les bombardements qui se faisaient plus présents, j’avais l’impression que notre sort était bientôt proche. J’avais encore dans la tête de faire cette excursion toute seule et de me débrouiller pour retrouver mon mari, mais il me fallait encore réfléchir là-dessus. Quand bien même je savais qu’à un moment donné, l’attente serait trop longue et elle l’était déjà. Les réponses du Maire ne m’avaient rien apporté et c’était pour ça que je me projetais dans cette aventure. Pour l’instant, je gardais tout pour moi, et puis, qui me comprendrait si je disais que je partais ? Qui ne me retiendrait pas et me soutiendrait ? C’était plutôt ça la question, et pour le moment, je ne voyais absolument personne.

    Arrivée devant la maison des Beaumort, je vis sur la boîte aux lettres encore intacte « M. et Mme Beaumort ». Il était vrai qu’elle avait perdu son mari, nous étions peut-être au même point, car même si je ne savais pas si mon fiancé était toujours en vie, il n’était pas à mes côtés. J’observais ensuite la maison, elle ressemblait aux autres. Je ne m’attardai pas plus longtemps et me dirigea vers la porte. Elena devait m’attendre. J’hésitais un instant, soufflant un grand coup, me demandant encore si je ne la dérangerais pas de ma présence, puis frappa à la porte. Je maintenu un peu plus fort l’anse de mon sac de ma main gauche, puis attendit que la jeune femme m’ouvre la porte.


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Dim 24 Mar - 22:56


« Elena. »
Mes paupières s’ouvrirent puis se refermèrent sur mes yeux vidés de toute flamme. Ca faisait bien deux heures que je somnolai, recroquevillée sur le lit. J’étais à un stade confus, trop éveillée pour dormir, mais trop endormie pour me lever. J’étais tout à fait amorphe, à ne plus savoir quoi faire pour donner l’énergie nécessaire à mon corps pour lui permettre de bouger. Il n’y avait rien, aucune solution à mon problème. Ou en tout cas, aucune à la portée de mon esprit engourdi. Je n’étais qu’un corps qui n’est pas encore mort mais qui n’attend que ça. Qu’y a-t-il d’autre à attendre maintenant ? La fin de la guerre est une blague de mauvais goût. Les hommes aiment bien trop s’entretuer. La paix n’est qu’une pause qui leur permet de chercher d’autres idées ingénieuses pour les massacres de masse. Non, nous n’avons plus rien à attendre que le dernier jour de notre vie.
Qui sera certainement plein de couleurs.
Ena, le petit félin dernier survivant dans cette maison hantée par mon esprit égaré, sauta sur le lit pour réclamer ce qui n’arrivait pas encore à elle. Mon semblant de dépression ou peut-être mon manque de sommeil, m’avait clouée au lit sans me donner le droit de me reposer, et alors je n’avais pas été à l’heure du lever de la Belle. Comprenez qu’il lui faut manger maintenant. Son arrivée me fut d’ailleurs plus bénéfique que je ne pouvais l’imaginer. Mon esprit s’allégea considérablement, et il me sembla recouvrer l’énergie nécessaire pour la journée. Je n’étais plus à moitié endormie, j’étais cette fois pleinement réveillée.
Ce n’est qu’une fois avoir erré plus que marché, jusqu’à la cuisine, que je me rappelais du jour d’aujourd’hui, et de son importance. Je devais bien avouer que je ne pensais plus à Eléanore, récemment. Les évènements récents m’avaient plus perturbée que je ne voudrais l’avouer, et j’en avais presque oublié l’emménagement de la jeune femme chez moi. La question de comment allions-nous faire se posa à moi comme une évidence. A vrai dire, je n’y avais pas réfléchi jusque-là… Je lui avais proposé ça sur un coup de tête, pensant que ce serait bénéfique pour nous deux. Elle aurait un toit ‘’à elle’’, et en échange, elle nettoiera l’endroit puisque je n’en suis pas capable. J’ai essayé de le faire moi-même mais… non, ça ne marche pas.
N’y pensons plus pour l’instant.

J’ouvris la fenêtre de la cuisine, seule fenêtre que je pouvais ouvrir sans devoir faire constamment attention à ce que rien d’autre n’entre ou sorte que la bête enragée qui me tient compagnie. Le temps était plus ou moins doux, et de toute façon, pour le peu de différence entre dehors et dedans, je laissai maintenant la fenêtre ouverte. Ca permettait à Ena de sortir quand elle voulait. Je n’avais plus beaucoup de nourriture pour elle, alors je préférais la laisser chasser ce qu’elle pouvait trouver. Si elle ne trouvait pas, elle reviendrait réclamer une gamelle.
Passons.
J’étais assise devant mon piano, les doigts caressant les touches, quand Eléanore frappa à la porte. Après une douche rapide, j’avais enfilé un pantalon et un t-shirt, que j’imaginai appartenir à Alexandre aux vues de leur taille. Je m’étais ensuite assise devant l’instrument pour attendre, tout en essayant de me rappeler la conversation que j’avais entretenue avec la jeune femme, le jour où je lui ai proposé de rester chez moi. Ma mémoire s’enfonçant dans la décadence ne m’aida pas à retrouver le moindre mot de ce jour-ci, comme s’il n’avait jamais existé, alors j’ai simplement attendu. Encore et encore, sans compter les minutes ni les heures, jusqu’à maintenant. Jusqu’à ce que sa main frappe la porte de ma maison.
Il était temps.
Je me levais presque automatiquement, faisant attention où je mettais les pieds pour ne pas risquer de tomber. La maison était dans un état bien triste à voir même pour moi qui ne voyais pas. Alexandre aurait sûrement pleuré devant un tel désastre, et tout rangé immédiatement. Il était ainsi, soigné et perfectionniste. Et moi à côté, je n’étais qu’un bambin à qui l’on apprenait à marcher sans faire tomber le moindre objet sur les meubles. Encore aujourd’hui, il m’arrive de buter dans une commode ou même mon lit, quand je ne fais plus attention aux détails… J’ouvris donc la porte, un très léger sourire sur les lèvres. Je ne saurais pas me l’expliquer, mais sa présence me rassurait vraiment. Ou alors ce n’était pas elle et je passerais pour une idiote, mais je n’attendais personne d’autre qu’elle donc…

~ Eléanore. Vas-y, entre. Regarde où tu mets les pieds et fais attention à ne pas tomber, tout a été saccagé ici-bas.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Sam 30 Mar - 12:56

    Mes doigts s’engourdissaient tellement je pressais l’anse de mon sac. Mon cœur battait à cent à l’heure et j’avais l’impression que j’allais faire une crise cardiaque. C’était vraiment étrange cette impression. J’avais en fait un immense stress, en plus de celui que j’avais depuis mon traumatisme. Là j’avais l’impression que j’allais perturber son environnement, même si je savais que l’invitation venait d’elle. En plus de ça, il était vrai que je n’avais jamais eu à faire encore à une aveugle, mais en tout cas, j’essayerais de tout faire pour l’aider. J’avais peur aussi de trop en faire, je n’allais pas devenir son infirmière mais sa colocataire. Donc il fallait que je trouve ma place sans empiéter sur celle d’Elena. C’était aussi soulageant qu’effrayant, car j’avais l’impression de revenir dans un espèce de quotidien de vie. C’était banal de devenir colocataire, non ? Il ne fallait surtout pas que je pense à l’environnement autour et surtout à la guerre, et je pourrais peut-être m’y sentir bien.

    La porte s’ouvrit enfin, alors que je pensais que cela faisait une éternité que j’attendais sur le seuil de sa porte. Je lui fis un grand sourire et le diminua quand je réalisais qu’elle ne pourrait pas me voir. Elle m’invitait à entrer et m’indiquait de faire attention. Je n’avais pas compris sur le moment, mais lorsque j’entrai tout fut soudainement plus clair. Il y a avait tout un tas de chose par terre et à mon avis cela faisait un moment que ça n’avait pas été nettoyé. Peut-être depuis que son mari était mort. En même temps, je ne pourrais pas me permettre de la juger, car je comprenais parfaitement son sentiment, même si mon fiancé lui pourrait être vivant.

    « Merci Elena de m’avoir offert un toit. Il faut dire que la chambre d’hôtel commençait à m’être insupportable. »

    Je faisais attention à ne pas me casser la figure avant même d’avoir pu faire quelques pas. J’observais alors l’intérieur de sa maison qui avait l’air d’être très chaleureuse si on faisait abstraction du malheur et du désordre. En tout cas, c’était fort généreux de sa part que de m’’inviter chez elle alors qu’on ne se connaissait que très peu. Je pense qu’en tant qu’aveugle, elle devait mieux percer l’âme des gens. Du moins c’est ce que je supposais.
    Je me permis de rentrer directement dans le salon. Tout avait été saccagé, et on avait l’impression par des personnes mal intentionnées. La télé était cassée, mais de toute façon c’était un objet inutile désormais. Mais ce qui me frappait le plus était l’immense piano qui s’imposait dans cette pièce. Je m’avançais vers le canapé pour déposer mes deux sacs, puis me dirigea vers le piano.

    « Il est magnifique. C’est le tien ? Tu es pianiste ? »

    A la minute où j’avais posé la question, je m’étais dit que finalement ça pouvait être à son mari, et que j’aurai peut-être mieux valu de ne pas poser la question. J’espérais seulement que c’était elle qui y jouait, car réécouter de la musique aurait été la bienvenue. La musique pouvait apaiser les gens et je savais que ça pouvait avoir de l’emprise sur moi. Je passais ma main dessus, en m’imaginant bizarrement pouvoir y jouer. Puis je tournai la tête et entrevu la cuisine avec des objets qui étaient presque tous inutilisables.



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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Lun 1 Avr - 16:51


« Elena. »
Ma main se crispa sur le bois de la porte. J’étais stressée. Absolument stressée. Je n’avais jamais vécu sous le même toit que quelqu’un d’autre, à part mes parents et mon mari. Parfois, mon père avait ouvert notre porte à des connaissances de passage, mais ce n’était pas pareil. Ca ne durait jamais plus de deux jours. Là, il s’agissait d’attendre la fin de la guerre, au moins. Mais comme elle ne viendra pas, disons plutôt jusqu’à ce que mon âme quitte mon corps. Ou la sienne, mais je ne lui souhaite pas.
Alors oui, j’étais stressée de l’accueillir chez moi. C’était chez moi, et il me semblait que cette invitation n’avait pas pu être prononcée par ma personne. Moi qui n’accepte pas les mains que l’on me tend, qui ne parle que très peu aux inconnus et aux simples connaissances. Moi, la grande associable, j’ai invité une femme que je ne connaissais pas, à vivre chez moi. C’était impensable. Et complètement fou. Mais peut-être que j’avais juste besoin d’une femme qui tienne mes mains et me dise calmement que tout ira bien. Comme le faisait si souvent ma belle-sœur.
Peu importe.
La porte claqua en se refermant. J’essuyai mes paumes contre mon pantalon. J’avais l’impression que le stress rendait mes mains moites, et ce n’était vraiment pas agréable. Ce n’est que lorsque la voix de la jeune femme me sembla bien trop loin, que je me rendis compte que je n’avais pas bougé d’un poil. J’étais toujours devant la porte, comme une idiote. Je la rejoignis rapidement, masquant mon absence en gardant le silence. J’essayai de localiser Eléanore au son de ses pas, mais il me semblait qu’elle avait cessé de marcher. C’est alors que j’entendis ses sacs tomber sur mon canapé et ses pas s’approcher dangereusement de mon piano. J’essayai de me décrisper légèrement. Il fallait que je cesse d’être ainsi, ou la cohabitation serait impossible. Enfin, du moment qu’elle n’utilisait pas l’instrument comme un simple meuble, je n’avais pas de soucis à avoir.
Si ça arrivait, je crois qu’elle finirait dehors sans même avoir le temps de prendre ses affaires…

~ Il est beau, n’est-ce pas ? Il appartenait à mon mari. Je sais jouer, mais de là à dire pianiste… Je pourrais essayer de t’apprendre si tu veux.
Un large sourire étira mes lèvres alors que je faisais le tour de l’instrument en laissant mes doigts caresser sa surface si lisse. Combien de fois me suis-je réfugiée sous le piano de mes parents en étant gamine ? Encore aujourd’hui, il n’y pas si longtemps, j’ai trouvé du réconfort à aux côtés de celui-ci, alors que des coups de feu résonnaient dans toute la ville. A croire que j’étais faite pour aimer la musique… Ma grand-mère était pianiste, alors pourquoi pas moi, c’est ça ? A croire que c’est plus héréditaire qu’on peut le croire… ou pas.
Laissons de côté ces problèmes-là pour l’instant et concentrons-nous sur l’installation de la réfugiée. Je ne savais pas vraiment encore comment nous allions faire. Nous avions dans cette maison qu’un lit double et un clic-clac assez grand pour deux personnes. On n’avait pas prévu plus, ne pensant pas qu’un jour quelqu’un viendrait passer la nuit chez nous. A vrai dire, on ne cherchait pas non plus à ce que ça arrive. Nous aimions la tranquillité de notre petite maison. Il n’y avait qu’Ena pour bouder dans les placards ou venir nous réveiller quand on trainait trop le matin. C’était notre quotidien et nous avions pris l’habitude de n’être que deux.
Maintenant… il fallait trouver une solution.

~ La chambre de l’hôtel ne devait pas être très confortable. Tu peux installer tes affaires dans la chambre et prendre le lit, si tu le souhaites. Si tu as faim, il doit y avoir des gâteaux dans un placard, et de l’eau aussi. Les toilettes et la salle de bain sont au fond du couloir. Oh, et si tu as froid, tu peux fermer la fenêtre. Fais comme chez toi.



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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Ven 5 Avr - 14:40

    Mes yeux observaient la grandeur du salon. J’avais plus d’espace que dans la chambre d’hôtel, c’est certain. Alors je profitais, j’avais l’impression de respirer à nouveau, de ne pas avoir la sensation que les murs se rapprochait de moi, surtout lorsque j’étais allongé sur le lit. Je m’étais presque demandé si je n’avais pas développé une claustrophobie secondaire. De toute façon, j’étais sans arrêt terrifiée, je n’arrêtais pas de sentir mon cœur battre la chamade dans ma poitrine car j’étais sans cesse submergé par mes émotions. Être en présence d’une autre personne, une autre femme qui me comprendrait sûrement, ça avait quelque chose d’agréable. Je pourrais enfin penser à autre chose, et pourrait me tuer à la tâche de nettoyer la maison, si ça ne dérangeait pas trop sa propriétaire. Je me demandais d’ailleurs comment faire en sa présence, je savais qu’elle était aveugle depuis un certain temps et je ne souhaitais en aucun cas l’assister – elle avait l’air d’ailleurs de bien se débrouiller – mais comment faire la différence ? Je ne voulais pas m’imposer, être la plus discrète possible, mais était-ce une solution devant une aveugle ? En tout cas, je m’imaginais très bien qu’elle m’entende à chaque fois. Ne ditons pas que tous les autres sens augmentent lorsque nous perdons la vue ?
    Mes pensées s’arrêtèrent très vite lorsque je vis Elena s’avancer dans le salon. J’avais du mal à porter son regard sur elle, étant donné qu’elle ne me voyait pas. C’était vraiment étrange, d’autant plus que c’était la première fois que je côtoyais quelqu’un dépourvu d’un sens.

    A ma question qui me semblait très mal placée, je croyais qu’elle allait me répondre autrement. Mais finalement, elle me répondit très simplement. IL était finalement à son mari, comme je l’avais imaginé plus tôt. Je lui souris, avant de me rendre compte qu’elle ne pouvait pas voir et l’éteignait aussitôt.

    « Il est fabuleux effectivement. Et ce serait vraiment gentil de ta part. Je sais combien la musique peut apaiser parfois… »

    La dernière phrase se finit dans un murmure. Plus pour moi d’ailleurs, car si la musique pouvait m’apaiser, je ne souhaitais qu’essayer. Peut-être pourrait-elle me faire oublier le chaos qui nous entourait et me terrifiait un peu plus depuis que nous entendions les bombardements au loin. J’avais l’impression que la guerre arriverait bientôt à nos portes. Peut-être n’avais-je pas tort, mais je préfèrerais à dire vrai…
    Je voulais lui souhaiter mes condoléances pour son mari, mais je ne savais guère si c’était bien placé. Nous nous connaissions à peine et elle m’avait gentiment offert l’hospitalité, alors je ne souhaitais pas faire de faux pas. Je l’observais faire le tour de son piano, et je fus étonnée de la voir marcher et bouger comme si elle avait la vue. Heureusement qu’elle ne me voyait pas, sinon j’aurai l’air vraiment bête. Mais si moi-même j’étais privé de la vue, je ne sais pas si je le supporterais ; alors je la voyais comme une personne très forte et courageuse, surtout en ces temps de guerre. Elle reprit la parole pour m’indiquer où j’allais dormir et les autres endroits de la maison. J’étais soudainement gênée car elle m’avait proposé… la chambre ?

    « Oui, elle était très… étouffante. Je suis vraiment ravie d’avoir autant d’espace, j’ai l’impression que ta maison est immense. »

    J'étouffais un rire qui était plus nerveux qu'autre chose et fis une pause pour observer la cuisine et les autres endroits qu’elle m’avait indiqués pour les mémoriser, quoi que ça ne fût pas difficile.

    « Par contre, je ne veux pas m’imposer, le canapé suffira tu sais. Je n’ai pas beaucoup d’affaire de toute façon et je ne dors que très peu à dire vrai. »

    C’était vrai, j’étais devenue insomniaque et ne faisait que des nuits blanches. En réalité, j’avais peur de fermer les yeux car je ne souhaitais pas revivre mes cauchemars perpétuellement. Et comme je ne souhaitais guère qu’elle me voit dans un état de transe et d’affolement pendant mon sommeil, j’imaginais déjà bien ne dormir que quelques minutes. Je n’aimerais pas qu’elle prenne peur et qu’elle me jette dehors. A moins d’être directe dès le début ? De toute façon, elle finirait par découvrir mon instabilité émotionnelle ainsi que mon choc post-traumatique qui avait du mal à disparaître et ne me laisser tranquille guère longtemps.


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Sam 13 Avr - 19:15


« Elena. »
Mes mains tremblèrent quelques instants sur la surface lisse du piano. Il y avait comme un trou béant dans ma poitrine, un vide que je n’arrivais pas à combler. La musique peut apaiser comme elle peut faire du mal, Eléanore. Parfois encore, il m’arrive de m’assoir devant l’instrument, et de me souvenir du rire d’Alexandre alors qu’il m’apprenait comment jouer. Et alors je reste figée, incapable de bouger, comprenant que ce rire n’existera plus entre ces murs, et qu’il finira par… disparaître.
Je serrai les poings et passai une main sur mon visage. Il ne fallait pas penser aux choses négatives pour le moment. Je ne pouvais pas me permettre d’être faible, ou de ne laisser ne serait-ce que supposer que je le sois. Pas maintenant. Pour le moment, il fallait accueillir cette âme vagabonde comme il se doit, et lui montrer que cette maison n’est pas sur le point de s’écrouler. Elle aura tout le temps de se rendre compte de la décadence de mon esprit épuisé par la guerre.
A nouveau mes pensées s’égarèrent un instant. Elle n’avait pas tort, cette maison était trop grande. Trop grande et froide quand on est seul à l’habiter. Moi qui n’avais jamais vécu qu’en compagnie, je n’avais pas l’habitude de n’entendre que le bruit de ma propre respiration et rien d’autre que les craquements de la maison. C’était effrayant en quelques sortes. C’était aussi pour cette raison que je lui avais proposé d’emménager sous ce toit alors même que nous ne nous connaissions pas plus que ça.

~ Ca ne me dérange pas. C’est comme tu veux.
Comment lui dire que moi-même je ne suis plus capable de dormir correctement dans ce lit ? Il me semble trop grand pour moi, j’ai constamment froid peu importe le nombre de couvertures. Je n’arrive qu’à m’endormir quand la fatigue m’emporte et à me réveiller quand le soleil se lève. Je reste alors allongée dans le lit qui ne veut plus de moi. Finalement, j’en viens à me demander si je n’aurais pas dû rester dehors et dormir à la belle étoile, loin des souvenirs prisonniers de cette maison.
Ce que je redoutais le plus avec l’arrivée de la réfugiée, ne tarda pas à pointer le bout de son nez. Le silence, l’absence totale d’une conversation. Je ne savais plus quoi lui dire maintenant qu’il me semblait avoir tout dit. Et ce n’était que les premières minutes de son déménagement alors que serait la suite… Un frisson désagréable traversa mon dos à cette seule pensée. J’étais ce qu’on appelait une associable, même si en vérité, c’était surtout un malaise à l’égard des autres. J’ai toujours eu peur du regard des autres, de leurs pensées profondes. Et vous savez très bien qu’une simple parole peut changer à jamais ce que pensent les autres de vous. Puis l’homme est ainsi fait qu’il se terre dans l’hypocrisie, au lieu d’opter pour la sincérité.
Et c’est ça qui me met mal à l’aise.
Je choisis donc de m’installer devant le piano, pour réfléchir à ce que nous pouvions dire maintenant. Je ne me sentais pas encore prête à me confier à Eléanore, alors je ne pouvais pas prendre l’initiative sur ce côté-là. Je ne pouvais pas non plus me permettre de la questionner. Il fallait trouver autre chose pour dissiper mon malaise qui allait bientôt finir par se faire ressentir… J’optai donc pour la seule chose qui me restait : la musique. Doucement, j’appuyais sur les touches de l’instrument, profitant de chaque note pour ne plus penser à rien.
Je m'arrêtais net, réalisant une chose qui ne me semblait pas lui avoir demandé. A moins de n'avoir oublié cette partie de nos conversations, ce qui ne serait pas étonnant.

~ Ah ! Est-ce que je t'ai déjà demandé si les chats te dérangeaient ? Je veux dire... heu... une allergie ou un traumatisme, je ne sais pas trop.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Mer 17 Avr - 7:49

    J’essayais de m’imaginer vivre dans cette maison désormais. Pendant plusieurs jours j’étais certaine que j’allais prendre la direction de l’hôtel, pour ensuite rechercher le chemin de cette maison. Ça allait fort bien me changer, je ne savais pas encore si c’était en bien ou en mal, mais rien que le fait d’avoir de la compagnie, peut-être cela m’apaiserait-il un peu. Je voulais me sentir utile aussi, servir à quelque chose au lieu de broyer du noir. Cela écarterait sûrement les mauvaises pensées qui me hantaient toujours, cependant, je n’étais pas certaine de ne plus faire de cauchemars terrifiants. J’avais peur d’hurler dans mon sommeil, de me réveiller haletante, de faire peur à Elena en somme. J’espérais ne pas en arriver là, mais l’avenir me le dira. Pour le moment, je souhaitais profiter de cet espace qui me paraissait si immense et me laissait quand même respirer. J’avais toujours ce vide en moi, quelque chose de brisé en mille morceaux, mais étrangement cette maison me faisait ressentir un brin de sérénité.
    Bien qu’elle me confirme que ça ne la dérangeait pas que je prenne la chambre, je n’étais pas du genre à m’imposer et à prendre la seule chambre de la maison. Non vraiment, je n’étais pas élevé comme ça. Et puis j’étais certaine de ne pas avoir à le déplier souvent…

    « Ça me va parfaitement de prendre le canapé, ne t’en fais pas. »

    Et je pourrais éventuellement sortir prendre l’air frais en pleine nuit comme je le faisais si fréquemment. Inutile donc pour moi de prendre une chambre, et puis je ne voulais pas non plus m’accrocher à un lieu qui n’était pas le mien finalement. Le silence pointa le bout de son nez et je ne savais pas comment le briser. Je ne la connaissais pas vraiment et j’avais peur d’entamer une conversation inutile ou trop personnel sans m’en rendre compte. J’étais par ailleurs assez mal à l’aise, mais c’était nouveau pour toute les deux. J’avais été seule soit peut-être que quelques jours, mais ça avait été pour moi une éternité. Elle aussi devait d’ailleurs ressentir ce changement soudain. Je n’arrivais pas encore à m’y habituer. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas eu une vrai conversation avec quelqu’un que j’en avais oublié la manière de parler aux autres. Pourtant, avant, je n’avais pas besoin qu’on m’ouvre un sujet de discussion, car j’étais généralement la première à ouvrir la bouche. Mais là, tout était différent…
    Je la vis s’installer au piano et commencer à jouer… et mes oreilles se concentraient sur ce son qui m’était familier mais pourtant si lointain. Je commençais à bien rentrer dans cette mélodie jusqu’à ce que le son s’arrête brutalement. Mes yeux s’étaient fixés au loin à travers la fenêtre et je reposais mon regard sur Elena lorsqu’elle me parla.

    « Oh non, j’adore les animaux donc ça ne me dérange pas du tout et je n’ai pas d’allergie non plus. »

    Je lui souris, même si je savais qu’elle ne pouvait le voir, puis continuais.

    « Tu en as un qui se cache quelque part ? »

    Je regardais autour de moi pour voir si je le voyais quelque part. Peut-être en avait-elle-même plusieurs. C’était quelque chose de très positif pour moi, car à part le chien que j’avais aperçu à l’hôpital et encore sur le quai, je n’avais pas vu d’autres animaux. Ils avaient sur moi un étrange pouvoir d’apaisement, encore plus que tout autre chose. Le meilleur aurait été qu’elle me dise qu’elle avait un cheval quelque part. Mais c’était un doux rêve illusoire ; ça aurait été tellement beau dans ce monde qui sombrait petit à petit. J’aurai pu m’évader, un plaisir qui me manquait que trop.


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Jeu 25 Avr - 20:58


« Elena. »
Je n’allais pas insister plus longtemps. Si c’était son choix, alors soit, elle prendrait le canapé et j’essaierai d’habituer Ena à ne plus s’y coucher. Beaucoup de nos petites habitudes vont être chamboulées par l’arrivée de la réfugiée. Mais ce n’était pas plus mal, au moins je n’aurais plus à traîner les pieds pour ne pas risquer de tomber. Ce sera certainement plus difficile pour le félin qui squatte entre ces murs. Elle qui avait pour habitude de pouvoir sortir et entrer par la fenêtre que je laissai toujours ouverte, elle qui la nuit s’endort à mes côtés puis se lève pour aller sur le canapé. Celle qui a toujours passé la moitié de ses journées à absolument rien faire. Eh bien elle boudera quelques heures dans un placard, et finira bien par pardonner le mal que nous n’avons pas fait.
Ce silence qui nous pesait, il me semblait être celle qui l’imposait. Mes doigts se crispaient sur mes genoux, consciente qu’il venait en partie de moi. Depuis tant d’années je n’ai plus regardé personne dans les yeux, toutes ces années à ne plus dire que bonjour et merci, à ne plus toucher le moindre inconnu. Toutes ces années ont participé à ce silence et crient à mes oreilles que je suis la seule fautive. Je me suis isolée toute seule, personne ne me l’a imposé. Je suis la méchante de l’histoire qui donne son malaise à une innocente.
N’est-ce pas cruel ?
Mon attention se focalisa sur les bruits qui passaient par la fenêtre ouverte. J’avais bien une bête plus ou moins féroce qui devait traîner quelque part, mais elle ne se cachait pas, non. Elle aime se montrer, faire savoir qu’elle est là, et qu’elle est capable de disparaître en un rien de temps, sans faire de bruit. Elle est un peu fière, je vous l’accorde, mais on n’y peut rien. Un fin sourire étira mes lèvres alors que j’entendis sonner la clochette au cou d’Ena. Elle n’était pas très loin de la maison, et me le faisait savoir.

~ Un chat. Elle s’appelle Ena, mais elle est dehors pour le moment. Si tu tends l’oreille, peut-être que tu entendras ça…
Je levais les mains et indiquai du bout du doigt la clochette dorée à mon poignée. J’ai offert la même à la petite chatte quelques jours après son emménagement, pour que l’on puisse cohabiter plus facilement. Elle est muette et je suis aveugle, il était inimaginable de la laisser cavaler dans la maison sans faire de bruit. D’après Alexandre, elle avait l’air content de ce cadeau, même si je n’arrive pas à comprendre comment il a pu voir ça. Mais ce n’est pas le plus important.
Mes doigts tapotèrent un instant la surface du piano. Il me semblait que l’heure n’était plus au silence. Il fallait parler, et parler utilement si on peut dire ça de la sorte. Il fallait que je la prévienne de ce qu’il ne fallait pas oublier de faire, par exemple. Il fallait surtout que je me mette moi-même en confiance, et bien sûr Eléanore par la même occasion. C’était presque chose impossible, mais c’était ainsi. Rien ne pourra changer ma façon de vivre et mon caractère.

~ Parlons sérieusement, Eléanore. Je suis désolée de te demander ça, mais pourras-tu tout ranger ? Tu peux mettre ça où tu veux, ça ne pose aucun problème du moment que ça n’encombre plus le passage. Le chat aime pouvoir sortir et entrer quand elle le veut, mais si tu veux fermer la fenêtre, alors il faudra faire attention à lui ouvrir à chaque fois. Elle est muette, donc ne t’attends pas à l’entendre miauler. Je dois partir tôt le matin, mais la serrure a été cassée, alors on ne peut plus fermer à clé. Donc, je te conseille de garder sur toi tout ce que tu peux avoir de précieux.



[un peu merdique, excuse-moi]
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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Mer 1 Mai - 9:43

    Mes pensées et ma conscience s’évada l’espace d’un instant. Au moment même où j’avais pensé à découvrir un cheval quelque part dans cette ville, j’avais revu mon cheval à moi. Celui qui m’écoutait, me réconfortait avec pourtant un caractère bien à lui : on ne pouvait pas avoir plus têtu et attachant. Je l’aimais, et il m’aurait bien fallu une oreille attentive en ces lieux… Mon cœur se pinça et je retenu quelques larmes de justesse. Fort heureusement qu’Elena ne pouvait me voir, j’étais vraiment à deux doigts de craquer, mais je ne souhaitais pas le faire ici. Peut-être m’échapperais-je comme à mon habitude pour me retrouver seule avec moi-même. Il était vrai qu’avant je ne me souciais guère de craquer dans ma chambre d’hôtel, sur mon lit, mais le faire ici revenait à s’ouvrir à la jeune femme, ce que je ne souhaitais faire pour le moment. Je voulais qu’elle me voie comme une femme qui continue d’avancer, même si ça m’était très difficile et carrément impossible au plus profond de moi. Mais voilà, je ne reflétais qu’une image, et ce qui allait me reposer ici, c’était de ne pas faire constamment attention à ce qu’une larme ne coule ou à laisser exprimer mes émotions de par mon visage et mes yeux. Elena ne pourrait rien voir, et je ne savais d’ailleurs pas si avec ces autres sens elle pourrait sentir quoi que ce soit. Je le saurais bien assez tôt.

    Je n’avais pas réalisé le long silence avant qu’elle ne me réponde. Je revins brusquement sur terre et mon regard se posa de nouveau sur Elena. Elle me fit entendre un son de clochette qui était apparemment le même que celui du chat. C’était un bien bon moyen de savoir où elle était en effet. Je tendis l’oreille pour peut-être entendre ce bruit, mais le son de la clochette ne parvenait pas jusqu’à mes tympans. Elle ne devait pas être dans les parages. Tant pis, je la verrais un autre moment. J’espérais qu’elle ne soit pas trop sauvage non plus pour pouvoir profiter d’une compagnie animale. Et avant même que je ne puisse lui dire un petit mot – j’avais effectivement du mal à faire durer la conversation – elle commença à parler. Au début, j’étais intriguée, mais au fil de ses paroles, je m’étais imaginé exactement ce qu’elle me disait. Je voulais l’aider du mieux que je le pouvais, mais j’avais eu du mal à savoir comment le lui demander. C’était alors très bien qu’elle fasse le premier pas et qu’elle me le demande directement. C’était sa maison après tout. Elle m’informa aussi de ses habitudes, que j’allais essayer de ne pas changer ; puis la porte qui ne fermait plus. Dès lors, je cachais mon mal être et ma peur, la dernière fois qu’une porte n’avait pas été fermée, je m’étais retrouvée à être agressée par des hommes, par deux fois dans ma vie. Depuis, elle ne m’avait plus quittée ; et même si je l’oubliais, elle me revenait en pleine figure pour me terroriser. J’en avais fait les frais durant les bombardements, et ici-même à cause du choc de mon enlèvement que j’avais cru aussi qu’il était définitivement parti. Tout ce chamboulement, toute cette guerre et aussi un peu le fait que j’avais retrouvé par hasard mon premier amour ici-même, me rappelait contre mon gré des souvenirs que j’aurai préféré garder loin de moi. Mais je ne pouvais contrôler cela, j’espérais tout simplement que mes cauchemars n’allaient pas réveiller Elena. J’inspirais un grand coup, puis décida de lui répondre, ne sachant absolument pas si j’avais encore mis un silence entre nous deux.

    « Ne soit pas du tout désolé, je ne souhaitais pas rester à ne rien faire. Pour tout te dire, je ne savais pas comment te le demander, mais ce sera avec plaisir. Je ferais de mon mieux en tout cas pour tout ranger. »

    J’observais les alentours et c’était en grand désordre. Ça ne me dérangeait absolument pas car ça pouvait me permettre de penser à autre chose pendant quelques minutes. Je l’espérais tout du moins.

    « Pour le chat, j’y penserais ou laisserais la fenêtre entrouverte, tout simplement. » lui répondis-je avec un fin sourire

    C’était vraiment étrange qu’un chat soit muet, surtout lorsque sa maîtresse est aveugle. Ça avait un petit côté amusant, mais sans être méchant. Je comprenais mieux pourquoi elle avait un grelot, et je pensais déjà laisser la fenêtre ouverte, car si on ne l’entendait pas, j’étais sûre de l’oublier.

    « Je n’ai pas grand-chose de précieux, et ils sont sur moi constamment, mais merci du conseil. »

    Je pensais surtout à mon médaillon et à ma bague de fiançailles que je portais sans interruption, sauf peut-être pour prendre ma douche. Enfin, quoiqu’il en soit, à part ces deux choses-là, je n’avais aucun autre objet de valeur.

    « N’as-tu pas demandé de l’aide à quelqu’un pour pouvoir la réparer ? »

    A la minute où j’avais posé la question, je m’étais dit que c’était une question absurde. Peut-être que personne ne s’intéresserait à réparer une pauvre serrure alors que le monde était en guerre. Et puis, toute personne qui avait du bon sens et un peu de jugeote passerait par une des fenêtres. Je décidais donc de repartir sur un autre sujet de discussion.

    « Tu pars tôt pour ton travail ? Moi aussi de toute façon il faut que j’aille travailler, mais mes horaires sont assez libres. »

    Etant horticultrice et voyant le peu de culture que j’avais, il ne me fallait pas longtemps pour faire le tour. Je m’inquiétais déjà pour les futures rations et la quantité de nourriture que je pourrais avoir. Car la récolte n’allait pas être florissante et on ne pouvait pas demander à des plantes de donner des fruits ou des légumes en dehors de leur saison. J’étais donc déjà au courant que nous allions manquer très vite de nourriture, et l’hiver approchant à grand pas, cela m’inquiétais de plus en plus, même si je n’avais pas un grand appétit.


    Spoiler:
     


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Mar 7 Mai - 14:35

« Elena. »

Grosse bêtise sur ce post, tout a été effacé, je suis désolée T.T.
Il n'y a donc qu'un résumé du rp autrefois complet (T.T), à la suite.



A ce moment-là du rp, Elena disait que le silence cette fois-ci avait été particulièrement bavard, qu'elle avait réussi à sentir un certain malaise chez Eléanore après avoir parlé de la porte qui ne ferme pas.
Elle s'est donc levée du piano pour se placer devant sa colocataire, en faisant attention de ne pas lui écraser les pieds, et elle a posé sa main sur son épaule avec un sourire.

~ Là, elle disait que le soir elle bloque la porte, pour apaiser un peu le malaise de la jeune femme.

Elle tergiverse un moment.

~ Elle demande qui voudrait réparer la serrure d'une porte, alors qu'il est même pas sûr qu'une aveugle puisse la trouver seule. Et dit que de toute façon, elle n'a rien à donner en échange.

Elle dit que l’auto-dérision détend certains esprits. Elle pense enfin à ses horaires, jalousant les horaires libres d'Eléanore, et disant que son patron n'aimait pas les retard, parce qu'après tout, les animaux n'aiment pas attendre. Elle avoua avoir plutôt tendance à arriver en avance et partir en retard de la ferme. Donc qu'il ne servait à rien de donner des horaires précises à la jeune femme.

~ Elle dit à ce moment-là qu'elle part tôt parce que la ferme est loin, et qu'elle essaiera de ne pas réveiller Eléanore quand elle partira travailler.

Ensuite, elle pense à plusieurs choses sans intérêt. Il lui semble ne plus rien avoir à dire à sa colocataire.

~ Elle lui souhaite la bienvenue dans la maison.
Lui tend la main - en précisant qu'elle a beaucoup réfléchi à ce geste. Et lui dit "Entendons-nous bien".



C'est tout ce que je peux dire, je suis vraiment désolée, T.T.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Mar 14 Mai - 16:58

    C’était vrai, j’avais l’habitude du silence, mais pas de ce silence-ci. Surtout en compagnie d’une personne, même si je ne la connaissais pas totalement. Enfin dans tous les cas, j’essayais de faire de mon mieux, et j’avais l’impression qu’elle aussi. Cela me rassurait un peu, ça voulait dire qu’elle ne s’en fichait pas trop de moi, en même temps, recueillir quelqu’un chez soi, je ne sais même pas si je l’aurais fait à sa place. Autant dire que j’avais de la chance, même si ça allait perturber mon quotidien et que j’allais devoir retenir mes noires pensées. C’était autre chose pour mes cauchemars perpétuels en revanche. J’espérais ne pas trop la dérangée tout simplement, sinon j’allais couchée dehors je pense, étant donné que la chambre d’hôtel était déjà prise par une autre personne. Il fallait bien caser les gens qui arrivaient. Elle se leva et se dirigea… vers moi apparemment, j’ouvris la bouche pour lui indiquer où j’étais ou même commença à tendre la main avant de me raviser. Elle avait assez d’expérience, si je pouvais dire, pour pouvoir me trouvé ; elle le fit d’ailleurs extrêmement bien, elle se plaça devant moi pour pouvoir me parler. Je lui fit un fin sourire, même si elle ne pouvait me voir.

    « Oh, oui c’est mieux en effet. J’ai un petit souci avec les portes non fermées. »

    Je ne voulais pas lui en dire davantage, et puis il s’avérait qu’elle avait en partie compris que ça m’avait en quelque sorte déranger. J’avais une mauvaise expérience tout simplement, mais je me disais que les personnes mal intentionnées pouvaient aussi passer par les fenêtres sans problème. J’essayais donc de m’imaginer être en sécurité en ces lieux, ce qui n’était pas encore gagné. Je n’osais rien lui avouer cependant. C’était sa maison, je n’avais pas le droit de la critiquer.

    « Oh, pardon, je ne savais pas qu’une serrure… »

    Oui c’était vrai, je n’y avais absolument pas pensé. J’aurai cru qu’Elena aurait pu trouver la serrure sans problème mais apparemment ça en était un. L’avantage était que désormais je le savais, mais j’étais pour le coup assez mal à l’aise de la situation qui s’imposait, aussi infime soit-elle. Je me grattais la tête nerveusement, ne sachant trop quoi dire d’autre.

    « Mais ça ira ne t’en fait pas si tu bloques la porte. Autant faire du troc pour autre chose de plus important, c’est vrai. »

    Je n’avais pas totalement tort. Nous faisions du troc et échangeait beaucoup entre les gens qui restaient dans cette ville. Il y avait déjà des rationnements et j’étais à même de pouvoir dire que nos récoltes allaient être médiocres. Comment donc vivre même si nous étions si peu en ville ? Des étrangers arrivaient de toute part pour se réfugier, j’étais sûre que la prochaine vague serait ennemie. Elle revint sur ces horaires, je failli lui proposer mon aide mais je me ravisais aussitôt. Je n’aimerais pas qu’on m’assiste autant, bien que mon intention partait d’une aide généreuse et sans pitié. Quoiqu’en fait, en ce temps de chaos, si j’étais aveugle, je ne m’en remettrais pas. Mais il était vrai que j’avais toujours vu, alors qu’elle… je ne savais pas si elle était née avec. Je ne le lui avais jamais demandé.

    « Oh non ne t’en fais pas, mon sommeil est un peu perturbé. »

    Qu’un peu ? Beaucoup voire totalement d’ailleurs. J’avais l’impression de n’avoir dormi que quelques heures depuis que j’étais arrivée ici. Je ne savais pas si la fatigue se voyait sur mon visage, mais au moins, Elena ne le voyait pas ; c’était ce que je trouvais fort bien dans cet associement.

    « D’ailleurs ne t’inquiètes pas si tu ne me trouve pas dans la maison, je fais souvent des tours dehors pour m’aérer la tête. »

    Oui autant la prévenir maintenant. Je ne voulais pas qu’elle s’inquiète si elle ne me voyait ou ne me sentais pas dans la maison, ni même sur ce canapé. J’en avais l’habitude et mes habituelles balades n’y changeaient rien. Juste à sentir le froid m’envahir et la solitude m’emporter. Je réalisais son large sourire qu’elle me faisait et voulu le lui rendre mais n’y parvenait pas. C’était pourtant si simple de sourire, mais la sincérité n’y était pas. Mon regard tomba sur sa main où je la vis tripoter quelque chose que je ne percevais pas de là où j’étais. Ca me faisait penser à moi avec ma bague de fiançailles, était-ce donc son alliance à elle aussi ? Je ne pouvais me permettre de le lui demander, nous n’étions pas encore assez proche, et j’essayais de ne pas empiéter sur son territoire, autant dans cette maison que niveau personnel. Je ne souhaitais d’ailleurs moi-même pas évoqué le sujet. J’étais assez réservée d’ailleurs à ce propos, sinon j’explosais, je l’avais déjà fait d’ailleurs en présence de… J’arrêtais mes pensées, je ne voulais pas penser à lui. Ce qui importait était ce moment, ce changement de lieu, un renouveau qui sait ? Ca mettait un peu d’espoir en vue, du moins je le voyais comme ça. Je ne voulais pas désespéré dès le premier jour. D’ailleurs elle évoqua le fait que je pouvais partir quand bon me semblait. Je n’espérais pas le faire de si tôt.

    « Oh c’est déjà bien aimable à toi de m’accueillir ici-même et de bien vouloir m’héberger. »

    Je regardais sa main tendue et la serrait chaleureusement – autant que je pouvais le faire – et lui fit un fin sourire même si je savais encore qu’elle ne pouvait le voir.

    « Je ferais tout pour. »


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Lun 20 Mai - 21:02

« Elena. »
Comme je le pensais, c’était la porte non fermée qui la dérangeait. Eh bien, c’était à prévoir. En ces temps de guerre, alors qu’on ne peut plus qu’essayer de survivre un peu plus longtemps, la plupart des gens a connu une mauvaise expérience. Que ce soit porte, fenêtre, maison, voiture, ou même avec les autres personnes. On finit tous par devenir presque fous, ou légèrement dérangé pour ceux qui ont plus de chance. Ou peut-être pas finalement. Peut-être faut-il mieux devenir complètement dingue pour ne plus voir la gueule de ce monde, plutôt que de rester dans la raison de ne jamais cesser d’avoir peur.
Mes sourcils se haussèrent au-dessus de mes yeux. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me prenne au sérieux. Eh bien, c’était bien fait pour moi. Je n’avais qu’à pas essayer de faire un peu d’humour devant quelqu’un d’aussi touché par la guerre qu’elle l’est. Le soupçon de sociabilité qui me restait venait sûrement de se briser en mille morceaux pour ne plus jamais se manifester. Je vais vraiment finir par jouer les ermites et pourrir dans cette maison de malheur.
Rien de bien fâcheux.

~ Ah… euh… c’était une blague… juste une blague.
Du troc, hein ? C’est bien ce que j’avais prévu pendant mon voyage de retour à Louisville. Je pensais bien que mon argent ne servirait plus à rien, et de toute façon, il était resté dans la maison que je savais pas avance dépouillée du peu qu’elle contenait. C’est bien pour cette raison que j’ai fouillé une voiture et pris ce qui me semblait potable. Ca n’a pas été facile sans la vue, mais ça s’est mieux passé que ce que je pensais. Au final, je n’ai pas ramené grand-chose, mais c’est suffisant pour le moment. Je finirais bien par trouver d’autres choses, s’il y a besoin.
Si nous tenons jusque-là.
Sommeil perturbé. On s’en serait douté. Qui arrive à dormir comme avant en ces temps sombres ? Nous avons tous vécu quelque chose de plus ou moins traumatisant. Perdre un mari, un enfant, ses possessions, ou quoique ce soit d’autre. Je ne peux pas imaginer quelqu’un capable de s’endormir profondément chaque soir, sans la crainte d’un intrus dans sa maison, ou d’une bombe dans sa propre ville. Mais, il doit sûrement y en avoir quelque part. Même si certains font juste semblant d’être forts devant les autres, et doivent avoir très peur une fois seuls, je suis sûre que certaines personnes ne doivent en avoir rien à faire. Peut-être est-ce mieux de ne pas y penser et de laisser la mort nous emporter à un moment donné.
Je cessai ces pensées morbides pour me concentrer sur ce qu’elle me disait. Une réalité bien plus dure que la mort qui nous attend me tomba sur les bras. En seulement une phrase elle venait de ramener à moi une quantité affreuse de questions et d’inquiétudes. Et elle ne l’avait pas fait exprès, alors comment pourrais-je réagir si quelqu’un cherche un jour à me pousser au bord du gouffre… Elle disait donc qu’elle prendrait souvent l’air, et j’aimerais lui dire que ce n’était pas un problème, que je ne pouvais pas le retenir ici tous les jours et toute la journée. Mais voilà, la réalité était bien différente : il était possible que je ne me rappelle même plus l’avoir accueillie chez moi. Et ça, c’était un sujet extrêmement sensible.
Il était peut-être temps pour les confidences.
Néanmoins, je ne pouvais pas le faire tout de suite. Je préférais attendre un peu, même si ce n’était qu’un tout petit peu. Il me fallait trouver les bons mots, la phrase qui ne pourra pas la blesser. Mais est-ce possible ? Comment puis-je lui dire que je risque d’oublier jusqu’à son existence, alors même qu’elle vivra sous le même toit que moi ? On ne peut que se sentir blessé, n’est-ce pas ? Mais la vérité est là, et je ne peux pas lui offrir un mensonge, car elle découvrirait bien vite ce qu’il en est vraiment.
Le contact avec sa main me ramena pleinement à la situation présente. Je relevais légèrement la tête et cachai tant bien que mal le frisson qui me parcourut. Finalement, et j’en étais vraiment désolée, il semblait que c’était encore trop tôt pour en accepter autant. Je ramenai donc ma main dans ma poche, en faisant attention à ce que ça ne se voit pas totalement. Que dirait-elle si elle comprenait que je ne voulais même pas la toucher ? Que je l’ai fait ou non, je ne me souviens pas lui en avoir parlé, alors je préférais ne pas dire un mot là-dessus pour le moment. Il était plutôt préférable de s’intéresser au problème précédent.
Je passai les deux mains sur mon visage, et soupirai un grand coup. Il me fallait énormément de courage pour oser lui avouer ceci. Je ne voyais pas comment je pouvais amener ça… Alors peut-être qu’il était temps de lui montrer que j’étais quelqu’un de franche avec très peu de tact. Je n’avais pas le choix.

~ Je suis désolée, Eléanore. Je pense qu’il est temps de t’en parler. J’ai… euh… des problèmes de mémoire. C’est dur à dire mais,… il se peut qu’un jour je ne me souvienne plus que tu habites ici désormais, ou même pire. Je suis vraiment désolée. Si ça arrive, tu peux me gifler, ça me remettra peut-être les idées en place.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Ven 24 Mai - 17:29

    Elle avait dû sentir mon ressentiment quant à la porte qui ne fermait guère. Mais il était vrai que j’en oubliais presque les autres endroits où l’on pouvait passer comme les fenêtres par exemple ou toute seconde porte qu’il pouvait y avoir. Je ne pensais pas qu’il devait en avoir ici, mais j’avais vraiment un problème avec l’insécurité. Parfois je l’oubliais, trop de fois peut-être, et lorsqu’on en reparlait ou que quoi que ce soit d’autres qui réveillait ma mémoire, c’était foutu. J’avais cette peur qui se réveillait, et je ne savais comment faire pour juste l’oublier, qu’elle s’échappe de ma mémoire pour toujours. J’essayais pourtant de rester calme et posée, d’essayer de ne pas troubler la personne qui m’accueillait chez elle. Et il s’avérait qu’elle se mettait à plaisanter. Une blague ? Je failli presque rire, mais rien ne sortit. Tout resta bloqué dans ma gorge, je ne pus qu’émettre un fin sourire.

    « Ah… pardon, je n’ai plus l’habitude en fait… »

    C’était vrai, je n’avais plus ri depuis bien longtemps, et pourtant cela ne faisait que quelque temps que j’étais ici, à Louisville ; cela ne faisait pas spécialement longtemps non plus que les bombardements avaient commencés. Mais j’avais cette peur et tout ce chaos faisait disparaître mes émotions positives, en plus du fait que j’étais seule et la solitude ne m’allait pas vraiment. C’était peut-être ce pourquoi j’avais accepté la proposition d’Elena ; mais en même temps, j’étais gênée, car je ne voulais pas qu’elle me pose de questions, ni même qu’elle ait peur et me voit surtout faire mes cauchemars. Je ne dormais plus beaucoup mais lorsque ça arrivait, mon sommeil était plutôt des plus agité. Elle avait l’air de comprendre d’ailleurs, et puis qui dormait bien en ces temps ? Personne, enfin du moins je l’imaginais comme ça. Il fallait être fou ou bien mort pour supposer être tout à fait serein et pouvoir dormir comme un bébé ; cela ne m’était plus jamais arrivé depuis les bombardements, et le fait de se retrouver dans un lit toute seule, j’avais aussi du mal. Cela faisait des années que je dormais avec mon fiancé, dormir seule maintenant me terrorisait en quelque sorte. J’aurai tellement aimé me sentir en sécurité dans les bras d’un homme, de mon homme. J’avais l’impression que c’était de plus en plus lointain, que jamais plus je ne ressentirais ce doux et tendre sentiment.

    Lorsque je lui serrai la main, je sentis comme une gêne, une rétractation de sa part. Je ne sourcillais pas, ne préférant pas relever alors que peut-être je pourrais la braquer. Puis son attitude changea et je fronçais les sourcils, l’air inquiet mais intrigué par ce qui se passait sûrement dans sa tête, comme si elle devait me parler de quelque chose dont elle ne voulait pas en fait. Qui la gênait aussi peut-être ? Je n’eus pas le loisir de réfléchir davantage, car elle commença à parler. Perte de mémoire ? Je restais… surprise, et bouche bée. Oui, elle était plutôt jeune pour avoir Alzheimer, non ? J’essayais de garder ma curiosité en moi cependant.

    « Te gifler ? N’y a-t-il pas un autre moyen plus… enfin moins… brutal ? »

    Effectivement, je me voyais mal la gifler. Surtout qu’elle était aveugle, ne pouvant riposter. Non, je pense que je ne pourrais pas, tout simplement.

    « Pardonne-moi si c’est trop intrusif pour toi, mais comment se fait-il que ta mémoire soit défaillante ? »

    Pourtant, j’avais cru que tout cela était resté en moi. Mais j’avais de l’affection pour cette femme, alors je souhaitais peut-être inconsciemment l’aider. Je ne savais guère si ça allait lui plaire en revanche.

    « N’y a-t-il pas quelque chose à faire, un traitement peut-être ? »

    Je me rendais compte finalement que je la questionnais de trop, peut-être allait-elle finalement revenir sur sa position et me faire décamper sur le champ. Je n’espérais pas.


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Dim 26 Mai - 22:32

« Elena. »
Eh bien, j’aurai pu m’en douter. Tous ceux qui ont été touché par la guerre comme elle le fut, sont incapables de rire à une blague. J’imagine. Ou de même penser à en faire une. A vrai dire, je n’avais pas vraiment réfléchi. Je pensais que ça pourrait peut-être alléger l’atmosphère. Je ne sais pas. Je ne regrette pas, ce qui est fait est fait, même si ça a été mal fait.
Peut-être aurais-je dû inviter une personne capable de rire en ces temps de guerre ? Est-ce que l’humour aurait arrangé ma condition ? J’en doute. Ou alors, justement c’est ce qu’il me manque ? Alexandre était quelqu’un d’enjoué, qui était resté comme un gamin dans son esprit, et qui aimait tout autant rire que pleurer. De rire, bien entendu. Il n’y avait pas un seul jour sans qu’il ne dise une blague. A part peut-être quand je venais tout cacher avec mes migraines.
Si l’on m’annonçait aujourd’hui qu’il avait une amante, je serais prête à le comprendre totalement.
Lui pardonner serait une tout autre histoire par contre.

Nous en étions venus à la question de ma mémoire et de sa défaillance. Je ne savais pas si c’était la meilleure chose que j’ai faite jusqu’à maintenant. N’était-ce pas un peu tôt ? J’aurai peut-être dû attendre un peu, qu’elle se fasse à l’endroit, qu’on échange un peu plus. Je ne sais pas. Mais je me sens soudain mal à l’aise sur ce sujet-là. Que puis-je taire et que dois-je dévoiler ? Je suis perdue, complètement perdue.
Mon corps se laissa tomber sur le canapé comme par réflexe, tandis que mes mains serraient mon crâne à la recherche d’une solution. J’étais persuadée que j’allais finir par avoir une de ces migraines qui me rendent insupportable. C’était la première fois que je devais faire face à ce genre de situation. IL avait toujours été là pour ça, pour expliquer à ma place ce qui ne va pas chez moi.
Moi j’en suis incapable.

Le vide se fit de nouveau dans mon esprit alors que ses paroles atteignaient mes oreilles. Pendant combien d’années ai-je cherché une solution, sans arriver à expliquer mon mal correctement ? J’ai consacré de nombreuses années à ça, à comprendre ce qui m’avait tant changée, à réaliser que rien ne résoudrait mes problèmes. A part, une gifle. C’est un peu radical, mais ça repousse l’échéance pour quelques temps. Une simple action qui marque l’esprit.
C’est ce qu’il faut.

~ Une gifle. On se rappelle tous quand on se prend une gifle, d’un parent, d’un ex, d’une amie, peu importe. Une gifle marque l’esprit, Eléanore. C’est comme une décharge qui nous pousse à réfléchir à la situation. On se demande ce qu’on a fait de mal, et alors on se rappelle qui on a en face de nous, ce que l’on peut dire et ce que l’on ne doit pas dire. C’est à peu près la même chose. C’est la seule solution.
On en arrive au comment c’est arrivé, n’est-ce pas ? Si je le savais moi-même, je serais sûrement déjà guérie à l’heure qu’il est. Mais, y a-t-il vraiment une explication à toutes les défaillances du cerveau ? Et imaginons que j’ai réussi à en parler à un médecin, et que celui-ci m’envoie à l’asile, qu’est-ce que j’aurai fait ? Je sais que c’est extrême, mais je n’aurai même pas accepté le moindre suivi psychologique.
Je ne suis pas folle.

~ Comment se fait-il que mes souvenirs m’échappent ? Je n’en sais rien. Est-ce que ça s’est déclenché à ma naissance, ou est-ce après avoir perdu la vue ? Je ne m’en souviens plus. Il y a parfois des maux dont on oublie la provenance, Eléanore. Tout simplement.
Etonnamment, sa question suivante attira les larmes à mes yeux sans qu’aucune ne coule sur mes joues. J’essayais de ne penser plus à rien, de simplement me concentrer sur ses questions, et y répondre rapidement. J’étais celle qui avait lancé le sujet, je devais prendre mes responsabilités. Je ne pouvais pas me défiler maintenant.
Il était trop tard.

~ Comment ferais-tu à ma place ? Serais-tu capable d’avouer à tes parents que tu oublieras jusqu’à leur visage, de dire à ton frère que tu ne te souviendras même plus de son nom ? Serais-tu capable, de murmurer à celui que tu aimes, depuis si longtemps déjà, qu’un jour viendra, tu ne te rappelleras plus de la chaleur de sa main dans la tienne, de l’odeur de son parfum… et du son de sa voix, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une ombre dans ton esprit ? Il n’y a aucun traitement s’il n’y a personne pour écouter, Eléanore. Oui, si cette guerre ne me tue pas, ce sera mon corps qui le fera… Mais en attendant, cette maison est à toi, maintenant, prends-en grand soin s’il te plait.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Jeu 6 Juin - 15:27

    Mon cerveau tournait en boucle. Me questionner sur le pourquoi du comment elle avait pu avoir une mémoire qui lui faisait défaut… Je n’imaginais pas vivre avec tout simplement. Ou peut-être aimerais-je avoir une amnésie de tout ce que j’avais vécue jusque-là, surtout les bombardements de Cherbourg qui restaient gravés dans ma mémoire. Sauf que là, comme me l’avait dit, c’était assez récurent. Revint alors sur le plat l’histoire de la gifle. Il était vrai que je n’étais pas de nature violente, surtout avec une femme qui m’avait offert l’hospitalité en ces temps de trouble. Elle était par ailleurs très gentille et elle avait l’air de me faire confiance, au moins pour m’inviter chez elle. Je ne voulais donc pas gâcher cela et qu’elle m’apprécie tout simplement. Qui sait ? Peut-être pourrions-nous nous épauler l’une et l’autre lorsque ça n’allait pas. Mais nous n’étions pas encore à ce stade. J’étais encore très réservée et apparemment mon interlocutrice aussi. Je ne lui en voulais d’ailleurs pas. Et puis, n’avait-elle pas fait un pas en avant en m’avouant son espèce de maladie que je ne comprenais guère pour l’instant.

    « Ah… bien, j’essayerais donc d’être la plus marquante possible. Je ferais de mon mieux en tout cas. »

    C’était vrai, sur l’instant, si elle ne me reconnaissait point et qu’elle pétait un câble ou autre, je pourrais peut-être la gifler comme il se doit. Et puis, elle me l’avait dit clairement, même si ça ne me plaisait guère. Mais soit, je ferais ce qu’il faut faire en temps voulu, si ce n’était que le seul moyen pour lui remettre les idées en place, et surtout ces souvenirs. J’ouvris la bouche pour lui répondre mais je ne trouvais aucuns mots, aucunes phrases pour lui répondre. Et j’avais bien fait car elle me parla beaucoup plus, comme si j’avais touché un point sensible alors que je n’avais guère voulu lui faire remonter des souvenirs douloureux. Je savais d’ailleurs ce que c’était. Je l’écoutais attentivement et compris au fur et à mesure le poids qu’elle avait sur les épaules, la peur peut-être même d’oublier les êtres chers qu’elle connaissait. Moi-même ça me terroriserait, car je ne souhaitais guère oublier mon fiancé, il me gardait en vie dans cette ville tout simplement. Si je n’avais plus de souvenirs heureux, que me restait-il d’autre que le vide et le chaos ? Je serais morte à petit feu, j’en étais certaine.

    « Je… »

    Je n’étais plus très douée pour rassurer les gens ou essayer de cacher ma gêne envers ce qu’elle avait. J’avais l’impression qu’elle n’avait pas voulu aller jusque-là, et que je l’y avais forcée. C’était donc très dérangeant pour moi.

    « Merci de m’avoir fait confiance pour te dévoiler un peu à moi. J’imagine que c’est très lourd à porter. En tout cas, ne t’en fais pas pour ta maison, je vais tout faire pour qu’elle soit aussi belle et propre que possible, histoire que tu évites de tomber malencontreusement. »

    Voilà que moi aussi j’essayais de faire passer de l’humour dans ma conversation. Je voulais la rassurer concernant sa maison, de toute façon ça allait m’occuper l’esprit. J’avais d’ailleurs du temps libre malgré le fait que je travaillais quand même un peu. Mais étant donné que je n’avais pas beaucoup de plantes à m’occuper et que certaines mourraient très vite, j’avais donc beaucoup moins de travail. Je savais aussi que l’hiver serait rude, je n’aurais pas de récolte fructueuse malheureusement.

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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   Dim 9 Juin - 10:26

« Elena. »
Beaucoup. Oui, beaucoup était le bon mot. J’avais beaucoup parlé. Beaucoup trop. N’était-elle pas une presqu’inconnue ? Pourquoi lui faire confiance ? moi qui ai l’habitude de n’avoir confiance en personne… Qui peut m’assurer qu’elle ne voudra pas déformer mes paroles pour me faire passer pour folle ? (Même si la moitié de Louisville doit déjà le savoir, ce n’est pas une raison). Mais le cœur qui bat au fond de ma poitrine se serre à cette pensée, comme pour me dire qu’il ne veut pas y croire, qu’il veut être libre de faire confiance à la jeune femme.
D’ailleurs, n’est-ce pas embarrassant ? Lui avoir avoué tout ça, d’un seul coup, si vite ? Mes joues rosirent à cette pensée. J’étais soudainement gênée, incapable de savoir ce qu’il faudrait que je dise maintenant. Mais il fallait rester calme et réfléchir lentement. Sinon, je crois que je serais capable de la mettre dehors sans qu’elle ne comprenne pourquoi…
Et c’est complètement idiot.

Ma maladresse et mon idiotie avaient finalement réussi à mettre Eléanore mal à l’aise. Jusqu’où irons-nous ? Je ne l’aide vraiment pas à se sentir bien chez moi… Depuis le début, d’abord avec des silences écrasants, maintenant avec des confidences massacrantes. Si je continuais ainsi, elle ne resterait pas longtemps entre ces murs, et je devrais faire face à la solitude une nouvelle fois.
De l’humour. Mes sourcils se haussèrent en l’entendant parler. Alors que ma tentative d’humour avait échoué plus tôt, Eléanore prenait l’initiative d’en faire passer un peu dans ses paroles. Bien entendu, je comprenais très bien que c’était de ma faute. Après avoir cassé l’ambiance de la sorte, elle avait dû penser qu’un peu d’humour allègerait l’atmosphère. Ou un truc dans le genre. C’était tout de même risqué, à quelqu’un d’autre peut-être que la phrase serait mal passée. Après tout, elle a tenté de l’humour sur mon dos. Mais moi je ne déteste pas ça, et je suis même la première à en user.
Un fin sourire étira alors mes lèvres. C’était plutôt bien trouvé, sachant que je suis tombée de nombreuses fois depuis mon retour à Louisville.

~ Bien, je te fais confiance alors. Je te laisse t’installer maintenant. Si tu as besoin de moi, je serais dans la chambre.
C’était peut-être un peu brutal, mais déjà ma tête commençait à me faire mal. Il valait mieux que je reste seule un moment, avant de devenir désagréable avec la jeune femme. Elle n’avait rien demandé, et elle avait sûrement envie de s’installer. Il n’était plus temps de discuter. Elle aussi devait en avoir marre. Surtout que je ne cessais de lui transmettre mon mal à l’aise. Je lui souris donc une dernière fois et passai dans la chambre. Un dernier signe de la main avant que je ne ferme la porte. Peut-être qu’elle ne comprendrait pas que je ne lui serre pas la main.
Mais, elle devrait comprendre assez vite.


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MessageSujet: Re: Changement d'environnement [Livre I - Terminé]   



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