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MessageSujet: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Sam 9 Fév - 23:17

    Je me revoyais défilant pour la première fois le 14 juillet. C'était en 2008, peu de temps avant que tous ces collègues ne se fassent descendre. Qu'on était beaux, tous dans nos uniformes ! Je me rappelle encore de la sensation étrangement dérangeante du port de mon béret rouge de parachutiste plutôt que de mon casque renforcé. Nous étions rentrés trois mois plus tôt. Le président de la République avait eu vent de nos faits d'armes dans la vallée de Kapisa l'automne précédent, et avait décidé que tous les vétérans d'Afrique et d'Asie soient représentés au défilé. On était passé juste après ces frimeurs de la Marine, après les tankistes aussi. J'avais pu saluer mon vieux pote Richard d'un escadron de reconnaissance blindée, qui m'avait tiré de mauvais pas à plusieurs reprises. Après nous, la légion, qui revenait du Tchad. Mais maintenant, c'était notre tour. On défilait au pas de parade. Les hommes tenaient leur arme non chargée, et moi je balançais les bras en cadence avec notre mouvement. Juste derrière moi, le drapeau du régiment qui claque dans le vent. La musique plein les oreilles, les acclamations de la foule. La fierté d'être encore là pour défiler après tout ce que nous avions vus. J'entendais derrière moi le sergent chef Comet grogner dans sa barbe. J'imaginais que pour ce loup solitaire, chef de mon escadron de reconnaissance, une telle exposition face à la foule devait lui peser, lui dont la raison de vivre était justement de passer pour invisible. Je souris imperceptiblement, sachant par les anciens du Régiment que ce soir, la capitale nous ouvrirait ses portes. Boissons gratuites dans les bars, passes gratuites dans certains clubs.. Certains allaient s'amuser. Je réprimais un sourire. Autant de manières d'oublier la poussière, les cris et le sang d'Afghanistan. Mais quelque chose clochait. Un type sortit de la foule, armé d'un fusil de chasse. Il hurlait à propos d'une fille violée, mais je ne comprenais pas. Il ajusta sa mire, et me tira dessus.


    Je me réveillais en sursaut. Cillant plusieurs fois, je dus mettre la main devant les yeux pour me cacher de la lumière qui entrait par la fenêtre. J'avais dormi dans un petit bureau de la mairie, tout habillé. Courbaturé pour avoir dormi dans un siège, je me redressais en faisant craquer mon dos, et mes genoux. Grognant, je me frottais ma barbe naissante qui me grattait. Saleté de rêve qui tournait au cauchemar. Je n'arrivais plus vraiment à fermer l'oeil depuis ce fameux jour où la situation avait été une fois de plus bouleversée à Louisville, quand l'un de mes hommes avait été accusé de viol sur mineure par un fermier du coin. On n'avait pas encore pu faire toute la lumière sur cette histoire, et ça continuait à me hanter. Je sortais de la pièce. Un de mes hommes dans une pièce attenante me proposa du café mais je déclinais. Prenant mon fusil, je l'enfilais en bandoulière. Il fallait que je fasse un tour, que je continue mon travail auprès des habitants et des réfugiés ; pas de temps pour se reposer. Je prenais mon casque justement, et l'enfilais sans pour autant boucler la mentonière. Je voulais avant tout m'abriter du temps maussade. Je refusais la proposition d'escorte de Comet, et m'assurais que mes hommes étaient à leur poste. Je me dirigeais ensuite vers le sud, une clope au bec. Une de mes dernières. foutue ville.


    Je continuais d'avancer, croisant deux patrouilles de mes hommes, que je saluais. Maintenir la discipline était vital quand tout partait à vau l'eau. C'est alors que je croisais une civile. Une petite blonde, l'air tout sauf serein. Il me semblait l'avoir déjà vue. Je prenais sur moi. Mission : rassurer la populace. Mais celle là me disait quelque chose. Je m'avançais vers elle.



    | Bonjour, mademoiselle. Matinale, hein ? On se serait pas déjà rencontrés? |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 11 Fév - 13:18



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Annabelle avait quitté son domicile provisoire de la Côté de Nacre tôt ce matin-là, laissant l’air marin s’évaporer au fil de sa promenade qui la ramenait vers le centre de Louisville. Petit à petit, les bruits de la mer se firent plus discrets et bientôt, elle ne parvint plus à les entendre, même en se tendant l’oreille. Quelques mouettes l’avaient accompagnée un instant, avant de revenir dériver vers les eaux profondes qui s’éveillaient doucement. Le soleil s’était levé il y a peu, redonnant au monde ses couleurs, pour le meilleur et pour le pire.

La nuit avait été courte. La veille, alors que la nuit était tombée, elle avait eu l’étrange visite de Mickaël Blanchet, un ami de Mathilda. Leur conversation avait été pour le moins atypique et la jeune femme n’avait pas cessé de ressasser les événements, allongée dans son lit, cherchant désespérément le sommeil. Elle ne l’avait pas trouvé, comme c’était d’ailleurs souvent le cas depuis qu’elle était arrivée à Louisville. Généralement, quand elle sombrait enfin dans le repos, c’était lorsque son corps était lui-même trop fatigué pour supporter son état de veille prolongé. Ainsi, elle se réveillait fréquemment avec l’esprit embrouillé, cherchant pendant quelques minutes où elle se trouvait en ouvrant les yeux, avant de se souvenir dans un flash des événements qui l’avaient conduite dans cette petite ville. Elle laissait alors échapper un soupir, avant de se forcer à garder les yeux ouverts sur cette réalité qu’elle n’aurait pu imaginer quelques semaines auparavant. Continuer de se lever. Continuer à marcher. À avancer. À s’efforcer de ne pas jeter de regards éplorés sur le passé. Garder les yeux droits fixés sur l’horizon, horizon qui avait tant de fois été le sujet de ses photographies. Cette ligne invisible gravée dans son esprit, elle entreprit de s’habiller assez chaudement – le temps était froid et humide en ce début de journée – avant de sortir aérer son âme.

Elle frissonna un instant lorsqu’elle franchit le pas de la porte de la maison des Fontaine. Ses jambes décidèrent elles-mêmes de sa destination et elle laissa ses pas la guider vers le centre de la ville où elle était réfugiée. En d’autres circonstances, elle aurait depuis longtemps immortalisé le caractère typique de Louisville. En d’autres circonstances, elle aurait pu aimer la ville. Mais là, elle n’était que le reflet de son état : réfugiée, étrangère, indésirable pour certains. Secouant la tête devant l’attitude des gens qu’elle trouvait trop prompts à juger, alors qu’il aurait fallu prendre le temps de réfléchir, tous ensemble, elle réfléchissait intérieurement. Après tout, ils étaient tous dans la même galère, non ? Si l’homme, doué de raison, n’est pas capable d’aider les autres et de coopérer lors de tels événements, elle ne donnait pas cher de leurs peaux à tous d’ici peu de temps.

Sans prêter attention à ce qui l’entourait, bâtiments ou personnes qu’elle croisait, elle arriva dans le quartier sud de la ville. Sa mémoire avait enregistré le chemin pour y aller sans encombre, étant déjà venue ici avec d’autres réfugiés. Elle aimait bien ce quartier, peut-être parce que c’était un des endroits où elle ne se sentait pas de trop. Il abritait beaucoup de réfugiés qui eux, tentaient de se soutenir un maximum. Elle croisa le regard d’un ou deux d’entre eux, sourit faiblement à leur attention et continua de marcher, sans but réel autre que celui de se vider la tête grâce à la marche.

Annabelle sortit un instant de ses pensées quand elle aperçut un homme tourner au coin de la rue, un peu plus loin. Elle s’apprêtait presque à lui sourire de la même façon qu’aux réfugiés qu’elle venait de croiser quand elle s’arrêta brutalement. C’était un militaire. Et pas n’importe lequel, leur chef, Philippe Raulne. Elle l’avait reconnu instantanément. Difficile de ne pas le faire en même temps. Le fusil à l’épaule et le casque sur la tête, il s’avançait vers elle et la Toulousaine resta un instant de plus à le regarder avancer sans savoir quoi faire. Il n’allait tout de même pas lui parler ! Elle n’avait jamais entamé une conversation avec lui et s’était d’ailleurs bien gardée de le faire, enfermée dans le sentiment de crainte qu’elle ressentait envers lui. Non non il allait simplement passer à côté d’elle, continuer de marcher et elle pourrait alors reprendre la sienne, n’est-ce pas ? Et puis les secondes s’égrenèrent lentement, et il lui adressa la parole. Elle prit une profonde inspiration avant de lui répondre.

« Je… je ne pense pas. Nous avons certainement dû nous croiser une fois ou l’autre, après tout la ville n’est pas bien grande, mais… »

Les mots sortaient précipitamment et de manière incohérente de sa bouche, sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit pour les stopper. Elle se força à respirer pour se calmer.

« Je sais qui vous êtes en tout cas. »
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mer 13 Fév - 19:53

    Je lisais dans le regard de la jeune femme encore plus de peur que je n'avais pris l'habitude d'en communiquer aux gens de cette ville ; elle avait le regard écarquillé de ceux qui sont réellement paniqués ou terrifiés. A cause de quoi ? Etait ce à cause de moi personnellement, ou à cause de l'uniforme que je portais ? Les gens avaient une si mauvaise image de nous, s'en était réellement navrant ! Il n'y avait pas à dire, les militaires n'avaient pas été accueillis en héros, en libérateurs, ni même en simples défenseurs, quand nous avions pris position autour de cette petite bourgade de province. Les gens nous avaient accueillis assez froidement dans leur majorité, sans compter les réactions franchement violentes que j'avais pu voir tout au long de mon chemin, et ces derniers jours plus encore. Un fermier, même s'il avait des raisons qui lui étaient propres et que je pouvais comprendre, avait ouvert le feu sur moi. Touchant par erreur une civile, l'incident s'était finalement révélé sans trop de gravité. Enfin, physiquement parlant bien sûr. Seulement deux blessés légers. Les choses auraient pu être bien pires, vous pouvez me croire ! Nous l'avions prouvé sur la route menant à Louisville, nous voulions survivre et accomplir notre mission. Et quand plusieurs de mes hommes avaient été pris à partie par une foule folle furieuse, avaient été caillassés, poignardés et pris pour cible de toutes la manières possibles et imaginables, nous avions défouraillé. Le stacato sans fin de nos armes vidant leurs chargeurs, le bruit mat des balles qui perçaient les chairs et brisaient les os. Le sang et les cris, partout. Nous avions fait en sorte de survivre et de calmer les ardeurs de la foule. On avait même été plus loin que ça. Quelque part, les civils avaient mérité de nous mépriser. Mais sans cette décision atroce, comment aurions nous pu survivre à une foule en colère ? La question ne se posait même pas. Plusieurs hommes de mon unité avaient déjà été lynchés par des émeutiers, et jamais je ne laisserais les choses recommencer.


    La jeune femme prit une drôle d'inspiration avant de me parler, comme avant de se jeter à l'eau. Etait ce ce que nous inspirions désormais aux civils ? Comme s'ils avaient peur de se noyer, et donc de mourir, en notre présence ? Le couvre feu n'avait sans doute rien fait pour améliorer l'image qu'ils avaient de nous. Celui que j'avais mis en place était des plus stricts ; mes hommes avaient le droit de faire usage de la force en cas de rassemblement trop important le jour, tandis que les allées et venues étaient interdites de nuit. Il semblait en tous cas que nous puissions juguler la violence latente de ce trou paumé de cette manière. En se faisant détester par le peuple que nous avions juré de protéger, nous assurions pourtant sa sécurité. Une manière comme une autre de se donner bonne conscience, pas vrai ? Je ne voulais pas que les choses m'échappent à nouveau. La dernière fois encore, des gens avaient failli mourir, il s'en était fallu de peu. La jeune femme me dit que non, nous ne nous étions pas déjà rencontrés, mais qu'elle me connaissait pourtant. Je laissais un sourire plein d'ironie se peindre sur mes traits.



    | Calmez vous. Je ne vais pas vous manger. Et d'après, qui je suis? |


    Avais je vraiment besoin d'entendre une histoire selon laquelle j'étais le chef des militaires, ce connard ô combien détesté de la population ? D'un ton plus incisif que je l'aurais souhaité, je lui lâchais.


    | Et vous, vous êtes qui? |


    J'étais à deux doigts de lui demander ses papiers, juste pour faire le connard qu'on imaginait que j'étais. Cela dit, les gens n'avaient pas tout à fait tord. J'étais probablement l'un des plus grands salopards de l'armée française toute entière, et je ne rigolais pas.



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 18 Fév - 14:26



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Annabelle sentait son cœur adopter un rythme plus rapide dans sa poitrine et elle s’efforça à prendre de longues et silencieuses inspirations pour se calmer. Rien ne servait de s’inquiéter face au militaire. Elle n’avait pas voulu montrer sa peur, mais c’était de toute évidence complètement raté. Elle transpirait presque littéralement la crainte qu’elle éprouvait pour l’homme arrêté à deux pas d’elle à peine. Et son petit bégaiement initial n’était certainement pas passé inaperçu. Bravo, pensa-t-elle en son for intérieur, te voilà à trembler devant un simple être humain. Que l’être humain en question soit un militaire n’arrangeait rien à ses affaires. Qu’il porte son arme non plus. Elle n’avait jamais été effrayée par les armes. Avant. Elle s’efforça d’éloigner de sa mémoire les images qui tentaient de revenir avec force et se concentra à nouveau sur son interlocuteur.

Il était grand, constata-t-elle. Il la toisait, avec un air qu’elle ne pouvait pourtant qualifier d’antipathique. Elle s’était toujours imaginé les militaires comme des hommes avec un tel fardeau sur leurs épaules qu’ils ne pouvaient plus être sympathiques ou agréables. Et puis, les films les représentaient pour la plupart toujours tellement plein de courage, d’honneur et d’intégrité. Tout ça devait forcément forcer leurs traits et les rendre durs comme de la pierre, non ? Et pourtant, à l’instant où elle s’y attendait peut-être le moins, Philippe Raulne lui lança un sourire ironique, démentant ses précédentes pensées. Des hommes malgré tout. Qui devaient, eux plus que quiconque, repousser loin d’eux les souvenirs trop douloureux qu’ils avaient vécus. L’espace d’une seconde, elle compara sa façon de tenter d’oublier sa peine avec la leur. Avant de se rappeler que ce n’était pas comparable.

« Je m’appelle Annabelle Dubois. Je suis une réfugiée. »

Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait eu besoin de dire qu’elle en était une. Peut-être à cause de cette manie qu’avait l’être humain à toujours vouloir appartenir à un groupe, pour se sentir fort, mais aussi pour s’identifier aux autres groupes. Elle ne l’aurait peut-être pas avoué devant un habitant de Louisville, sans savoir si celui-ci était l’un de ceux qui toléraient les réfugiés ou pas, mais, face à un militaire, de toute façon, elle n’avait pas ce problème. Il semblait que ceux-ci n’obéissaient qu’à leurs propres règles, sans se soucier des préjugés qui circulaient dans la ville. Du moins, c’était comme ça qu’elle le ressentait. Les militaires se préoccupaient d’eux d’abord. Et puis des autres. Mais s’il y avait un problème, ils n’hésiteraient pas à tout faire pour s’en sortir indemnes. Comme lors de cette fameuse fusillade…

Elle se replongea un instant dans les souvenirs de cet instant qui avait fait d’elle ce qu’elle était à présent : une jeune femme seule, meurtrie, toujours à cran et terrifiée par les militaires. Cela lui semblait presque irréaliste mais les images étaient bien là, présentes dans sa tête. Impossible de nier. Impossible d’oublier. Certaines nuits, elle en rêvait également, revoyant sans cesse ces deux hommes, entendant avec effroi les cris qu’elle poussait… Elle serra la mâchoire et déglutit difficilement.

Remarquant qu’elle n’avait toujours pas répondu à sa question, elle le fit, d’un ton qu’elle voulut un peu moins effrayé mais le trémolo dans sa voix était toujours un peu présent.

« Vous êtes le chef du groupe de militaires présents ici. »

Et, inexplicablement, c’était comme si elle devait s’expliquer face à cet homme qu’elle ne connaissait pourtant pas.

« Je ne suis pas aussi tendue d’habitude, c’est juste qu’avec tout… ça. » Elle fit un geste de la main. « Je ne réalise toujours pas. »
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Ven 22 Fév - 14:09

    Je n'avais aucune patience en moi, que de la colère. Pire, de l'aigreur même. Je ne nourrissais ni amour ni attrait pour quoi que ce soit, et la suspicion imprégnait littéralement la moindre de mes pensées. Il y avait quelque chose d'étrange à cet état, mais je ne savais pas quoi pour autant. Je ne me posais pas de questions, c'était encore préférable, plus simple. Plus sûr pour tout le monde. Sauf quand la colère dépassait tout le reste au niveau de la pression que je ressentais.Calmement, sans se presser ni bafouiller, la jeune femme me dit qu'elle s'appelait Annabelle Dubois. J'avais déjà dû apercevoir ce nom dans les listes de survivants remplies par Bertin, sur la demande des services municipaux. Il avait fallu réunir des informations sur tous les nouveaux arrivants, ceci pour des tas de raisons ; rationner la nourriture en conséquence, éviter les infiltrations par d'éventuels agents ennemis, prévenir les problèmes liés à l'ordre civil, et tout le tralala. Je ne voulais pas qu'on ne fasse que s'occuper d'un troupeau d'inconnus ; ne prenez pas cela pour de la sensiblerie ou pour de l'humanité, mes préoccupations n'avaient que des visées pratiques. C'était tout moi ça. Se débarrasser de toute forme d'affect pour y préférer le pragmatisme le plus absolu. Comment repousser d'éventuels terroristes sans rien savoir de la population que nous avions rassemblée ? Comment distribuer tâches si on ne savait rien de leurs compétences ? Toutes ces questions trouvaient réponse avec les listes établies, mais cela supposait une organisation et une logistique digne d'opérations militaires d'envergure, bien au dessus des affaires que mon peloton et moi même étions habitués à traiter. La jeune femme avait précisé qu'elle était une réfugiée. Peut être l'avais déjà croisée pour cette raison.


    | Une réfugiée d'où, Annabelle Dubois? |


    Aucune forme de chaleur et aucune mine avenante ou ouverte. Je lui montrais que ce que je voulais qu'elle voie, ce que je devais être et ce que j'avais fini par devenir à force d'efforts. Il semblait que ma vis à vis était gênée, et pas qu'un peu. Je sentais dans sa posture et dans son attitude une tension énorme, et j'eus un instant l'impression qu'elle n'allait pas manquer de défaillir. Encore une traumatisée du début du conflit. Je ne pouvais pas me targuer d'avoir vécu tout le début des opérations sur un petit nuage, mais je constatais péniblement qu'il y avait de plus en plus de ces « cas », ces gens qui avaient été bousculés dans leur monde où ils étaient nourris, logés, protégés, et où désormais ils faisaient l'expérience de la vie, et surtout de la mort. Dans un conflit, la vie n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était en temps de paix. Qui aurait cru que nous serions aujourd'hui dans une situation pire que dans les deux guerres mondiales précédentes ? Personne n'y était préparé, et beaucoup avaient salement morflé. Quand Annabelle me reparla à nouveau, ce fut d'une voix tout ce qu'il y a de plus chevrotante. Refoulait elle des larmes de terreur ? Elle ne réalisait toujours pas... Je ne lui souris pas, je n'avais pas à nourrir de compassion. Commencer à le faire ne manquerait pas de signer mon arrêt de mort. Se faire du mourron pour les autres était le premier pas d'un chemin qui conduisait de façon systématique à la tombe. Et comme d'habitude, je ne pouvais m'empêcher de me montrer suspicieux à défaut d'autre chose.


    | Il va falloir vous y mettre. C'est pas prêt de s'arrêter. Mais je vous promets la même chose qu'aux autres. Tant que mes gars et moi on sera là, il ne vous arrivera rien. On va essayer de faire en sorte de tous se sortir de là. |


    Paroles vaines. Je savais que quand l'hiver s'installera, la population mourra à petit feu.


    | Je vous intimide ? Vous aussi, vous n'aimez pas trop les militaires ? A croire que c'est une maladie dans ce putain de coin, de porter un uniforme. |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mar 26 Fév - 12:32



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La question claqua dans l’air frais du matin avec force. Si elle n’avait déjà pas été effrayée, elle l’aurait été cette fois-ci. Le militaire ne faisait rien pour paraître sympathique et Annabelle n’aimait pas ça. N’étaient-ils pas censés rassurer la population ? N’était-ce pas une de leurs missions ? Cette attitude n’aidait pas à ce que les gens soient calmés grâce à leur présence en tout cas. Elle fronça les sourcils devant une attitude tellement virulente et brutale et croisa les bras, comme dans une sorte de défi. Elle ne cherchait pas à le provoquer, ça non. Mais elle voulait lui faire comprendre qu’il n’avait pas à l’agresser verbalement. Elle ne méritait nullement cela et elle n’avait certainement pas envie de se disputer avec un inconnu à cette heure du matin. Elle se força néanmoins à répondre à sa question.

« Je viens de Toulouse. Mais j’étais à Saint-Lô quand ça a commencé. »

Avec quelqu’un d’autre elle aurait peut-être poussé l’explication un peu plus loin, expliquant ses raisons d’être en ces lieux à ce moment-là, ou bien la façon dont elle avait rejoint Louisville, en passant par Cherbourg, mais là, face au militaire, elle n’avait nulle envie de le faire. Sa façon de lui poser des questions brutales la dérangeait. Il y avait quelque chose en lui qui ne lui inspirait pas confiance, il semblait la juger constamment. Qu’il cesse donc ! Elle ne cherchait qu’à passer inaperçue dans cette ville où elle se sentait plus étrangère que jamais.

Elle prit mal sa remarque. « Il va falloir vous y mettre », ça c’est vraiment très rassurant, c’est sûr, pensa-t-elle amèrement. Elle se demanda pourquoi il lui avait parlé alors qu’il n’aimait visiblement pas ça, parler aux gens, et pourquoi il lui disait des choses qu’il devait penser apaisantes, alors qu’elles ne l’étaient pas du tout. La suite de ses propos la laissa indifférente. Un peu plus, elle aurait haussé les épaules devant la fatalité des événements. Il lui était déjà arrivé quelque chose, et ils n’avaient rien su faire. Enfin, après coup oui, mais le mal était fait. S’en sortir. Se sortir de là. C’était presque illusoire. Elle avait l’impression que jamais elle ne quitterait ce bled, que jamais elle ne reverrait les siens. Après tout, ils étaient peut-être tous morts. Elle gardait un mince espoir au fond d’elle-même, qu’ils soient encore vivants. Elle voulait y croire, elle devait y croire. Pour avoir la force de se lever chaque jour et attendre que le soleil trace sa course dans le ciel pour rejoindre son lit. Et cauchemarder, encore. Annabelle ne répondit pas à son interlocuteur, elle n’avait rien à dire de toute façon. Elle s’enfonçait presque dans les tréfonds de son âme perdue quand il reprit la parole. Encore une fois, il lâcha ses paroles sur un ton bourru et elle fronça à nouveau les sourcils. C’était quoi son problème ?

« C’est aussi une maladie d’être réfugiée, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. »

Elle se rendit compte avec effroi qu’elle avait copié son ton : sec et sans appel. Elle le regarda droit dans les yeux, sans apercevoir la moindre parcelle qui pouvait appeler à le trouver aimable. Il gardait son attitude droite, quelque peu hautaine, et surtout indifférente à ce qui se passait actuellement. Elle n’aimait vraiment pas ce genre de personne. Elle s’éclaircit la gorge et reprit d’un ton plus calme :

« On dirait que vous n’aimez pas être coincé ici. C’est aussi mon cas, n’en doutez pas. Je n’ai absolument pas demandé à être bloquée dans cette ville où je ne me sens pas à ma place. »

Parfois je préférerais être morte pendant les explosions, pensa-t-elle pour elle-même, mais elle ne laissa pas ces mots échapper de sa bouche. Elle ne lui dirait rien qu’il ne pourrait retourner contre elle. Elle ne lui dirait rien de personnel. Il ne pourrait la forcer à rien.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mer 27 Fév - 12:37

    J'aurais bien esquissé un sourire à cette donzelle qui semblait me tenir tête dès le matin, si je n'avais pas été aussi las et fatigué. Elle se campait là devant moi, dans une attitude de défi comme quelqu'un qui n'aime pas le ton avec lequel on s'adresse à lui. Se présenter de la sorte devant un type aussi aimable qu'un ours mal léché, tout en armes, demandait un certain courage, ou en tous cas une certaine folie. Ce qui était bien mal aisé de déterminer par les temps qui courent... Croyez moi. La guerre avait à peine commencé qu'elle avait rendu tout un tas de gens complétement barjos, tandis qu'elle en avait révélé d'autres à des formes de folies enfuis au plus profond d'eux même par la morale et les bonnes mœurs. Foutue guerre. Annabelle me dit venir de Saint Lo en dernier lieu, même si elle était originaire de Toulouse. Je réfléchis un instant. Saint Lo ? Ce n'état pas très loin d'ici. Elle devait en avoir vu de belles sur la route, si elle était arrivée dès le début de tout ce beau bordel... J'essayais de me détendre, de me paraître plus amical ou en tous cas moins mal embouché. J'essayais de lui sourire, mais renonçais alors que je me rendais compte que je n'avais qu'une grimace à lui offrir. Une autre chose m'interpellait. Si elle venait de Saint Lo et qu'elle n'avait pas encore été interrogée par un de mes hommes, peut être avait elle vu ou entendu des choses susceptibles de nous aider ? Je me forçais à me rappeler de cet élément pour l'aborder aussi rapidement que possible. Je m'apprétais à me dérider tout à fait lorsque la belle me répondit au tac au tac du même ton sec et autoritaire que j'avais utilisé à son encontre. Je laissais échapper une petite exclamation de surprise ravie.


    | Ah ! Ca c'est bien vrai. Avec tous les paysans du coin, tous ceux qui n'ont pas une gueule connue d'eux d'avant la guerre sont suspectés de tous les crimes. |


    Je compatissais implicitement à tous les malheurs et toutes les épreuves connus de la jeune femme. Son arrivée à Louisville dans les circonstances présentes n'avait déjà pas dû être des plus joyeuses, alors imaginer que le comportement des gens du coin allait la rassénérer, quedal ! Ils étaient surtout bien tentés de foutre tout le monde dehors, et une émeute véritable aurait bien volontiers éclaté si mes gars et moi ne nous étions pas trouvés sur les lieux. La ville, même si elle n'en avait pas conscience, nous devait une fière chandelle ; on leur avait évité à tous de se salir les mains de la plus vilaine des façons, c'était un fait. La jeune femme reprit la parole pour me dire plus calmement qu'elle n'aimait pas être ici et qu'elle n'avait rien demandé à personne. Je lui tendis ma main droite d'où j'enlevais mon gant, pour la lui proposer.


    | Lieutenant Philippe Raulne, du premier régiment de hussards parachutistes. Je suis de Lille, mais je venais de la région de Caen avant d'attérir ici. |


    Je la dévisageais un instant avant de reprendre.


    | Comment avez vous attérit ici, mademoiselle? |


    La question à un million d'euros. La question posée à tous les réfugiés et qui était au cœur de nombre de discussions, avec toujours les mêmes impératifs. Etait ce mieux de là où on venait ? Etait ce pire ? Que s'y passait il maintenant ? Est ce qu'il y avait encore quelqu'un, quelque part ? Est ce qu'il existait une zone sûre, sans guerre?



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 4 Mar - 22:20



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


La surprise prit le dessus sur son expression contrariée en un temps record. Elle eut même un petit sourire en coin quand il reprit la parole. Elle acquiesça sans s’en apercevoir et, en un instant, sans qu’elle s’en rende compte non plus, le lieutenant Philippe Raulne lui parut plus sympathique. Elle n’aurait su l’expliquer avec des mots mais elle avait l’impression que l’intonation de sa voix s’était légèrement modifiée pour laisser filtrer un rien de quelque chose de plus agréable à écouter. Comme s’il s’efforçait d’être plus… sociable. Et donc il lui sembla plus facile de converser avec lui également.

« Ne m’en parlez pas ! J’ai l’impression d’être espionnée continuellement et que mes moindres faits et gestes sont observés par tous les murs de cette ville. »

Ah oui, en parlant d’espionnage, le dernier datant d’hier, elle pouvait difficilement se l’enlever de l’esprit. Parce que oui, malgré ses bonnes raisons de se trouver en ces lieux à une telle heure de la nuit, Mickaël Blanchet l’avait quand même bien espionnée un instant, avant qu’elle ne s’aperçoive de sa présence. Cela n’avait fait que renforcer son impression d’être constamment épiée. Sa méfiance naturelle n’avait jamais été aussi exacerbée qu’en cette ville de Louisville où personne ne semblait l’identifier autrement que par le terme « réfugiée ». Comme s’il était tatoué sur son front et qu’elle ne pouvait être définie que par ce mot à présent.

Annabelle prit la main qu’il lui tendait et la serra brièvement en lui lançant un sourire franc. Elle aimait que les gens se comportent de cette façon. Que les gens se comportent normalement. Qu’ils se présentent à elle sans s’attarder sur son statut d’étrangère. C’est ce que font les gens polis, et surtout normaux. En cet instant, elle se rendit compte qu’elle avait désespérément besoin de normalité, besoin que les gens agissent tel qu’ils l’avaient toujours fait. Avant tout ça. Avant cette guerre qui s’était déclarée sans que personne ne puisse la prévoir. Sans que personne n’ait eu le temps d’anticiper et de prendre les devants. À présent, ils étaient tous acculés, dans cette réalité dont personne ne voulait et que tout le monde cherchait à repousser, comme s’il en existait une autre, quelque part, cachée, qu’ils pourraient trouver et s’accaparer pour s’éloigner de cette réalité-ci qui faisait peur et faisait mal. En vain.

Elle en aurait presque lâché un « enchantée » mais elle se retint à temps. Dans cette réalité-ci, est-ce qu’on pouvait être « enchanté » de rencontrer quelqu’un ? Sans savoir si on allait vivre assez longtemps pour apprendre à connaître cette autre personne. Non, définitivement. Elle repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille avant de lui répondre. Elle ne tremblait plus désormais et sa voix avait repris son ton calme qui la caractérisait. Elle sut dès l’instant où elle ouvrit la bouche pour parler qu’elle allait presque tout lui raconter.

« J’étais à Saint-Lô, comme je vous ai dit. Et puis il y a eu une explosion. Les gens se sont mis à crier. Je n’aurais jamais cru ça possible. En quelques secondes les gens étaient tellement affolés. J’ai pris ma voiture et je suis partie sur Cherbourg. J’avais entendu quelques personnes dire qu’on y serait en sécurité. C’était la folie, on se serait cru dans un film. »

Annabelle ne le regardait plus, elle était replongée dans ses souvenirs, et ceux qu’elle tentait de refouler si difficilement arrivaient à grands pas. Elle déglutit et se passa la langue sur ses lèvres, pour humidifier leur sécheresse. Puis elle reprit, toujours avec le même ton, même si le détachement dont elle voulait faire preuve n’était pas exactement là.

« Rapidement, des embouteillages énormes se sont créés sur la route. Il était impossible de continuer à rouler. Alors je… »

Inspirer, expirer. Ne panique pas. Ne laisse pas voir ton trouble. Ne panique pas. Continue de parler. Évite juste le sujet. La jeune femme prit une inspiration pour continuer, le regard plus fuyant que jamais.

« Je suis descendue de la voiture, et j’ai continué à pied. J’ai erré un bon moment avant d’arriver à Louisville. Je ne savais même pas exactement vers où je me dirigeais. J’ai juste suivi d’autres personnes. »

Son cœur avait pris un rythme plus rapide alors qu'elle racontait son histoire et elle tenta vainement de le calmer.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Jeu 14 Mar - 0:36

    Me faire plus sociable que j'étais, c'était quelque chose de compliqué. Je n'avais aucune patience, j'avais l'habitude de me faire obéir, habitué depuis toujours à la rigueur de la vie militaire, de l'ordre très strict qui régissait ma vie toute entière. Je savais fort bien que je n'étais pas quelqu'un d'agréable, de cordial, et encore moins jovial. D'humeur sombre, d'un pragmatisme absolu, je me devais avant tout de faire preuve de bon sens. Dans un endroit où la présence de mes hommes ne faisait pas l’unanimité, je n'avais pas le droit de laisser les choses aller de mal en pis. Pas depuis l'échauffourée et les coups de feu tirés lors de la déclaration publique, faite conjointement avec la conseillère municipale et le maire du patelin. Je n'éprouvais peut être quasiment pas de compassion ou de fraternité avec les gens du crû, mais cela ne devait pas m'empêcher d'accomplir la mission qui était la mienne. Trop de choses en dépendaient pour que je les néglige. C'est pourquoi je prenais ce sourire pour ce qu'il était. Un instant fugace passé autrement que par la haine et la misère, la peur et l'appréhension. C'était reposant, quelque part. Du bout des doigts, je me rendais compte à quel point il fallait ce genre d'instant. C'était nécessaire pour éviter que l'on abandonne, que l'on baisse les bras. C'était ce qui manquait à beaucoup de gens, l'occasion de sourire. Il fallait après tout que l'on se raccroche aux petites choses. Savourer un plat simple mais nourrissant, un bon feu, la proximité des autres... L'amour, pour ceux qui en avaient encore dans ce monde en ruines. Sans tout ceci, si on ne s'attardait que sur ce que l'on avait perdu, alors on ne manquerait pas à notre tour de retourner nos armes contre nous mêmes, pour renoncer une bonne fois pour toutes à cette existence aussi difficile soit elle. Je compatissais à ce qu'elle disait.


    | En temps de guerre, tout le monde se méfie de tout le monde. Le plus sûr moyen de survivre, sans doute... Mais aussi le plus rapide pour mener à la désunion. |


    La désunion, l'abaissement de la solidarité nationale, plus affaiblie que jamais. La vie politique française, le marasme économique, avaient pour beaucoup contribué à séparer les gens les uns des autres, engoncés dans de multiples clivages qui n'avaient de cesse de les séparer. Pour autant, la situation m'inquiétait de plus en plus. Il fallait ressouder les gens. Mais quel homme plus incapable que moi pour cette tâche, moi qui méprisait autant les gens du commun et qui n'arrivait à me lier à eux ? Je n'étais pas l'homme de la situation. J'étais cependant le seul que ces gens avaient. Et je ne pouvais faire mouvement sur Cherbourg avec la seule force de mes soldats. Il fallait consolider Louisville... Et d'urgence. Il fallait souder les gens, qu'ils soient solidaires, mettent leurs ressources en commun, et surtout, qu'ils cessent de se sentir spolié par le gouvernement, les décisions du maire, la présence importune des militaires et des réfugiés... Ce casse tête insoluble me foutait la migraine, et aucune solution n'était pour l'instant qu'entraperçue... La jeune femme prit la main que je lui tendais. Je n'aimais pas toucher les gens. Hormis pour les tuer, ou pour satisfaire des besoins bien naturels. Ce contact n'était pas pour autant vain. Je constatais que j'avais réussit à calmer la donzelle, ce qui n'était déjà pas si mal... Annabelle me raconta la panique, et je vis une ombre que trop commune passer dans son visage. Ses errements étaient incomplets, de toute évidence. Comme tout le monde, elle masquait l'intensité de ses péripéties. Je me fis compatissant, même si cela me mettait mal à l'aise d'entrer dans l'état d'esprit misérable de ces victimes.


    | Je vois... Comme beaucoup de réfugiés. St Lô attaquée, Cherbourg aussi, Caen... La RN 13 bombardée. La Normandie est à feu et à sang. Et vous avez rencontré des problèmes particuliers pour venir ici ? Beaucoup ont été bombardés, ont croisé des pillards... Vous? |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Ven 19 Avr - 21:35



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Il parlait comme elle avait toujours imaginé un militaire parler. D’un ton implacable, avec des paroles brutales de réalisme. Presque trop brutales d’ailleurs. Il utilisait des mots qu’elle aurait préféré ne pas entendre. Guerre, survivre, désunion… Cela ancrait une réalité bien trop surnaturelle pour elle qui n’avait jamais imaginé vivre une telle situation. En même temps, qui aurait pu imaginer que la troisième guerre mondiale allait survenir en 2012 ? C’était bien trop irréel pour que les gens y croient, à part quelques fous.

Elle s’abstint de tout commentaire supplémentaire. Elle n’avait jamais été du genre à s’apitoyer sur son sort et elle sentait que, quoi qu’elle dise, elle allait le faire. Son statut de réfugiée la hantait mais elle ne devait pas le laisser paraître. Oui, il fallait rester forte. Comme il disait, la désunion menaçait, alors il ne fallait pas commencer à faiblir déjà maintenant. Et Annabelle était quasi certaine que si un mouvement de panique s’emparait de la ville, les premiers à en subir les conséquences seraient les réfugiés, les étrangers, ceux qui empiétaient sur un territoire qui ne leur appartenait pas. C’était fou à quel point les gens pouvaient subitement se souvenir de leur appartenance à un groupe lors d’événements comme ceux-ci. Alors que l’instant d’avant, il aurait tout donné pour vivre leur vie en solitaire, seulement entouré des leurs. Mais lorsque l’orage menaçait, les hommes savaient reconnaître instantanément qui était digne de leur confiance et de leur attention, ou pas.

Le cœur toujours battant irrégulièrement suite à son récit, elle avait du mal à sortir d’autres mots. Il semblait compressé dans sa poitrine et cela lui faisait mal. Elle tentait vainement de ne pas le laisser paraître mais elle était quasi-certaine que Raulne le verrait sur son visage. Elle n’avait jamais été vraiment très douée pour cacher ses émotions, Jérémy le lui avait assez répété. Elle ne s’était jamais sentie aussi à vif. Raconter son histoire lui donnait l’impression de la revivre entièrement et en plus détaillé. C’était comme si les images revenaient au ralenti et défilaient devant ses yeux tellement lentement qu’elle avait le temps de tout voir, de tout analyser, de tout revivre, encore et encore. Elle cligna des yeux comme pour chasser le voile invisible qui s’y était accroché. Elle leva sa main droite à hauteur de son front et la laissa un instant posée là avant de la laisser retomber par l’arrière de sa tête. Elle essayait sans succès de reprendre ses esprits suffisamment pour répondre à l’homme qui lui faisait face. Sa voix était faible mais elle en avait à peine conscience.

« Non... je… Non, pas de pillards. J’ai juste… Je… »

Les souvenirs n’arrêtent pas de défiler les uns se superposant aux autres. Annabelle titube un instant, se reprend, cligne toujours des yeux, essayant de supprimer ces visions horribles. Non ! Je ne voulais pas que ça revienne ! Elles ne devaient pas revenir ! Elle fait un pas en avant, son corps basculant sans qu’elle s’en aperçoive. Un quart de seconde plus tard, elle se redresse dans une tentative effrénée de rester debout. Inspire, expire. C’est foutu. C’est trop tard.

Tentant vainement de reprendre pied dans cette réalité qui dérape, elle lève le bras pour poser sa main gauche sur l’épaule de l’homme qui se dresse devant elle. Elle n’a plus vraiment conscience de qui il s’agit. Tout ce qu’elle veut, c’est pouvoir chasser ces pensées qui la hantent la nuit et qui viennent visiblement de franchir les limites du jour. Elle parvient néanmoins à prononcer quelques paroles :

« Dé…désolée. Je ne me sens pas… très bien. »

Sa voix est toujours aussi faible mais maintenant qu’elle est appuyée contre lui, il doit entendre quand même ses paroles. Elle ferme les paupières, espérant ainsi pouvoir se réveiller de ce cauchemar, trouvant bienheureux ce secours qu'il lui offre sans le vouloir.

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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Jeu 2 Mai - 22:05

    J'essayais d'en savoir plus sans trop de vergogne. Après tout, ma vocation consistait à veiller à l'intérêt suprême avant de devoir m'inquiéter des tracas personnels qui pouvaient affecter les gens. Ce que je comptais faire avant tout le reste, c'était consolider ma base d'informations. Parce que si j'avais bien conscience que les données sur les combats et l'évolution de la situation sur le front devant nous était quelque chose que j'aurais du mal à obtenir, il me semblait nettement plus viable de pouvoir savoir ce qu'il se passait aux alentours, notamment au sud de la ville. A l'est aussi, puisque les nationales et départementales permettaient ensuite de rejoindre l'autoroute. Si je ne pouvais pas savoir ce qu'il se passait devant moi, savoir ce qu'il se passait derrière n'était pas négligeable. Après tout, cela me permettrait de connaître l'état des routes, et éventuellement la situation en campagne. Dans tous les cas, j'avais besoin d'informations, je ne ferais donc pas la fine bouche. Après tout, j'aurais bien besoin d'en apprendre plus. Et qui plus est, discuter me faisait du bien. En tous cas, ça ne me mettait pas dans une rage noire comme à peu près la moitié des activités que je faisais en ce moment, et c'était déjà pas trop mal. Cela dit, je ne pouvais pas dire que j'échappais pour de bon aux mailles du filet... Je n'étais jamais tout à fait à l'abris d'une crise de rage. Cependant, ce n'était pas la colère ou ses prémices qui m'habitaient, mais plutôt la consternation. D'un seul coup, l'état déjà fragile de la jeune femme avec qui je parlais venait de se détériorer un peu plus, comme si un coup de masse invisible venait de la cueillir à la tempe, et cela ne lui avait apparemment pas fait que du bien. Je la vis cligner des yeux puis porter la main à son front. Oula, celle là, elle avait dû salement morfler. Que lui était il arrivé ? Je n'en savais rien, mais mon petit doigt me disait que je ne tarderais pas à le savoir. Elle commença à me répondre, tremblotante, qu'elle n'avait pas rencontré de pillards. Quoi, alors ? Son débit n'avait de cesse de diminuer, tout comme la force de sa voix. Je ne sais pas ce qui lui arrive, mais ça ne laisse présager que du vilain.


    | Euh... Ca va aller? |


    L'adage question conne réponse conne ne se vérifie pas, je n'ai pas de réponse du tout. La jeune femme semble chanceler, tend la main vers moi, mais ne parvient pas au bout de son mouvement. Elle s'excuse, me dit qu'elle ne se sent pas très bien. Sans blague ! Je l'avais déjà deviné, de toute façon ! Elle s'appuie contre moi, se laisse aller. Je ne sais pas quoi faire, mais alors pas du tout. Elle va quand même pas me claquer entre les pattes pour une seule foutue question, n'est ce pas ? Je lui tapote le dos. Je devrais peut être appeler un médecin. Oui. Talbert. J'appuies sur le bouton de mon oreillette, avant de me rendre compte que je n'en ai plus. Avec toutes les interférences atmosphériques, notre matériel de communication individuel n'est plus du tout efficient. Je ne sais pas quoi faire, alors je la prends dans mes bras, espérant de tout cœur que ça ne se voit pas que je sois un peu gauche dans ma démarche. Lentement, précausionneusement, je la force à s'abaisser, puis à s'asseoir avec moi, contre moi. J'essaie de la rassurer.


    | Ca va aller, vous avez besoin de repos. J'ai de l'eau. |


    Je lui tend ma gourde.


    | Je suis là si vous avez besoin de parler. Je suis là pour vous protéger vous savez, c'est mon boulot, ma vocation. Je suis là pour vous permettre de vous en sortir. D'accord? |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Sam 4 Mai - 8:46



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Annabelle se retint de laisser un léger rire s’échapper de sa bouche quand il lui demanda si ça allait. C’était bien le genre de questions qu’un homme pouvait poser sans réfléchir plus loin. Elle se doutait qu’il était simplement perdu face à la situation qu’elle lui offrait : à peine quelques mots de discussion et voilà qu’elle perdait pied dans leur réalité, laissant les fantômes du passé ressurgir et l’envahissant sans lui laisser de répit. Elle cligna à nouveau des yeux, et déglutit difficilement. Elle n’avait pas la force de s’expliquer plus avant, elle manquait d’air, elle manquait de temps, elle manquait de tout… Les mots semblaient coincés dans sa gorge.

La jeune femme sent qu’il lui tapote le dos mais c’est comme si cela faisait partie d’un rêve. Elle a toujours les yeux fermés et fait confiance à ses autres sens pour la sortir de là, ses yeux ayant perdu le combat depuis quelques minutes. Elle le sent lever la main et la rebaisser un instant plus tard, elle ne sait pas ce qu’il fait mais elle a déjà assez de mal à se tenir debout que pour s’en soucier. Lorsqu’elle avait pris appui sur Raulne, elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’il fasse autre chose que la laisser s’appuyer sur lui. Aussi eut-elle un mouvement de recul soudain et brusque quand il passa son bras autour d’elle. Elle rouvre les yeux brutalement et le fixe, cherchant vainement une mauvaise intention dans son regard. Du calme, il ne te veut pas de mal. Reprends le contrôle. Respire. Elle tente de se décrisper, de libérer de sa main l’épaule du militaire et y parvient après quelques secondes, accompagnant par là le mouvement qu’il a engendré pour s’asseoir sur le sol.

Le contact avec le sol encore un peu frais du matin et surtout extrêmement solide lui redonne quelques forces. Elle essaye d’y puiser des forces, de regagner un peu d’énergie, pour cesser de paraître ridicule aux yeux du lieutenant qui se tient à ses côtés, contre elle. En réalisant cela, elle fait un petit mouvement pour s’écarter de lui mais elle n’arrive pas au bout de son déplacement et retombe dans la position qu’elle occupait il y a quelques secondes. Elle le sent glisser quelque chose dans sa main et ouvre les yeux pour voir ce dont il s’agit. Elle se saisit de la gourde qu’elle tient un instant immobile dans sa main.

« Merci. »

Elle espère qu’il se rend compte qu’elle le remercie aussi bien pour la gourde que pour son aide providentielle. Elle n’a pas la force de prononcer d’autres mots donc elle espère qu’il le sait. Elle le lui dira peut-être après, quand elle aura repris ses esprits. En attendant, elle prend une gorgée d’eau et se met à tousser quand le liquide atteint le fond de sa gorge sèche. Après quelques secondes elle reprend une petite gorgée et cette fois-ci, le liquide passe sans encombrements. Elle soupire et se rend compte que son cœur reprend un rythme plus régulier et plus calme. Bien, elle va peut-être pouvoir se sortir quand même un peu dignement de cette situation désagréable. Elle acquiesce aux propos de Raulne, l’air ailleurs mais pourtant bien concentré sur ce qu’il lui dit. Comment lui dire qu’elle ne veut pas en parler ? Qu’elle ne le souhaite pas ? Qu’elle ne le peut pas ? Qu’elle n’en a pas la force pour le moment ? Et surtout que, bien qu’il prenne soin d’elle, elle ne le considère pas moins que comme un étranger ? Alors elle prend sur elle et adopte un ton léger et empli d’un petit rire pour lui répondre :

« Je suis désolée. Je vous ai offert là un spectacle bien pitoyable. Je ne dors pas beaucoup, ça doit être ça… »

Elle aimerait pouvoir se lever mais ses forces l’ont abandonnée et ne semblent pas vouloir revenir. Bon elle va devoir attendre un peu… Ses pensées divaguent, elle ne sait plus trop où elle est, avec qui, et naturellement, une question lui vient aux lèvres.

« Comment faites-vous ? » Et pour la première fois depuis qu’ils sont assis elle lève les yeux vers lui. « Pour vous occuper des autres alors que dans cette situation de guerre, tout le monde se replie sur lui-même et ses proches et ne se préoccupe plus des autres ? »
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Ven 10 Mai - 20:40

    J'étais totalement désemparé, pris par surprise par la situation telle qu'elle se présentait. Je savais bien que je n'avais absolument aucune chance de pouvoir servir à quoi que ce soit dans les circonstances présentes, il me semblait que je n'avais aucun talent pour quoi que ce soit d'autre que pour les choses brutales ; me battre, tuer, rudoyer quelqu'un à la rigueur. Mais réconforter qui que ce soit, prendre soin d'une civile que je ne connaissais pas ? C'était probablement possible, mais je ne savais même pas par où commencer, je ne savais même pas vraiment si les circonstances étaient suffisamment graves pour que j'appelle à l'aide. Je me demandais même si elle me claquait entre les doigts pour une raison X ou Y ce que je devrais faire ; on ne manquerait probablement pas de vouloir me lyncher en me rendant sempiternellement responsable de tout ce qui arrivait dans ce foutu trou maudit. J'espérais de tout cœur que la jeune femme n'allait pas clamser ; je ne savais pas d'où venait son subit accès de faiblesse mais j'avais bien conscience que je n'avais pas le droit de me louper. Je continuais de la garder contre moi dans l'espoir de sentir son pouls et son souffle, ou bien de sentir sa poitrine se soulever au gré des ses inspirations. Je ne sentais rien, mais j'avais aussi conscience que le stress ne résoudrait rien. Je me mis à raisonner froidement. Elle ne pouvait pas être morte. Pas comme ça. Les morts, ça se vide, et ça n'a plus aucune cohésion musculaire avant de se raidir quelques heures après. Presque immédiatement, elle rouvre les yeux et me fixe d'un air plus qu'apeuré. Que s'imagine t'elle ? Elle semble se remettre assez rapidement et silencieusement quand je la ramène au sol pour éviter une chute éventuelle. La jeune madame Dubois semble rejeter toute forme de proximité, et semble vouloir se dégager de mon emprise, mais finit par se faire une raison et prend ma gourde en me remerciant. J'hoche la tête pour lui signifier que ce n'était rien. Plus prolixe comme mec, y'en avait des tas !


    Je la laisse reprendre son souffle, et me demande combien de temps ça va durer tout ce toutim. Je ne sais toujours pas ce qui lui arrive et Annabelle ne semble de toute façon pas être capable de répondre à mes questions. Encore un peu ailleurs, elle semble reprendre peu à peu contenance après l'espèce de contrecoup physique (et psychologique?) qu'elle vient d'avoir. Finissant visiblement par se calmer, Annabelle boit un petit peu pour se réhydrater. Je ne me fais pas avoir par son rire qui sonne faux lorsqu'elle reprend faiblement qu'elle ne sait pas ce qui lui est arrivé. Ne pas dormir beaucoup ? Je commençais à suspecter autre chose. Je serais probablement tombé à côté si je n'avais pas rencontré ces femmes, en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire, qui avaient été violées ou mutilées par des soldats. Annabelle essayait de se dégager de mon contact, avait tourné de l'oeil quand je lui demandais ce qui lui était arrivé sur la route, et avait aussi la fâcheuse tendance à éluder mes questions quand elle ne me mentait pas tout à fait. Je la fixais du regard. Je ne savais pas exactement ce qui lui était arrivé, mais ce n'était forcément pas joli joli pour la plonger dans un état pareil. Je ne savais pas quoi faire pour l'aider si elle ne voulait pas se confier. Tout ce que j'espérais en cet instant précis, c'était qu'elle ne s'était pas fait approcher d'un peu trop près par l'un de mes hommes... Une seule sale affaire suffisait à toute la compagnie. Je lui répondais d'un ton que j'espérais avenant mais qui apparaissait comme maladroit.



    | Je n'ai pas le choix. Dans l'armée on fonctionne en groupe. On ne peut pas se la jouer solo, sinon on meurt. Je n'ai pas envie de mourir, mademoiselle Dubois. Il me reste beaucoup de travail, ici. Et moi et mes gars, on pourra l'accomplir plus efficacement si on prend soin des gens qui nous entourent et qui nous accueillent. |


    Là, je me sentais grandement hypocrite. Les Louisvillois voulaient nous faire la peau. Je n'étais ici que parce que je n'avais pas le choix.


    | Si jamais vous voulez... Parler. De votre problème. De ce qu'il s'est passé sur la route, peut être, n'hésitez pas. J'ai une civile attachée à mon unité, une petite jeune spécialisée dans le soutien psychologique. Elle a fait des miracles sur certains de mes hommes. Donc si vous voulez parler à quelqu'un qui ne porte pas d'arme à l'air méchant comme moi... N'hésitez pas. |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 13 Mai - 13:33



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Le lieutenant ne parlait plus beaucoup et Annabelle ne savait pas trop quoi en penser. Est-ce qu’il allait l’abandonner là au milieu de la rue, accroupie par terre, parce qu’elle avait plus ou moins repris ses esprits ? Il allait peut-être lui donner une fausse excuse de « je dois aller quelque part » ou bien « on m’attend, je suis désolé mais je dois vous laisser » pour s’esquiver. Elle n’arrivait pas à savoir si elle serait heureuse qu’il la laisse. D’un côté sa présence la mettait mal à l’aise mais d’un autre, elle se sentait réconfortée, comme s’il lui transmettait un peu de sa force sans le vouloir. Elle continuait de prendre des petites respirations pour garder un rythme cardiaque normal. La gourde gisait dans sa main, sans qu’elle ne reprenne de gorgées. Elle ne savait pas trop s’il l’avait crue quand elle disait dormir peu et que cela expliquait son état actuel, mais après tout, est-ce que ça comptait vraiment ? Il n’était pas en position d’exiger quoi que ce soit de sa part, alors elle voyait mal ce qu’il allait pouvoir rétorquer s’il en doutait. Son regard se perdait un peu dans le vide et elle s’obligea à se focaliser sur les paroles de Raulne lorsqu’il parla à nouveau.

Sa tête basculait d’avant en arrière, donnant le mouvement d’acquiescement sans qu’elle paraisse réaliser vraiment ce qu’elle faisait. Ses paroles tournaient dans son esprit, cherchant à s’accrocher pour lui répondre mais sa tête lui semblait vide. Plusieurs minutes s’écoulèrent sans qu’elle ne prononce un seul mot. Elle regardait devant elle, s’était légèrement redressée pour se dégager encore un peu plus de la proximité de l’homme à ses côtés. Ses bras s’étaient enroulés autour de ses genoux relevés et elle avait eu l’envie de glisser sa tête dans le petit espace entre ses bras pour se cacher mais elle s’était retenue. Elle avait offert assez de faiblesse à Raulne. Cependant, quand il continua et lui parla d’une psy, elle s’énerva.

« Je n’ai pas besoin d’en parler. Je n’ai pas de problème. Je vais bien. Je ne dors juste pas assez, je vous l’ai dit. »

Son ton était un peu sec mais elle n’avait pas pu s’en empêcher. Est-ce qu’il allait la laisser tranquille ? Elle ne voulait pas de son aide, ni de celle de quelqu’un de son équipe, qu’elle soit psychologue ou pas. Elle voulait juste oublier tout ça et cesser de souffrir. Était-ce tant demander ? Annabelle remarqua subitement qu’elle venait d’avouer à demi-mot qu’elle avait effectivement quelque chose sur la conscience. « Je n’ai pas besoin d’en parler. » Ce « en » signifiait bien trop de choses pour qu’il ne le remarque pas. Mer*** ! Alors elle se dépêcha de continuer à parler, comme si cela pouvait le faire dévier sur un autre sujet et ne plus y penser.

« Je vous trouve assez ironique. Je n’ai pas l’impression que les gens d’ici nous « accueillent » avec plaisir. Vous autant que moi et les autres réfugiés sommes dans le même panier : celui des étrangers. Vous voulez me faire croire qu’ils sont heureux parce que vous, les militaires, êtes là ? »

Elle fit la moue, comme pour étendre la portée de ses paroles.

« Je crois que les seules personnes qui peuvent s’estimer plus ou moins heureuses que vous soyez là, ce sont justement les réfugiés. Au moins, on n’est pas tous seuls dans ce foutoir. »

La jeune femme ne savait pas si elle faisait bien de se confier de la sorte au militaire, mais ça lui faisait du bien de balancer une partie de ce qu’elle avait sur le cœur. Et puis ça lui évitait de penser à son sujet noir.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mar 14 Mai - 13:02

    La jeune femme semblait aussi perdue que moi, ce qui n'était pas forcément un mal. Comme ça, je devais avoir l'air moins con, ce qui me changeait pas mal de ces derniers temps où j'étais toujours le dernier à percuter et le premier à me faire détester. Là, cet espèce de statu quo tel qu'il était apparu au fil de la conversation ou plutôt de l'entrevue, me convenait. Ce n'était pas parfait parce que je ne savais pas quoi dire, ni vraiment quoi faire, mais cela m'évitait surtout de refaire mon connard de service, ce qui était toujours bon à prendre. Annabelle acquiesça lentement à ce que je lui disais, mais elle ne semblait pas faire plus attention que cela à la teneur véritable de mon discours. Elle semblait toujours ailleurs, ce qui ne m'étonnait guère dans le sens où elle ne devait pas être encore entièrement remise... Ce qui se confirma par un instant assez long de silence presque total, dans lequel j'aurais pu entendre les mouches passer, s'il y en avait eu. Mais avec ce froid précoce qui s'installait et les fortes bourrasques qui nous fouettaient le visage à intervalles réguliers, ça m'étonnerait qu'il reste encore une mouche dans les environs. J'avais bien conscience que nous étions fort exposés, ici sur le trottoir, mais personne ne pointait le bout de son nez dans la rue. Je regardais la jeune femme, qui s'était recroquevillée sur elle même dans une posture destinée sans doute à se rassurer elle même. D'un seul coup, elle s'énerva, et me cracha à la gueule qu'elle n'avait pas besoin d'en parler. Tiens. C'était bien ce que je pensais, ou j'avais la berlue ? Ne pas dormir assez, à qui est ce qu'elle espérait faire avaler ça ? C'est alors qu'elle changeait de sujet, avant même que j'eus le temps de répondre à sa façon très sèche de me rembarrer. Elle me livra d'ailleurs une analyse assez juste de la situation en me parlant du sentiment des réfugiés. Et cela me montra encore plus que je devais agir avant qu'il ne soit trop tard.


    | Ouais. Je suis d'accord. Les gens d'ici sont tous des connards à de rares exceptions près. Des connards humains, parce qu'il réagissent comme les êtres humains qui ont peur. Mais putain, qu'est ce que leurs réactions de merde peuvent nous faire chier. |


    je méditais un instant sur mes propres paroles, et sur ce qu'avait dit la jeune femme sans le dire vraiment. On avait le soutien des civils, parce qu'eux aussi étaient exclus par les citoyens de Louisville. Ce n'était pas négligeable et en cas de pépin, c'était bon à savoir. Je mesurais soigneusement mes paroles.


    | En plus, on a eu des sales affaires. Comme celle de mon homme accusé de... Choses horribles, par la population. Il est innocent, j'en ai la quasi conviction. Mais comment continuer d'avancer dans un climat aussi délétère ? On fait ce qu'on peut au jour le jour, mais ça n'a rien de facile. |


    Je laissais un léger blanc entre mes paroles, tirant de ma poche mon paquet de cigarettes de réserve, très usé, en partie déchiré, et avec des clopes pliées à l'intérieur. J'humidifiais le papier avec ma langue pour le faire de nouveau tenir à peu près droit. Puis, je sortis mon briquet, et me l'allumais. Je laissais encore un moment passer avant de reprendre, en la regardant les yeux dans les yeux. Et je passais au tutoiement.


    | C'était quoi, alors ? Tu as rencontré des sales cons sur la route. Là, je pense pas me louper. Et ils t'ont fait quoi ? Ils t'ont brutalisé, ils ont tué tes proches ? Ou alors ils t'ont violée ? Tu serais pas la première, et malheureusement pas la dernière. Où est ce que ça s'est passé ? Vers où sont allés ces connards, après t'avoir fait ce qu'ils t'ont fait? |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mar 14 Mai - 21:28



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Annabelle avait complètement oublié qu’ils se trouvaient en plein milieu d’une rue, au cœur de Louisville, que le jour défilait lentement et que, bientôt, sûrement, des gens allaient commencer à faire leurs allées et venues dans cette rue, comme dans celles qui la jouxtaient. Ils restaient néanmoins assis, et la jeune femme ne ressentait pas le besoin de bouger de là. Elle avait gardé la même posture, ses bras semblant s’être soudés à ses genoux.

« Je ne supporte pas le regard de certains qui semblent nous jeter constamment à la figure : « Pourquoi vous êtes là ? On n’avait pas besoin de devoir vous nourrir, vous loger, en plus des nôtres. Pourquoi est-ce que vous ne pouvez juste pas vous en aller ? » Comme si on avait le choix… »

Ses paroles faisaient écho à celles de Raulne et la situation aurait pu paraître étrange à quiconque serait passé par là. Une réfugiée et un militaire, assis sur le trottoir, côte-à-côte, leurs corps se touchant faiblement maintenant qu’Anna s’était écartée, en train de lâcher quelques mots l’un après l’autre, sans se regarder ou sans montrer de signe particulier qui prouvait qu’ils étaient bien en train de se répondre. Elle faillit rire de la situation mais elle se retint à temps.

« Chaque jour qui passe rend les choses encore plus compliquées… Que va-t-on faire quand il n’y aura plus rien à manger ? Plus rien pour se chauffer en hiver ? »

Ses questions étaient purement rhétoriques et elle n’attendait aucune réponse de la part du militaire. Ses paroles l’avaient elle-même effrayée et un petit frisson parcourut son corps. Pendant ce temps, l’homme avait pris son paquet de cigarettes et en avait allumé une. Quelques secondes parcoururent à nouveau la course du temps et s’évanouirent dans un souffle. Du coin de l’œil, Annabelle capta qu’il la fixait, aussi se tourna-t-elle vers lui en écoutant ce qu’il racontait.

Son visage se décomposa. Sa bouche s’entre-ouvrit légèrement, laissant échapper un souffle erratique, son cœur qui avait réussi à se calmer reprit un rythme encore plus effréné qu’auparavant. Elle resta sans voix pendant plusieurs secondes, continuant de le fixer avec de grands yeux. Elle n’était pas tant surprise qu’il en parle, après tout elle lui avait tendu une perche et elle se doutait qu’il allait encore la questionner, mais de là à dire les choses avec tant d’insensibilité et surtout de détachement, elle sentit la colère monter en elle.

« Comment OSEZ-vous ? Pour qui vous vous prenez, bordel ? De quel droit vous me questionnez de la sorte avec autant d’insensibilité ?! Vous êtes peut-être un militaire "fort, courageux et brave" mais ça ne vous donne pas le droit de traiter les gens de cette façon ! Vous ne savez rien de ce que j’ai vécu alors je vous interdis de me parler comme si « ce n’était rien » ! »

Elle avait haussé le ton au fur et à mesure de ses propos, et avait abandonné sa position de repli pour lui faire face – même si assis, cela n’était pas très convaincant – les poings et la mâchoire fermement serrés.

« Vous croyez que j’ai demandé tout ça ? Certainement pas ! Je faisais tranquillement mon job, un job que j’aime et qui me rend heureuse, et voilà que ces put*** d’explosions retentissent ! Et voilà la panique, et tout le monde court dans tous les sens, et puis certains se disent que tant qu’à crever, autant prendre son pied une dernière fois ! Et voilà que, nous, les femmes, ces êtres faibles, on se fait attaquer et qu’on se retrouve incapables de se défendre ! Et en plus, après tout ça, on a le droit d’entendre qu’on « ne serait pas la première et malheureusement pas la dernière » ? Et c’est censé nous faire aller mieux ? Alors que chaque jour on se lève en se demandant ce qu'on a fait pour mériter ça ? Que chaque jour on doit lutter pour poser un pied devant l'autre ? Vous ne savez pas ce que c'est ! Alors bordel, pensez un peu à ce que vous dites ! »

Elle n’en avait plus rien à faire de ce qu’il allait penser d’elle, ça lui faisait un bien fou de s’énerver, certes contre lui, mais s’énerver quand même. Et elle avait tellement de choses sur la conscience qu’elle se sentait libérée d’un poids énorme qui avait pesé sur son âme depuis son agression.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Dim 19 Mai - 18:35

    Il me semblait que j'étais là depuis tellement longtemps que j'avais oublié depuis quand. Pire, j'avais même oublié ce que j'étais sensé faire. Rien de bien important j'imagine pour que j'en vienne à l'oublier, mais tout de même ! Faire réfléchir les autres sur ce qu'ils avaient vécu avait tendance à me rediriger vers ce que j'avais moi même connu. J'étais quelqu'un de relativement en paix avec moi même, ce qui avait toujours pour avantage que je n'avais pas trop à me torturer. Mais quand même, il y avait de ces vacheries que j'avais pu vivre ou faire que j'avais parfois du mal à avaler. Rien de vital la plupart du temps, encore que... Bref. Les choses allaient bien, le plus souvent. Et quand elles allaient moins bien, genre dans la situation présente, j'avais l'impression d'être oppressé par les responsabilités qui étaient les miennes. Je comprenais tout à fait ce que vivait la jeune femme en tous cas en ce qui concernait l'accueil qui nous avait été reservé dans cette ville, à nous autres qui lui étions étrangers. Je comprenais ce qu'elle me disait en tous cas. Comme si les réfugiés allaient échanger un endroit où ils étaient pour l'instant au chaud, dans une relative sécurité et avec encore de quoi manger dans des quantités convenables, contre un endroit désolé, à la merci des fous, des pillards et des vrais méchants. Comme si tout cela pouvait se passer comme l'entendait le cœur des durs de durs qui rejetaient l'arrivée de tous ces étrangers à leur ville. Je haussais les épaules. La nature humaine était ce qu'elle était, je n'avais aucune chance de jamais la changer. Et pour vouloir la changer il fallait encore se soucier des autres, ce qui n'était absolument pas mon cas.


    | Ouais. Je sais. Certains de ces connards nous verraient bien déguerpir. |


    Je haussais à nouveau les épaules quand elle me demanda ce qui allait se passer ensuite. Je n'en avais aucune idée, je passais déjà mon temps à réfléchir à des solutions.


    | On se débrouillera. |


    Comme le faisait toujours l'être humain lorsqu'il était au pied du mur. L'ingéniosité de l'être humain n'était jamais aussi développée que lorsqu'il était menacé de mort par famine, par froid ou autre. Le tout était de ne pas se laisser abattre, même si pour cela je n'avais clairement pas trouvé de solutions. Je ne savais pas ce que je faisais en restant là à parler avec cette fille qui n'était rien pour moi, mais ce dont j'étais sûr c'était que j'avais plein de temps pour écouter quelqu'un, surtout si je pouvais gagner ce quelqu'un à mon avis. Ce n'était quand même pas gagné, vu le manque total de gants que je pris lorsque je l'attaquais de front. Je la vis paniquer ; je le vis dans ses yeux. Je remarquais aussi que sa poitrine se soulevait à intervalles chaotiques. Et alors, elle péta un câble. Blablabla, j'avais encore réussit à fâcher quelqu'un contre moi. Je la regardais se défendre avec toute l'âpreté d'une femme bafouée, et soutenais son regard. Je n'allais pas cillé pour avoir dit la vérité, croyez moi. J'attendis qu'elle en ai terminé pour continuer.


    | Ben non, justement, je ne suis pas fort courageux et brave. Je fais ce pourquoi je suis fait. Et vous, vous n'êtes pas incapable de vous défendre. La preuve. Au moins, maintenant, je sais que ça vous est vraiment arrivé. Je parle pas non plus pour ne rien dire, vous voyez? Et je sais de quoi je parle. J'ai déjà dû punir des hommes dans la troupe pour ce genre de choses, et récemment d'ailleurs, tout a failli exploser dans cette ville de merde à cause d'une histoire semblable. Alors ne venez pas me dire que je ne sais pas de quoi je parle, parce que j'en ai croisé beaucoup, des comme vous. |


    Ouais bon, pas sûr que ça la calme.


    | Ou bien vous acceptez ce qu'il vous est arrivé et vous allez de l'avant, ou bien vous vous morfondez sur vous même et vous crevez. C'est simple, ça l'a toujours été. Simple, mais difficile. C'est comme ça. Y'a que les victimes qui se complaisent dans leurs souffrances. Et vous, vous en êtes une de putain de victime ? Ou est ce que le prochain qui tentera sa chance aura droit à un coup de couteau ? Faites la seule chose qu'il faut faire. Relevez la tête. Entraînez vous. Psychiquement avant d'attaquer la partie physique. Blindez vous. Promettez vous que plus jamais ça ne vous arrivera. Et ensuite, le corps fera le reste. Autre chose, ce connard ou ces connards qui vous ont fait ça, ils sont ici, à Louisville? |


    Parce que si arrêter un vrai groupe de violeurs était possible, je disais pas non, ça remonterait bien la côte de l'armée dans le secteur...



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 20 Mai - 11:48



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Elle pouvait sentir la colère vibrer dans son corps, comme cela n’avait plus été le cas depuis son agression. Oui, à ce moment-là, elle avait haï ces hommes de toute son âme, de tout son corps et elle avait été terrorisée quand ils s’étaient trouvés morts devant elle, c’était certain, mais elle avait aussi ressenti un bref sentiment de joie. Cela lui avait fait peur. Comment pouvait-on se réjouir de la mort de quelqu’un ? Même si ce quelqu’un venait de commettre un acte irréparable, elle se sentait encore plus sale d’avoir presque souri en le voyant mort, lui et son complice, leurs corps sans vie heurtant le sol, avec un petit bruit qui ne résonna même pas. Elle s’était retenue de frapper leurs cadavres, cela ne servait plus à rien maintenant, mais, malgré ce qu’ils lui avaient fait, elle avait été incapable de taper dans leurs corps qui allaient refroidir lentement et rester là, leur sang se gravant dans l’asphalte tiède. C’était tout ce qu’ils méritaient. Vraiment. Mais à cet instant, alors qu’elle avait pensé à la mort plus que jamais, alors qu’elle avait espéré mourir avant qu’ils ne commettent leur acte ignoble, la mort lui semblait la dernière des choses à vouloir. Alors elle s’était redressée, avait rapidement pris ses affaires et s’était mise à courir vers une destination inconnue qu’elle découvrirait bientôt sous le nom de Louisville. La colère qu’elle avait ressentie à cet instant-là ne l’avait pas vraiment quittée, constata-t-elle soudainement. Elle avait attendu patiemment, se construisant son petit nid dans son esprit qui tentait de s’occuper en gardant éloignés ces souvenirs douloureux. Et elle avait attendu le bon moment pour ressurgir et exploser au grand jour. Ce jour était arrivé. Et c’était autant libérateur qu’effrayant pour elle, car cela signifiait se replonger dans ces événements qui avaient détruit sa vie et marqué le début d’une nouvelle existence pour elle. Raulne ne semblait pas vouloir s’excuser d’aucune façon pour la manière dont il lui avait parlé et cela l’énerva. Elle ne lui avait rien demandé, et certainement pas qu’il lui dise les choses telles qu’il les pensait sans réfléchir aux conséquences que cela pouvait avoir chez son interlocutrice.

« Me défendre face à vous en paroles est moins difficile que quand deux individus déterminés vous maintiennent avec force et vous brutalisent pour arriver à leurs fins ! Et bon très bien vous avez déjà eu à faire face à des cas comme ça, mais est-ce que cela vous donne le droit de généraliser et de minimiser les faits ? C’est ma vie qu’ils ont détruite ! C’est mon corps qu’ils ont pris, bordel ! Vous comprenez ? Ils m’ont volé tout ce qui comptait ! Mon existence, ma joie, mes illusions... Plus rien ne sera comme avant ! »

Les mots sortaient avec force de sa bouche et ses yeux faisaient transparaître toute la colère qui était sienne à cet instant. Colère pas uniquement dirigée vers Raulne, mais vers les images de ses agresseurs qui défilaient devant ses yeux.

« Comment voulez-vous que j’accepte ça ? Si je l’accepte c’est comme si je me soumettais à eux une deuxième fois, que je leur donnais raison et que je faisais comme si ce n’était pas important. C’est loin d’être simple. Et oui je suis une victime, je ne dirais pas le contraire, parce qu’une victime, ça souffre, et c’est exactement ce qui m’arrive là. Mais il est également certain que le prochain qui ose ne serait-ce que me toucher sera mort avant que sa main ne se pose sur moi. Même si je dois mourir avec lui. Je m’en fiche. »

Elle savait qu’il avait raison, qu’elle devait faire face et lutter. C’était la seule solution. La seule solution pour survivre, et pour retrouver la force qui lui manquait pour affronter les événements. Mais c’était trop difficile, car elle se heurtait sans cesse à ces souvenirs, qui revenait vers elle par vagues successives, parfois quand elle s’y attendait le moins. Se promettre que cela n’arriverait plus jamais. Bien sûr, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Elle se sentait impuissante et personne n’était là pour l’aider. Elle eut du mal à sortir les mots suivants, comme si leurs morts lui revenaient en pleine face et le sourire qu’elle avait dissimulé en les voyant étendus morts se rappelait à elle, ainsi que la joie malsaine qui l’accompagnait.

« Non, ils sont morts. »

Les imaginer ici à Louisville lui donna la nausée. S’ils avaient été ici, en vie, et qu’elle les avait croisés dans la rue, elle eut du mal à imaginer ce qu’elle aurait fait. Son premier réflexe aurait été de fuir, ou de se cacher, probablement. Peut-être qu’après elle aurait cherché à les détruire, mais elle ne savait pas trop comment elle aurait pu faire ça. C’était assez ironique qu’elle se retrouve à parler de ça au type qui les avait vraisemblablement descendus. Lui ou un membre de son équipe. Elle se retrouvait reconnaissante envers le militaire, mais aussi énervée de la situation actuelle, où il la poussait dans ses retranchements pour qu’elle explique ce qu’elle avait vécu. Mais elle devait lui dire… Elle le fixa à nouveau dans les yeux.

« Ils sont morts sous vos balles. Enfin je crois que c’était vous. Je ne suis pas sûre à cent pourcents, mais lorsque j’ai couru loin de la voiture, je me suis retournée vers la route, d’où venaient les balles qui les ont tués, et… je crois que c’était vous. » Elle lâcha un rire bref qui déforma ses traits en une moue perplexe. « J’imagine que je devrais vous en être reconnaissante… »
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Mar 21 Mai - 21:27

    Je constatais assez clairement être le sujet de la colère qui irradiait littéralement de la jeune femme, mais ce simple constat m'indifférait au plus haut point. J'avais pour habitude d'assumer totalement mes actes, mes paroles et mes pensées, pour la simple et bonne raison que j'étais quelqu'un qui devait avant tout prendre ses responsabilités. N'étais je pas officier, après tout ? Mon boulot diraient certains, était justement de me faire détester. Pour moi, quoiqu'il en soit, je ne pouvais pas être efficace en quoi que ce soit en me réfrénant. Je n'étais pas comme ça, à cacher ce que je pensais, ce que je comptais faire. Je savais qu'un jour, je serais probablement amené à crever pour tout ce que j'avais fait ou pensé, mais peu m'importait. J'étais comme ça, et puis de toute manière j'étais trop las, trop éreinté physiquement et mentalement pour essayer de me contrôler même un tout petit peu. Il fallait bien pourtant, sinon j'allais finir par tenir des propos vraiment regrettables. Bah, une fois de plus, une fois de moins... Je concevais bien sûr que me tenir tête était plus facile que de repousser des types qui voulaient besogner une gonzesse... mais pour le reste, je campais sur mes positions. Elle était détruite parce qu'elle le voulait bien. Elle n'avait qu'à muer tout ce désespoir en haine, et elle le verrait, tout irait beaucoup mieux. Je haussais à nouveau les épaules. Je me contrefichais de comment elle percevait les choses, je savais que tout le monde pouvait jouer la carte de l'indifférence mais bien peu pouvaient reprocher comme moi l'apathie d'une victime de viol. Une liste à rajouter sur tout ce qui faisait de moi un parfait connard.


    | Non, plus rien ne sera comme avant. Tous les hommes seront de potentiels futurs violeurs à vos yeux et le sexe vous posera un problème. Enfin, j'imagine. Et puis bon, je ne dis pas que c'était un moment agréable, je sais comment cela peut être atroce de se faire priver de tout libre arbitre et du contrôle sur notre propre corps, j'ai déjà vécu ce genre d'expérience. Pas le viol, mais des situations merdiques où j'ai failli finir par manger les pissenlits par la racine. C'est... Dur. Mais c'est pas la fin de tout. Ils vous ont pas laissé de marmot dans le tiroir, ça a été un sale moment à passer, c'est sûr... Mais maintenant, vous avez peut être plus de chances de survivre que tous les petits bourgeois qui vivaient tranquillement dans leur cher Louisville... Parce que vous, vous savez ce que vaut l'Homme. Parce que vous pouvez vous préparer. |


    Je le pensais sincérement. Je ne niais pas le fait qu'un viol soit dramatique par nature. Je ne m'imaginais pas attaché avec une foutue garce qui me faisait ce qu'elle voudrait de moi. Exit les idées reçues, un homme ça vivrait un viol comme une femme, j'en suis convaincu. Je hochais la tête à ses paroles suivantes.


    | Bien. C'est la bonne attitude à avoir. |


    Putain nan mais je rêve me voilà à conseiller à une victime de viol comment survivre avec son traumatisme, comment passer outre le fait qu'elle n'avait plus été maîtresse de quoi que ce soit, ni de son esprit, ni de son corps. Corps attirant, qui plus est. Cela devait être terrible de voir l'un de ses atouts se transformer en faiblesse. Surtout par les temps qui courent. Elle avait dû toujours être jolie, courtisée avec politesse et intérêt. Là, la pratique de ces mecs avait balayé tout ça. Ils l'avaient dénudée, ils l'avaient tronché et s'étaient épanchés en elle en faisant fi de tout ce qu'elle aurait voulu, en ignorant ses cris et ses supplications. Tu parles d'une mauvaise journée. Je hochais la tête quand la jeune femme me dit que ses bourreaux avaient été tués. Toujours un problème de moins à régler. Je ne pouvais pas dire que ça me soulageait de ne pas avoir à me salir les mains aussi vite depuis la dernière fois. Annabelle me fixa dans mes yeux, ce qui m'alerta. Et ce qu'elle me dit ensuite me laissa coi. Pendant un instant, je ne sus quoi dire. Je cillais, avant de me reprendre. PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! Un témoin ! Un foutu témoin ! Qui avait vu ce qu'on avait fait sur la route ! Mais putain les merdes ça pouvait arrêter de nous tomber dessus ne serait ce que cinq minutes ! Enfoiré de foutu Dieu qui nous pisse dessus sans arrêt ! Je soutenais le regard de la jeune femme, ma mâchoire se crispant. Je devais savoir ce qu'elle avait vu, savoir si elle serait fiable ou non.


    | Oui, vous devriez l'être. S'il s'agissait bien de nous. Parce que des hommes capables de tirer dans la foule en furie sont capables de se protéger eux mêmes. Vous me suivez ? |


    Menace à peine voilée.


    | J'ai pas droit au câlin réservé au héros? |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Jeu 23 Mai - 17:39



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Encore une fois il sortait ses pensées avec des mots crus, brutaux et son ton était toujours aussi sec et implacable. Elle n’arrêtait pas de penser qu’elle n’aimait pas sa façon de parler. Peut-être que cela lui réussissait dans la vie de s’adresser aux gens de cette façon mais elle, cela ne lui plaisait vraiment pas. Bien sûr, son métier devait être à l’origine de sa manière de parler ; elle concevait relativement facilement qu’on ne devenait pas le chef d’un groupe de militaires en ne disant pas les choses telles qu’elles étaient et de façon claire et précise. Mais tout de même. Elle n’était pas un de ses soldats à réprimander pour une bêtise qu’il aurait fait.

Malgré cela, elle se retrouva à acquiescer lentement à ses paroles. Oui, elle savait de quoi l’Homme était capable. Autrefois, elle avait vu le meilleur de lui-même. L’Afrique, notamment, lui avait montré à quel point l’Homme peut être solidaire, bon et altruiste. Cela avait été une expérience tellement enrichissante qu’Annabelle s’était sentie désœuvrée en rentrant en France, là où les gens étaient distants les uns avec les autres, ne s’adressaient la parole que dans un but bien précis et ne souriaient que rarement. Elle avait eu envie de leur crier de se prendre dans les bras, d’aller boire un verre tous ensemble et de faire connaissance. Le monde lui avait semblé terne. Mais à côté de ce « meilleur », Annabelle avait aussi vu le pire. Et ce pire lui avait semblé imaginable avant ce jour. Ce pire, elle ne l’avait vu que dans les journaux, au journal télévisé ou en écoutant les informations à la radio. Et soudainement, il était entré dans son champ de vision, plus brutalement qu’elle ne s’y serait jamais attendue. Avec force et violence. Ravageant tout sur son passage.

Son corps s’était légèrement détendu mais elle avait l’impression qu’elle allait sursauter au moindre bruit suspect. Elle tenta de se relâcher lentement, de laisser partir toute cette tension et ce stress mais il était là, il restait là, latent et ensommeillé. La moindre petite chose pouvait le réveiller. Elle essaya de se focaliser son attention sur la ville qui était maintenant éveillée et qui se faisait de plus en plus entendre : quelques cris d’enfants au loin, des chiens qui aboyaient, ce genre de petits bruits qui étaient familiers et qui ne présentaient aucun danger. La jeune femme s’était détournée du regard du militaire après lui avoir déclaré qu’il était celui qui avait tué ses deux agresseurs. Lorsqu’il parla, après plusieurs secondes de silence, elle le sentit plus tendu que l’instant d’avant et cela la fit retourner la tête vers lui. Qu’est-ce qui se passait encore ? Il avait encore quelque chose d’important à lui dire sur la vie et son statut de victime ? Elle savait bien qu’elle était injuste avec lui, il essayait simplement de l’aider, d’une façon peut-être parfaite, mais au moins il était là et il n’hésitait pas à s’exprimer.

« Euh oui je suppose. » Elle se rendit compte qu’elle n’était plus très loquace pour le coup. Alors elle tenta de s’expliquer un peu plus. « Comme je vous l’ai dit, je ne suis pas certaine que ce soit vous. J’étais dans un état second, je n’ai pas très bien réalisé ce qui s’est passé. Il y avait plein de gens, plein de bruit, j’ai juste… fui. Loin de tout ça, sans me préoccuper de ce qui pouvait s’y passer. » Elle haussa les épaules. « Je pense que n’importe qui aurait fait ça, non ? Tout ce que je me suis dit sur le moment c’est que j’étais bien contente que ces salauds soient morts. »

Elle s’arrêta net dans ses paroles. Elle n’avait pas spécialement eu l’intention de dire ça à voix haute. Cela la surprit elle-même. Mais elle ne regrettait absolument pas ses paroles. C’était la pure vérité, et, après tout, Raulne était un militaire. Si quelqu’un pouvait peut-être bien la comprendre, c’était lui. Des cadavres, il avait dû en voir. Il avait dû en tuer beaucoup, d’ailleurs. Il devait connaître le coût de la vie peut-être mieux que personne d’autre. Le coût de la vie mais aussi celui de la mort.

Annabelle haussa un sourcil et le regarda d’un air mi-amusé mi-énervé.

« Vous êtes bizarre comme type. »

Sa remarque n’était pas spécialement méchante, ni ironique, elle énonçait juste un fait.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Dim 26 Mai - 19:18

    Il me semblait assez juste de dire que j'étais quelqu'un qui ne se faisait qu'assez peu de soucis quant à la considération que l'on pouvait avoir pour sa propre personne. Cela dit, il y avait une nuance à apporter à ce même constat, c'est à dire que si je me fichais de la façon dont on pouvait me juger en tant qu'individu, il n'en allait pas de même avec le point de vue que j'attendais que l'on aie de ma propre fonction ou en tous cas de ce que je représentais au niveau symbolique. On pouvait bien ne pas être d'accord avec la discipline la plus stricte du cadre militaire ou avec le concept belliqueux d'une armée, il n'en restait pas moins que j'incarnais une certaine forme d'autorité que je n'entendais pas laisser mise à mal. En sus, il convenait de rappeler qu'il existait déjà suffisamment d'atteintes à l'ordre établi pour que je n'en tienne pas compte. Et là, la jeune femme assise devant moi, déboussolée et victimisée par les choses qu'elle avait pu subir avait en elle, dans sa mémoire, les germes séditieux d'une nouvelle remise en question de mon autorité, ou plutôt de ce que j'incarnais. L'ordre. La force. La République. A un niveau symbolique, il devait y avoir le moins de tâches possibles sur mon uniforme, quand bien même je faisais les pires crasses cachées. Bien sûr, il y avait déjà eu l'affaire Azarov qui nous avait tous causé beaucoup de tords, et j'imaginais qu'il serait de l'ordre du très difficile que nous survivions en tant que figure d'autorité à encore plus de scandales. Et quoi de plus catégorique et définitif que l'accusation d'un massacre de masse ? Il fallait bien se rendre compte qu'une tâche pareille, même sans preuves ni fondements, ne nous permettraient plus jamais d'exercer notre travail, notre vocation, dans les meilleurs conditions. Il semblait que le destin semblait vouloir nous faire péter à la gueule toute la merde que nous avions remuée depuis le début du conflit. J'espérais pouvoir éteindre rapidement l'incendie avant que celui ci ne se propage...


    Annabelle recommençait à douter d'elle, mais je n'avais pas l'impression qu'elle avait vraiment compris ce que j'attendais d'elle. Cependant, je sentais que je pouvais la garder dans la poche, pour la simple et bonne raison que le meurtre de ses bourreaux avait mis fin à son supplice. Je ne savais pas jusqu'où celui ci avait été d'ailleurs, ce qui n'était pas spécialement pour me plaire. Le savoir c'est le pouvoir, et là j'étais tout simplement encore trop dans le flou pour pouvoir m'assurer un plein ascendant sur la jeune femme. Je ne voulais pas que les choses restent en l'état. Je devais continuer plus avant.



    | Ouais. Vous devriez remercier qui vous a fait cette fleur et pas vous poser plus de questions. C'est dangereux, les questions. |


    Nouveau sous entendu à peine voilé. Je haussais les épaules suite à ses dernières paroles. Oui, j'étais quelqu'un de bizarre. C'est ce qui faisait de moi quelqu'un d'aussi seul. Pour autant, je ne comptais pas me plaindre sur mon sort. J'étais ce que j'étais, et je faisais ce pourquoi j'étais fait.


    | Oui, je le suis. Sans doute. Je vais vous laisser maintenant, parce que vous avez vidé votre sac et que vous êtes beaucoup moins instable pour la communauté qu'au début de notre conversation, et que j'ai fait mon job. Vous êtes conseillée et rassurée. En cas de besoin rappelez vous. Leroy et Talbert. Ce sont eux, les bonnes personnes. Les gentils. |


    J'en avais fait assez pour aujourd'hui il me semblait, pourtant mon petit doigt me soufflait que cela ne serait probablement jamais terminé...



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Jeu 30 Mai - 10:21



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Fermée sur elle-même depuis l’instant où il l’avait repoussée dans ses retranchements, Annabelle avait pourtant l’oreille bien tendue vers lui, et écoutait ce qu’il disait avec attention. La phrase qu’il avait prononcée quelques minutes plus tôt lui revenait en tête. « Je ne suis pas fort, courageux et brave. » Est-ce que cela n’était pas en opposition totale avec le statut de militaire ? Elle se sentait perdue face à cet homme énigmatique. Elle s’était toujours imaginé les soldats comme des hommes volontaires, sûrs d’eux, et surtout braves face à toutes sortes de dangers. « Je fais ce pourquoi je suis fait. » Comme s’il n’avait pas choisi son destin, comme s’il était devenu militaire non par choix mais par obligation. Annabelle savait que ça ne servait à rien de s’interroger de la sorte sur les gens, mais elle n’y pouvait rien. Elle avait toujours été curieuse. Elle aimait connaître l’histoire des personnes qu’elle rencontrait. Tournée très souvent vers le passé plutôt que vers le futur, elle avait tendance à vivre dans les souvenirs des moments passés et d’un temps révolu. Surtout maintenant, depuis qu’elle était à Louisville. Elle se raccrochait autant que possible sur son passé, par peur de voir ce que demain allait lui amener. Du coup, quand elle tombait sur de nouveaux individus, elle était curieuse de connaître les raisons qui les avaient amenés ici, qui avaient fait se croiser leurs chemins. Lyra à son arrivée, Mathilda quelques heures plus tard, Mickaël la veille, elle se disait que maintenant, sa vie, c’était ça : être entourée de gens qu’elle ne connaissait pas, qui, pour certains, ne voulaient pas d’elle, et qu’elle devait absolument apprendre à connaître. Elle avait l’impression que ce serait la seule chose qui pourrait les faire tenir, qui pourrait les faire avancer et les faire cohabiter dans un semblant de paix. Apprendre à se connaître.

Elle haussa un sourcil en sa direction. C’était quoi ça ? « C’est dangereux, les questions. » Elle se sentait à peine menacée là. Ça y est ? Il retombe dans son rôle de militaire dur et froid sans aucune compassion ? Elle lui jeta un regard étrange, marquant ses interrogations internes.

« Je crois avoir déjà dit que je vous en étais reconnaissante, non ? Je dois faire quoi de plus ? »

Bon sang que ce type était instable ! L’instant d’avant il la tenait gentiment contre lui pour la calmer et voilà qu’il l’agressait verbalement à présent. Génial. Ma pauvre, tu ne tombes que sur des types bizarres et pas nets. Elle laissa s’échapper un petit soupir. Elle n’avait jamais été très douée pour nouer des relations, amicales ou amoureuses. Déjà petite, elle n’avait pas beaucoup d’amis. Partir en Afrique n’avait pas aidé à garder les quelques amitiés qu’elle avait su forger à l’époque du lycée. Et à part Jérémy, elle ne pouvait pas dire qu’elle avait vraiment été dans une relation amoureuse avec quelqu’un. Les autres aventures qu’elle avait eues n’étaient que ça : des aventures. Sans réel attachement. Sans réelle passion. Bref, tout ceci n’allait pas l’aider à mieux comprendre ce drôle de type qui portait son habit de militaire comme une carapace.

Quand il haussa les épaules à son égard, elle sourit légèrement. Tu ne nies pas, hein ? Mais l’instant d’après, elle était à nouveau énervée mais réussit néanmoins à garder son calme. Enfin du moins, le crut-elle.

« "Instable pour la communauté" ? Je vous demande pardon ? "Vous avez fait votre job" ? Mais vous vous prenez pour un psy ou quoi ? »

Elle s’arrêta là, se forçant à ne pas s’énerver à nouveau contre lui. Encore une fois, il venait de prouver que si l’un d’entre eux était instable, c’était bien lui. Je t’agresse et puis je t’aide. Je te brutalise encore, et puis je t’appuie. Cercle infernal. Elle n’avait rien demandé à personne, et voilà qu’il la forçait presque à lui raconter sa vie. Bon ok, il tentait de cerner les gens autant qu’elle le souhaitait, sauf que leurs méthodes étaient diamétralement opposées. Elle n’aurait jamais contraint quelqu’un à lui faire part de son histoire comme il l'avait fait.

« Et vous, vous êtes quoi alors ? »

Elle faisait référence à sa dernière phrase, où il parlait des « gentils ». Dans quelle catégorie était-il alors ? Annabelle savait que leur conversation touchait sur sa fin mais elle n’avait pu s’empêcher de l’interpeller une dernière fois.
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Ven 31 Mai - 22:23

[HS ; Si tu as des questions pour la prochaine mission hésites pas à me contacter ^^. Déolé si mon rp est un peu court, je suis à la ramasse c'est un peu chaotique ma vie en ce moment]


    Je manquais de m'étouffer de rire alors qu'Annabelle me demanda ce qu'elle devait faire de plus. Hinhin, elle voulait vraiment un dessin ? Je me reprenais presqu'aussitôt. Après tout, la fatigue, la lassitude, la frustration et la peur commençaient à peser très lourdement sur mes épaules. Il fallait que je me reprenne, ou bien je risquais de vraiment perdre pied pour de bon. Faire quoi de plus ? Je me mis à avoir un sourire ironique. On ne pouvait rien faire de plus pour pousser l'autre à nous accepter dans cette foutue ville. En plus, je la menaçais. Une civile. Parce que je ne voulais pas que nos crimes soient dévoilés. Et pire, lorsqu'elle avait posé sa question j'avais immédiatement pensé à quelque chose d'assez... Improbable. Non seulement elle avait été victime de viol et devait avoir énormément de problèmes avec l'idée même de l'amusement sexuel, mais en plus ce n'était pas mon genre. J'avais failli plaisanter là dessus avec une victime qui m'aurait probablement frapper. Ce n'était pas mon genre non plus de m'oublier de la sorte. Je soupirais doucement, relâchant les épaules pour me forcer à un peu plus de tempérance. Je devais me reprendre, et vite, bordel. Je devais faire en sorte que la situation ne m'échappe pas plus qu'elle ne l'avait déjà fait.


    | Rien, je suis juste content que nous nous comprenons parfaitement. |


    Voilà le vrai Raulne, ce masque froid, analysant ce qu'il se passe autour de lui et qui va droit à l'essentiel sans se détourner de son objectif. Bien entendu, mes paroles suivantes ne lui plurent pas. Je haussais une fois encore les épaules ; cela n'avait finalement que bien peu d'importance, ce qu'elle pensait et ce qu'elle pensait que j'étais. Je soutenais son regard, l'air le plus sérieux du monde.


    | Mon job, c'est de garder tout le monde en vie. Et ca commence par être un peu mieux dans ses baskets que nous ne le sommes tous actuellement. Je vous aide comme je peux à affronter la putain de réalité qui veut nous faire la peau. Je suis pas psy, mais je peux pas vous protéger efficacement avec des gens perdus et traumatisés. Je ne dis pas que vous êtes dangereuse, simplement, la communauté survivra plus facilement si vous êtes en pleine disposition de tous vos moyens. La haine et la colère sont de bons moyens de concentration sur le principal : notre survie à tous. |


    Je me retournais quand elle me demanda ce que j'étais. Je lui souris.


    | Moi, je suis le méchant qui aide les gentils. |



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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Lun 3 Juin - 22:21



“Opération Fortitude”
Annabelle & Philippe


Hors-Jeu:
 

Elle ne s’était presque pas attendue à ce qu’il réponde à sa question. Ça avait été une question plus rhétorique qu’autre chose. Une question lancée en l’air suite à son exaspération. Du coup, quand il parla, elle ne fit qu’acquiescer, ne trouvant rien à ajouter de plus. Se comprendre, elle doutait par moments qu’ils le fassent vraiment. Elle avait l’impression d’être en face d’une énigme totale qui jouait avec le pouvoir qu’elle avait entre ses mains et qui n’en connaissait pas réellement l’étendue. Qui en testait les limites sur autrui, cherchant à le définir sans y parvenir vraiment alors qui le poussait parfois dans une certaine direction, tentant d’y trouver une faille, ou, au contraire, un point d’appui pour sauter plus loin et continuer d’avancer, de se creuser un chemin… Et elle était comme un petit caillou sur sa route toute tracée. Qu’il fallait remettre dans le droit chemin, aligner parfaitement avec les autres petits cailloux, pour que tout se passe correctement. Ou alors, ce caillou, on pouvait aussi le mettre dans sa poche, si on savait s’y prendre et alors, bien au chaud, il ferait tout pour continuer de s’y sentir bien  et il serait alors facile de le manipuler. Et là, elle avait l’impression qu’elle y était presque, dans sa poche. Il suffisait d’un petit pas encore, et elle serait coincée. Alors elle se força à prendre du recul et le fixa à nouveau quand il parla. Sa voix se fit plus calme qu’auparavant et elle fut contente de le constater :

« Et je suis prête à tout pour survivre. Je refuse de les laisser croire qu’ils peuvent m’atteindre et me faire du mal. »

Elle-même avait du mal à savoir si elle parlait de ses deux agresseurs de ce fameux 23 septembre ou bien de cette partie des habitants de Louisville qui étaient contre les réfugiés, quels qu’ils soient, et qui affichaient clairement leur avis négatif sur eux. Peut-être parlait-elle un peu de Raulne aussi, après tout, elle était assez en colère contre toute la gente masculine à cause de son agression, et le lieutenant l’avait rudoyée, donc il devait forcément y avoir droit aussi. Oui, la colère allait l’aider à sortir de ce semblant de coma dans lequel son agression l’avait plongée. Il fallait qu’elle se réveille, et qu’elle se mette à se battre, pour se sortir la tête haute de cette situation de guerre qui pouvait sembler catastrophique. Elle savait qu’elle avait les ressources en elle, il fallait juste qu’elle les trouve, mais, avec ce qu’il lui avait dit – même si elle était en colère contre lui – elle se sentait plus apte que jamais à faire front aux obstacles qui tenteraient de lui barrer la route. Ok, il avait peut-être raison ce militaire. Il n’était pas très doué pour dire les choses, ou pour aider les gens, mais, au moins, il ne restait pas les bras croisés. Ça, on ne pouvait pas le lui enlever.

Elle fut un peu surprise quand il lui répondit aussi franchement en lui souriant. Elle lui sourit en retour et lança quelques mots avant de se mettre debout, réalisant tardivement qu’ils avaient passé de longues minutes assis par terre sur le trottoir, si bien que la pierre s’était réchauffée à leur contact.

« C’est l’image que vous avez de vous ? Vous n’avez peut-être pas le bon angle de vue. Vous devriez élargir le champ, pour voir ce que cela donnerait. »

Annabelle s’était déjà levée quand elle se rendit compte qu’elle avait utilisé des termes de photographie pour lui répondre. Lui jetant un regard comme pour s’en excuser en haussant les épaules, elle replaça derrière son oreille une mèche de cheveux qui s’était mise à voler au vent quand elle s’était redressée. Un instant indécise sur ce qu’elle devait dire à présent que leur échange était sur le point de se terminer, elle toussota légèrement pour s’éclaircir la voix avant de parler :

« C’était… - elle faillit dire « sympa » mais ce n’était définitivement pas le mot - bien… de faire votre connaissance. Au moins, je sais qui nous protège maintenant. »

Elle lui sourit, mais pas de manière sympathique ou agréable, plutôt d’une façon guindée et le sourire n’atteignit pas ses yeux, se contentant de s’étaler sur les coins de sa bouche comme un au-revoir précédant les mots.

« Passez une bonne journée… ou au moins une pas trop mauvaise. »

Tournant les talons pour s’éloigner de cet endroit où elle avait avoué tout un pan de sa vie à un militaire qu’elle ne connaissait pas l’instant d’avant, faisant de lui ni un allié potentiel, ni un ennemi, du moins le croyait-elle, ce qui n’était pas plus mal dans sa vie désœuvrée, nouvellement louisvilloise.

FIN
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MessageSujet: Re: Opération Fortitude [Livre I - Terminé]   Aujourd'hui à 6:02



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