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MessageSujet: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Lun 22 Oct - 15:32

L'ombre d'une vie.
La vie d'une ombre.

[pv]Mickaël E. Blanchet.



« Elena. »
Les journées se succèdent et tandis que l'aube se lève, je ne sais plus trop à quoi ressemble mon existence. Je sais que je suis allongée sur ce lit qui est le mien, ce lit que j'ai, autrefois, partagé avec lui. Ce lit qui est devenu trop grand et froid, tout comme cette maison vide. Et alors que mes yeux fixent le plafond sans rien voir, mon cœur se serre de peur. Oui j'ai peur, peur d'oublier ce visage que je ne peux plus caresser. S'il ne devenait plus qu'une ombre dans mes souvenirs, alors mon existence se réduirait à une âme sans but, qui erre dans l'obscurité.
Je ne serais plus rien.

Avec toute la grâce et la discrétion de sa race, Ena bondit sur le lit et vint frotter sa joue contre mon visage. La clochette à son cou ne sonna qu'une fois, me rappelant qu'il était l'heure de nourrir la bête, et de commencer une nouvelle journée, tout aussi vide que les autres.
Mon corps s’étira lentement, repoussant le drap qui le recouvrait. Un instant mes doigts s’attardèrent sur le t-shirt d’Alexandre que je portais pour dormir. Sa présence me manquait à un point que je n’aurais jamais pu imaginer. Il avait toujours été là, près de moi, à s’attarder sur les inconvénients de mon handicap, à essayer de les contrer. Maintenant que sa voix a quitté la maison, il ne reste plus que son odeur, qui finira par disparaître elle aussi. A ce moment-là il ne me restera plus que mes souvenirs de lui, qui petit à petit finiront par s’effacer. Et alors je ne serais plus capable de savoir qui était cet homme que j’aimais.

J’attrapai l’animal féroce qui ne cessait de réclamer nourriture et caresses. Elle ne semblait pas apprécier mon retard et ma fainéantise. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans sa petite tête, je ne sais pas si elle comprend ce qu’il s’est passé, mais parfois je l’entends parcourir la maison de long en large. Elle cherche dans toutes les pièces, puis quand elle a fini, elle saute sur mes épaules et réclame un peu d’attention. Je me demande si elle cherche celui qui manque entre ces murs, ou si elle s’inquiète d’autre chose. La dernière question que je me pose c’est : pourquoi reste-t-elle avec moi, pourquoi n’a-t-elle pas fuit ce monde ravagé par la guerre ?

Les croquettes tombant dans la gamelle me ramenèrent à la réalité. Je m’étais levée et dirigée vers la cuisine sans m’en rendre vraiment compte, plongée dans des pensées plus sombres les unes que les autres. A bien y penser, c’est carrément effrayant.
Une fois la bête enragée calmée, je décidai, sans vraiment savoir l’heure, qu’il était peut-être temps de s’activer un peu. Je pris donc un gâteau dans un placard, et le mangeai rapidement tout en me dirigeant vers la salle de bain. Je butais sans cesse dans des obstacles qui n’avaient rien à faire là, mais le ménage n’est pas chose facile sans vue, et sans envie. Je ne faisais donc que les repousser du pied, pour ne plus les avoir dans les pattes la prochaine fois.
Je pris une douche rapidement, puis enfilai un pantalon, et une chemise appartenant à Alexandre. Je n’avais pas prévu de sortir aujourd’hui, alors je me fichais bien de comment j’étais habillée. Et ne connaissant personne susceptible de me rendre visite, je devrais être tranquille pour cette journée. Du moins, c’est ce que je pensais jusqu’à ce que, tandis que je jouais tranquillement du piano, quelqu’un frappe à la porte.
Mes doigts se crispèrent sur le piano, et l'affreuse note qui s'en échappa réveilla Ena, endormie sur mes épaules.
Qui ?!
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Dim 28 Oct - 23:27

C’était toujours comme ça de toute manière, quand il pouvait dormir, il se réveillait quasiment avec l’aube. Inutile de lutter contre cette malédiction, il ne tenta même pas de se retourner et de refermer ses paupières. Futile, son cerveau s’occupait déjà de se mettre en marche. Bah, au moins il ne se décalait pas vraiment comme ça. Le garagiste bailla longuement cependant avant de se résigner à se redresser et à se mettre debout. Il gagna sa cuisine animé d’une fausse somnolence et laissa sa tête atterrir dans le frigo. De toute évidence, il alla devoir songer à le remplir un de ses jours. Comment, restait la question ! Enfin il avait encore une réserve de conserves sympathique dans ses placards, c’était toujours ça. Il s’empara d’un fond de jus d’orange qu’il vida d’une traite directement à la bouteille. L’avantage de vivre seul, il n’avait pas de comptes à rendre, à personne. Un plaisir sans cesse savouré depuis qu’il avait obtenu son indépendance. Et à voir l’état général de négligence que son appartement subissait, on pouvait relativement bien imaginer à quel point, il appréciait cet aspect-là des choses. Mickaël replaça intelligemment – ou pas en fait, le récipient vide dans son frigo avant de se tourner vers sa salle de bain. Le temps de se débarbouiller et de s’habiller, une idée avait germé dans sa tête. Il ne savait pas quoi faire de sa journée de toute manière, donc ça semblait plutôt bien indiqué et il n’avait fait que repousser cette échéance. Ca le préoccupait plutôt pas mal d’ailleurs ces derniers jours. Peut-être qu’il ne voulait pas réaliser ce qui était arrivé à Alexandre, il ne voulait pas se confronter à cette réalité pour le moment. Il y avait tellement de choses qui lui trottaient dans la tête depuis que les bombes avaient percutés le sol et il essayait de ne pas y penser en se focalisant sur son boulot. Sa mère en faisait partie. Mais il ne pouvait pas indéfiniment éviter le sujet. En tout cas pas en ce qui concernait la compagne de son défunt ami. A sa place, il en aurait fait autant et il trouvait ça légitime. Surtout que sa femme était disons fragile et qui plus est aveugle. Il n’osait pas imaginer à quel point la perte de son époux avait dû être atroce et ce à tout point de vue. Il fallait que quelqu’un se charge d’aller voir si tout allait bien pour elle, si elle ne manquait de rien. Il se sentait investi de cette mission.

Le mécanicien enfila son blouson et se mit en route. Il n’utilisait quasiment plus sa voiture pour des raisons purement économiques, elle restait parqué dans son garage à l’abri de futurs et éventuels pillages – pessimisme ? Réalisme, oui. Marcher ne le dérangeait pas de toute manière. Il mit un certain moment avant d’atterrir sur le seuil de sa porte. Durant quelques minutes, il se surprit à hésiter. Que craignait-il ? Bah. Un air de piano flotta jusqu’à lui, lointain mais perceptible. Il en écouta quelques bribes et trouva la mélodie excessivement triste. Peut-être était-ce parce qu’il connaissait la personne qui en jouait ? Il se résolut finalement et appuya sur la sonnette avant d’attendre sagement que la propriétaire des lieux se manifeste. La dernière note attesta de son sursaut et Mickaël se demanda si elle allait lui ouvrir ou pas. Sans savoir si elle pouvait entendre sa voix de là où elle se trouvait, il jugea tout de même bon d’essayer de parler à travers la porte. Au moins, il pourrait décliner son identité et la raison de sa présence afin de la rassurer.

« Elena, c’est Mickaël Blanchet, le garagiste! Je viens voir si tout va bien ! »

Il espérait qu’elle se rappelle de lui ! Techniquement, elle devrait mais bon… Le renégat s’accola à la façade et continua de patienter. Que faire d’autres ?
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Lun 29 Oct - 21:42


« Elena. »
Mickaël Blanchet, garagiste... Je n'ai pas de voiture, comment pourrais-je connaître un ga-...
Mickaël... oui, je ne peux pas avoir oublié cette personne. Ca ne peut pas commencer maintenant. Je ne peux pas laisser mes souvenirs s'effacer de nouveau. Si nos places avaient été échangées, il n'aurait sûrement pas oublié la gamine que j'étais, et l'idiote que je suis. Mais je suis celle qui est ici, qui doit s'occuper de cette maison, et je suis celle qui finira par oublier une personne aussi importante que lui.
Mickaël était un ami d'Alexandre. Je me souviens du jour où il est rentré, tout excité à l'idée de s'être fait un premier ami. Je me souviens m'être demandé si ce n'était pas plutôt une victime de son fléau. Cet homme pouvait-il réellement être considéré comme son ami ? C'était la question que je me posais, alors qu'il me racontait leur rencontre. Ce n'était rien d'extraordinaire, et en réalité, cet homme n'avait fait que répondre à Alexandre. A bien y penser, je crois que c'était la première personne à qui il adressait la parole.
En même temps, nous venions tout juste d'arriver.
Peu de temps après, il s'est avéré qu'ils étaient réellement amis, parce qu'il ne cessait de répéter qu'il voulait me le présenter. Il rentrait presque tous les jours en me disant qu'il lui avait parlé. Ca ressemblait limite à du harcèlement, mais il semblait content. Puis un jour, j'ai accepté de rencontrer ce garagiste qui me semblait occuper les pensées d'Alexandre plus que moi. J'étais jalouse, en quelque sorte, je l'avoue, mais je l'ai toujours été.
Notre rencontre ne dura pas bien longtemps. Ce jour-là, j'avais mal au crâne, et je savais que si je restais trop longtemps debout, à me concentrer sur quelque chose, ou quelqu'un, j'allais finir par tomber dans les pommes, comme toujours. Je me suis donc présentée, nous avons échangé quelques mots, puis je les ai observés quelques minutes, avant de m'excuser et de partir m'allonger. Il m'avait paru sincère avec mon mari, et c'est sûrement pour cette raison que j'ai accepté de les laisser seuls.
Nous n'avons jamais eu de conversation plus longue que quelques phrases, et j'ai toujours eu du mal à le reconnaître dans la rue. On ne peut pas trop m'en vouloir, mais ce n'est jamais très agréable. Ni pour moi, ni pour les autres.

~ J'arrive.

Je me levais lentement, prenant le temps de soulever le corps fin d'Ena, avant de la déposer sur le piano. Elle s'étira en signe de protestation, avant de se remettre en boule pour dormir. Elle passait parfois des journées entières couchée dans un coin, à ne rien faire d'autre que dormir. Je sais qu'elle passe aussi parfois sa journée dehors, et ne revient que le soir, mais ça ne l'excuse en rien.
Mes pas m'amenèrent à la porte sans que j'y réfléchisse, mais une fois devant la poignée, il me devint impossible d'ouvrir. De quoi avais-je peur ? Ah, c'est vrai. En y réfléchissant bien, depuis le début je fais attendre ce pauvre homme le plus possible. C'est idiot.
Ma main se posa sur la poignée que je tournai délicatement, essayant de réduire le grincement de la porte un maximum. Je restai quelques secondes immobiles, cherchant un bruit qui pourrait me permettre de le localiser correctement. Le léger sifflement de sa respiration m'aida dans ma recherche désespérée. Il était presque étonnant qu'il ne soit pas déjà parti.

~ Mickaël, je... euhm... c'est un peu en désordre, mais je t'en prie, entre.

J'étais sur le point de lui dire « je vais bien, merci de t'en inquiéter », mais il a fait tout ce chemin, je ne peux pas me permettre de lui mentir maintenant. Je n'avais rien à lui offrir, la maison avait entièrement été vidée. Il est venu s'inquiéter de mon état, et je ne sais pas comment le remercier, mais en même temps, j'ai de la peine pour ce geste. Il n'aurait pas du venir. Il a sûrement autre chose de mieux à faire que de tenir compagnie à une femme qui n'en a pas réclamé.
Je me terre dans la solitude depuis mon retour. Je sais que ce n'est pas la solution, que je n'en deviens que moins sociable, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'aime pas sortir discuter avec des citoyens maladroits, des réfugiés qui se mentent à eux-même, et des militaires qui ne savent pas remercier. Je ne leur reproche rien hormis la vérité qu'ils cachent et que je ne veux pas entendre. Le problème, en ce moment, c'est ce que nous sommes devenus. Et Mickaël est venu se heurter à un grave problème.
Tu peux le voir par toi-même maintenant : tout ne va pas bien, rien ne peut plus aller bien désormais.
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Mar 30 Oct - 23:25

Le bruit de la porte le fit sursauter. Il ne s’attendait plus vraiment à ce qu’elle débarque à vrai dire, il songeait même à quitter les lieux avant qu’elle ne vienne lui ouvrir. Mickaël se redressa pour lui faire face. Et faire face également à la réalité. Ce qui avait de bien avec cette situation, c’est qu’il ne se sentait pas forcé d’esquisser de faux sourires vu qu’il ne tromperait personne, ou du moins qu’ils étaient indiscernables par son interlocutrice. Atroce d’envisager son handicap sous cet angle ? Il ne cherchait qu’à trouver un peu d’optimisme – étrange certes, au milieu de cette tragédie. Il la laissa trouver le chemin invisible jusqu’à sa position avant de réagir. Il aurait bien avancé sa main jusqu’à elle mais il craignait ses réactions. Alexandre lui avait toujours bien fait comprendre que sa femme aussi adorable et incroyable eusse-t-elle été, demeurait farouche à toute empreinte tactile. Il ne lui avait pas dit ça comme ça, bien évidemment mais le mécanicien avait compris. D’autant plus, en la rencontrant. Il allait devoir peser ses gestes, ses mots mais pas ses expressions faciales. C’était toujours ça de pris. Il se tenait droit en attendant qu’elle le renvoi ou le fasse entrer. Les deux options demeuraient envisageables après tout. Sa voix semblait toujours aussi frêle que dans son souvenir, voir plus encore. Un souffle qui aurait pu s’éteindre si aisément tant il semblait mourir dans l’air à peine éclos. Le visiteur se permit donc de pénétrer dans la demeure de la jeune femme alors qu’elle le précéda. Il referma derrière lui l’issue et balaya les environs du regard. L’abandon était criard ici. Il n’avait rien contre le bordel et toutes ses composantes mais il avait connu cette maison dans un tel état de propreté et d’ordre que la voir sans dessus dessous comme ça le remua drôlement. Il aurait dû passer plus tôt. Docilement, il suivit son hôte jusqu’à la pièce qu’elle lui indiqua. Il profita au passage pour redresser une porcelaine qui était sur le point de tomber – il suffisait de deux millimètres pour que ça finisse par se produire.

« C’est gentil de me recevoir. Je sais… qu’on n’était pas particulièrement proche toi et moi. »


C’était sa façon à lui de lui dire qu’il savait que c’était une épreuve pour elle de laisser des presque étrangers rentrer chez lui. Il espérait qu’elle l’ait compris. Le garagiste ne savait trop quoi faire mais il avait envie de faire quelque chose. Au milieu de cet intérieur ravagé par le chagrin de son hôte, il se sentait forcé de lui offrir un peu d’aide. Mais comment le prendrait-elle ? Comment amener ça sans la froisser ? Il se laissait un peu de temps pour aborder la chose. Préférant pour l’instant se concentrer sur la première raison de cette visite… Sa propre tristesse faisait sans doutes un pâle écho à celle de la veuve mais peu importait. Il devait prononcer ces mots.


« Ça fait quelques jours que je voulais passer pour m’assurer que tout allait bien pour toi mais j’avais peur de t’ennuyer plus qu’autre chose. »


Le renégat avait énormément de mal à ne pas lui serrer la main, lui qui n’avait pas vraiment de problèmes avec les contacts physiques, qui ne se plaçait pas beaucoup de barrière dans ce domaine, il ignorait comment appuyer sa bonne volonté autrement. Nerveusement, il se mordit la langue en méditant sur la suite de son discours.


« Je suis sincèrement désolé de ce qui t’es arrivé. Alexandre était réellement quelqu’un de bien… C’était un véritable ami, je ne l’oublierais pas. Si je peux faire quoique ce soit. Dis-le-moi, n’hésite pas. S’il te plait, je veux vraiment t’aider. Pour lui. »


Comment lui expliquer autrement ce qui l’animait ? Il n’en savait rien donc. Décidemment, il ne faisait aller que de deuil en deuil. Et avec cette fichue guerre ça n’allait pas aller en s’améliorant. Mais ça n’était pas l’heure pour commencer à s’apitoyer sur son sort alors que face à lui, la brunette avait tout perdu. Son mari et la vue. Comparé à elle, il n’était pas à plaindre, loin de là. S’il pouvait vraiment lui venir en aide, il le ferait. Mais seulement, si elle acceptait. Si jamais, elle l’envoyait paître, il n’insisterait pas. A quoi ça servirait ? Il ne voulait pas l’énerver ou l’irriter. Il ne devait surtout pas se faire détester non plus. Sinon, comment pourrait-il encore honorer la mémoire d’Alexandre ?

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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Jeu 1 Nov - 19:15


« Elena. »
Nous ne l'étions pas.
Nous n'avons jamais été proches, c'est vrai. Mais je ne peux pas me permettre de le jeter dehors. Il a pris la peine de se déplacer jusqu'ici, et même si je ne veux pas l'admettre, mon cœur en est content. J'avais moi-même pensé qu'Alexandre aurait aimé me voir aller chez son ami, pour je ne sais pas trop quoi faire. Contrairement à lui en cet instant, je n'ai jamais eu le courage de le faire, alors je lui en suis reconnaissant.
Mes yeux suivirent les ondulations de sa voix pour en trouver l'origine. Cette phrase me semblait étrange. Pourquoi aurait-il peur de m'ennuyer en venant me rendre visite ? Je ne pensais pas qu'il était le genre de personne qui s'inquiète pour une chose aussi insignifiante. En ces jours sombres, les gens préfèrent ne penser qu'à eux, peu importe ce que pensent les autres. Pourtant, lui, il a peur de m'ennuyer, moi.
C'est complètement idiot.

~ Tu ne m'ennuies pas.

Ma main se posa à peine quelque secondes sur son épaule, pour appuyer mes paroles. Il était un ami d'Alexandre, il devait savoir que ce simple geste m'avait demandé un incroyable effort. Néanmoins, ce geste prouvait la véracité de mes paroles. Si moi je suis capable de savoir quand quelqu'un me ment, il n'est pas forcément dans le même cas, et je ne veux pas qu'il croit que je lui mente. Parce que c'est ce que l'on fait habituellement dans ce genre de moment, mais ce n'est pas ce que je veux faire.
Ena sauta sur mes genoux, après que je me sois installée derrière le piano et que j'ai invité Mickaël à en faire autant, d'un signe de la main. Et alors que mes doigts caressaient le félin de nouveau assoupi, je sentis une sorte de malaise chez le garagiste. C'était très léger, mais un petit changement dans sa voix, peut-être dans sa respiration, me poussait à croire qu'il était plutôt nerveux, sans que je ne comprenne pourquoi ni comment c'était possible.
Un léger sourire étira mes lèvres. Ce genre de sourire qui n'est ni joyeux ni nerveux. Ce genre de sourire qui étire les lèvres du suicidaire plus sûr de rien. Je ne serais jamais capable de penser au suicide, mais contrairement à lui, je ne peux pas être sûre de ne jamais oublier Alexandre. Il était tout un monde à lui seul, il était à mes côtés depuis si longtemps, et pourtant, je suis incapable de rendre mes souvenirs dociles. Je ne peux pas savoir si un jour je me réveillerais avec une ombre devant son visage. Et pourtant, ne suis-je pas celle qui souhaite le moins oublier une telle personne ?

~ Je ne refuserai jamais ton aide, Mickaël. Mais il n'y a rien à faire. La seule chose que je pourrais te demander, c'est de me prouver qu'il n'est pas vraiment mort, ou de prendre soin d'Ena. Mais on sait tous les deux que c'est impossible.

La mini-blague ne m'arracha qu'un très léger sourire. Il fallait être aveugle, ou plutôt fou, pour ne pas savoir que, même si elle n'a rien contre lui, Ena n'accepterait jamais de rester chez quelqu'un d'autre. Elle pourrait bien finir par lui pourrir la vie, si elle commençait à croire que j'allais l'abandonner. D'ailleurs, si je me souviens bien, la petite chatte a tendance à snober le jeune homme. Peut-être n'a-t-elle pas apprécié que Mickaël reste avec Alexandre toute une journée, sachant qu'il n'y avait du coup plus personne pour s'occuper d'elle.
Elle est très possessive.
Mon regard vide se tourna vers la photo de ma famille avec Alexandre, posée sur le piano. C'est bien le seul objet que je suis capable de situer dans cette maison. Ce n'était pourtant rien qu'une photo que je suis incapable d'admirer pendant des heures. Je peux juste la redessiner dans ma tête, selon mes souvenirs. Et tandis que les autres peuvent regarder le sourire de mes parents, je ne vois ni leur visage ni la première lettre de leur nom. Ce ne sont plus que ''papa'', ''maman'' et ''grand frère''.
J'essuyai rapidement les larmes sur mes joues et repris le contrôle des émotions.

~ Désolée... euhm... Il t'aimait bien, Mickaël. Merci pour tout ce que tu as fait. Tu as sûrement mieux à faire.
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Mar 6 Nov - 22:45

Sa main effleura succinctement son épaule, quelque chose qu’il n’aurait jamais cru être possible. Cela le toucha plus que de raisons et il ne regrettait vraiment pas de s’être déplacer même si ça n’aboutissait pas à rien de concret. Enfin, cette paume en était déjà en quelque sorte une, de preuve concrète. En tout cas, sa présence ne semblait pas trop déplacée, ce qui le rassurait déjà. Elle gagna son piano tandis qu’il restait légèrement en retrait un peu mal à l’aise tout de même. Ses yeux balayaient les environs et tout lui faisait cruellement penser à son ami décédé. Plutôt normal en soi. Cela le chagrinait réellement. Son regard finit par revenir sur la propriétaire des lieux qui l’invitait alors à prendre place à ses côtés. Il se demandait comment la veuve parvenait encore à se lever le matin alors qu’elle avait traversé tant d’épreuves. C’était quelque chose que Mickaël admirait énormément chez les gens, leur force de caractère, leur courage. Elena faisait partie de cette liste désormais. Il aurait cru qu’elle aurait été la première à s’effondrer, à se laisser peut-être même mourir. Un peu hâtif comme jugement, il ne se basait que sur des impressions et les dires de son mari pour établir le portrait. Néanmoins, il restait surpris de la voir ici. Certes, l’endroit ne semblait pas refléter un état disons équilibré de la part de son hôte mais elle était toujours là, à tenir debout. C’était déjà un exploit. Le renégat la rejoignit alors. Sa proximité ne le dérangeait pas car encore une fois, il n’avait pas de problèmes à ce niveau-là avec qui que ce soit d’ailleurs. Disons juste que toute la pièce lui renvoyait la terrible nouvelle et la raison de sa venue. Un rictus s’esquissa sur les lèvres de sa voisine. Sa contenance semblait bien faiblarde mais l’effort y était. Par réflexe, il lui sourit en retour. Un sourire qu’elle ne pouvait pas capter malheureusement. Le trentenaire leva sa main pour ensuite la replacer sur son genou. Une seconde de plus et il aurait pris celle de la jeune femme. Il devait se rappeler qu’elle ne supportait pas ça. Ça n’était pas évident pour lui surtout lorsqu’elle lui dévoilait des choses aussi… dures ? Le mécanicien serra ses poings sur ses jambes et laissa ses prunelles se perdre sur l’instrument qui leur faisait face.

« Tu es sûre ? Enfin je veux dire, je sais que je ne pourrais rien faire pour ce que tu viens de dire mais il n’y a vraiment rien que je puisse faire ? Tu as assez de vivres ? Tu ne manques de rien ? Si tu as besoin, je pourrais t’aider à trouver de la nourriture, je te l’apporterais. Ou autre chose. Ma sœur, Rose, elle bosse au supermarché. Ça ne devrait pas être trop difficile pour moi de dénicher quelques trucs. »


Il observa alors le félin qui se prélassait dans les bras de sa maîtresse.


« Et tu t’occupes déjà très bien d’elle. Pourquoi vouloir que quelqu’un d’autre en prenne soin ? »


Sa première requête semblait « légitime » mais la seconde ? Cet animal semblait être une bonne chose, sa présence devait être salvatrice pour la brunette. Le garagiste songeait d’ailleurs à Rose qui vivait désormais seule dans cette grande maison. Leur mère partie et leur père mort. Mr Drake avait été certainement un réconfort pour elle, enfin il l’avait toujours envisagé comme ça. C’est pour ça d’ailleurs qu’il l’avait apporté au vétérinaire aussi vite qu’elle lui avait signalé son comportement étrange. Il n’était pas un grand amateur de bestiole à poils mais ça n’était pas pour ça qu’il les détestait. Il s’éloignait du sujet et des circonstances, assurément. Une façon de s’évader de cette atmosphère oppressante. Il posa ses doigts sur les touches de l’objet mais juste pour les frôler sans y mettre la pression. Il ne savait pas en jouer du tout. Quand il releva la nuque, il se heurta aux larmes de sa comparse. Lui qui ne supportait pas ça. De voir quelqu’un pleurer, de se sentir si impuissant. Encore plus quand il ne pouvait pas établir de contact physique avec la personne. Oh et puis zut, il posa ses doigts sur les siens mais en minimisant le geste, en ne faisant que l’effleurer à peine.


« Tu n’as pas à t’excuser pour ça. Je l’appréciais également, énormément. Je ne suis pas ici par obligation Elena mais par envie et par amitié. Je ne veux pas partir d’ici avant que tu ne m’aies assuré que je ne puisse rien faire pour toi ou que tu ne m’en intimes l’ordre. »

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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Ven 9 Nov - 10:41


« Elena. »
Ne manquer de rien ? La maison a entièrement été vidée pendant mon absence. Il ne reste plus rien de valeur, ou presque. Même les croquettes pour chat commencent à manquer. Cette maison est vidée de tout ce qui la caractérisait. Il n’y a plus rien qui puisse la différencier d’une simple baraque abandonnée. Elle n’est qu’une coquille vide.
Mes yeux étaient incapables de voir s’il souriait ou s’il faisait une grimace, mais j’étais capable de deviner ses mouvements alors qu’il était si proche de moi. Et là, en ce moment, j’ai compris qu’il se retenait de me toucher, conscient que ça ne me plairait pas. Au-delà du fait qu’il semble vraiment vouloir m’aider, ce simple effort me suffisait. Il n’avait pas besoin de faire plus maintenant, mais il ne comprendrait certainement pas.

~ Ne t’inquiète pas de ça, je ne serais bientôt plus seule. Ce sera plus facile, nous nous débrouillerons. Mais merci quand même.

Ena s’étira lentement avant de ramener ses pattes contre sa tête. Je caressai son ventre en souriant légèrement. Essayer de blaguer dans un moment pareil n’avait pas marché, comme je le pensais. C’était une très mauvaise blague qu’il n’avait pas comprise, mais je comprenais ce qu’il sous-entendait. Il ne me reste plus rien sauf elle, Ena. Si elle n’est plus là, je serais absolument seule, et la présence de ma nouvelle locataire ne changera rien à ce fait. Sans ce chat, je finirai comme cette maison, une coquille absolument vide.
Mes mains se crispèrent sur le corps d’Ena qui se réveilla d’un bond et referma sa gueule sur le doigt de Mickaël. Elle fila ensuite dans ma chambre en secouant la clochette à son cou avec haine. Je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé. D’un coup, comme ça, sans prévenir, sa main a touché la mienne intentionnellement. Lui qui s’était retenu tout ce temps, et que j’avais apprécié pour ça, venait de céder. Et contre toute attente, je restai immobile, incapable de prendre une décision. La situation m’échappait complètement, et je ne savais plus quoi faire. A ce moment-là, j’aurai aimé qu’il puisse voir dans mes yeux la panique qui m’anime silencieusement, mais ils n’étaient plus que deux globes sans vie, imperméables à la moindre émotion.
Puis il y eut une sorte de déclic dans mon crâne. Je compris ce qui me paniquait le plus dans cette situation. Durant tout ce temps, je n’avais fait que laisser la vérité de côté, pour pouvoir continuer de vivre sans tomber. C’était sûrement depuis mon réveil à l’hôpital, que j’ai considéré cette vie comme un mauvais rêve duquel il fallait que je m’échappe. De ce cauchemar j’étais la créatrice, alors je décidai de tout, ou presque. L’incident à la mairie aurait dû me faire comprendre ce qui n’allait pas, mais au contraire, il m’enfonça un peu plus dans cette idiotie en me murmurant à l’oreille que mon mari n’était pas mort, il attendait simplement que je me réveille. Mais maintenant, cette main sur la mienne casse les barrières de mon esprit et la vérité éclate, comme si je ne l’avais jamais vraiment connue. Ce contact me rappelle que je ne suis pas plongée dans un rêve idiot, que dans un rêve ça ne serait jamais arrivé. Et maintenant que je comprends clairement que je vis toujours, ce contact réveille un manque au fond de mon cœur.
Reprenant le contrôle, je glissai mes mains jusqu’au clavier du piano, coupant ainsi le contact avec celle de Mickaël. Je fus moi-même impressionnée par mon geste bien plus délicat qu’à l’accoutumé. J’avais tendance à repousser plutôt violemment quiconque osait me toucher, comme je l’avais fait à la mairie. Mes doigts appuyèrent doucement sur les touches, de sorte à n’en faire sortir qu’une très légère note qui s’attarda un instant dans la pièce avant de mourir dans un dernier souffle.

~ Je n’ai aucun ordre à te donner, Mickaël. J’appuyais de nouveau sur une touche, et attendis que la note se fane avant de reprendre. Quand j’ai compris que j’étais incapable de dessiner sans ma vue, il m’a appris à jouer du piano. Il ne t’en a certainement jamais parlé, il n’aimait pas évoquer cette partie-là de sa vie. Sa vie avant qu’il ne travaille à seulement seize ans.

Il me fallait penser à autre chose, ne plus me battre pour savoir si j’avais besoin ou non de l’aide de quelqu’un. Je n’avais rien eu d’autre en tête que ça, c’était pitoyable.
Qu’aurait-il pensé en me voyant parler de ça à son ami ? A moins qu’ils en aient déjà discuté autour d’un verre, un soir de mélancolie soudaine. Ca arrive à tout le monde au moins une fois, n’est-ce pas ? Je me rappelle encore parfaitement la cicatrice à l’intérieur de sa paume, et combien de fois je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi elle était là. Comment expliquer à une gamine qu’un accident laisse parfois des cicatrices dont on ne veut pas parler ? Finalement, il n’a pas eu besoin de m’expliquer sa réticence, puisque, quelques années plus tard, je perdais la vue comme une idiote.



[un peu pourri, je suis pas du tout concentrée, je suis désolée T.T Si ça ne va pas, envoie-moi un Mp, je modifierai le plus rapidement possible à mon retour ^^]
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Mer 14 Nov - 14:27

Le renégat fronça les sourcils quand elle parla de « ne plus être seule ». De quoi il en retournait ? Il n’en savait rien. Qui se cachait derrière ce « nous » ? A sa connaissance, elle n’avait personne en dehors de son mari ou alors Alexandre ne lui avait pas tout dit ce qui était tout à fait envisageable bien que ce dernier passait le plus clair de son temps à parler de sa femme. Sans même l’avoir jamais vu, il savait déjà tout d’elle. De son caractère à son histoire en passant par sa description physique. Cela avait d’ailleurs été déroutant de la voir la première fois car il avait l’impression de déjà la connaître par cœur et ne pas se montrer trop familier lui avait été plutôt difficile pour ces raisons. Surtout que son défunt époux l’avait mis en garde à ce propos. Mais là n’était pas le propos, il divaguait à nouveau sur des souvenirs. La situation se prêtait à cette phase de nostalgie mais il n’était pas toujours très approprié de s’y abandonner. Le mécanicien se demandait si c’était déplacé de lui demander ou non ce qu’elle entendait par cette soudaine compagnie providentielle. Puis, il se lança.

« Quelqu’un va venir t’aider ? C’est une bonne nouvelle. Je t’avoue que ça me rassure. Je comprendrais que tu aies besoin d’être seule pour le moment mais… avoir de la compagnie peut vraiment t’aider à traverser ça. »

En matière de deuil, il en connaissait un rayon. A la différence d’Elena, lui avait eu le temps de s’y préparer psychologiquement même si on ne l’est jamais vraiment. Il avait vu la santé de son père décliner et l’avait vu dépérir. Une expérience qu’il ne souhaitait à personne. Les morts violentes étaient quelque part plus atroce mais également peut-être moins éprouvante sur le long terme. Enfin il n’en savait rien et c’était un peu présomptueux de penser ça. Une douleur n’est pas l’autre et peu importait les causes du décès, cela restait toujours terrible à vivre. Le souci avec une longue convalescence est qu’on se retrouve impuissant et qu’on fixe la fatalité sans pouvoir rien y faire. Son géniteur avait souffert le martyr et il n’avait jamais pu changer ça. Dans ce malheur, sa seule chance avait été d’être épaulé par sa sœur et sa mère. Dans ce cas-ci, son interlocutrice n’avait personne à qui se confier et cela chiffonnait le garagiste. Alors qu’il avait franchi l’interdit et effleuré la paume de sa voisine, le félin protesta à la place de sa maîtresse et le mordit. Mickaël fut surpris mais ne bougea pas pour autant. Cette morsure s’apparentait plus à la pincette qu’autre chose et puis question blessure lié à un chat, il avait l’habitude. Avec Mr Drake, il s’était déjà mangé deux, trois bons coups de griffe. Il perçut le changement d’attitude de la brunette et avant de pouvoir se rétracter, elle coupa court au contact. Le trentenaire se sentit alors un peu forcé de présenter ses excuses même si cela partait d’un bon sentiment.

« Je suis désolé. »

Il replaça sa paume sur ses genoux et observa son hôte frôler quelques touches. Peut-être qu’elle n’avait pas à lui donner d’ordre, néanmoins, il se trouvait chez elle. Elle avait le droit de lui demander de partir en tant que propriétaire des lieux. Il ne releva pas cependant et la laissa continuer. Il ignorait si elle commençait à s’ouvrir un peu mais il appréciait qu’elle lui parle un peu plus de lui, d’eux.

« Non, il ne m’en a jamais parlé. Mais ça lui ressemble bien. »

Mickaël fixa un point imaginaire au loin et se perdit dans le silence les entourant. Que pouvait-il ajouter d’autres ? Que pouvait-il dire sans froisser l’atmosphère ? Il avait l’impression de marcher sur un fil avec Elena et ça n’était pas habituel pour lui. D’habitude, il lie très facilement avec les gens. Peut-être que les circonstances jouaient un rôle là-dedans. Sûrement même.

( Hj: Si tu n'arrives pas trop à répondre à ça, je modifierais )
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Sam 24 Nov - 18:05


« Elena. »
« T'aider à traverser ça ». Je me demande qui de nous deux aidera le plus l'autre. Je ne peux pas dire si son visage montre une certaine tristesse, mais j'entends parfois sa voix trembler. Elle ne s'en rend peut-être pas compte, ou c'est moi qui invente, désirant un peu trop l'appui de quelqu'un dans le même cas que le mien. Je ne sais pas, mais les deux sont possibles.
Néanmoins, je ne savais pas trop s'il fallait lui en parler. J'ai entendu des murmures, des ragots, des rumeurs. Les réfugiés sont très mal vus par certains citoyens, et je ne peux pas savoir si Mickaël est dans le même cas, ou non. Et s'il était contres les réfugiés, que dirait-il ? Je ne veux pas qu'il se permette de contredire mon choix, s'il le faisait, je crois que je le jetterais dehors sans réfléchir. Il n'a pas à dicter mes choix, je suis assez grande pour savoir en qui avoir confiance. Pour me préserver de cette situation, je ne fis qu'acquiescer légèrement. S'il voulait savoir, il poserait la question, et alors je lui répondrais. Mais il n'a, de toute façon, pas besoin de savoir.

Toujours. J'ai toujours eu quelqu'un à mes côtés quand ça n'allait pas. D'abord il y avait eu mon frère. Plus âgé que moi, il était à mes yeux la seule personne de confiance, la seule personne à pouvoir m'aider, me faire sourire ou sécher mes larmes. Il était celui qui n'a jamais refusé d'être à mes côtés, celui qui a toujours pris soin de moi.
Puis, petit à petit, il a été remplacé par Alexandre. Je ne sais pas quand ça a commencé. Peut-être à la mort de mes parents, parce qu'il est celui qui est venu me chercher alors que tout ce que j'avais connu jusqu'à maintenant venait de s'effondrer. Ou peut-être est-ce ce jour-là, où l'on s'est disputé dans mon lycée, pour une idiotie ; ce jour où il m'a laissée seule, comme je lui avais demandé ; ce jour qui me fit comprendre que jamais je n'avais été seule, et que je ne pourrais jamais vivre totalement seule. Je ne sais pas, mais le résultat est le même.
La solitude est mon pire cauchemar.

A mon tour, je me sentis désolée. Il s'excusait pour un acte qui n'avait blessé personne. C'était un simple contact que le commun des mortels apprécierait, même dans ces conditions. Je suis juste une idiote qui ne pense qu'à sa petite personne. Et en y réfléchissant bien, la chaleur de sa main n'était même pas si désagréable que ça, et là était le problème.
J'étais bien trop compliquée pour me comprendre moi-même.
D'un geste délicat, comme pour ne pas froisser ma chevelure, je glissai mes cheveux derrière mon oreille. Un grand sourire étira mes lèvres, et je me surpris à me demander depuis combien de temps je n'avais pas souri ainsi. Je m'étonnais un peu plus en comprenant à quel point c'était agréable de pouvoir de nouveau sourire sincèrement, alors même que je considérais Mickaël presque comme un inconnu, quelques minutes avant ça.

~ Oui, il a toujours été comme ça. Il parlait tout le temps des autres, rarement de lui. Ca lui donnait un petit côté mystérieux qui plaisait beaucoup aux femmes autour de lui. Il a toujours été très populaire, parce qu'il avait un beau visage, et qu'il parlait toujours à tout le monde. Il se faisait des amis si facilement...

Moi qui n'avais jamais eu d'amis, je dois l'avouer, j'étais jalouse de lui. Je ne comprenais pas comment il pouvait réussir à attirer toutes ces personnes à lui, sans aucun effort. Le simple fait d'adresser la parole à un professeur me demandait une longue réflexion. J'ai toujours calculé avec précaution si je n'avais pas une autre possibilité, avant d'oser parler à quelqu'un. J'étais ainsi, refermée sur moi-même, totalement inaccessible.
Je fermais le clavier du piano, pour poser mes coudes dessus sans risquer de faire du bruit. Je m'interrogeais intérieurement à cette période pendant laquelle les gars ne pensent qu'aux filles, et les filles qu'aux gars. J'avais l'impression de ne connaître que des gars populaires, et à bien y penser c'était assez déroutant.

~ Tu étais populaire, toi, Mickaël ?



[Si ça ne suffit pas je peux éventuellement ajouter une suite ;-)]
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Sam 15 Déc - 12:31

Le sourire de son interlocutrice réchauffa grandement l’invité qui se sentait enfin un peu apaisé après sa bourde. Il avait craint durant quelques instants qu’elle ne s’offusque et le mette à la porte. Après tout, il restait un inconnu qui venait de pénétrer dans sa demeure et pour quelqu’un déjà de base très méfiant, cela s’apparentait à une intrusion ou presque. Le rictus de sa nouvelle amie le détendit et il lui répondit bien qu’elle ne pouvait toujours pas le voir. Ce simple changement facial eut le don de le soulager et de l’enhardir. Oui, il avait bien fait de venir la voir. L’écouter parler aussi chaleureusement et positivement de son défunt mari à la suite ajouta un peu de légèreté mais aussi un peu de tristesse tout de même à l’ambiance. Tout ce qu’elle lui disait, le garagiste parvenait bien à le visualiser et à l’imaginer de la façon dont elle le décrivait. Ils avaient très vite liés eux aussi. Mickaël avait lui aussi un tempérament qui lui permettait de très rapidement nouer avec autrui. Alors qu’il repensait à sa première rencontre avec Alexandre, à leur fou rire parti de rien, Elena referma son piano et posa ses coudes dessus. Le trentenaire en profita pour faire à peu près pareil en posant ses mains jointes sur l’engin. Il se demanda ce que ça aurait donné entre eux s’ils s’étaient tous deux connus adolescents. Le garagiste ignorait vraiment avait pu vraiment ressembler son ami durant cette période. Lui par contre, se comportait comme un élève sage à l’école pour mieux endormir la méfiance de ses géniteurs. Le soir, il sortait en douce afin de rejoindre une bande d’amis. Ensemble, ils avaient fait les quatre cents coups. C’était une époque révolue dont même les plus amers souvenirs ne suffisaient à altérer les bons. Il ne regrettait rien. Quand la brunette posa sa question, elle le sortit de ses songes et il mit une seconde avant de réagir à cette interrogation. Il ria d’abord un peu avant de lui répondre. Populaire ? Honnêtement, il ne savait pas quoi dire. Bien sûr, il était sorti avec quelques filles et bien sûr, il s’était aussi pris des râteaux. Comme tout le monde. Mais avait-il été vraiment populaire ?

« Franchement, je suis incapable de te répondre à cette question. Je suppose un peu oui, enfin comme tout le monde, je crois. Je n’ai jamais eu de difficultés à me lier à qui que ce soit. Après être le fils de maire, ça n’aide pas forcément. Enfin ça dépend du point de vue. »

Ca ne lui avait pas toujours joué de mauvais tour mais bon. De prime abord, on le jugeait souvent comme enfant modèle, intello de base ou autres clichés du genre. Mais la personnalité du mécanicien était parvenue à rapidement inverser ce genre de tendance. Cela n’avait jamais été un réel frein dans ses relations. Cela était encore vrai même après que la presse se soit emparée du scandale lié à sa mère. Une fois destituée et leur famille déshonorée par cette affaire, il n’avait pas été exclu pour autant de son cercle d’amis. Les circonstances avaient très certainement joué en leur faveur malgré tout et puis, c’était la faute de sa génitrice. Lui ignorait ça avant que l’histoire ne s’ébruite. Il ne lui en avait jamais voulu pour autant. Enfin, il s’égarait.

« Je n’ai jamais posé cette question à Alexandre mais tu ne regrettes pas d’avoir emménagé à Louisville ? »

Pourquoi lui poser cette question ? Allez savoir. A vrai dire, le renégat ne savait pas comment lui retourner sa question. Il savait qu’elle n’avait jamais été très populaire mais il ne savait pas si elle avait toujours été coupée des autres comme c’était le cas. Peut-être avait-elle eu d’autres amis là où elle vivait avant ? Comme il ignorait comment lui demander cela sans la froisser, il avait pris le parti de tourner ça différemment. Plusieurs choses de ce que lui avait dites son défunt époux, semblaient s’être un peu effacées de sa mémoire. On ne pouvait pas blâmer le rebelle, il était si fatigué et si stressé par les derniers événements qu’il en perdait la boule. Trop de choses à gérer et à penser, mine de rien ça l’accablait quotidiennement.
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Mar 25 Déc - 15:18


« Elena. »
Son rire me semblait familier. C'était un fait incompréhensible et inattendu, alors que je ne me rappelais pas l'avoir déjà fait rire avant aujourd'hui. C'était à peine si j'arrivais à lui demander comment il allait, le peu de fois où nous avions échangé quelques mots. Pourtant, ce rire je le connaissais, et il me rassurait. Il me réconfortait dans l'idée que mon mari ne devait pas avoir regretté ce déménagement.
J'ai toujours eu peur que ce soit le cas, car contrairement à moi, il avait de nombreux amis... et amies. Il n'y avait pas un seul mois qui se passe sans qu'il ne soit invité au moins une fois à une soirée. C'était ainsi qu'était sa vie là-bas, et elle lui plaisait bien plus qu'il n'aurait voulu l'avouer. Mais voilà, un jour il m'a demandée si je voulais déménager pour la région dans laquelle il avait passé les premières années de sa vie. Que vouliez-vous que je dise ? Je n'avais aucune attache, et si c'était ce qu'il voulait, alors je ne voyais pas où était le problème.
La culpabilité. Oui, c'est ce sentiment qui m'a rongée pendant plusieurs mois après notre arrivée. Peut-être est-ce pour ça que je ne suis pas sortie de chez moi durant cette période. Je me sentais coupable de ce déménagement qui avait privé Alexandre de tous ses amis. Je n'arrivais pas à me persuader qu'il avait voulu ce déménagement. C'était ainsi.
Même maintenant, il m'arrive encore de me poser la question.

Je restais silencieuse un moment. J'avais presque oublié cette histoire de maire. On ne m'en avait parlé que vaguement, et ce n'était pas le genre de choses qui m'intéressait. Surtout qu'on m'en avait parlé lors de mon isolation, après notre arrivée. Je n'avais jamais imaginé que c'était le genre de détail qui puisse changer les fréquentations d'une personne. Il faut dire aussi que je n'y connais pas grand chose.
Je me levais pour contourner le piano, une main caressant son bois, pour être sûre de ne pas trébucher. J'avais déjà sécurisé le passage autour de l'instrument, à peine de retour dans cette maison. J'avais tellement l'habitude d'en faire le tour, que je n'avais pas pu m'empêcher dégager cet endroit en priorité. Il était bien plus important qu'on ne pourrait le croire, et j'étais bien heureuse qu'il ne soit pas abîmé.
Bref.
Il me fallait réfléchir à cette question. Regrettais-je d'avoir emménagé dans cette ville ? C'était une question bien difficile, étant donné que je n'avais jamais eu besoin d'y réfléchir. Et maintenant, en cet instant, on me demandait une réponse claire.
Oui ou non. Simplement ça.

Un léger sourire étira mes lèvres, alors que je plaquais contre le piano, la photo de ma famille, de sorte à ce qu'on ne puisse plus la regarder. Ca me faisait rire intérieurement, parce que ce geste me semblait si dénué de sens, alors même qu'il est utilisé de nombreuses fois dans les films. Je n'ai jamais compris, en regardant ce genre de films, pourquoi les acteurs cachaient les photos qu'ils aimaient. Même maintenant, alors que je viens de faire ce geste qui ne sert à rien pour l'aveugle que je suis, je ne comprends toujours pas ce que ça veut dire, et je me rends compte qu'il est bien plus idiot que ce que je pensais.
Ena interrompit ces étranges pensées en sautant sur mes épaules sans crier gare. Mon attention revint alors à la question de Mickaël. Devais-je regretter ce déménagement ? Je ne pensais pas que c'était une mauvaise chose. Depuis l'accident, je n'ai jamais vraiment eu d'amis, alors ça ne me gênait pas. Les seules personnes que je pouvais regretter sont mortes. Et dans le cas de mon frère, il me semble être incapable de le reconnaître si je le croisais dans la rue. C'est un choc, de s'en rendre compte, mais je ne peux rien y faire, c'est comme ça.

~ Au collège, je connaissais tout l'établissement, et j'aurais pu regretter toutes ces personnes. Mais, après l'accident, j'étais incapable de me souvenir de leur nom ou de leur visage. Donc quand je suis arrivée à Louisville, je n'avais plus personne à regretter. Je laissai passer quelques secondes, pendant lesquelles je caressai Ena, allongée dans mes bras, avant de reprendre un léger sourire aux lèvres. Peut-être que Alexandre regrettait, mais si tu lui avais posé cette question, il n'aurait sûrement pas répondu.

Il n'a jamais exprimé ses regrets. Pas même à moi. Je ne pouvais jamais savoir s'il regrettait quoique ce soit du passé. Peut-être regrettait-il d'avoir arrêté l'école ? D'être venu travailler chez mon père ? De m'avoir rencontrée ? De ne pas m'avoir détestée avant ? D'avoir accepté de sortir avec moi ? Peut-être même de m'avoir épousée ? Il n'y a qu'un regret qu'il m'a toujours communiqué. Celui de ne pas m'avoir jetée en dehors de la grange, le jour de l'accident. Et pourtant, j'étais bien la seule fautive dans l'histoire.
Mon regard glissa vers le banc du piano, essayant de deviner la position du jeune homme, peut-être même l'expression de son visage. Ce n'était qu'un jeu de l'imagination, qui n'essayait même pas de copier la réalité. Ca ne servait pas vraiment à grand chose. Mais voilà, une question me vint. Une question que j'ai toujours rêvé de poser à quelqu'un, sans même savoir vraiment pourquoi. Une question des plus banales dont la réponse me semblait bien trop compliquée pour quelqu'un comme moi.

~ Tu n'as jamais pensé à déménager et oublier Louisville ?
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Lun 21 Jan - 0:01

Le renégat observa son hôte se lever pour faire le tour du piano. Il s’inquiéta un peu de le gêner par sa présence, sa proximité puis il balaya ce songe. Si Elena voulait vraiment qu’il quitte sa maison, elle lui aurait fait comprendre d’une façon ou d’une autre. Elle ne semblait pas être du genre à encaisser inutilement des moments qu’elle ne voulait pas vivre. Après il pouvait se tromper, il ne l’avait pas suffisamment côtoyé pour en être sûr. Il espérait juste qu’il n’était pas de trop car son intention était justement d’être là pour l’épauler, pas pour l’ennuyer. Il continua de suivre sa silhouette du regard et quand elle planqua une photo contre la surface lisse de l’instrument, il s’interrogea sur le fondement de ses conclusions antérieures. Merde, il avait peut-être encore gaffé finalement. Pourquoi avait-elle décidé sous le coup d’une impulsion de voiler ce cliché précisément ? Elle ne voulait pas se dévoiler ? Il avait touché un point sensible ? Qu’avait-il provoqué ? Mickaël tapota ses doigts les uns contre les autres pour annihiler un peu de cette nervosité. Lui qui ne se sentait mal à l’aise facilement avait l’impression de marcher un fil de verre qui risquait de se briser au moindre frôlement. Le fait qu’il avait en face de lui, la veuve d’un ami n’était sûrement pas étranger à ce sentiment. Puis, la jeune femme était tellement différente des gens qu’il avait déjà pu rencontrer. Attention, il n’y avait rien de négatif derrière ce terme. Au contraire. Elle ne ressemblait à personne, elle était unique à sa façon et c’est quelque chose qu’Alexandre devait sûrement chérir en elle. Il pouvait le comprendre.

Il se tut néanmoins à la suite du geste et attendit qu’elle émette un son. Ce qui ne tarda pas. La propriétaire des lieux lui confia alors des choses qu’il trouva dures. Un élan de compassion déferla en lui et il se contenta de la regarder pour l’heure. Cette femme devait surement se croire fragile pourtant elle était bien plus forte que ce qu’elle pensait. Ce qu’elle avait ajouté laissait supposer qu’elle s’en voulait pour lui. Etrange. Enfin oui et non. Les regrets sont toujours accentués par la perte d’un être cher. Le garagiste posa ses couds sur ses genoux et se pencha un peu.

« Alexandre était heureux du lieu où il se trouvait, du moment que tu étais avec lui. En tout cas, c’est l’image qu’il renvoyait et je suis sûr que c’est ce qu’il pensait. »

Il ne savait pas si c’était déplacé pour lui de dire ça, encore moins si elle allait mal le prendre. Il ne savait pas s’il n’enfonçait pas un clou. Il voulait juste qu’elle ne s’éparpille pas en chagrins erronés, rien de plus. S’il était là, c’était aussi pour commémorer le souvenir de son ami. Le mécanicien sentit les yeux de la jeune femme se poser distraitement sur lui. Il lui sourit instinctivement, oubliant à nouveau sa cécité. Son interrogation le désarçonna un peu. Les gens lui demandaient rarement ça. Sûrement parce qu’ils connaissaient tous plus ou moins son histoire personnelle. Mickaël réfléchit quelques instants sur ce qu’il allait lui répondre. Dans cette demeure où l’atmosphère feutrée semblait être propice aux confidences et à la vérité, il trouva indiqué de poursuivre sur leur chemin d’anecdotes et de révélations.

« Oh si crois-moi. J’en ai pas que rêvé, je l’ai vraiment souhaité quand j’étais adolescent. Je me voyais déjà vivre à Paris. Seulement, mon père est tombé gravement malade et par la force des choses, je suis resté avec ma famille. Au final, je ne regrette rien. Peut-être que j’ai loupé des occasions mais j’en aurais loupé aussi en partant. J’aurais pu partir ces dernières années mais je n’en ressens plus le besoin. Ma place est ici. Avec tout ce qui se passe maintenant, je suis bien content de ne pas être parti. Au moins, je peux veiller sur ma sœur. »

Si il n’était pas resté à Louisville, il n’aurait jamais pu se rapprocher autant de sa cadette, ni rencontrer Mathilda. Rien que pour ça, ça valait la peine de ne pas avoir quitté sa ville natale. Il s’y sentait bien de toute manière. Il n’avait pas vraiment eu de problèmes à se confier ouvertement à Elena. Il avait rarement de problèmes à se confier de toute façon. Le garagiste balaya à nouveau les lieux du regard. Maintenant qu’ils en étaient à se confier, il se sentait un peu plus libre de lui redemander ce qui lui trotter dans la tête.

« Elena, tu es sûre que ça va aller ici toute seule ? »

Au risque d’être lourd, il voulait être sûr qu’en partant d’ici, ça allait aller d’une façon ou d’une autre pour la jeune femme.

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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Sam 2 Fév - 19:09


« Elena. »
Ces phrases me firent sourire. C'était digne d'un roman mais je ne pouvais pas totalement dire le contraire. Moi-même, plusieurs années durant, c'est le sentiment que j'ai ressenti. Je pensais que tout allait pour le mieux du moment qu'il restait à mes côtés. Mais maintenant, je ne peux pas retourner là où il repose, j'ai dû abandonner son corps maintenant que son cœur ne m'est plus accessible. C'est la triste et dure réalité.
Les sourcils froncés, je me concentrai sur ses paroles, essayant de comprendre ce qu'il voulait dire. J'étais de ce genre de personnes qui oublie sans le vouloir. Qu'importe que je me trouve toujours au même endroit ou que je m'en aille loin. Il se pourrait bien qu'un jour j'oublie ce garagiste qui était un ami de mon mari. Même si je ne l'ai pas choisi, c'est ainsi que je vis ma vie.

Paris.
Nombreux sont ceux qui m’ont dit vouloir partir pour la capitale. Mon frère y est allé. Avec une petite femme qui avait de petites mains. C’est étrange que je me souvienne d’un détail pareil, mais dans mon esprit c’est ce qui la caractérise. Elle avait l’habitude d’attraper mes mains et de les serrer fort. Même maintenant je n’arrive pas à comprendre ce qui la poussait à faire ça. Mais la douceur de sa peau n’était pas désagréable. C’est peut-être pour ça que je ne l’ai jamais repoussée.
Mais ce n’est pas le sujet.

~ Je vois ce que tu veux dire. Mon frère est parti pour la capitale. C’est… bruyant.

Je toussotai derrière mon poing avant de masser ma tempe quelques secondes. Il me semblait avoir répondu complètement à côté de la plaque. Il me dévoilait une partie de sa vie et je répondais ça. CA.

Je soupirai, choquée, lassée, dégoutée d’avoir parlé bien trop vite. Qu’allait-il penser de ça ? C’était décevant. Réellement décevant. Même moi je ne comprenais pas ce qui m’avait poussée à dire ça. Pourquoi n’avais-je tout simplement pas commenté un passage de son discours, comme n’importe qui ferait ? C’était trop compliqué de me demander d’être normale un peu de temps en temps ? Même s’il s’agissait de moi, tout ça me dépassait vraiment, c’était particulièrement perturbant.

Mon attention se focalisa de nouveau sur le garagiste. Sa question, à laquelle il me semblait avoir déjà répondu, raviva une légère douleur au fond de mon cœur. « Toute seule ». Il est sûr que j’ai du mal à me faire à cette idée. Je l’ai déjà dit, je n’ai jamais été seule, et j’ai peur de cette solitude. Qui sait ce qui pourrait arriver si on me laisse seule ? Je pourrais peut-être même oublier ma propre existence, moi qui oublie tout ce qui caractérise ce monde.
Ou presque.

~ Qui sait ? Peut-être que je finirais par m’oublier complètement… Mais à ce moment-là je ne serais plus seule, alors ça ira. Ne t’inquiète pas pour moi.

J’effleurai son épaule du doigt, pour être sûre de sa localisation, avant d’y poser ma main, un sourire aux lèvres. Ce simple geste, qui m’avait permis de m’assurer qu’il s’agissait bien de son épaule, à cet endroit précis, me ramena quelques souvenirs que je m’étais forcée d’oublier, sans vraiment arriver à les effacer. Ces moments pendant lesquels je vérifiais l’identité d’Alexandre en touchant son visage, quand j’effleurai sa main avant de l’attraper, quand je touchai son torse avant de me jeter dans ses bras. Ces moments pendant lesquels je le sentais frissonner à mon contact.
C’est une réalité qui m’arracha mon sourire et ramena ma main à mon corps. Après quelques secondes de tâtonnement, je me posai sur le canapé le cœur lourd. Je n’étais pas sûre d’apprécier la prochaine réponse à ma future question. Mais, il me fallait poser cette question qui pesait sur mon esprit. Il me fallait connaître la réponse.

~ Est-ce que c’est… « gênant » ? Je veux dire… le fait que je ne vois plus.
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Jeu 21 Fév - 18:41

Le retour que la jeune femme lui servit après sa tirade lui arracha un sourire amusé. Il ne trouva pas ça vraiment déconcertant. Il s’était livré facilement à elle mais il était comme ça. Il n’avait aucun problème à communiquer ou à se confier. Il n’avait pas honte de son histoire personnelle, pas plus qu’il n’en éprouvait une quelconque tristesse en y repensant. Il était en paix avec son passé. Le garagiste imaginait mal, il était vrai la jeune femme dans la capitale. Elle semblait en décalage avec une vie excessivement nerveuse et désordonnée – ambiance propre aux grandes villes. Après, il ne l’avait pas connue avant qu’elle perde la vue. Peut-être aurait-elle pu envisager ça à cette époque ? Mickaël pouvait comprendre qu’on puisse préférer les lieux plus tranquilles comme Louisville bien qu’il soit toujours attiré par l’idée de vivre dans un endroit où les choses bougent énormément. Mais pour rien au monde, il ne ferait cette démarche. De toute manière, la question ne se poserait plus jamais vu les derniers événements. Il haussa des épaules pour lui-même vu que son interlocutrice ne pouvait pas le voir.

« Aussi bruyant qu’une capitale, je suppose. C’est sûr que ça change d’ici, tout est beaucoup plus calme. Quoique récemment… On peut dire qu’on en a de l’agitation. »

S’il avait démarré sa phrase sur un ton enjoué, la fin sortit moins entraînante. Car cette fameuse agitation n’avait rien de réjouissante. Entre les réfugiés qui envahissaient les foyers des habitants et s’appropriaient le peu de vivre qu’il restait. Et les militaires qui ne se gênaient pas pour réquisitionner ce qui leur chanter que ça soit bien matériel ou personne humaine. La bourgade se retrouvait sans dessus, dessous sans parler de la menace d’une future attaque. Tout partait en diagonale et on ne pouvait plus dire qu’il ne se passait rien dans le coin. Pour autant, le mécanicien aurait préféré que ça ne soit pas aussi agité. La tranquillité avait son lot de bonnes choses, surtout dans ce cas précis. Il soupira en songeant à tout ça puis fut ramené à la réalité par la réponse de son interlocutrice. Ce qu’elle disait n’avait rien de rassurant, c’était le moins que l’on puisse dire. Mais apparemment quelqu’un allait venir l’assister. Il ignorait qui.

« Quelqu’un va vraiment venir t’aider ? Je t’avoue que ça m’inquiète. Mais je te fais confiance, si tu me dis que ça ira…»

N’allait-il pas trop loin ? Ah ça, le trentenaire avait parfois un peu de mal à situer les limites car il sympathisait tellement vite avec les autres qu’il en oubliait qu’eux à l’inverse n’étaient pas forcément aussi ouvert que lui. Elena effleura son épaule avant d’y poser sa main, ce contact le fit sourire. Il savait ce qu’il en coutait à la jeune femme de se montrer affectueuse de la sorte. Il ne réagit pas physiquement à cette approche, il avait trop peur de la froisser à nouveau. Il put seulement apprécier le rictus qui était nait sur ses traits. Au moins aurait-il réussi à lui remonter un peu le morale. Il l’espérait. Elle prit ensuite place sur le canapé et il la suivit du regard. Intrigué par cette façon de se déplacer. La cécité devait être terriblement difficile à vivre, elle s’y était très bien adaptée. Une raison de plus pour laquelle il l’admirait vraiment. Sa prochaine question toucha à ce sujet justement. Le renégat ignorait si ce sujet se relevait réellement sensible ou non pour elle. Mais il préférait de toute façon continuer sur sa lancée et être honnête.

« Pour moi, pas vraiment. Je n’arrête pas de l’oublier à vrai dire. C’est plus pour toi… que ça doit être gênant. Tu ne sais pas jauger les réactions des gens notamment. Ça doit être perturbant. »

Encore une fois, il n’avait pas réfléchi avant de parler. Il ne savait pas si c’était déplacé ou pas.

« Tu sembles bien t’y adapter en tout cas mais je suppose que ça n’a pas dû être facile à accepter.»

Un peu mal à l’aise soudainement, il réajusta sa position. Ses yeux dévièrent vers sa montre qui continua à tourner contrairement au Monde. Il devait encore faire un crochet par chez Rose pour récupérer quelque chose dans son ancienne chambre. Il ne comptait plus s’attarder trop. Il ne savait pas trop si cette visite avait vraiment aidé ou non la brunette. Il avait du mal de la comprendre et il ne la connaissait pas assez pour ça. Il ne pouvait faire que le souhaiter.

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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Lun 25 Fév - 21:50


« Elena. »
Je laissai aller ma tête sur le dossier du divan. Tout ça demandait bien trop de réflexions que je ne pouvais pas mener à bien dans cette situation. L’agitation actuelle de la ville me fatiguait bien plus que je ne voudrais l’avouer. Jamais je n’avais autant sollicité mes sens en marchant dans la rue. J’étais toujours sur mes gardes, faisant attention à ce que personne ne me suive. Je n’aimais déjà pas ça en temps normal, alors maintenant que la guerre avait éclaté…
Je passais une main sur mon visage, essayant de m’enlever ces sinistres pensées de l’esprit. Mon cerveau commençait doucement à surchauffer, tandis qu’un mal de tête pointait le bout de son nez. Il était sûrement temps de renvoyer le garagiste chez lui, pour profiter ensuite du silence et d’un confortable lit.
Cette idée, bien plus alléchante qu’il n’y parait, me brouilla un peu plus l’esprit. C’est certainement ça qui m’arracha un soupir alors qu’il disait s’inquiéter sur qui viendrait m’aider. Il me semblait maintenant que c’était une question qui ne le concernait absolument pas, et sur laquelle il insistait bien trop. Mais je pensais aussi que c’était la douleur dans mon crâne qui brouillait mon jugement. Il n’avait rien fait de mal après tout.

Sa réponse m’intrigua. Je ne pensais pas que c’était quelque chose de facile à oublier. Il faut dire aussi que l’un des souvenirs les plus limpides de mon enfance est ma rencontre avec un aveugle, environ quatre ans avant mon accident. J’allais entrer en sixième, et ce n’était pas vraiment pour me rassurer. Mes parents m’avaient envoyée dans un collège où je me retrouvais seule. Je ne connaissais personne et j’en étais quelque peu effrayée. Et c’est donc dans un moment de profonde réflexion que j’ai percuté ce pauvre homme. Nous avons discuté, parce que je ne comprenais pas vraiment sa condition, et je n’arrivais pas à ne pas penser à sa cécité. Ce n’était pas dérangeant, c’était juste que je ne comprenais pas. Chacun de ses mouvements me donnait l’envie de lui poser encore plus de questions.
Alors, à cause de ça, je ne comprenais pas qu’on puisse oublier. Même si d’un autre côté, je me trouvais tout à fait différent de l’aveugle de mon passé.
Finalement, j’en venais à me demander si ce n’était pas la contradiction constante de mon esprit tordu qui me fatiguait à longueur de journée.

~ Quand ça te tombe dessus d’un coup, la seule chose à faire est de trouver un moyen d’adaptation rapide et efficace. Mais parfois, ça me manque vraiment de ne plus être capable de regarder quelqu’un dans les yeux. Ma bêtise m’a couté la vue, c’était inévitable. A moi de me débrouiller maintenant. Je n'ai pas vraiment le droit de m'en plaindre.
Néanmoins, les mots qu’il avait prononcés ne me rassuraient pas tellement. D’un côté, j’étais soulagée d’entendre que ce n’était pas si gênant, ou flagrant – puisqu’il arrivait à oublier –, que ça. Mais d’un autre côté, ça me dérangeait d’apprendre que le problème venait sûrement de mon mari. C’était un fait important qui commençait à titiller mon cerveau de plus en plus parano. Il serait bien étonnant que je ne finisse pas folle avant ma mort.
La mal de tête revint en force alors que j’essayais de me concentrer sur des questions existentielles. Je me demandais simplement pourquoi. Pourquoi ça gênait celui qui avait passé la bague à mon doigt, et pour ça n’était pas le cas pour Mickaël. Mais mon cerveau ramolli venait de se fermer à toute réflexion, il voulait juste avoir le droit de se reposer.
Il était aussi chiant que je pouvais l’être.
De nouveau je passais ma main sur mon visage, la laissai ensuite sur mon front tout en fermant les yeux. Je cherchais un peu de calme, pour apaiser mon crâne en feu. Mais la vitesse à laquelle je failli m’endormir fut impressionnante et effrayante. Je ne pouvais pas me permettre une chose pareille alors que le garagiste était encore dans mon salon. Alors, même si c’était soudain, il me fallait lui demander de partir.

~ Tu devrais partir maintenant. Alexandre a déjà dû te dire à quel point je deviens insupportable quand j’ai mal à la tête, alors je préfère qu’on en reste là. Je suis désolée de te renvoyer ainsi, mais crois-moi, c’est la meilleure chose à faire. Prends soin de toi en tout cas, c’était un plaisir de t’avoir rencontré et parlé aujourd’hui. Je ne te raccompagne pas, tu trouveras plus rapidement la porte que moi. A une prochaine fois.
C’était un peu brutal, mais je devais aller droit au but. Il ne pouvait pas rester plus longtemps, ou je finirais par m’énerver contre lui qui n’a rien demandé. J’espérais qu’il ne le prenne pas mal, mais je n’étais pas capable de me lever sans risquer de tomber au sol. J’étais très fatiguée, et mon mal de crâne y était pour grand-chose. Je lui présenterai de meilleures excuses une prochaine fois.
Là, il me fallait juste dormir.
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MessageSujet: Re: L'ombre d'une vie. [Livre I - Terminé]   Sam 16 Mar - 11:59

Elena confirmait ce qu’il pensait d’elle, c’était une femme plus forte qu’il n’y paraissait. Pour Mickaël, ça ne faisait pas de doutes que la force se construisait. Avec toutes les épreuves qu’elle avait duré, mine de rien, elle s’était endurcie. Ça ne restait pas pour autant facile pour elle, il le concevait bien. Il perçut sa rancœur dans sa voix et son amertume mais cela ne l’étonna pas. Ce devait être réellement rageant comme situation, mieux valait parfois réagir avec colère que ne pas réagir du tout par rapport à ça. C’était du moins le point de vue du renégat. Il n’osa pas trop répondre à son discours de peur de gaffer. Il manquait parfois d’un certain tact en étant trop honnête et il voulait éviter de se la mettre à dos. S’il compatissait, elle risquait de se vexer. En tout cas, il en avait bien l’impression. Il préféra donc ne rien ajouter et médita quelques instants sur tout ce qu’ils s’étaient dit aujourd’hui. Il observa attentivement son hôte et s’apprêtait à lui dire qu’il allait partir quand il vit le certain malaise qui s’empara d’elle. Sa main bifurqua sur son visage et il comprit que quelque chose clochait. En effet, elle le congédia très rapidement à la suite un peu abruptement. Il espérait que ça venait vraiment d’un mal de crâne et pas de lui. Après tout ça semblait être la conséquence du sujet épineux qu’ils venaient de soulever. Il se demandait ce qu’Alexandre en aurait pensé. Un peu hébété, il mit un certain temps avant de se lever. Quelques secondes pas plus.

« Pas de soucis, Elena. Merci de m’avoir reçu. »

Ça faisait un peu solennel dis comme ça mais il n’avait pas trouvé meilleure formule. Il savait d’expérience que quand la migraine vous tiraillait, il valait mieux privilégier le silence, aussi il ne parla pas plus que nécessaire. De plus, en effet, il se souvenait vaguement que son ami avait glissé dans la conversation une histoire de maux de tête quand il était venu leur rendre visite. Il avança prudemment en direction de la porte et s’arrêta à mi-chemin pour regarder une dernière fois la propriétaire des lieux. Il fût à nouveau saisi par l’état des lieux et la tristesse se dégageant et de la pièce, et de la brunette.

« Tu sais où me trouver, n’hésite pas si jamais tu as besoin de quoi que ce soit. Repose-toi bien. Au revoir.»

Il le pensait sincèrement. Sans trop s’attarder, il gagna la porte d’entrée et sortit. Il ne partit pas vraiment en ayant l’impression d’avoir mené à bien cette entrevue mais au moins, il savait que ça allait plus ou moins pour elle. Elle ne semblait pas désirer qu’il s’emmêle plus que nécessaire donc, il ne le ferait pas. Il ignorait s’il avait respecté au mieux la mémoire de son ami mais il ne voyait pas quoi faire de plus. Le mécanicien prit le chemin le plus court pour atteindre la demeure familiale. Rose parvint à le distraire suffisamment pour qu’il en oublie un peu la pesante atmosphère régnant chez la Louisvilloise. Il comptait néanmoins rejeter un œil à l’occasion afin de s’assurer que tout continuait d’aller pour elle. Elle avait mentionné l’arrivée de quelqu’un pour l’aider, sa curiosité le pousserait sûrement qui se cachait derrière ce mystère. Elle avait contourné ses interrogations à ce sujet. Vu la situation ça risquait d’être un réfugié. Pauvre Elena…
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