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MessageSujet: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Mer 3 Oct - 21:17


But, you know how I feel.
Hopeless time to roam, the distance to your home fades away to nowhere. How much are you worth ? You can't come down to earth. You're swelling up - you're unstoppable, 'Cause you've seen, seen, Too much too young, young... Soulless is everywhere...


J'errais sans but précis. Comment pouvait-il en être autrement ? J'avais bien essayé de rentrer chez moi, mais les longues pièces vides de ma maison me paraissaient maintenant bien froides. J'avais tant joué entre ces murs, j'avais tant ri et j'avais chanté, les accords musicaux de ma guitare résonnaient également si souvent dans le salon, mais désormais, je ne prenais plus plaisir à arpenter le carrelage de ma propre demeure. Tout me les rappelait. La cuisine et les bonnes odeurs de la cuisine traditionnelle de ma tendre mère, le bureau de mon père et ses instruments de musique rangés correctement, méticuleusement, scrupuleusement. Je me souviens à quel point son obsession pour le rangement m'agaçait autrefois. Pourtant, maintenant, je donnerais tout ce que je possède pour le revoir mettre en place ses guitares. Je sens parfois les odeurs de mes sœurs lorsque je pénètre dans leurs chambres. Moi qui les détestaient d'être si extraordinaires alors que moi, je n'étais qu'un simple étudiant, dorénavant, je ferais tout ce que je pourrais pour les retrouver... pour réentendre la voix perçante de Fanny, les reproches de Caroline, ses pointes sur le parquet de sa chambre... Nous n'étions pas si proches que cela. Elles étaient déjà mariés, et leurs enfants n'étaient pas plus âgés que moi... La différence d'âge ne nous avait pas permis d'avoir une relation normale avec elles. Pourtant, j'en reviens à regretter les vocalises de Fanny et les pas de chats de Caroline. Même l'odeur perpétuelle de la peinture acrylique de ma mère. Même ça. Je deviens fou, seul dans cette maison. J'ai l'impression que je n'y ai plus ma place. Parfois, je songe même à déménager autre part pour oublier. Mais pour aller où ? Mes sœurs habitaient Caen, et la ville a été détruite sous les bombardements. Je n'ai personne d'autres à qui parler, ni à qui me confier. Ici, rien que le fait de voir des visages familiers me rassure. Comment pourrais-je alors quitter Louisville ? Cependant, dès que je fais un pas dans la rue, un souvenir de mon enfance apparaît et me rappelle l'horrible réalité.

Après avoir renseigné un dernier client, je sortis donc dehors, ma guitare sur le dos, à la recherche d'un endroit tranquille dans lequel je me sentirais bien. Seulement, depuis les bombardements et le déclenchement de ce qu'on peut appeler la troisième guerre mondiale, il est plutôt difficile de trouver un tel endroit. Comme tous les soirs, je me précipitai pour consulter la liste des nouveaux réfugiés, dans l'espoir d'y voir le nom de mon père, de ma mère, des mes sœurs, mes beaux-frères, mes neveux et nièces... Quelqu'un... Quelqu'un à qui je pourrais me raccrocher aujourd’hui. J'arrivai devant le fameux papier. Aucun nom n'y a été rajouté depuis hier soir. Je quittai l'endroit, encore plus déçu que la veille. J'espérais toujours. Pourtant, les chances de retrouver un membre de ma famille vivant commençaient à s'amenuiser et devenir même très minces. Cela commençait à me faire peur. La solitude, ça m'effrayait. Je ne voulais pas être seul jusqu'à la fin de mes jours, je ne voulais pas vivre dans la perpétuelle attente de voir enfin arriver l'un de mes proches. Je ne souhaitais qu'une seule chose, qu'ils rentrent à la maison. J'avais tellement honte de moi-même. Mon dernier appel téléphonique avec mes parents avait été laborieux. Je leur avais confié d'un ton très abrupte que j'en avais assez qu'ils se soucient plus de la carrière brillante de mes aînées plutôt que de ma petite vie d'enfant gâté. Enfin, je ne l'avais pas exactement formulé comme cela, mais c'était l'idée. Comment ne pas m'en vouloir ? Si j'avais su ce qu'il se passerait par la suite... La guerre, cette terrible guerre ? Celle qui avait fait de nombreuses veuves et de nombreux orphelins... Parfois, je me considérais comme tel. Un pauvre orphelin, sans famille. Désormais, je préfère vivre au jour le jour. Profitant des plaisirs qu'offrent les femmes pour éviter de dormir seul chez moi. Au moins, chez elles, le temps passe plus vite et la solitude semble moins réelle.

J'enfonçais les écouteurs de mon Ipod dans mes oreilles pour me couper du monde extérieur. Je n'avais rien d'autre de mieux à faire que de vagabonder dans les rues jusqu'à tard dans la nuit. Le soleil commençait à décroître et le ciel prenait des couleurs chatoyantes. Le groupe anglais Muse tambourinait mes tympans, mais j'en avais que faire. La plupart des gens que je chérissais étaient morts dans des bombardements, et même si je devenais sourd, qu'est-ce que ça pourrait bien faire ? Cela ne changerait rien, et cela ne les ferait pas revenir. Moi, j'étais bien en vie, et je comptais continuer à exister, même si c'était dur. Tous les jours, il fallait se lever malgré les mille questions existentielles qui se battaient dans mon esprit. Y avait-il une vie après la mort ? Si oui, était-elle heureuse ou malheureuse ? Se réincarnait-on comme les Égyptiens le pensaient ? Avons nous réellement sept vies comme nos amis les félins ? Un paradis existait-t-il ? Mais comment parler d'une chose qu'on ne peut voir, et dont manifestement, personne n'est jamais revenu ? Et de toute manière, si un tel endroit pouvait vraiment exister, ma famille se soucierait-elle de moi ? Après tout, s'ils étaient près de Jésus, Martin Luther King ou de Ghandi, pourquoi se préoccuperaient-ils d'un pauvre gamin perdu ? Je demeurais mauvaise langue. Mes parents m'aimaient. Malgré mes humeurs et mes défauts. J'étais tout pour eux. La prunelle de leurs yeux, la chair de leur sang, même si à la base, je n'étais pas désiré. Je savais que mon père avait été heureux lorsqu'il avait su que j'étais un garçon. Il en avait toujours voulu un même si je n'étais pas exactement le fils parfait qu'il aurait voulu que je sois.

Mes pas me menèrent devant mon ancien lycée sans que je m'en aperçoive vraiment. Le bâtiment grouillait autrefois d'élèves, de parents d'élèves, de professeurs, de grands-parents qui venaient chercher leurs petits-enfants à la maternelle. Maintenant, bien entendu, on aurait plutôt dit un établissement abandonné. La plupart de mes anciens camarades ont sans doute péri dans les bombardements. Cela fait mal à dire. Mais c'est la triste réalité. Ma main alla trouver d'elle-même une petite poche de la housse qui enveloppait ma guitare pour en sortir une cigarette. Je fumais de temps en temps. Non pas parce que j'étais accro à la nicotine, non, mais plutôt parce que c'était tout ce qui arrivait à me détendre parfois, quand la nostalgie me prenait. Comme toute suite. Comme tous les jours à vrai dire.
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Lun 22 Oct - 18:59

Aujourd'hui, j'avais décidé de faire un passage dans les établissements de la ville : hôpitaux, centres sociaux et maisons de quartiers, cabinets médicaux divers, écoles, collèges et lycées... Beau projet. Irréalisable ! Trop loin, trop long ! Sans voiture, avec mes pauvres pieds, je ne suis pas allé très vite. Alors, j'ai segmenté mon idée en des petits programmes sur plusieurs jours. En passant devant un magasin d'articles de sport, j'ai déniché la merveille qui allait me permettre de réaliser mon projet en un temps record : une trottinette ! Oui le Maire en trottinette, ça casse l'image, mais qu'importe, les vélos avaient été volés par les habitants en fuite ; il ne me restait plus que cet engin délaissé par les fuyards.

C'était déjà mieux, mais je ne pouvais pas tout faire non plus. Sur mon chemin, il me restait le lycée du Quartier Nord la Haye. Beaucoup d'enfants de mes conseillers y étudiaient ; je connaissais certains professeurs, quand j'avais un semblant de vie sociale lors des portes ouvertes et remises des diplômes. Poussant vainement sur ma trottinette fatiguée, j'arrivai devant la grille d'entrée. Il n'y avait plus personne, comme dans les autres établissements scolaires. J'avais décrété des "vacances temporaires". Je me demandais si c'était une si bonne idée. Ceux qui restaient et dont les enfants s'ennuyaient à la maison, sans télévision et sans console, auraient bien aimé que les cours reprennent. Le bon côté, c'est que les enfants pourraient redécouvrir les jeux et les livres. Mais cela ne pourrait durer qu'un temps.

Je la posai contre la grille et m'apprêtai à sortir mes clés quand j'avisai un garçon assis tout au bout de la grille, sur ma gauche. Il écoutait de la musique si fort que j'entendais presque les paroles depuis ma position. Sa tête penchée sur ses genoux ne m'empêcha de reconnaître...

"Benjamin !"
Ce dernier leva la tête. J'étais ému de retrouver le dernier fils des Leveque. Tant de choses à lui dire, tant de choses à apprendre de lui.
"Comment vas-tu ? Que fais-tu ici ? Les cours sont finis, tu sais"dis-je en essayant de faire une blague. Je vis à sa tête qu'il n'allait pas bien. Mon coeur se serra.


LIVRE II **Chapitre 1**
Topo sur Martin

Passée la folie des grandeurs
L'envie de jouer les grands seigneurs
Passée l'ivresse, passée l'ardeur
Dont les fruits n'ont plus de saveur
Revenu de sept ans de malheur
D'un accouchement dans la douleur
Lassé de mentir, de faire l'acteur
Quand on n'est plus à la hauteur
Restent les murs porteurs
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Lun 22 Oct - 20:59


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« I, I can’t get these memories out of my mind and some kind of madness is starting to evolve, mmmm... And I, I tried so hard to let you go but some kind of madness is swallowing me whole, yeah... I have finally seen the light, and I have finally realised, what you mean... » La toute dernière chanson du groupe Muse tambourinait dans mes tympans. Elle était sortie seulement quelques jours avant le déclenchement de cette terrible guerre. C'était sans doute l'ultime morceau de musique de leur bande. Je n'osai même pas imaginer ce qu'ils étaient devenus eux aussi. Le son était si fort que ça me donnait presque mal à la tête. Pourtant, la musique avait un effet salvateur sur moi, elle m'empêchait de trop penser, surtout lorsque le volume réussissait à camoufler mes idées noires. J'otai ma guitare de mon dos, m'appuyai durant quelques instants sur la grille de mon ancien lycée, puis doucement, me laissai tomber à terre, en tentant de refouler les pensées que ce lieu m'évoquaient. Ce banc au loin, c'était celui où mes amis et moi nous nous retrouvions durant les récréations, où nous insultions les profs et les élèves qui faisaient du zèle, où nous draguions les filles.. Moi, auparavant, ma guitare à la main, j'étais plutôt doué pour cela. Un petit air de musique, une petite mélodie, et elles affluaient comme des mouches. J'ignorais si elles venaient pour moi, parce que moi et moi seul leur plaisaient ou parce qu'elles admiraient mes sœurs, et leur notoriété. Mais j'avais pris l'habitude de ne plus faire attention à cela, car j'adorais qu'on m'aime. Maintenant, mes conquêtes se faisaient plus rares. Non pas parce que je ne plaisais plus, mais plutôt parce que la tristesse s'était établie dans les chaumières. La mort avait frappé la porte de toutes les familles. Mais justement, certaines femmes n'étaient pas contre un peu de compagnie depuis la perte de proches. Moi, je détestais dormir seul dans ma grande maison, alors je passais le plus clair de mes nuits dehors, chez des amis, chez des copines parfois. Bref, quelque part où mes souvenirs restaient enfouis au fond de ma mémoire.

Assis contre la grille, je fermai les yeux. Ma tête lourde se penchait de plus en plus vers l'avant lorsqu'une voix familière me fit sursauter. Je relevai la tête, et regardai la personne qui m'avait interpellé. Je ne l'avais pas entendu, ni vu venir. Martin Huygues. Plus connu par les habitants comme étant le maire de la ville. Je me mis debout avec la difficulté d'un homme de quatre vingts dix ans, et attrapai ma guitare qui retrouva sa place dans mon dos. Je tirai une dernière fois sur ma cigarette avant de la jeter par terre et de l'écraser avec mon pied. Je me dirigeai vers Martin. Je le connaissais de longue date. C'était un vieil ami de mon père, pour ne pas dire le seul. Je savais pas mal de chose sur lui, mon père avait pris l'habitude de me raconter de nombreuses anecdotes sur son enfance, et comme Martin en faisait partie, il n'était pas rare que son nom apparaisse dans ses histoires.

Je me contentai de lui répondre : « On fait aller. » J'étais fatigué qu'on me pose cette question. ''Comment vas-tu ? '' Parfois, je me sentais obligé de répondre oui. Non pas parce que c'était vrai, mais parce que si je répondais par la négative, les gens qui posaient la question se sentaient forcés de me plaindre : « Pauvre gamin, il n'a plus personne maintenant, ça ne doit pas être facile tous les jours et blablabla... » Mais je n'étais pas le seul dans ce cas là, nombreux étaient ceux qui n'avaient plus rien, et je détestais qu'on se focalise sur ma famille. Bien entendu c'était plus facile pour les habitants de Louisville de se souvenir de l'horrible disparition des deux génies de la musique qu'étaient mon père et ma sœur Fanny, l'artiste peintre qu'était ma mère, la danseuse étoile qu'était Caroline, plutôt que du décès de la petite dame qui vivait au troisième étage de l'immeuble de la cité des Lilas ou du vieillard sans domicile fixe qui vivait autrefois près de l'église. Pourtant, pour moi, c'était un cauchemar. J'espérais parfois que j'allais me réveiller. Mais ce n'était pas le cas. Et la réalité était même pire.

Je notai sa tentative de faire de l'humour. Venant de sa part, c'est plutôt bizarre, mais j'appréciai l'attention. Je tentai un vague sourire, et lui répondit : « Oh, rien de bien spécial, je traîne par si par-là... Les cours ? Ça fait bien longtemps que j'ai quitté le lycée, tu le sais bien. Enfin, longtemps... ça me paraît juste une éternité maintenant. » Cele ne faisait que quelques mois pourtant, et j'avais l'impression d'voir vieilli d'un coup, et d'avoir pris trente ans. Et oui, au cas où vous vous posiez la question, cela fait plutôt peur.
« Mais toi, qu'est-ce que tu fais là ? Ne me dis pas que tu viens pour t'inscrire au cours de mathématiques ? J'ai entendu dire que Monsieur Aubert voulait rouvrir son cours ? Tu crois pas que ça serait une bonne idée ? »
Il était vrai que pas mal de jeunes erraient maintenant sans but précis, sans télé, ni ordinateur, ni wi-fi, on avait du mal à se divertir. La reprise de l'école les aiderait sans doute à occuper un peu leur temps. Je n'imaginais même pas ce que je ferais de mes journées si je ne travaillais pas.

Parler avec Martin me faisait du bien. Il était très à l'écoute depuis la disparition de ma famille. Il passait souvent me voir, sans doute pour vérifier que je ne sombrais pas dans une sorte de dépression ou quelque chose dans ce genre-là. Ce n'était pas toujours facile, mais il faisait partie des gens que j'estimais déjà beaucoup avant la guerre en tant que personne, et je sentais que nos liens s'étaient resserrés depuis les récents évenements.
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Jeu 8 Nov - 22:24

Son baladeur vissé sur les oreilles lui permettait sûrement de laisser la réalité derrière lui, pour un court moment, c'était déjà ça de gagné. Qu'écoutait-il ? Quelle musique l'aidait-il à surmonter cette solitude, ces souvenirs nostalgiques d'un temps où il était le petit dernier d'une grande famille remuante et aimante, où ses amis et lui refaisaient le monde chaque soir, où à Louisville, il menait sa vie du mieux qu'il pouvait, au gré de ses envies, sans trop se prendre la tête ? Moi j'avais en tête une chanson belle mais déprimante : "Le jour n'est pas levé mais ça ne change rien. Les murs sont condamnés à ne voir aucun matin. Y a qu'une lumière filasse sur le froid du carrelage. Et la peur qui vous glace, vous tasse et vous ravage."

Allez, ne pas se rappeler la suite, cela ne va pas m'aider. Aucune chanson ne me venait pour m'aider à dépasser cette guerre qui vous laisse sans envies, sans moral, tenaillé par la peur de voir la fin approcher trop tôt. On attend qu'elle vienne vous prendre, la mort, de quelque manière possible (une bombe sur ta maison, un tir d'un soldat pris de folie, les radiations flottant dans l'air etc.), tant de belles façons de dire "bye bye" et de fermer les yeux.

Alors qu'est ce qui me fait tenir ? Les autres. Mes concitoyens. Vous n'allez pas me croire si je vous dis ça, vous allez me prendre pour un démagogue. Non vraiment, quand je vois Benjie aussi triste, j'ai envie de tout faire pour lui remonter le moral. Je sais que j'ai de l'expérience : va t-elle me permettre de gérer cette situation nouvelle pour moi ? Mais je n'ai pas d'enfants moi : saurai-je remplacer le père ou devenir un oncle, un ami, une épaule ? Déjà, je fais des gaffes : je parle des cours, alors que Ben travaille maintenant. J'ai l'impression qu'il est toujours jeune alors qu'il a mûri d'un coup. Il ne falllait pas que je le rabaisse, mais le considère comme un adulte.

"Oh excuse-moi, tu n'y vas plus depuis un bout de temps, c'est vrai. Comment se passe le travail ?"

On pourrait croire à mon ton que j'ignore que la vie ne sera plus jamais comme avant. Je fais comme si, mais Ben est trop intelligent et trop concerné pour me suivre sur ce coup-là. Malgré la légèreté de sa voix, je sentis qu'il n'allait pas bien. J'essayais moi aussi de rester sur un ton enjoué. Je me rappelais la raison de ma présence ici et le lui expliquais :

"Monsieur Aubert ? Mmm... Il n'a pas tort ; occuper les esprits qui restent sur des maths, je pense que cela ne peut qu'être bénéfique."
Je souriais car beaucoup de jeunes sont totalement réfractaires à cette matière.
"Enfin, ne va pas répéter cette idée : si je veux rester en poste, il faut que j'oublie les maths !"
Je regrettait cette dernière réplique : je ne voulais pas aborder avec Ben le problème des voix contestataires, multipliées depuis le début de ce chaos.

Je sortis la clé de mon pantalon et la brandis sous le nez du jeune homme.
"Je suis ici pour faire un inventaire du mobilier, des objets, de la nourriture, tout ce qui peut nous être utile pour notre survie. Ca te dirait de m'accompagner ?"
Une activité avec moi, c'est une bonne chose pour lui. Pour lui changer les idées, et lui permettre de s'ouvrir à moi.


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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Mar 4 Déc - 22:25


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Face à la personne qui faisait figure d'autorité dans cette ville, je me sentais un peu plus moi-même. Je n'avais jamais été impressionné par Martin. Non pas qu'il ne méritait pas mon respect, car il l'avait, mais plutôt parce que je le connaissais depuis toujours, et parfois, cela me faisait bizarre de voir des gens de mon âge, ou plus âgés même, le vouvoyer. Moi, j'avais pris l'habitude de le tutoyer, après tout, malgré son rang, je le considérais comme mon égal, même si au fond, il était bien plus que cela pour moi. J'avais du mal à comprendre ceux qui s'opposaient à notre maire. Certes, depuis les récents événements, beaucoup s'étaient retournés contre lui. La peur animait leur âme peut-être. L'ordre était difficile à remettre en place, et de nombreux habitants étaient totalement déboussolés. Ils n'arrivaient plus à retrouver un sens à leur vie, une raison de vivre. Personnellement, je cherchais encore un peu la mienne. Malgré cela, je me levais tous les matins avec le plus d'entrain que je pouvais, pour affronter de nouveau la journée qui venait.

Martin était grand. Voir son visage familier, cette silhouette connue, cette carrure imposante, ça me ramenait obligatoirement à mon père. Je revoyais son sourire et son allure d'artiste. J'avais toujours voué une sorte de culte fantastique sur mon paternel, mon modèle sur terre, même si je ne me l'étais jamais avoué. Pourquoi fallait-il toujours attendre qu'un malheur se passe pour parler aux personnes que l'on aimait ? Pour réaliser qu'on en aimait d'autres ? J'ignorais la raison pour laquelle quelque chose en nous nous forçait à garder cela secret, bien enfoui au fond de notre âme. Cela m'aidait bien aujourd'hui, n'est-ce pas ? J'avais une profonde amertume coincée au fond de ma gorge, et des regrets plein la tête. La vie n''était pas toujours facile. Mais on survivait.

Je me reconcentrai sur mon partenaire. Je lui fis un signe de main ridicule, comme pour montrer à Martin que je me fichais qu'il ait oublié ce détail de ma vie. Après tout, cela m'était désormais bien utile d'avoir terminé les cours et d'avoir mon baccalauréat. Mais ma situation était toujours bien meilleure que les lycéens et collégiens, qui ne pouvaient même pas gagner leur vie pour tenter de subsister à Louisville.
« Pas de soucis, ce n'est qu'un détail. Le boulot ? Bah ça se passe plutôt bien. Comme tu t'en doutes, il n'y a pas grand monde à la boutique en ce moment. Les gens ont autre chose à faire que de traîner dans les magasins, et surtout dans un magasin d'instruments de musique. J'ai même l'impression que je vais bientôt me faire virer, les affaires ne sont pas très bonnes. »
J'enviais le ton enjoué de Martin. Il voulait toujours faire comme si tout allait bien, comme si tout était « comme avant », même si tout le monde sait, lui y compris que rien ne sera jamais plus comme avant.
« Tu parles, il faudrait mieux qu'ils réouvrent le cours de musique, ça nous ferait peut-être de la pub tiens ! » Je souris en entendant sa remarque sur le cours de mathématiques. « Arrête ton char, tu dis ça parce que tu ne sais pas compter toi ! »
Je lui fis un clin d'oeil, en référence à une soirée qu'on avait passé à la maison, il y a quelques années déjà. Le dîné avait été bien arrosé, et ma mère avait proposé qu'on joue à un jeu de société dont j'ai oublié le nom. Le principe était simple, on devait écrire sur un bout de papier des questions, des gages, par exemple. Mon père était tombé sur celui portant l'intitulé suivant « Confiez-nous un secret sur votre voisin de droite. » Celui-ci se trouvant être Martin, mon père était parti dans un fou rire qu'il n'arrivait plu à contrôler. Dès qu'il tentait de raconter son anecdote, il repartait dans son délire. À force de persuasion et de persévérance, nous finîmes par comprendre la raison de son hilarité. L'histoire remontait à bien des années auparavant. Lors d'une soirée qu'ils avaient passé ensemble, mon père et monsieur le maire, lors de leur folle jeunesse, Martin, rendu joyeux par l'alcool, n'avait pas été capable de compter jusqu'à vingt. J'avais tant ri ce jour là que je ressortais cette anecdote dès que je le pouvais. Si jamais les députés ou les adjoints de la commune savaient cela ! Cela ferait le tour de la ville en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire !

Je fronçais les sourcils à sa remarque suivante, beaucoup moins joyeuse tout à coup. « Des problèmes à la mairie? Les gens sont toujours aussi insatisfaits et peu reconnaissants de tout ce que tu fais pour nous sortir de cette galère ? » Son regard ne présageait rien de bon. Certains citoyens étaient vraiment incroyables, toujours à se plaindre, à faire semblant de porter la misère du monde sur leurs épaules... C'était pitoyable.

Il m'indiqua par la suite la raison de sa venue ici, et me proposa même de l'accompagner. J'haussai les épaules en disant :
« De toute manière, je n'ai rien de mieux à faire ce soir. Alors c'est parti ! On va peut-être trouver des choses intéressantes, qui sait ? »
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Jeu 6 Déc - 21:45

Benjamin me rappelait beaucoup de choses, et cela me faisait du bien de parler avec lui. Sa jeunesse et son amitié m'aidèrent à ne plus feindre la bonne humeur. Au début, je me forçais à faire bonne figure, car je voyais bien qu'il n'était pas dans son assiette, et que c'était mon devoir - mon rôle d'oncle adoptif - de lui remonter le moral et de tenter de dénouer ses conflits intérieurs. Je disais "oncle adoptif" parce je ne savais pas ce que je représentais pour lui, un vieil ami de la famille pour sûr, mais je n'avais pas la prétention de me mettre à la place de Claude. Nous ne savions toujours pas s'il était encore en vie, s'il avait réussi à rejoindre une ville des Etats-Unis encore miraculeusement debout. Claude devait aussi imaginer le pire concernant son fils. Pourront-ils un jour se retrouver ? Benjamin devait être tellement frustré de ne pas pouvoir quitter cette petite ville au milieu de nulle part pour chercher sa famille. Mais la mer était sûrement dangereuse. Tout l'environnement naturel qui nous entourait de sa présence bienveillante s'était transformée en désert mortel. J'avais une mission à remplir qui me conduirait vers les fermes, et j'avais peur de ce que j'y trouverais. Finie, notre terre fertile, notre mère féconde. Terminées, les récoltes abondantes et les silos bien remplis pour les mois à venir. Le moulin ne tournera plus pour fabriquer la farine pour le pain. Je n'était pas non plus un paysan dans l'âme, mais je savais reconnaître les ingrédients pour avoir une vie agréable : le contact avec la nature, une nourriture simple et variée, un boulot plaisant, une vie amoureuse comblée. En ce moment, j'en étais loin !

Benjamin n'avait pas l'air de m'en vouloir de mon oubli. Peut-être pensait-il qu'avec tout ce que j'avais à gérer, oublier sa vie à lui n'était pas important ? Je me morigénai en silence. C'était faux ; la vie de mes concitoyens, mieux, la vie de ce jeune perdu devait être capitale pour moi. J'avais fait la confusion car je l'avais découvert assis contre la grille du lycée. Avec son casque vissé sur les oreilles, il me rappelait l'ado dans la lune qui mangeait son dîner l'oeil collé à l'écran de la télé, pendant que Claude et sa femme entretenaient la conversation avec moi. J'avais des souvenirs de lui plus jeune plein la tête ; pas étonnant que je me sois trompé ? Pourtant son discours amer sur le magasin de musiques où plus personne n'entre montrait bien qu'il ne se faisait pas d'illusions sur son avenir professionnel. Que personne ne se soucie de la musique en ces temps troublés n'était pas une surprise. Peut-être pourrais-je un jour prochain l'embaucher dans un travail qui compte vraiment ? Je n'a rien contre les vendeurs, mais avec la famine et le froid qui nous menacent, il y a du boulot dans tous les domaines !

Quand j'émettais l'hypothèse qu'un cours de maths ne me ferait pas de mal, je fus surpris de constater que Benjamin se rappelait cette histoire de soirée arrosée où je ne savais plus compter jusqu'à vingt ! L'émotion me transporta dans ces temps - qui paraissent si anciens ! - où Claude était encore là, où la famille Leveque était réunie, où ma femme aussi était là... Eh, je sentais venir des larmes. Pas le moment ! Tant bien que mal, j'essayais de rediriger mes pensées vers quelque chose de positif, mais rien n'y faisait.

Je me demandai : pouvais-je concevoir à quoi ressemblait le vague à l'âme de Benjamin ? *Contrairement à moi, il a une famille qu'il aime et pour qui il éprouve de l'espoir et du chagrin* pensais-je amèrement. Je ne m'autorisais pas à penser à Eloïse. Ni le temps ni l'envie. J'avais bientôt 37 ans mais pas d'enfants non plus. Ni le temps ni l'envie. Alors j'avais un genre de fils adoptif, et tiens un deuxième fils, Adam Fisher, un deuxième post-ado totalement déjanté. Sans le vouloir, les jeunes me prenaient pour modèle alors que je n'étais pas sûr que j'étais le bon exemple à suivre. Cela me faisait plaisir et en même temps me paralysait. Je n'avais pas le droit à l'erreur auprès d'eux. Avec encore plus de tristesse, je réalisais qu'il y avait peu de monde auprès de qui je pouvais me lâcher. A part Louna peut-être, mais je ne voulais pas renouer avec elle, même dans l'ambiance actuelle où un peu de réconfort sans arrières pensées me ferait du bien. La droiture, que voulez-vous ! Et puis, une femme, c'était le genre à me détourner de mon but. Elles étaient ma faiblesse.

Je regrettai aussitôt ma remarque sur la mairie et les voix mécontentes qui s'élevaient contre mon travail. Je ne voulais pas mêler Benjamin à mes problèmes. J'avais décidé de l'aider à aller mieux. Il ne devait pas en retour se préoccuper de moi et se demander si j'allais bien moi aussi. J'embarquai donc sur sa remarque acerbe sur la possibilité de se faire virer :

"Tu sais, pour ton travail, ce n'est pas le bon moment pour vendre de la musique aux gens. Ils ont les oreilles bouchées et portent des oeillères de chaque côté de la tête."
*N'avais-je pas dit que je ne devais pas parler des opposants ? Raté mon petit Martin* Cette image n'allait pas le faire rire. Raté et encore raté !
"Si un jour ils te virent, viens me trouver. J'ai besoin de toute l'aide disponible. Je suis sûr qu'on trouvera quelque chose pour toi. Par contre, je ne peux pas t'assurer un revenu régulier, mais un logement gratuit et des repas convenables oui." Est-ce que dégager l'horizon alourdi de son avenir allait l'aider à se sentir mieux ? Ou parler de l'embaucher pour bosser comme un fou allait-il marcher ? Mmm... Tais-toi Martin.

Pour égayer son après-midi, je sortis de ma poche les clés du lycée. Je fus heureux qu'il accepte de me suivre. J'arrivai devant la grille et bataillai un peu pour trouver la bonne clef. Je refermai soigneusement derrière nous et ouvrit ensuite la porte principale à double battant qui donnait dans le préau. Je connaissais bien le bâtiment pour y être allé faire des allocutions dans les salles de cours. Je me doutais que Benjamin aussi. Est-ce que ce retour dans le passé lui redonnerait du courage ou au contraire le plongerait dans la morosité ?

"Tu connais mieux le lycée que moi. Où aimerais-tu qu'on aille ?"
J'avais dit cela sur le ton "Eh, ça te dirait qu'on aille faire une chasse au trésor ?" Le coeur y était au moins.


LIVRE II **Chapitre 1**
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Lun 4 Fév - 16:56


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Depuis la disparition de ma famille, je ne voyais plus grand monde. De nombreuses personnes venaient me voir, prendre des nouvelles, des voisins, des amis de mes parents, des connaissances... Mais personne ne m'apportait autant de bien que le maire de notre ville. Lui seul savait me parler, lui seul savait dire ce que je voulais réellement entendre. Il était comme un oncle pour moi avant les événements récents, et maintenant, il était devenu bien plus que cela. Comme un père qui veillait sur moi. Et cela faisait du bien de sentir qu'on était pas seul. Il me rappelait tant de bons moments que j'adorais être avec lui. Même si les souvenirs de nos vies passées faisaient parfois mal, il était bon de se les remémorer. Personnellement, je me refusais à oublier. Je ne le voulais pas & je ne le pouvais pas. C'était comme faire un affront à mes parents, ainsi qu'à mes sœurs disparues. Ils me manquaient tellement. Moi qui n'avais jamais été très proches de mes aînées, je me lamentais désormais, car je me rendais compte peu à peu à quel point j'aurais voulu mieux les connaître. Derrière leur notoriété et leur célébrité, il y avait eu un cœur qui aimait leur petit frère. Je le savais. Maintenant, je regrettais mes agissements d'avant la guerre. Je n'avais aucune nouvelle d'eux. Je gardais en permanence mon téléphone portable sur moi, guettant un sms, un appel, un message sur ma boîte vocale, quelque chose qui me convaincrait que ma famille était encore vivante. Je vérifiais également le répondeur du fixe de notre maison, dans l'espoir qu'on y laisse quelques mots rassurants. Quelque chose comme : « Nous allons bien fiston, on rentre bientôt. » Rien que ça, cela serait le bonheur. Mais l'espoir me quittait tout de même peu à peu. Les jours passés, et les nouvelles n'influaient pas. Il était loin le temps où j'y croyais encore.

Parfois, la nuit, je rêvais que je les retrouvais. Lorsque je me réveillais seul dans ma chambre, n'entendant pas un seul bruit suspectant la présence de mon père ou de ma mère, il m'arrivait parfois de pleurer. De crier aussi parfois. De jurer contre ce Dieu dans lequel mes parents croyaient auparavant et qui ne me redonnait pas ma famille. J'avais des sueurs froides, je tremblais, je reprenais difficilement mon souffle. Et puis, je me rendormais, jusqu'au prochain cauchemar. Car pour moi, c'était des cauchemars. On me montrait dans mes songes une chose que je désirais si ardemment et qu'on ne m'accordait pas. C'était insoutenable.

Je ne tenais pas rigueur à Martin pour son oubli. Il avait tellement de choses à gérer désormais que ce n'était pas bien grave. Le rôle qu'il avait à Louisville était dur à tenir. Cela ne devait pas être facile tous les jours. Moi, au contraire, je ne faisais rien de mes journées lorsque je ne travaillais pas donc... Nos vies étaient radicalement différentes. Mais peu importait. Lorsque j'évoquai mon avenir professionnel avec Martin, il me fit une proposition qui me surprit. « Tu sais, pour ton travail, ce n'est pas le bon moment pour vendre de la musique aux gens. Ils ont les oreilles bouchées et portent des œillères de chaque côté de la tête. Si un jour ils te virent, viens me trouver. J'ai besoin de toute l'aide disponible. Je suis sûr qu'on trouvera quelque chose pour toi. Par contre, je ne peux pas t'assurer un revenu régulier, mais un logement gratuit et des repas convenables oui. »Étonné, je relevai la tête vers lui. J'ouvris la bouche pour la refermer deux secondes plus tard.
« Tu es sérieux ? Je ne sais pas quoi dire... Enfin... Oui. D'accord. Mais tu sais, moi, à part jouer de la musique et chanter, je ne sais pas faire grand chose. »
Je regardai celui qui était comme un père pour moi tenter d'ouvrir les portes du lycée. Il galérait tellement à trouver la bonne clé que je lui montrai d'un doigt laquelle entrerait dans la serrure. Je souris d'un air narquois durant une fraction de secondes. J'étais plus ou moins responsable du chaos que la plupart des terminales avaient causé la nuit précédant le dernier jour du lycée. Tant de souvenirs bousculèrent mon esprit. Derrière cet arbre, on fumait des cigarettes avec ma bande ( ou autres choses que des cigarettes, cela dépendait ), sur ce banc, j'avais embrassé Lyra Fontaine pour la première fois ( d'ailleurs, je me demandais bien ce qu'elle devenait désormais ), sur ce muret, j'avais refilé des autographes de mes sœurs à plusieurs de mes amis... C'était bizarre de retourner ici. J'avais passé trois ans entre ces murs et j'en étais sorti depuis presque aussi longtemps... Pourtant, j'avais l'impression que je ne l'avais jamais vraiment quitté. C'était étrange comme sensation.
« Tu connais mieux le lycée que moi. Où aimerais-tu qu'on aille ? »
J'avais l'impression que Martin voulait qu'on cherche des pépites d'or. Je souris et cherchais un endroit qui serait utile. Soudain, une idée me vint.
« Bah, on pourrait peut-être commencer par la salle de sport ? Il doit rester des tapis de gymnastique où l'on s'entraînait. Tu pourrais peut-être les donner à des gens qui n'ont plus rien pour dormir, ça sera toujours ça, c'est mieux que rien. T'en penses quoi? »
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Lun 18 Fév - 21:13

J'avais envie de faire quelque chose pour égayer "Benjie", pour lui remonter le moral, lui montrer que tout n'était pas noir. Même si au départ, mon but était d'aller au lycée chercher du matériel utile pour les habitants, l'enthousiasme pour une telle tâche me manquait. Je trouvais cela rébarbatif, et puis hanter les couloirs du lieu où les ados se déchirent, s'aiment, et font n'importe quoi le plus souvent, ne m'attirait pas tant que ça. En fait, repenser à mon passé d'adolescent allait plus sûrement me plonger dans une déprime. Repenser à ce que je n'avais pas fait. Embrasser Nadine par exemple. Ah Nadine... Mon premier coup de foudre. Comme à l'époque j'étais déjà branché études et jeux vidéos, je n'ai pas osé. Idiot !

Regardant Benjamin, je me demandais comment il se comportait avec les filles. Leur parlait-il d'amour ? Est-ce que les garçons d'aujourd'hui en sont aussi peu friands que ceux d'avant ? Parler de flirts, plutôt, de séduction, de petites amies... Mmm, ce n'était pas le moment. Benjamin semblait être étonné que je puisse avoir besoin de lui. *Mais oui, ils sont nombreux à se défiler, tu sais, alors un peu d'aide quelle qu'elle soit ne serait pas de refus !* Mais le pire c'était que le jeune homme paraissait ne pas savoir comment m'aider, comme s'il ne savait rien faire de ses dix doigts.

"Détrompe-toi, il y a des tas de choses que tu pourrais faire. Tu as une tête bien faite, tu ne rechignes pas à porter des charges ou accomplir des tâches manuelles, j'ai besoin d'un assistant tiens, qui me fasse du café et qui scanne des documents, non je plaisante ! On a plus le temps pour ça !" m'exclamais-je en riant.

Comme je galérais à trouver la bonne clef, Benjamin me montra celle qui convenait et je souriais devant mon léger oubli. Nous entrâmes et je fermais derrière moi. Au cas où. Si des gens mal intentionnés voulaient récupérer des affaires et nous assommer pour nous empêcher d'appeler la police... *On est plus dans un monde normal. Est ce que c'est un délire ou une possibilité ?*

Benjamin avait l'air de prendre ma proposition au sérieux. Et son idée était bonne !
"Et bien allons-y ! Tu vois que tu peux m'aider" ajoutais-je pendant que nous marchions dans la direction du gymnase.
"Tu as de bonnes idées ; et j'aurais bien besoin d'aide si on veut déplacer ces matelas. On pourrait enfermer tout ce qu'on trouve dans une salle et aller les chercher avec les habitants concernés, petit à petit. Les tapis, les tee-shirts, les serviettes... Euh, non, oublie les deux derniers, je vois pas trop ce qu'on pourrait en faire."
Je partais en "live" comme disent les jeunes *j'étais jeune mais je parlais des d'jeuns*, j'espérais qu'il me suivrait ! Je me lâchais un peu car je sentais que j'en avais le droit. Arrivés devant la porte à double battant du gymnase, je l'ouvris en utilisant une autre clef. Mais une fois à l'intérieur, nous fûmes stupéfaits de découvrir...

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Sam 2 Mar - 9:29


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Enfin quelque chose d'utile à faire ! Pour la première fois depuis des semaines, je ne passais pas ma fin de journée à errer dans les rues de Louisville, me remémorant des tas de souvenirs avec des tas de gens qui étaient portés disparus. Autrement dit, qui étaient probablement morts. Il fallait regarder la vérité en face, il n'y avait plus beaucoup d'espoir pour les personnes comme moi, qui attendaient inlassablement qu'un ami, qu'un membre de la famille nous revienne enfin sain et sauf. Plus les jours passaient, et plus mon optimiste s'amenuisait. Au tout début, j'étais certain que mes parents, mes sœurs, mes beaux-frères, mes neveux et nièces, que tous avait survécu. Je me disais que cela ne pouvait pas m'arriver à moi, que ce genre de choses n'arrivait qu'aux autres. Pourtant, c'était faux. J'étais pour le moment le seul enfant de la famille Leveque encore en vie et répertorié. Cette idée m'était insupportable. Donc, en fin de compte, aider Martin à faire quelque chose de « normal », n'était pas une si mauvaise idée que cela. Même si je n'étais pas certain que d'aller chercher des objets pouvant servir aux réfugiés et à la communauté pourrait être qualifié de chose « normale ». Mais c'était toujours beau de rêver.

Le fait de pénétrer dans l'enceinte de mon lycée fit remonter en moi quelques vieux souvenirs. L'ennui profond que je ressentais en cours de philosophie, les heures de colle que j'avais passé dans la salle de permanence ( celle où il fait si froid ! Elle est tellement grande qu'il était bien difficile de la chauffer de quelque manière que ce soit ), les filles qui m'entouraient à la pause du midi, les autographes qu'on me demandait, une ou deux bagarres dans la cour, et en passant, pour la forme, un petit voyage dans le bureau du directeur... Bref. Une vie de lycéen tout-à-fait ordinaire à première vue. Bizarrement, ça me manquait tout ça. Au moins, dans ce temps-là, je faisais quelque chose de ma vie. Certes, je n'en avais même pas conscience, et puis, ce n'était pas grand chose, mais comparé à ma vie d'aujourd'hui... Tant de choses avait changé.

J'écoutais Martin me dire que moi, Benjamin Leveque, je pourrais lui être utile. Franchement, j'en doutais. J'avais la formation de base la plus élémentaire, l'école, cela n'avait jamais été mon truc. Je ne parlais même pas bien l'anglais et encore moins l'allemand que j'avais pris en deuxième langue sous un coup de tête, et j'étais nul en maths. Bref, j'étais un artiste moi. Je savais chanter et jouer de la guitare. C'est déjà bien. Certains n'ont même pas ça. Soudainement, je rigolai. Sérieusement, le maire de notre ville surestimait un peu mes capacités.
« Prends garde, je serais bien capable de scanner le mauvais côté !! »
Entendre Martin rire me ramena aussitôt à la dernière soirée qu'on avait passé avec mes parents, où ce même rire avait résonné dans notre maison. Il fallait que j'arrête de toujours tout rapporter à ma vie d'avant. Celle-là était désormais révolue, il allait bien falloir que je m'y habitue. Mais ce n'était pas vraiment facile. Je fronçai les sourcils en voyant Martin refermer le portail derrière nous. Nous vivions une époque de fous. Sans doute une des pires de l'histoire de l'humanité. Certaines personnes se conduisaient comme de véritables sauvages et se comportaient comme de véritables égoïstes prêts à tout. J'étais d'accord avec monsieur le maire, hors de question que ces gens-là nous tombent dessus aujourd'hui et me gâche les quelques heures que je pouvais passer avec celui que je considérais comme un oncle, presque un deuxième père. L'air enthousiaste de Martin me redonna confiance, et aussi le sourire. Je n'avais pas que des mauvaises idées finalement !
« Heureusement que je passais par là ! Je ne sais pas comment tu aurais fait pour déplacer tout ça sans moi ! Bah, il y a une salle qui est plutôt grande, c'est de ce côté-là. » répondis-je en montrant une salle vers ma gauche. « On pourrait mettre tous ce qu'on trouve ici. »
Nous arrivâmes devant le gymnase. Cela faisait bien longtemps que je n'y étais pas entré. Je regardai le bâtiment, rien ne semblait avoir changé. Je me demandais si on y avait effectué des travaux ces dernières années. Il était vrai qu'il commençait à avoir de l'âge. J'allais vite être fixé. Martin sortit son trousseau de clés et ouvrit la porte. Nous la poussâmes ensemble. Et soudain un cri émana de ma bouche lorsqu'une grosse chose difforme me sauta dessus, me faisant tomber en arrière. Je le repoussai vivement avant de m'apercevoir que ce n'était qu'un chien. Ne me demandez pas la race, je suis aussi très nul dans ce domaine là. Il était juste énorme.
« Comment il a fait pour entrer là celui-là ? Il m'a foutu la frousse de ma vie ! »
Je me relevai doucement et ordonnai d'un voix sèche : « Assis. »Le chien s’exécuta.
« T'as vu comment je te l'ai dressé en dix secondes le cabot ahahah ! Je me demande comment il a fait pour survivre. »
Je sentis un courant d'air. Je m'avançai un peu plus dans la salle. Une fenêtre était cassée. C'était probablement par ici qu'il était entré.
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Dim 31 Mar - 17:41

Spoiler:
 
Après avoir soigneusement refermé derrière nous, je laissais Benjamin me guider, puisque le jeune homme se rappelait sûrement bien mieux que moi les lieux. Il est vrai que je venais de temps en temps dans le lycée pour des événènements publics comme les portes ouvertes, des tournois de volley ou de basket, des concerts ou pour m'entretenir avec le directeur en début d'année scolaire. Mais en général, on m'accompagnait dans les couloirs et je ne m'aventurais pas seul dans l'établissement. Au contraire de Benjamin. J'avais décidément du mal à le considérer comme un jeune adulte, ayant quitté le lycée depuis déjà quelques années ! Je le voyais comme un gosse, comme un fils que j'aurais pu avoir, si mon histoire avec Eloise avait fonctionné. Difficile de le considérer comme un égal, quelqu'un qui pourrait comprendre mes problèmes dans leur entier. Oh ! Benjamin pourrait compatir, mais ne pourrait toucher du doigt les affres de mes réflexions. Et cela valait mieux ! Sa nouvelle vie à Louisville lui causait assez de tourment comme cela.

Nous arrivâmes rapidement au gymnase. Comme le soulignait un peu plus tôt Benjamin, cette immense salle serait un bon dépôt pour tout le matériel que l'on trouverait dans le lycée. Je souris tout en cherchant la bonne clé :

"Tu vois quand tu veux, que tu as de bonnes idées !"
J'ouvrai en grand la porte et une forme indistincte sauta sur Benjamin. Ce dernier et moi-même poussèrent de concert un cri de stupeur, tandis que je reculai instinctivement. La joie se peignit très vite sur mes traits. La stupeur disparut et je restais bouche bée devant le chien. En effet, c'était "un cabot", un chien dont la race n'était pas répertoriée, un chien que mes parents avaient adopté à la spa il y a longtemps, après que je sois parti pour mes études. Ils avaient peur de se sentir seuls. Tibo, c'était son nom. Et oui, il était dressé. Même bien dressé. J'étais tellement soulagé de le voir que je ne pouvais pas encore répondre à Benjamin. Tibo ne m'avait pas vu car j'avais sauté en retrait. Qu'avais-je cru ? Que des militaires étrangers nous envahissaient ?

D'une voix pleine d'émotion, je réussissai enfin à articuler :
"C'est le chien de mes parents: Tibo !" l'appelais-je et le chien vint me renifler puis remuer la queue vigoureusement tandis que je le caressais.
Je redressai ma tête vers Benjamin : la surprise se lisait sur son visage.
"Ils croyaient l'avoir perdu ; en fait, il se promenait dans le gymnase."
Nous découvrimes des crottes de chien un peu partout dans la salle ; et Benjamin montra du doigt une fenêtre cassée. Voilà comment Tibo allait et venait, et surtout comment il pouvait se nourrir.

"Oh Benjamin, quel soulagement ! Tu comprends, avec les bombes, Tibo a pris peur et s'est enfuit. Mes parents seront contents de le retrouver."

Je décidais de continuer l'exploration des lieux : il nous faudra aussi nettoyer les crottes, mais je me doutais que ce job ne serait pas du goût de Benjamin ! Pourtant, je décidai de le consulter, pour lui montrer qu'il était plus qu'un ami, il était un coéquipier !

"Que veux-tu faire ensuite ?" demandais-je au jeune homme. "Nous pouvons continuer à explorer le gymnase, ou ... nettoyer ce que Tibo nous a laissés. Si nous voulons entreposer des denrées ici, il va falloir que cette pièce soit propre ! Mais on peut aussi se balader, bref, c'est toi qui vois, " lui assurais-je. Tibo gambadait autour de nous et je souris comme un gamin devant ces sauts.


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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Ven 10 Mai - 14:20


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« Tu vois quand tu veux, que tu as de bonnes idées ! » J'ouvris la bouche pour répliquer, et finalement, je me contentai de sourire vaguement. Je ne trouvais pas qu'en soit, j'avais de bonnes idées, ce que j'avais proposé était plutôt pragmatique. Tout le monde aurait pensé à cela, j'imagine. Ou peut-être pas. Lorsque j'avais appris que ma famille était portée aux rangs des disparus, comme des millions d'autres personnes dans le monde, j'avais également perdu énormément de confiance en moi-même et je doutais de tout ce que je disais, de tout ce que je proposais. Mais si Martin affirmait que j'avais de bonnes idées, c'était peut-être vrai après tout... Ce n'était pas le genre d'homme à mâcher ses mots d'ordinaire, et je savais qu'il ne dirait certainement pas s'il ne le pensait pas. Nous ouvrîmes la porte du gymnaste lorsque le chien me sauta dessus. Après être remis de mes émotions, j'appris avec stupeur que ce cabot en question appartenait aux parents de Martin. Eux, je ne les connaissais que très vaguement. Je les avais vu une fois ou deux peut-être lorsque je traînais chez Monsieur le Maire ou à de rares occasions comme celles-ci. Tibo, car c'était son nom, vint renifler les jambes de Martin et sa main. Il semblait heureux de voir un visage familier. Je me surpris à caresser doucement les poils de l'animal. D'habitude, je n'aimais pas vraiment les chiens, mais bon... Un animal devait sans doute aider les parents de Martin à se sentir moins seuls. « Ah ouais ? Comme quoi, tout est possible ! C'est dingue quand même tu trouves pas ? De le retrouver après autant de temps ! Il a du traîner dans la ville et entrer par là un peu par hasard... En même temps, faut avouer qu'ici, ça fait un bon abris quand même ! » Je regardai Tibo et rajoutai : « N'empêche qu'il m'a fichu la trouille de ma vie ! » J'humai l'air du gymnase rempli des excréments de chien. Voilà la principale raison pour laquelle je ne voulais pas d'animaux. C'était répugnant ! Et puis, ça et les puces. Et de toute manière, j'étais un garçon paumé à peine capable de m'occuper d'un poisson rouge, alors s'occuper d'un chien... Auparavant, avec moi, le pauvre Tibo serait mort en deux jours de déshydratation ou de quelque chose dans le genre. Mais je m'améliorais ! Je m'étais même occupé du chien de ce gars, Alexandre Reh, maître chien où je ne savais plus trop quel métier, pendant sa convalescence ! Il avait même eu l'air ravi de mes services ! En même temps, il m'avait vraiment bien briefé sur la manière dont il fallait que je soigne son animal, alors je n'avais pas eu trop de soucis.

« Que veux-tu faire ensuite ? Nous pouvons continuer à explorer le gymnase, ou ... nettoyer ce que Tibo nous a laissés. Si nous voulons entreposer des denrées ici, il va falloir que cette pièce soit propre ! Mais on peut aussi se balader, bref, c'est toi qui vois. » Nettoyer les saletés faites par Tibo ne me plaisait pas vraiment, mais de toute manière, il allait bien falloir que quelqu'un le fasse alors moi ou un autre... Je me dirigeais vers une porte : « Si je me souviens bien, là-dedans il y avait des produits d'entretien ou trucs dans le genre, autant s'y mettre tout de suite, on en a pas pour longtemps. » déclarai-je en lançant un balai et une serpillière à Martin. Je m'appliquais à la tâche alors que Tobo gambadait autour de nous. Je m'amusais durant quelques secondes à lui chatouiller les oreilles avec ma balayette, il n'avait pas l'air d'apprécier en tout cas ! En quelques minutes, à coup de plumeaux et de balais, le gymnase fut propre comme au temps de son ancienne gloire. J'essuyais les fines gouttes de sueurs qui s'étaient accumulées sur mon front à la force des efforts fournis. « Tu vois, c'était pas si long que ça ! » Je lui présentais mon poing, comme pour faire un check, et à ma grande surprise, Martin me tendit le sien. On aurait dit deux gosses qui se saluaient dans un collège. Mais au moins, ç'eut le don de me faire rire. « Bah maintenant, on rassemble les choses ou quoi ? J'sais pas, c'est toi le maire, pourquoi tu me demandes à moi ? »

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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Lun 27 Mai - 20:53

Nous avions retrouvé Tibo ! Quel soulagement ! L'odeur de crotte séchée qui nous cueillit ensuite fut moins agréable, mais j'étais heureux de retrouver le chien en bonne santé, quoiqu'un peu maigre. Il n'avait pas du manger à sa faim. Je fouillais ma poche et trouvais deux biscuits dans un sachet. Me voir les déballer excita le chien et j'eus des difficultés à ne pas lui faire manger le plastique avec !

Nettoyer tout ça n'était pas une belle perspective mais pourtant Benjamin me surprit agréablement en déclarant :
« Si je me souviens bien, là-dedans il y avait des produits d'entretien ou trucs dans le genre, autant s'y mettre tout de suite, on en a pas pour longtemps. »
Docile, je le laissais prendre les devants et gérer sa mission de nettoyage. Avec de la bonne volonté, nous mîmes tout de même deux heures à tout nettoyer. Parce que dans notre zèle, nous avions rangé le matériel, balayé la poussière, fermé les fenêtres, lavé les vitres ! Et puis, Tibo ne nous avait pas facilité la tâche, en gambadant autour de nous comme un beau diable ! Pour sûr, il était content d'avoir un peu de compagnie. Je constatais que Benjain n'était pas très à l'aise avec lui au départ, mais que peu à peu, il s'enhardissait à jouer avec lui et à lui taquiner les oreilles avec la balayette !
A un moment, Benjamin leva son poing pour le cogner contre le mien. J'obtempérais vaillamment. Il eut un sourire, surpris que je connaisse cette technique pour se saluer. Je pensais maugréant : *J'ai été à l'école, j'ai été jeune comme toi il y a quelques temps, pas si lointains que ça !*

Infatigable, Benjamin me demanda ce que nous allions faire ensuite, rappelant qu'après tout, j'étais le maire et que je faisais ce que je veux. *Non pas vraiment, pas tout le temps.*

"On va s'arrêter là. Ca fait bien deux heures, et je m'étais promis de passer à la mairie pour étudier quelques affaires importantes. On continuera une prochaine fois, enfin si ça te dit. Tu as été efficace et plein de bonne volonté, ça fait plaisir !"
Changeant de ton, j'ajoutais :
"N'hésite pas à me contacter si ça ne va pas." Je le pris par les épaules et le regardais droit dans les yeux.
"Tu peux compter sur moi. Tu peux venir me demander ce que tu veux, je ferais mon maximum pour t'aider, pigé ?"
J'avais envie d'en dire plus, de parler de ses parents, de l'enlacer mais je me retins.
Je fouillais mon sac à dos à la recherche d'une ficelle de cuir - il y avait un bordel monstre dans mon sac mais je trouvais toujours ce que je cherchais - et l'attachais au cou de Tibo. Nous sortîmes tous deux du bâtiment et prîmes des directions opposées.

Bien que préoccupé par les prochains sujets que je devais traiter avant que cette journée ne se termine, et bien que mon dos me fasse souffrir après ce ménage intensif - je pensais toujours à l'avenir du fils Leveque. J'espérais qu'il me fasse confiance, même si je n'étais ni un super héros ni son père. Et comme pour lui, son père était un héros, la tâche de remplacer Claude pour Benjamin n'allait pas être facile !

Spoiler:
 


LIVRE II **Chapitre 1**
Topo sur Martin

Passée la folie des grandeurs
L'envie de jouer les grands seigneurs
Passée l'ivresse, passée l'ardeur
Dont les fruits n'ont plus de saveur
Revenu de sept ans de malheur
D'un accouchement dans la douleur
Lassé de mentir, de faire l'acteur
Quand on n'est plus à la hauteur
Restent les murs porteurs
Pour s'abriter du froid
Pour conjurer le malheur
Et retrouver sa voie
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Sam 22 Juin - 11:31


But, you know how I feel.

Hopeless time to roam, the distance to your home fades away to nowhere. How much are you worth ? You can't come down to earth. You're swelling up - you're unstoppable, 'Cause you've seen, seen, Too much too young, young... Soulless is everywhere...


J'avais mal au dos à force de me baisser pour nettoyer le gymnase. Mais la douleur s'estompait au bout d'un moment. Il fallait avouer que je n'étais pas vraiment un as du ménage. J'étais un garçon désordonné, débordé et je n'avais aucune idée de ce que voulait dire le mot antibactérien. J'avais du néanmoins prendre sur moi ces derniers temps. J'étais seul chez moi depuis des lustres, et la grande maison familiale se transformait depuis quelques jours en vrai dépotoir. En remarquant à quel point  faire le ménage ne me faisait penser à rien, je me promis de faire un petit coup de plumeau en rentrant. Martin et moi ne parlâmes pas durant quelques minutes. Mais le silence n'était pas gênant du tout, en tout cas, moi, cela ne me dérangeait pas. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais presque en paix. Depuis le début de cette « guerre », je n'étais pas au meilleur de ma forme, mais être avec Martin me rappelait mon ancienne vie, et même si c'était mal, cela me faisait du bien. Monsieur le maire était vraiment quelqu'un qui rendait ma nouvelle vie un peu moins horrible et plus supportable. Heureusement qu'il était là franchement, sinon, cela aurait fait bien longtemps que j'aurais sombré. Il y avait encore des gens qui s'intéressaient à moi à Louisville. Lorsque je demandai à Martin ce qu'il comptait faire après, il me répondit : « On va s'arrêter là. Ca fait bien deux heures, et je m'étais promis de passer à la mairie pour étudier quelques affaires importantes. On continuera une prochaine fois, enfin si ça te dit. Tu as été efficace et plein de bonne volonté, ça fait plaisir ! »Je rigolai : « Oh, n'exagère pas tout non plus ! J'ai fait ce que j'ai pu ! En tout cas, ça m'a fait plaisir de te voir. » « N'hésite pas à me contacter si ça ne va pas. » Je sentis ses mains se poser sur mes épaules et ses yeux me fixer. Je n'aimais pas sentir son regard inquisiteur sur moi, mais je ne me dérobais pas. Il savait toujours tout ce que je pensais, c'était dingue. Mais je n'aimais pas faire pitié et je ne voulais pas non plus qu'il croit que j'étais démuni, mais son aide me toucha. « Tu peux compter sur moi. Tu peux venir me demander ce que tu veux, je ferais mon maximum pour t'aider, pigé ? »

Je ne prononçai pas un mot. J'avais la gorge sèche. Je pensais à mon père, à ma mère... Je ne me méprenais pas sur ses intentions. Je savais qu'il se croyait investi d'une sorte de devoir : me protéger, m'aider, devenir comme un père de substitution pour moi. Mon père et lui avaient été très proches... Et il était comme un oncle pour moi depuis toujours. Pour lui, cela devait sans doute être la chose la plus naturelle du monde.
« Merci en tout cas, c'est vraiment sympa de ta part. Je n'y manquerais pas. Je passerais demain à la mairie, vu que j'ai rien à faire. Si t'as besoin de moi. Dis-moi, ça sera toujours mieux que de rien faire. »
Nous sortîmes du bâtiment, et une fois sorti de lycée, je le saluai : « Bon, à plus tard Martin ! Bonne fin de journée ! » Je pris la direction de ma maison. À pied, cela devait bien faire trois kilomètres, mais j'avais tout le temps devant moi. Je vissai de nouveau mes écouteurs sur mes oreilles et haussai le volume jusqu'au maximum. Otherside des Red Hot Chili Peppers m'abîma aussitôt les tympans, mais j'adorais tellement cette chanson.. How long how long will I slide, separate my side - I don't, I don't believe it's bad, Slit my throat... It's all I ever...

TERMINÉ
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MessageSujet: Re: « Soulless is everywhere. » [Livre I - Terminé]   Aujourd'hui à 15:39



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