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Nous sommes actuellement, en jeu, pendant la DEUXIEME QUINZAINE de FEVRIER 2013.
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MessageSujet: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Lun 1 Sep - 13:13

    La neige était différente. Elle réfléchissait beaucoup plus la lumière du soleil que la veille, que les jours précédents. Cette blancheur m’éblouissait presque et je me sentais étrange alors que je marchais sur cette couche de neige. Il faisait un froid glacial et j’avais l’impression que les couches que j’avais enfilées ne suffisaient point, pas même les deux grosses écharpes en laine que j’avais récupéré. Le froid s’infiltrait quand même et je sentais le frisson m’envahir lorsque le vent chatouillait mon visage et envolait mes cheveux. Je regardais mes pieds un instant, puis devant moi alors que je me disais que c’était bien la première fois que j’allais sur le bon chemin. En tout cas, je ferais tout pour, et Manu ne me laisserait pas ; il me l’avait confirmé et même si je lui avais dit que j’allais avoir du mal à faire confiance, j’essayais pourtant, pour lui, mais pour moi également. Quoiqu’il en soit, j’avais l’impression que le poids sur mes épaules était moindre, on ne pouvait pas dire que je respirais la pleine forme, mais il y avait un petit mieux, et c’était ce qui faisait toute la différence. Mon avant-bras gauche guérissait, bientôt on m’enlèverait les points de suture, demain. Je ne pouvais pas rester à rien faire, mais j’allais faire attention cette fois-ci et les fois futures. J’avais eu vent par un collègue, si on pouvait appeler cela ainsi, que la clôture avait été abimée aux abords de la porte Est, par une branche qui s’était coupée suite au vent de cette nuit. Je m’étais donc proposée pour y aller mais avait demandé qu’il informe quelques autres personnes pour que ça aille plus vite à reformer. IL ne fallait absolument pas laisser tel quel une bref dans les défenses. Nous étions là pour ça, j’étais là pour ça, alors je me dirigeais vers la porte Est pour constater les dégâts.

    Des personnes étaient en train de s’occuper de la branche, et lorsque j’arrivais sur les lieux, je leur demandais ce qu’ils envisageaient et c’est comme ça que nous nous divisions en plusieurs groupes. Quelques-uns allaient s’occuper de la branche pour nous faire du bois en réserve, d’autres récupérait les objets inutiles et brisés, tandis que d’autres, dont moi, allait réparer cette barrière faite de bric et de broc. Il nous fallait chercher du matériel, et je me dirigeais vers une femme qui n’avait pas l’air d’avoir vraiment choisi de groupe. Je m’avançais vers elle, les mains dans les poches pour essayer de ne pas perdre le peu de chaleur que j’avais avant de m’adresser à elle avec un léger sourire.

    « Salut, il me faut quelqu’un pour aller chercher du matériel dans l’entrepôt, viens avec moi. » J’avais enclenché la marche avant de me stopper et de me tourner de nouveau vers elle. « Au fait, appelle-moi Eléanore. Et désolé, je ne te serre pas la main, je garde mes mains bien au chaud par ce temps. » terminais-je avant que quelqu’un ne m’appelle derrière moi. Je me retournais et il m’indiqua que finalement, je serais seule pour réparer la barrière, qu’ils sont sollicités ailleurs. « Et bien ce n’est pas grave, allez-y. » Je me retourne de nouveau vers cette jeune femme. « Si ça vous tente toujours, nous serons que toutes les deux, et je me compte comme une demi-personne étant donné que je dois utiliser avec délicatesse mon bras gauche. » Ce n’était pas infaisable en soi, si elle comptait également partir je ne la retiendrais pas. Je restais donc à attendre sa réponse, alors que mes yeux l’observaient me demandant si je l’avais déjà croisé mais elle ne me disait rien. J’avais encore un peu de chance finalement, je ne croisais pas des gens qui me connaissait déjà, ou pire, qui m’avait connu dans mon état lamentable. Et si je recroisais cet inconnu ? Celui à qui j’avais offert entièrement mon corps pour évacuer le souvenir douloureux du viol. Et si je recroisais ces autres gens, à qui j’avais volé une bouteille d’alcool, un autre encore où j’avais usé de mon charme pour avoir ces putains de cachets. Je stoppais mes pensées, il ne fallait pas que je me parasite avec cela, même si c’était affreusement difficile.


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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Mer 3 Sep - 8:11



❝éléanore x Emilie

♡ Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente

Il y a douze jours que je suis arrivée au camp, à présent. Douze jours pendant lesquels je suis restée principalement confinée sous ma tente, à cause du froid bien sûr, mais aussi parce que je ne voulais pas sortir de toute façon. L'intérieur m'allait bien. Au début on s'occupait de moi, je n'avais pas à me soucier du reste, tout ce que je voulais, c'était rester entre ces deux panneaux de plastique et y pleurer à ma guise.
Mais la vie du camp a rappelé ceux qui m'aidaient, et je commence à ne plus avoir de larmes dans mon corps. Il est temps pour moi de découvrir le dehors, de revivre un peu. J'ai toujours été une battante, je ne peux pas passer le reste de ma vie à me lamenter. Peut-être que j'aurais pu prendre un peu plus de temps. Mais douze, c'est un beau nombre. Celui des apôtres, celui des travaux d'Hercule. Celui du Pendu dans les arcanes, aussi. Bien sûr je ne veux pas pendre les coupables, mais me relever constituerait déjà une revanche.
Je suis déjà allée hier auprès des barrières Ouest : aujourd'hui, je décide donc de marcher dans l'autre direction. Contrairement à hier, je ne veux pas me morfondre, je veux sincèrement tenter de rencontrer des gens, de me rendre utile. Est-ce que je peux être encore utile ? J'aimerais bien. Cela me ferait du bien de le sentir, de savoir que je suis autre chose qu'un jouet perdu, qu'une poupée brisée laissée sur le bord de la route.
Là-bas, des gens s'activent. Instinctivement, je m'arrête. C'est bien beau de vouloir rencontrer de nouvelles personnes quand on est seul dans sa tente, mais maintenant que je me trouve face à eux, j'ai peur. Ils ont l'air sympathiques, mais mes ravisseurs l'étaient sûrement aussi au début. Quelle est la différence entre eux, hein ? Alors, à une dizaine de mètres, je les observe, j'essaye de savoir ce qu'ils font. Au bout de quelques minutes, je me rends compte qu'ils sont en train de réparer un tronçon de la barrière, endommagé par une branche. Très bien. Cela empêchera les démons du dehors de rentrer...

- Salut, il me faut quelqu’un pour aller chercher du matériel dans l’entrepôt, viens avec moi.

Perdue dans mes pensées, je n'avais pas vu qu'une femme s'était approchée de moi. C'est à moi qu'elle parle, il n'y a personne autour. Elle voudrait que je l'aide à faire une tâche. C'est ce que je voulais en sortant de ma tente, bien sûr, mais je n'ose pas parler. Je suis d'accord sur le fond, mais ma voix ne veut pas sortir. Alors je hoche la tête, simplement. Ca suffira, pour le moment. J'ai besoin de récolter un peu plus de confiance en moi...
La femme se présente :

- Au fait, appelle-moi Eléanore. Et désolé, je ne te serre pas la main, je garde mes mains bien au chaud par ce temps.

Je ne suis pas vexée, je comprends cela. Le simple fait de sortir mon corps de la tente a été une épreuve, ce matin...
Je sais que les convenances exigent que je me présente à mon tour, mais j'ai l'impression que si j'ouvre la bouche, ce n'est pas seulement l'air glacé qui va s'insinuer en moi, mais aussi une force qui va me fragiliser encore plus que je ne le suis déjà. Est-ce que je suis condamnée à avoir peur des gens pour le reste de ma vie ?
Heureusement, je n'ai pas à répondre immédiatement, car un travailleur hèle Eléanore et lui dit que lui et ses camarades doivent partir. Elle a l'air vaguement contrariée mais répond :

- Et bien ce n’est pas grave, allez-y.

Puis elle s'adresse de nouveau à moi en disant :

- Si ça vous tente toujours, nous serons que toutes les deux, et je me compte comme une demi-personne étant donné que je dois utiliser avec délicatesse mon bras gauche.

Cette fois, je crois que je ne peux plus délayer le moment de prendre la parole. Et puis, à mesure que les autres hommes s'éloignent, je me sens mieux. La présence d'une femme me rassure. Ce n'était pas une femme qui m'a fait subir ce que j'ai subi, j'en suis quasiment certaine. Mon sexe n'est pas mon ennemi. J'ouvre la bouche et j'entends ma voix, rauque à force de silence :

- Je vais vous aider, mais je suis aussi plutôt faible.

Il n'y a pas que mon bras gauche qui ne va pas, chez moi. L'ensemble de mon corps est affaibli, mes muscles ne fonctionnent plus qu'avec difficulté. Ils n'ont pas été sollicités depuis longtemps...
J'estime qu'il faut que je me présente aussi, et je rajoute :

- Je m'appelle Emilie.

Je n'ai pas envie d'en dire plus. Si les rumeurs ont fait le tour du camp, Eléanore aura peut-être entendu mon histoire, et la prendra en compte pour ne pas me brusquer. Sinon, tant pis. Je ne peux pas vivre dans un cocon, non ? Même si c'est confortable, tellement plus confortable que le froid et les piquants des hommes...

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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Dim 7 Sep - 15:30

    Je dois avouer que lorsque l'homme m'a dit qu'il fallait qu'il parte lui et tous les autres pour un lieu différent, je n'étais pas très heureuse. Disons qu'il nous aurait fallu des gros bras, histoire que je ne serve pas complètement à rien avec mon bras. Je ne pouvais plus faire ce que j'avais déjà fait, aller au-delà de la douleur et me contenter d'occuper mon esprit quand bien même cela n'était pas bien pour mon corps blessé. J'avouais que tout cela, toute cette nouvelle situation ne m'était pas aussi facile que cela, mais je ressentais peu à peu ce que j'étais jadis. Je me retrouvais petit à petit et j'espérais fort bien que Manu ne me laisserait pas. Je lui avais dit il y a quelques jours, si je m'ouvrais de nouveau, si je persévérais dans cette voie et qu'il me lâchait, je périrais sans nul doute. À quoi bon survivre quand tout le monde se joue de vous ? Il n'y a plus d'espoir dans ce cas, et j'étais très bien placé pour savoir ce que cela faisait. S'il n'y avait pas Manu, je serais sans doute encore dans ma misère ; pire même, on m'aurait dépêché dans la neige, inerte et sans vie. Je voyais très bien la scène, je ressentais très bien la neige m'envelopper dans son manteau si mordant et brûlant.
    Une voix me réveille, m'interpelle, alors que je reprends connaissance du lieu où je suis et avec qui je parle devant moi. Je distingue de nouveau ce visage appartenant à cette femme. Je lui fis un mince sourire alors qu'elle ose prendre la parole. Je ne la sentais pas très à l'aise à dire vrai, mais qui n'était pas distrait par ces temps ? Peut-être se perdait-elle dans ses pensées tout comme je le faisais.

    « Ne vous en faites pas, on va y aller doucement dans ce cas. » Je me tourne pour observer les dégâts. « Ce n'est pas aussi important que cela, quelques bricoles et se sera résolu à la fin de la journée. »

    Je ne savais pas ce qu'elle avait pour qu'elle se dise faible également, mais tout le monde l'était un peu dans ce camp. Nous avions chacun nos souvenirs, nos malheurs et notre expérience de la guerre. Je n'avais pas encore vu cette femme au camp, mais on ne pouvait pas dire que j'étais très observatrice ces temps-ci. Je me contentais alors de ne pas parler pour le moment, et puis elle m'indiqua son prénom et j'en fus ravie. Je lui souris alors que je commençais à marcher en l'invitant avec moi.

    « Enchantée, Emilie. Nous allons chercher des outils et ce qu'il nous faut pour réparer cette barrière, c'est à l'entrepôt, j'imagine que tu vois où c'est, les bâtiments en durs sont rares par ici. »

    Je plaisantais, ou du moins, j'essayais de plaisanter. Pendant que nous marchions, je ne voulais pas que le silence s'installe et que cela soit étrange ou mette une quelconque tension dans l'atmosphère. Je trouvais déjà qu'Emilie n'était pas à l'aise, je ne voulais pas lui en causer davantage. Et c'est tout naturellement que j'essayais d'entamer la conversation.

    « Tu es au camp depuis longtemps ? » lui demandais-je alors que je m'arrêtais là, je ne voulais pas continuer pour lui demander si elle était seule ou si elle connaissait des gens. Y aller doucement, c'est ce que j'aurais voulu si les rôles étaient inversés. Nous arrivions à l'entrepôt, là les gardes nous laissèrent passer pour que l'on prenne tout ce qu'il nous fallait. Mes yeux commençaient déjà à observer les lieux. « Il nous faut marteau, clou, planche, barbelés éventuellement, ce serait mieux. » Et ça empêcherait surtout à des assaillants d'escalader pour pénétrer dans le camp. Je commençais alors à fouiller.


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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Lun 8 Sep - 14:07



❝éléanore x Emilie

♡ Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente

Eléanore ne semble pas contrariée par le fait que je lui dise que je suis faible. Au contraire, elle tente de me rassurer :

- Ne vous en faites pas, on va y aller doucement dans ce cas. Ce n'est pas aussi important que cela, quelques bricoles et se sera résolu à la fin de la journée.

Je hoche la tête sans prononcer mot. La fin de la journée ? Va-t-il vraiment nous falloir une journée entière pour effectuer notre tâche ? Je me sens déjà découragée. Je n'ai jamais été habituée au travail manuel, encore moins dans le froid...

Le seul point positif, c'est qu'apparemment, Eléanore ne me connait pas, ou en tout cas, ne bronche pas à l'annonce de mon prénom. Au moins, elle ne me posera pas de questions intrusives. Peut-être que pendant ces quelques heures, je pourrais faire comme si rien ne s'était passé... Elle me dit :

- Enchantée, Emilie. Nous allons chercher des outils et ce qu'il nous faut pour réparer cette barrière, c'est à l'entrepôt, j'imagine que tu vois où c'est, les bâtiments en durs sont rares par ici.

Non, je ne vois pas où c'est. Je suis restée sous ma tente, je n'ai pas vraiment visité le camp. Mais je n'ai pas envie de l'avouer à Eléanore, alors je hoche la tête, encore une fois. Comme je n'ai qu'à la suivre, elle ne se rendra pas compte de mon ignorance, et ensuite, je saurais de quoi elle parle. Je ne veux pas attirer l'attention sur moi...

Mais voilà qu'elle me pose une question :

- Tu es au camp depuis longtemps ?

Je vois bien qu'elle essaye de me mettre à l'aise, d'éviter que le silence s'installe entre nous. Mais tenter d'en savoir plus sur moi, est-ce la seule manière de le faire ? Ne pourrait-elle pas, plutôt, me donner des précisions sur cet entrepôt dans lequel nous sommes en train d'entrer, ou sur la vie au camp ? Et ce tutoiement, si rapide... Il me fait sursauter. Je voudrais garder mes distances encore quelques temps.

Elle semble avoir entendu mes pensées, car, avant que je n'aie pu répondre, elle bascule sur le sujet de la tâche qui est la nôtre et m'indique :

- Il nous faut marteau, clou, planche, barbelés éventuellement, ce serait mieux.

Finalement, je choisis de ne pas ignorer sa question précédente. Je réponds sobrement :

- Douze jours, et vous ?

Il faut bien que je justifie dès maintenant mon ignorance en matière de réparation des barrières, voire même de bricolage en général. Plus je délaye et plus elle risque de se poser des questions par la suite. Et puis, des réfugiés, il doit en arriver régulièrement, ça ne doit pas être si exceptionnel, et puis ce n'était pas vraiment une question personnelle, elle avait juste un caractère informatif. Cependant je repasse au vouvoiement. Je ne suis pas encore prête pour le "tu", que même avant la guerre, j'employais peu dans le monde policé où j'évoluais.

Je l'imite et je me mets à chercher les fournitures qu'elle a indiquées dans l'entrepôt. Une seule ampoule éclaire les lieux, probablement pour économiser l'électricité qui doit être rare, mais mes yeux s'habituent rapidement à la pénombre. Je dois avoir passé du temps dans le noir au cours des derniers mois...

Je chasse cette pensée de mon esprit et je plisse les yeux, explorant la pièce et la détaillant du regard. C'était mon métier, avant, observer. Contrairement à ce que je pensais, il a une utilité ici, puisque je repère les clous avant Eléanore. Je l'interpelle :

- Les clous sont ici. Combien en faut-il ?

Et voilà, je retourne sur une discussion technique. Je veux avoir ce genre de conversation avec les gens qui sont ici, pour me focaliser sur les problèmes du quotidien, m'habituer à ma nouvelle vie, et ne plus ressasser le passé. Je n'y connais rien mais je vais apprendre. C'est le seul chemin pour m'en sortir...

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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Ven 12 Sep - 14:35

    Hj:
     

    Je la sens réservée, très réservée. Peut-être pire que moi ou au même niveau. J’arrive à parler avec les gens un minimum, je suis juste moins bavarde lorsqu’il s’agit de mon passé, de mon expérience. Je préférais garder ça pour Manu, car il saurait me rassurer, trouver les mots pour ne pas me brusquer. Je m’étais déjà dévoilé un peu à lui, j’imaginais que ça allait aller de mieux en mieux. En tout cas, il devenait mon ancre, et je ne le lâcherais plus, alors j’espérais qu’à la moindre dérive, même infime, la moindre détresse, il serait présent. Il ferait comme il a toujours fait, il lui suffirait de regarder dans mes yeux pour comprendre que quelque chose n’allait pas. Je me surpris à frissonner alors que je pensais à sa présence, à ses bras m’entourant et à ses lèvres que j’appréciais. C’était étrange, comme si tout était nouveau pour moi. Telle une petite fille qui découvrirait l’amour. Avais-je été autant blessée, brisée ? C’était apparemment le cas. Mes yeux observaient cette femme alors que je revenais sur terre, laissant mes pensées de côté. Elle ne disait mot, et j’essayais de percevoir à travers sa gestuelle, ses mots et ses traits ce qu’elle avait vécu. Mais soudainement, je me rétractais, me demandant si c’était bien finalement d’analyser les gens ainsi. Si elle souhaitait me parler, elle le ferait tout simplement. Je n’étais d’ailleurs restée muette qu’un moment, lui demandant depuis combien de temps elle était dans ce camp alors que étions toutes deux en train de fouiller dans l’entrepôt sous l’œil avisé des deux gardes qui gardaient l’endroit.

    « Oh ça fait un peu plus longtemps pour ma part… » lui répondais-je avec un léger sourire en repensant d’où nous venions à ce moment-là. Ce n’était pas plus facile de répondre à cette question, disons qu’à force la réponse trouvait ces mots plus naturellement. Elle n’était pas la première à me retourner la question. Je ne parus même pas surprise du temps qu’il lui avait fallu pour me répondre, même s’il est vrai que je trouvais bizarre qu’elle n’arrive pas à parler plus ouvertement. Elle avait dû souffrir, comme nous tous, et peut-être était-elle seule dans le camp et qu’elle se refermait sur elle-même. Comme je l’avais fait également.

    Mes mains tate les étagères, le dernier étage surtout et je tombe sur ce qu’il me semble être un marteau. Je le soulève et constate que c’est bien l’objet que je cherche. Au même moment, Emilie m’interpelle concernant les clous. Je me retourne pour lui faire face. « Prends la boîte entière, nous les ramèneront si nous n’avons pas tout utilisé. Et pour ma part, j’ai trouvé le marteau. » ajoutais-je en lui montrant le marteau avant de le mettre sur un petit meuble près de la sortie. Puis j’y retourne alors que mes yeux ont visualisés les planches qu’il nous fallait. Je réfléchis un instant avant d’aller voir les gardes pour leur demander s’il y avait une éventuel brouette quelque part dans le camp. Il me répondit positivement et se proposait d’aller la chercher. Je le remerciais avant de revenir dans l’entrepôt. « Notre brouette arrive, ce sera plus simple pour les planches que nous avons là. » lui indiquais-je en lui montrant les planches qui n’étaient pas bien large, 20cm tout au plus, ni très longue non plus, mais elle faisait bien un à deux mètres. Je n’avais pas trouvé encore de fil barbelé, mais je me disais que ce n’était pas bien grave. Je me tournais vers Emilie alors que j’avais longuement hésité à lui poser cette question. « Tu as déjà rencontré beaucoup de gens ? Tu es arrivée seule parmi nous ? » Je réfléchissais deux secondes et avant qu’elle ne réponde, j’ajoutais presque aussitôt. « Désolée, je ne veux pas être trop curieuse ou intrusive, tu as le droit de ne pas répondre, je comprendrais. Nous avons tous un peu souffert… » Et c’était léger comparé à ce que nous vivions.


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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Mar 16 Sep - 12:35



❝éléanore x Emilie

♡ Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente

A ma question sur la durée de sa présence au camp, Eléanore répond de façon évasive :

- Oh ça fait un peu plus longtemps pour ma part…

Elle ne s'étend pas sur le sujet. J'ai l'impression que, comme dans mon cas, cette réponse apparemment simple cache quelque chose de plus douloureux, de plus sombre. Mais malgré ce pressentiment, je ne suis pas curieuse. J'ai déjà bien du mal à supporter mon propre malheur, me charger en plus de celui d'une autre me serait trop difficile si je veux garder espoir de retrouver un jour foi en l'humanité... D'ailleurs Eléanore revient aussitôt sur l'autre question, la question facile et pratique que je lui ai posée après la première :

- Prends la boîte entière, nous les ramèneront si nous n’avons pas tout utilisé. Et pour ma part, j’ai trouvé le marteau.

Je hoche la tête. C'est bien, nous travaillons vite. Je suis le regard d'Eléanore et je vois qu'elle a également repéré des planches. Je soupire d'avance à l'idée de devoir les transporter jusqu'aux barrières... Mais Eléanore sort demander de l'aide aux gardes. Je l'entends qui s'entretient avec eux et en l'attendant, je reste sans rien faire dans la pénombre de l'entrepôt. Pourvu qu'ils acceptent... Oui, ils acceptent. Je l'ai entendu, je le sais avant même qu'elle ne revienne et me dise :

- Notre brouette arrive, ce sera plus simple pour les planches que nous avons là.

Il est donc temps de se reposer un peu. Nous avons rassemblé tout le matériel nécessaire, à part les planches dont nous ne pouvons rien faire tant que la brouette n'est pas là. Malheureusement, Eléanore profite de cet instant de silence pour me reposer une question personnelle :

- Tu as déjà rencontré beaucoup de gens ? Tu es arrivée seule parmi nous ?

Je pourrais me refermer comme une huître en repensant à mon arrivée au camp. C'est d'ailleurs ce que, spontanément, j'aurais fait. Mais Eléanore s'excuse aussitôt :

- Désolée, je ne veux pas être trop curieuse ou intrusive, tu as le droit de ne pas répondre, je comprendrais. Nous avons tous un peu souffert…

Et ces excuses modifient ma réaction instinctive. Par contraste je me rends compte qu'elle n'est ni curieuse ni intrusive, même si ma première réaction a été de le penser. Ce sont simplement les questions normales qu'une personne ordinaire poserait à une autre dans de telles circonstances. Pour mieux la connaître, mieux l'évaluer. Le chemin vers la guérison passe peut-être par le fait d'accepter à nouveau de telles questions comme banales et sans conséquence, savoir détacher ce qui m'est arrivé des interrogations naïves des gens qui ignorent mon passé...

Et puis, si elle se trouve curieuse et intrusive, c'est peut-être parce qu'elle trouverait tel quelqu'un qui lui poserait de telles questions. Cela confirme mon impression qu'elle a connu quelque chose de similaire, et même si je ne veux pas savoir de quoi il s'agit, cela me la rend sympathique.

Pour autant je n'ai toujours pas envie de me dévoiler. Un pas à la fois. Aujourd'hui je suis là pour travailler, me fondre dans la masse. Je ne veux pas ramener le passé sur le devant de la scène. Alors je réponds, sans plus de précisions :

- Oui, je suis arrivée seule.

Je ne parle pas de ma nudité, des coups que j'ai reçus, de mon amnésie. Je ne dis pas que "seule" est un mot bien faible pour décrire l'état dans lequel je suis arrivée. Et, à l'autre question, je réponds tout aussi sobrement :

- Et non, je n'ai pas rencontré beaucoup de monde. Quelques militaires et quelques médecins, principalement. Je suis restée beaucoup sous ma tente.

J'ose une légère ouverture vers une couche plus profonde de moi-même, déguisée derrière une formule générale qui est sûrement devenue un lieu commun sur le camp :

- Ce sont des temps difficiles.

Je ne la rassure pas sur les défauts qu'elle s'impute. Le simple fait de répondre à ses questions constitue pour moi un pardon, mais mes mots ont du mal à parvenir à mes lèvres et restent rares. Je ne me sens pas la force de rentrer dans une tirade de mise en confiance qui risquerait d'alimenter la conversation et de me placer dans une position où c'est moi, malgré mes blessures, qui devrait me mettre à rassurer quelqu'un. Et puis même si je sais que le problème vient de moi, je ne veux pas l'encourager à poser d'autres questions de ce genre. Y répondre, penser aux réponses que je veux y faire et aux éléments que j'occulte dans mes paroles m'est trop douloureux. Restons-en à des banalités, la suite viendra plus tard, peut-être.

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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Dim 21 Sep - 14:07

    Je la sens encore réservée, beaucoup plus que je ne l’avais cru en vérité. Mais je respecte son silence, tout le monde gère différemment la situation, le chaos et le malheur. Si elle m’avait rencontré quelques jours plus tôt, elle aurait vu une femme totalement différente. Sur la défensive, presque agressive et s’isolant quoi qu’il arrive, malgré son degré de détresse. Je ne parvenais pas encore à voir si cette femme avait une quelconque détresse, si on souhaitait qu’on l’aide ou tout simplement qu’elle ait besoin d’une oreille attentive pour l’écouter. En tout cas, je pouvais être tout ça, mais je ne la forcerais jamais à se dévoiler. Après tout, nous ne nous connaissions pas, et la confiance venait petit à petit, encore plus lente dans cette guerre. Je pouvais tout à faire comprendre. Elle ramena la boîte après avoir hocher la tête à mes propos. Nous sommes assez efficace, nous avons tout trouvé en même pas quelques minutes. Je vais voir les gardes pour les planches pour leur demander une éventuelle aide. Aide qui porte ses fruits alors qu’un des gardes va chercher une brouette pour nous aider. Je retourne à l’intérieur avec un sourire alors que j’annonce la nouvelle à Emilie, qui devait sans doute avoir entendu la conversation. Je pose mes fesses sur un meuble en attendant, alors que ma curiosité me fait défaut, ou était-ce le fait que je voulais en savoir plus sur cette femme qui m’intriguait, souhaitait l’aider alors que j’avais l’impression finalement que le sentiment que j’avais en moi était de l’inquiétude. Je m’excusais presque aussitôt, n’attendant finalement pas de réponses de sa part avant d’entendre sa voix briser le silence. Je lui souris, un sourire qui se voulait presque réconfortant, confiant.

    « Ça peut se comprendre, surtout si tu ne connais du coup pas grand monde. Je ne sais pas si on te l’a déjà signalé, mais tu peux te renseigner auprès des gens qui font le recensement si tu cherches quelqu’un. Il y a peu d’espoir bien sûr, mais nous avons déjà eu des heureuses surprises. » Et c’était vrai, tout comme l’événement était rare, mais il y avait déjà eu une fois cette heureuse nouvelle pour deux individus. Au moins cela avait eu pour effet d’embellir un peu la journée avec les cris de joie de la femme. Mais cela n’était arrivé qu’une fois depuis que j’étais là. « Oui ce sont des temps difficiles, mais si tu as besoin de compagnie, quelqu’un à qui parler ou tout autre chose, n’hésites pas à me trouver. Je sais que cela peut être difficile lorsqu’on arrive seule dans un endroit inconnu, surtout pour une femme. » Je lui supposais que je parlais d’expérience, et elle devrait s’en douter. Je lui faisais une ouverture, à elle de faire son choix. C’est à ce moment-là que le garde m’interpella alors qu’il amenait la brouette. Il nous aida à mettre les planches avant que nous quittions les lieux pour retourner au niveau de la barrière endommagée. Je ne dis mot jusqu’à ce que nous arrivions, je poussais la brouette et arrivée à destination je grimaçais en supportant mon avant-bras gauche. J’observais la barrière et il fallait juste retirer les planches brisées et les replacer par d’autres.

    « Bon, et bien nous avons juste à retirer ces trois planches là qui sont cassées et les remplacer par des toutes neuves. » ajoutai-je avec un sourire avant de prendre le marteau et à bout de bras essayer d’enlever les planches. Je réussis à en faire une avant de grimacer une nouvelle fois, échappant un gémissement que j’étouffais dans ma bouche. Je jetais la planche à terre avant de me tourner vers Emilie. « Je crois que je ne vais vraiment servir à rien. Il y en a encore trois à enlever, ça te dérangerait de le faire ? Tu peux même monter, en faisant attention, pour y accéder plus facilement, je ne peux pas être habile d’une main. Tu me les lances et je les ramasserais. Ensuite on les remplace et le tour est joué. » terminais-je alors que je lui tendais le marteau.


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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Mer 24 Sep - 12:26



❝éléanore x Emilie

♡ Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente

Eléanore interprète mal ma remarque sur la solitude. Mon ton incisif, elle le perçoit comme une réaction de deuil, car elle me suggère :

- Ça peut se comprendre, surtout si tu ne connais du coup pas grand monde. Je ne sais pas si on te l’a déjà signalé, mais tu peux te renseigner auprès des gens qui font le recensement si tu cherches quelqu’un. Il y a peu d’espoir bien sûr, mais nous avons déjà eu des heureuses surprises.

Je secoue la tête. Je ne déplore pas la perte de personnes proches. Bien sûr, j'avais des amis à Paris, mais ma famille est loin, et je n'avais aucune relation suffisamment forte en métropole pour qu'une absence me pèse. Aucun conjoint, si c'est à cela qu'Eléanore pense. Ceux que j'ai côtoyés à la capitale sont très probablement restés là-bas, et je serais très étonnée de retrouver quelqu'un dans ce camp. Ce serait une bonne surprise, mais il m'est inutile d'aller consulter la liste des morts et des vivants du coin. Cela ne ferait que m'angoisser davantage, alors que j'ai d'autres problèmes autrement plus urgents à régler.

Néanmoins, je sais qu'Eléanore était mue par une bonne intention, et, même si je secoue la tête, je la remercie donc en disant :

- Merci, mais je n'attends personne.

C'est laconique, comme tout ce que j'ai dit depuis le début. Eléanore, au contraire, parle beaucoup. Elle revient à mes propos précédents et les commente en ces termes :

- Oui ce sont des temps difficiles, mais si tu as besoin de compagnie, quelqu’un à qui parler ou tout autre chose, n’hésites pas à me trouver. Je sais que cela peut être difficile lorsqu’on arrive seule dans un endroit inconnu, surtout pour une femme.

Je hoche la tête, prenant bonne note de sa proposition. Sa dernière remarque me crispe un peu : elle me rappelle le discours de Chloé, prête à faire passer le combat féministe avant les traumatismes des femmes elles-mêmes. Mais Eléanore n'a pas l'air comme ça. Toutefois je n'ai pas envie de parler aujourd'hui : je veux me plonger dans le travail manuel, penser à autre chose. Plus tard, peut-être, si j'en ai besoin, je reviendrai vers elle...

Heureusement, l'arrivée d'un garde avec une brouette me dispense de lui répondre. A trois, nous la chargeons de planches, puis nous retournons devant la partie endommagée de la barrière. Le retour au froid me fait un peu frissonner. Même si l'entrepôt n'était pas chauffé, au moins, nous y étions à l'abri du vent glacé...

Mais il n'est pas temps pour se lamenter sur notre peu de confort : il faut travailler, si nous voulons avoir terminé avant que la journée ne s'achève et que les températures ne s'abaissent encore plus. Le militaire nous quitte, et Eléanore prend en main les opérations :

- Bon, et bien nous avons juste à retirer ces trois planches là qui sont cassées et les remplacer par des toutes neuves.

Elle prend le marteau et commence à essayer d'arracher les planches, les bras levés. Cela doit être difficile pour elle, surtout qu'elle m'a dit qu'elle avait mal au bras... Je ne me trompe pas : à peine quelques secondes plus tard, elle se voit contrainte de lâcher la planche qu'elle était en train de tenir, avec un gémissement. Heureusement, elle est parvenue à tirer suffisamment fort dessus avant de craquer : la planche chute et tombe dans la neige avec un bruit sourd. Mais elle révèle un autre morçeau de bois caché derrière elle, à moitié pendant, dont il va également falloir nous occuper...

Elle se tourne vers moi et me demande :

- Je crois que je ne vais vraiment servir à rien. Il y en a encore trois à enlever, ça te dérangerait de le faire ? Tu peux même monter, en faisant attention, pour y accéder plus facilement, je ne peux pas être habile d’une main. Tu me les lances et je les ramasserais. Ensuite on les remplace et le tour est joué.

Elle me tend le marteau, et je le prends en souriant et en la rassurant :

- Il n'y a pas de problème, je m'en occupe.

Me concentrer sur quelque chose de concret me fera du bien... J'ai bien observé comment procédait Eléanore, et j'imite ses gestes. Comme je suis un peu plus grande qu'elle, enlever la première planche m'est moins pénible qu'à elle, surtout que même si mes bras sont faibles, ils ne sont pas douloureux. Je tire pendant une dizaine de secondes, et le bois se dégage.

En revanche, je ne peux atteindre la deuxième planche que du bout du marteau. Je fais une première tentative, mais il m'est difficile d'assurer une prise tout comme de tirer avec force. Je suis donc le conseil d'Eléanore et je tente de grimper sur la barrière. Elle tremble un peu sous mon poids, et je mets quelques instants à trouver des appuis stables. Ceci fait, il faut encore que je dégage mon bras qui tient le marteau pour tirer sur la deuxième planche... Mais finalement, celle-ci rejoint le sol après quelques minutes.

Pour la troisième, je suis plus rapide : je commence à prendre le truc... Elle aussi s'écrase dans la neige. Eléanore la ramasse, comme les deux précédentes. Je descends à mon tour, et regarde la brèche maintenant béante.

** C'est moi qui ai fait ça. J'ai fait quelque chose pour le camp. Je me suis rendue utile. **

La pensée me met du baume au coeur. Mais le travail n'est pas terminé : il reste à reboucher ce trou avec des planches en bon état. Je brise donc le silence que j'avais observé auparavant et je demande à Eléanore :

- Je suppose qu'il va falloir clouer les nouvelles planches sur la barrière, à présent ?

Je sais déjà qu'elles ne tiendront que de manière approximative : la barrière n'est pas une structure lisse et en parfait état, mais un bric à brac qui a dû être monté à la va-vite par des amateurs. Des gens comme Eléanore et moi. Je devine qu'au prochain coup de vent, il faudra refaire des réparations autre part. Dans un sens, tant mieux. Cela me donnera encore quelque chose à faire.

Je réfléchis aux coups de marteau répétés qu'il va falloir donner, et je sens qu'Eléanore, avec son bras blessé, souffrira si elle doit s'en occuper. Alors que moi... Cela ne me gêne pas tellement. Mes muscles me feront mal, mais c'est une bonne douleur. Je lui propose donc :

- Je peux clouer les planches si tu me les passes, et que tu m'aides à les maintenir en place. Laisse-moi juste quelques secondes pour reprendre mon souffle.

C'est vrai : ce premier effort m'a déjà fatiguée. Ce n'est pourtant qu'un avant-goût de ce qui va suivre. Mais il faut que je me renforce. Je n'ai plus le droit d'être faible dans ce monde devenu dur. C'est comme ça, je dois l'accepter. Je veux l'accepter.

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MessageSujet: Re: Je ne change pas mes habitudes, mais je me sens pourtant différente.   Aujourd'hui à 15:37



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