AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Nous sommes actuellement, en jeu, pendant la DEUXIEME QUINZAINE de FEVRIER 2013.
[La météo ici ]


Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Pierre qui roule...   Sam 30 Aoû - 10:17





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Je suis assise, sur les graviers, face aux barrières qui séparent le camp du monde. Derrière, je ne vois rien, rien que la campagne. Les petits cailloux appuient sur mes fesses à travers mon jean. Ca fait mal, un peu. Il paraît que j'ai connu la douleur au cours des trois derniers mois, mais même une petite sensation désagréable comme celle-ci, je la ressens encore. Je ne sais pas comment j'ai survécu.

De l'autre côté de ce grillage, il doit y avoir encore les autres, ceux qui m'ont fait ça. Pourquoi m'ont-ils capturée, moi ? Pourquoi m'ont-ils relâchée, il y a dix jours et pas avant ? Tant de questions. Je tourne en rond depuis mon arrivée ici. Je ne sais pas pour combien de temps encore.

Je n'ai plus rien, plus rien d'avant. Mon violon. Le pendentif que m'avait offert ma mère à mon départ de Guadeloupe. Mes vêtements, même. Ceux que je porte actuellement m'ont été donnés par les responsables du camp. Ils ne sont pas laids, pas beaux non plus. Un jean classique qui en a vu d'autres, un t-shirt à la couleur indéterminée, un polaire informe mais qui a l'avantage de tenir chaud. Même après de nombreuses années en métropole, j'ai toujours du mal à supporter la rigueur des hivers. J'étais frigorifiée quand je suis arrivée au camp. Je suis reconnaissante aux autorités de m'avoir fourni de quoi subvenir à mes besoins.

Je me regarde. Décidément, je ne ressemble plus à l'Emilie d'avant, celle qui allait de réception en réception dans des tenues raffinées. Je ressemble à... Je ne sais pas vraiment à qui ou à quoi. J'ai maigri. Mes ravisseurs ne m'ont sûrement pas alimentée autant qu'il aurait fallu. C'était leur droit, le droit du plus fort.

Mes mains frôlent les graviers. Ils sont froids. Des gants, on ne m'en a pas donnés. C'est une denrée rare, paraît-il, qui ne peut être distribuée à tous. J'espère que je pourrais en avoir un jour, pour protéger mes doigts qui se raidissent sous l'effet de la température peu élevée.

J'attrape un caillou et je le lance contre la clôture. Il heurte le grillage et il retombe au sol. J'en prends un autre et je recommence. Nouvel échec. Le troisième trouve miraculeusement un interstice et passe. Je continue, machinalement, et je plonge dans mes pensées.
Je tente de me souvenir mais il n'y a que du noir. Mon cerveau a dû faire le ménage. C'est intelligent un cerveau. Mais ça ne demande pas l'avis de son propriétaire. Peut-être que j'aurais aimé savoir, moi, pour pouvoir témoigner, pour que les coupables soient punis. Ou pas. Peut-être que c'est mieux ainsi, que les souvenirs restent bloqués à la frontière de mon inconscient comme ces cailloux échouent à franchir le grillage.

Et puis d'un coup, un flash. Une pièce, sombre, très sombre. Odeur de renfermé. De la terreur, de la terreur, je veux du temps, plus de temps, j'entends des pas, la porte grince, il est là, ça va recommencer...

Je ne jette plus de cailloux à présent. Je tremble de tout mon corps. J'enfouis ma tête entre mes genoux. Ca commence à remonter apparemment. Et si chaque morceau de souvenir me met dans cet état, je crois que je préfère que tout reste de l'autre côté du grillage de ma conscience...

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mar 2 Sep - 16:51

On ne peut pas dire que je sois particulièrement fan de ce genre de réveil. En sursaut et en sueur. Je me redresse dans ce vieux lit de camp moisi qui me sert de couche et je constate que dehors, il fait toujours aussi sombre. Pourtant, j'ai le sentiment qu'il fait jour depuis un bon moment ; mon horloge interne me souffle la faim grandissante que je ressens et le besoin toujours plus important de me reposer encore et encore. Pourtant, je vais mieux. Ayant suivi les conseils de Mathilda Fontaine, l'une des responsables civiles de ce camp, je me suis forcé à travailler moins au sein du D57 pour plus passer de temps au lit. Trois jours que je m'astreins à ce régime forcé, me restreignant dans tous mes déplacements, essayant de bien manger et de beaucoup m'hydrater... Et cela commence à porter ses fruits. En me redressant dans le lit, je grogne en ouvrant tout à fait les yeux. Mathieu n'est pas là. Comme souvent, en ce moment. Il doit déjà être dehors, faisant sa part mais je sais qu'il m'évite. Ca ne me plaît pas. Nous savons tous comment a fini Louisville. Je le sais, et lui aussi le sait. Nous étions présents. Notre existence peut finir à tous moments et lui il joue les filles de l'air ? J'essaie de lui parler, j'essaie de lui faire comprendre. Choux blanc.


Je me relève tout à fait en réprimant un râle alors que mon corps tout entier me semble aussi raide qu'un piquet de clôture. Je suis presque remis, mais c'est pas encore tout à fait ça. Je réajuste ma position dans le lit de camp, alors que je songe à aller chercher un truc à manger. Concernant les rations en ce moment... Ce que je pourrais trouver n'a rien de formidable. Je me contente donc d'un petit déjeuner à moi en sortant la vieille bouteille poussiéreuse de sous ma couche. Une bouteille de goutte de prune, du hors d'âge. Echangée à un gars du coin, réfugié lui aussi au camp, après que je lui ai monté son abri pour lui, sa femme et ses deux filles. Je crois que si je lui aurais demandé, il m'aurait bien filé sa femme tellement avoir un toit semblait le réjouir. Quand on voit le temps, on le comprend. Mais j'avais simplement demandé la bouteille que j'avais vue dans l'un de leurs sacs. Une généreuse rasade me fit tousser ; je récidivais en en buvant une seconde. Puis je me lève, m'habille et sors. J'ai besoin de prendre l'air, et je réfléchis à une nouvelle tentative d'approche de mon rejeton pour quand j'aurais remis la main sur lui.


C'est là que je tombe sur une personne que je connais. Une jeune femme, une fille paumée qui avait l'air profondément traumatisée quand j'avais monté son propre abris quelques jours plus tôt, avant que je ne tombe réellement malade. Ca n'a vraiment pas l'air d'aller. Je faisais quelques pas dans sa direction, doucement, sans vouloir la brusquer.



| Madame... Amélie? | dis je en pensant me rappeler de son prénom. Est ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas? |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Jeu 4 Sep - 15:08





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


J'entends des pas qui se dirigent vers moi. Aussitôt je me recroqueville, serrant mes genoux contre ma poitrine. Il y en a qui disent que quand ça ne va pas, mieux vaut ne pas rester tout seul, mais c'est justement quand on ne se sent pas bien que l'on doute de la validité de ce principe. Mes fantômes ne concernent que moi ; m'ouvrir, ce serait me blesser.

Les chaussures crissent sur le gravier. J'attends avec impatience le moment où le bruit décroîtra, signe que l'intrus se sera éloigné, mais les pas s'arrêtent quelques instants avant de me dépasser. Je refuse de me retourner, ne voulant pas saisir le regard de la personne qui vient d'arriver et attirer encore plus son attention sur moi. Peine perdue, j'entends une voix masculine qui me dit sur un ton où perce une sollicitude qui m'écoeure :

- Madame... Amélie? Est ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas ?

Sans me retourner, je corrige, machinalement, selon de vieux réflexes sociaux que, comme le vélo, je ne pourrais jamais oublier, quoi que je subisse :

- Emilie. Moi c'est Emilie.

Ensuite seulement je réfléchis. Amélie, c'est un prénom tout de même proche du mien. C'est à dire que cette personne me connaît. Je ne suis que depuis onze jours au camp, et quelqu'un a l'air de savoir qui je suis, alors même que j'ai passé la majorité des dix premiers jours seule dans ma tente.
Une bouffée de panique, irrationnelle, monte. C'est un homme. Il me connaît. Et s'il venait du dehors ? S'il était l'un de ceux qui m'ont séquestrée, venu pour me reprendre après m'avoir relâchée par erreur.

D'autres fragments remontent. Une silhouette. Grande, musclée. Un pull gris. Je ne le touche pas mais je sais qu'il est rêche. J'ai dû le tâter, je ne sais pas à quelle occasion. Le visage ne me revient pas, pas encore. Une voix faussement gentille qui me disait de ne pas faire l'idiote et de venir.

Un instinct de protection me saisit et, brusquement, je me retourne vers le nouvel arrivant. Il faut que j'en aie le coeur net, que je m'assure que je ne suis pas en présence de l'un d'eux.

Je reconnais la personne qui se trouve face à moi. Il fait partie du camp, je le sais. C'est l'homme qui m'a aidée à monter ma tente. Je crois qu'il s'appelle Michel, je n'en suis plus sûre. Dans un sens, c'est rassurant. Ce n'est pas un démon. Mais il me fait tout de même peur, même si cela n'a commune mesure avec la terreur que j'éprouve à la pensée de l'homme au pull gris. Je remarque que Michel porte des habits du même genre. J'ai beau me dire qu'il n'a rien à voir avec tout ça, j'ai envie de disparaître sous terre pour qu'il arrête de me fixer. Son regard a beau être inquiet, je sais bien qu'on peut mentir avec les yeux. Celui qui a dit qu'ils étaient les miroirs de l'âme se trompait lourdement, sauf s'il parlait de glaces sans tain...

Bien sûr je sais que les graviers ne vont pas m'avaler pour me cacher, mais je peux au moins essayer de faire en sorte que le regard se détourne, que les pas s'éloignent. Alors, quittant des yeux Michel pour fixer le gravier gris devant moi, je réponds :

- Tout va bien, merci. Tout va vraiment très bien.

Je l'ai répété deux fois : ça sera sûrement plus convaincant, non ? Et je ramène mes genoux encore plus près de mon torse, au point où mes muscles me font mal tellement je les tire. La chaleur de mes jambes m'aidera sûrement à me persuader moi-même de la justesse de mes paroles. Sûrement. Peut-être. Un jour.

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Sam 6 Sep - 12:04

Encore une fille brisée par la vie et par la guerre, me dis je en la regardant. Il était évident qu'elle était atteinte par un mal terrible ; son corps semblait mince et amaigri par les privations et les difficultés, son regard luisait d'une lueur fantomatique et désespérée et elle dégageait une véritable aura de malheur et de moral défaillant. Je savais que le camp tout entier pouvait puer la défaite et la déroute de l'homme, mais s''en était parfois presque trop pour moi. Après tout, nous avions tous nos petits problèmes, et s'attarder sur ceux des autres n'avait rien de facile... Il fallait pourtant le faire, parfois. Pas tant pour nous mêmes que pour les autres ; il me semblait évident que sans un minimum de coopération nous étions tous voués à la défaite et la mort. Difficile dans cette mesure, de faire en sorte de pouvoir se relever, d'avancer seul ou tous ensemble. Nous étions comme voués à nous morfondre ; à chaque fois que les choses allaient mieux nous étions comme voués à voir les choses empirer à nouveau. Voilà la nouvelle loi de notre existence, la dure loi de la guerre. C'était insupportable, complètement insupportable. Mais il fallait faire avec. C'était ça ou abandonner. Et même si mon fils me détestait au plus haut point, je n'abandonnerais pas, et je continuerais de me battre pour lui. La fille me corrige et me dit qu'elle s'appelle Emilie, pas Emilie. Bien sûr, idiot.


| D'accord, Emilie. Moi c'est Michel. Je vous ai aidée à construire votre nouveau chez vous, vous vous rappelez? |


Créer un lien, créer une passerelle. Faire en sorte qu'elle m'identifie à une personne sociale, à quelqu'un avec qui elle peut parler et partager. Pas forcément grand chose, mais au moins le nécessaire. Elle me répéte que tout va bien. Je la dévisage sans la croire.


| Vous savez, on est tous dans la même galère dans ce camp. Si on s'entraide pas, autant le quitter et survivre chacun de son côté. Bon, après on se connaît pas donc je peux comprendre mais vous pouvez pas rester comme ça ; vous avez vraiment l'air en vrac. Je connais une fille bien dans ce camp. C'était une vraie connasse avant, mais elle est infirmière et sait parler aux gens. Mathilda Fontaine. Vous devriez peut être aller lui parler? |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Sam 6 Sep - 20:32





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Il ne s'éloigne pas. Il reste là, il continue à me parler, à me dire des choses que je sais déjà :

- D'accord, Emilie. Moi c'est Michel. Je vous ai aidée à construire votre nouveau chez vous, vous vous rappelez ?

Bien sûr que je me rappelle. Je me rappelle d'un homme au visage fermé, tellement concentré sur son travail qu'il ne s'occupait pas de moi. J'avais raison alors : il n'a même pas retenu mon prénom. Il se souvient de moi cela dit. Mais j'imagine que le camp est un petit monde et qu'on n'a pas l'occasion si souvent que cela d'y croiser des personnes nouvelles...

Je me rappelle qu'il donnait des ordres, secs, précis, de déplacer du plastique par là, de tirer un peu plus d'un côté. Chacun des mots claquait comme un fouet. Est-ce que j'ai tâté du fouet là où j'étais ? Les médecins n'ont pas trouvé de marques. Mais il peut se passer des choses, en trois mois. Même si le corps n'oublie pas, il guérit vite, si vite, tellement plus vite que l'esprit qui lui, oublie mais ne guérit pas...

Evidemment, je ne peux pas lui dire tout cela. Il serait vexé, voudrait s'expliquer, voudrait rester. Et moi je n'ai pas la force de subir une confrontation, même pas la force de soutenir une discussion. Alors je me contente de dire ce que je suppose qu'il attend :

- Oui oui, je me rappelle. Michel. Je me rappelle de vous. C'était gentil de votre part, merci.

Cette dernière phrase, je ne la pense pas, je ne l'ai pas trouvé gentil, et puis s'il est venu m'aider, c'était probablement sur ordre du Lieutenant Raulne, pas de sa propre initiative... Mais c'est ce qu'il faut faire, paraît-il. Remercier les gens. Toujours remercier. Est-ce que les gens méchants ont été mal éduqués pour qu'ils oublient ce principe et cherchent à faire le mal ?

Michel ne se contente pas de ces quelques mots de ma part. Pourtant, Dieu sait s'il devrait les apprécier : je parle peu, alors pour moi, trois phrases, c'est beaucoup. Pour lui, non, apparemment, car il se lance dans une longue tirade :

- Vous savez, on est tous dans la même galère dans ce camp. Si on s'entraide pas, autant le quitter et survivre chacun de son côté. Bon, après on se connaît pas donc je peux comprendre mais vous pouvez pas rester comme ça ; vous avez vraiment l'air en vrac. Je connais une fille bien dans ce camp. C'était une vraie connasse avant, mais elle est infirmière et sait parler aux gens. Mathilda Fontaine. Vous devriez peut être aller lui parler ?

Galère. En vrac. Connasse. Des mots durs, des mots qui n'appartiennent pas au vocabulaire feutré de l'intellectuelle que je suis. Je jette un regard en coin à Michel et je le surprend en train de m'observer. Il est dubitatif, il ne m'a vraisemblablement pas crue quand j'ai répéré que j'allais bien. C'est ce que disent ses paroles, c'est ce que disent ses yeux.

Donc il a senti mon mal-être. Avec ses mots frustes, il essaye de m'aider. Il sait que je ne lui ai pas accordé ma confiance et que je suis loin de le faire, et m'indique quelqu'un à qui parler. Il a raison sur ce point. Après tout, peut-être qu'il veut bien faire, mais ne sait pas comment s'y prendre. Il y a des gens qui ne peuvent se départir de leur dureté.

Cette brève prise de conscience me donne la force suffisante pour lui fournir une réponse plus sincère que celles que je lui ai faites précédemment :

- J'ai vu des médecins à mon arrivée au camp. Je ne sais pas la femme dont vous parlez était parmi eux. De toute façon, mon état physique n'est pas alarmant, c'est ce qu'ils m'ont dit. Je préfère laisser les soins à ceux qui en ont plus besoin que moi. Il doit bien y avoir des blessés graves, non ?

Oui, dans cette guerre, il doit y avoir des victimes. Ces images que l'ont voyait à la télévision dans des pays éloignés il y a quelques mois, maintenant, elles ont dû passer dans la réalité française. J'imagine que les médecins doivent être débordés avec les soldats. Alors pourquoi moi, pauvre fille inutile et souffrant juste de vague à l'âme, j'irais les déranger ? Ils m'ont fait un bilan médical à mon arrivée ici. Ils ont noté les contusions et les marques de coups, les écorchures. Mais ils m'ont dit que mon corps saurait guérir seul. Les rares médicaments, je ne veux pas les accaparer. Je ne veux rien accaparer ici, puisque je ne sers à rien, à rien sauf à jeter des graviers sur un grillage en laissant les pensées tourner dans ma tête...

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Sam 13 Sep - 9:10

Je ne sais pas fondamentalement ce que je fous ici. Je ne suis pas doué pour le dialogue social et je ne suis même pas vraiment sûr de croire en la force du collectif en période de crise. Les choses ont tellement mal commencé dans cette guerre... Quand on regardait des années plus tôt les ravages en Syrie, en Lybie, les réfugiés et tout ça... On n'imaginait jamais que ça pouvait nous arriver. On se pense toujours si civilisé, si... Mature ? Adulte ? Je sais pas quel serait le bon mot pour ça. Mais on pense que la panique se passera dans le calme... Totalement absurde, mais on ne pense jamais que les scènes de panique qu'on voit à la télévision pourraient être visible ici, chez nous. Qu'elles sont l'apanage de pays lointains où l'anarchie règne depuis longtemps. Et finalement... Le voisin se met contre le voisin. Les étrangers contre les citoyens d'une ville. Je me souviens combien j'avais été choqué par l'attitude des Louisvillois en arrivant chez eux, mais maintenant je me doutais que ça avait dû arriver dans un paquet de villes, partout dans le monde. Ce qui nous était arrivé, le rejet de la population locale, devait se reproduire partout autour du globe. O n avait fini par surmonter nos différences et nos appréhensions pour défendre nos vies, mais cela ne s'était fait que dans la peur et la haine d'un ennemi implacable qui voulait tout nous prendre. Voilà ce qui me faisait sans doute croire en l'espoir ténu de la communauté, de la protection du groupe. Je ne savais rien de plus, mais j'essayais quand même. La fille me remercie, mais sans avoir l'air de trop y croire, toujours ailleurs, dans un endroit dans lequel je n'aimerais visiblement pas me trouver vu son regard.


| Eh bien, je vous en prie. C'est mon travail ici. |


De m'occuper des autres, du camp, de leur abri et de leur protection matérielle. Contre les envahisseurs, les pillards, les éléments. Autant que possible, et avec presque rien. Il faut pourtant bien quelqu'un pour le faire, et ce quelqu'un c'est moi. La fille semble hésiter, vaguement touchée par ce que je viens de lui dire, de lui proposer. Elle m'explique qu'elle a vu des médecins déjà, qu'elle avait une bonne santé relative. J'acquiesçais.


| Oui, il y en a. Accidents, engelures, maladie, sous nutrition. On a aussi des vrais blessures de guerre, parfois, mais surtout chez ceux qui partent en expédition nous ravitailler. Mais toutes les blessures ne sont pas physiques, j'en sais quelque chose. Et la seule manière de s'en trouver guéri c'est d'en parler. De toute façon, on n'a rien d'autre. Je crois qu'on n'a même pas le luxe de somnifères. |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mar 16 Sep - 13:05





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


A mes remerciements pour son aide à construire ma tente, Michel répond par les banalités d'usage :

- Eh bien, je vous en prie. C'est mon travail ici.

A cela je ne réplique rien. Je n'ai pas envie de m'engager dans les méandres du dialogue social obligatoire. Est-ce qu'elles veulent encore dire quelques choses, ces conventions lisses et policées, dans un monde où l'humain envoie des bombes sur l'humain, où l'homme use du droit du plus fort sur la femme ? Je n'en suis pas convaincue. Je suis même presque certaine du contraire.

Maintenant Michel me parle des blessés, dont je m'étais enquis quelques instants auparavant :

- Oui, il y en a. Accidents, engelures, maladie, sous nutrition. On a aussi des vrais blessures de guerre, parfois, mais surtout chez ceux qui partent en expédition nous ravitailler. Mais toutes les blessures ne sont pas physiques, j'en sais quelque chose. Et la seule manière de s'en trouver guéri c'est d'en parler. De toute façon, on n'a rien d'autre. Je crois qu'on n'a même pas le luxe de somnifères.

Je réponds machinalement :

- Non, il n'y en a pas.

Je le sais bien : j'en ai demandé et on n'a pas pu m'en donner. J'aurais bien voulu, moi, prolonger mes trois mois d'oubli par des nuits longues et tout aussi noires que l'amnésie, sans rêves colorés de souvenirs pour me tourmenter...

Je me rends compte que par cette réponse automatique, j'ai confirmé ce que Michel semblait penser : que j'avais connu des traumatismes psychologiques. Génial. Il va probablement vouloir insister, maintenant. Et je n'ai pas envie de cela, j'ai envie de rester seule. De toute façon je ne peux pas parler puisque je n'ai rien à dire, puisque ma mémoire est une ardoise vierge dont les inscriptions ont été effacées. Il reste bien quelques traces de craie, mais pas assez pour former des mots. Elles se laveront bien toutes seules à force de temps, ou au pire avec l'eau de mes larmes...

Alors je tente de rattraper par un mensonge que j'espère convaincant :

- Enfin, je n'en sais rien. J'imagine. Comme il y a peu de ressources ici, les somnifères doivent également manquer, comme tous les médicaments, d'ailleurs. C'est pour ça que des raids sont organisés, non ?

Voilà, j'oriente la conversation différemment, loin de la faille que j'ai laissé entrevoir. J'espère que Michel va me suivre sur ce terrain. Celui où je m'étais malencontreusement engagée était bien trop marécageux...

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mar 16 Sep - 18:12

Bon, ok, j'essaie vraiment de décider la fille à parler. Mais qu'elle parle à quelqu'un d'autre, surtout. Je serais pour ma part complétement incapable de l'aider en quoi que ce soit ; je ne savais déjà pas parler à mon fils, alors à une inconnue à qui je faisais visiblement peur, n'en parlons même pas. Je me savais de plus gauche avec les femmes, et facilement maladroit de manière plus générale. Ce que je pensais être de l'humour pouvait mettre mal à l'aise et n'amuser que moi, c'est pourquoi je n'en usais qu'avec parcimonie depuis le début de tout ce merdier. Je ne voulais pas me mettre la planète entière à dos... Enfin, tout le camp quoi. Alors que je rends la politesse à la jeune femme, celle ci me regarde sans rien dire. Et elle me confirme qu'il n'y a plus de somnifères. Je soupire. Encore un luxe qui s'évanouit dans les limbes d'une guerre meurtrière. Franchement, on pourrait rêver mieux comme monde pour y élever ses enfants. Je note cependant que la fille semble s'en vouloir, ou paraît gênée de m'avoir donné une réponse aussi automatique à ce que je lui avais proposé. Comme si elle en avait trop dit. Après hésitation, la jeune femme me dit qu'elle n'en sait rien, qu'elle l »imagine. Je hochais la tête.


| Oui, c'est pour ça. C'est con pour les somnifères, ca rje sais que ces derniers temps il y a eu une expédition plus au nord qui a ramené pas mal de médicaments et de plantes médicinales, j'aurais pensé... Enfin, j'imagine que c'est plus facile de limiter un mal de crâne que de faire dormir quelqu'un. |


Quelqu'un qui n'a absolument aucune envie de dormir de peur d'y retrouver ces cauchemars, aurais je pu ajouter sans avoir trop peur de me tromper. Mais bon, je ne vais pas trop insister non plus hein...


| Il y a des raids dans tous les sens en ce moment. Plus ou moins dangereux. On dit que les chefs du camp pensent aller plus au sud, à la rencontre du gouvernement... Ils proposent aux civils d'y aller pour ceux qui voudraient se mettre à l'abri des combats... Vous en pensez quoi? |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mer 17 Sep - 19:44





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Heureusement, Michel ne rebondit pas sur ma réaction trop rapide à propos des somnifères. Il reste sur le sujet, mais pour débiter des considérations sur le camp, rien de personnel :

- Oui, c'est pour ça. C'est con pour les somnifères, car je sais que ces derniers temps il y a eu une expédition plus au nord qui a ramené pas mal de médicaments et de plantes médicinales, j'aurais pensé... Enfin, j'imagine que c'est plus facile de limiter un mal de crâne que de faire dormir quelqu'un.

Je me suis tendue lorsqu'il a mentionné de nouveau les somnifères, mais calmée en entendant la tournure qu'ont prises ensuite ses paroles. Sur ce sujet-là je suis prête à parler. Enfin, un petit peu. Un petit peu plus que sur moi. Disons que cela ne m'est pas agréable, mais cela ne me met pas non plus mal à l'aise. Cela m'est indifférent. C'est ça, c'est le mot. Indifférent. Il y a ma douleur, et le reste du monde, qui m'est indifférent. Avant je m'intéressais aux détails de l'univers, aux tableaux, aux sculptures, et aussi aux choses et aux personnes qui m'entouraient. Maintenant, tout cela passe devant moi comme sur l'écran d'une télévision que je ne regarderais pas. Cela ne m'interpelle plus.

Mon esprit a vaguement le réflexe de réfléchir à ce que Michel dit, mais pas de répondre. Est-ce qu'il est plus facile de limiter un mal de crâne que de faire dormir quelqu'un ? J'ai parfois eu de légères migraines avant la guerre. Effectivement, avec les médicaments adaptés, elles passaient vite. En revanche, je n'ai jamais eu de problèmes de sommeil, avant mon arrivée au camp, sauf bien sûr ponctuellement, les veilles d'examens, par exemple. Je dormais comme une pierre. Alors je ne peux pas me prononcer. Je ne me prononce pas, d'ailleurs, mon cerveau est trop engourdi pour tirer des conclusions. Je laisse Michel poursuivre :

- Il y a des raids dans tous les sens en ce moment. Plus ou moins dangereux. On dit que les chefs du camp pensent aller plus au sud, à la rencontre du gouvernement... Ils proposent aux civils d'y aller pour ceux qui voudraient se mettre à l'abri des combats... Vous en pensez quoi ?

Moi, penser ? Ah ah. Elle est bonne. Il voudrait que... Que je pense, que je donne mon opinion, alors que tout ce que je cherche, c'est de reposer un peu mon esprit, qu'il ne cherche pas à trop travailler et à creuser pour remonter des choses gênantes à la surface ?

Apparemment, c'est bien ce qu'il veut. A vrai dire je n'ai pas tout compris à sa phrase, parce qu'il me manque trois mois de contexte. Il y aurait donc un gouvernement différent du camp au sud ? Cela, je ne le savais même pas... Je réponds sincèrement :

- Je n'en pense pas grand-chose. Je ne sais pas ce qu'il y a au sud d'ici, je ne sais pas si ce serait dangereux ou pas. Et si on serait vraiment à l'abri des combats là-bas.

Tout ce que je sais, c'est que dehors, il y a du danger, celui au piège duquel je suis tombée. D'ailleurs, je ne sais même pas où cela se trouvait, géographiquement. Je ne me souviens que très vaguement du trajet qui m'a amenée au camp, et je n'ai pas pensé à demander où je me trouvais lorsque les militaires m'ont trouvée. J'imagine que le Lieutenant Raulne doit le savoir, puisqu'il a évoqué l'idée de rechercher les coupables. C'est qu'il devait avoir une idée de la zone à fouiller.

Etais-je retenue dans un manoir isolé ou dans une maison anonyme d'un village ? Près du lieu où l'on m'a retrouvée ? Ou est-ce que mes ravisseurs ont été malins et m'ont déposée loin de l'endroit de ma détention ? Les militaires ont peut-être retrouvé des traces dans la neige. Moi, je ne m'en rappelle pas. D'ailleurs, est-ce que c'était un lieu unique, ou bien est-ce qu'ils étaient nomades ?

Je me souviens d'une pièce sombre et sans fenêtres, humide comme une cave...

NON ! Je ne veux pas m'en souvenir. Je ne veux pas. Je ne veux pas. Les images doivent rester où elles sont. Et c'est ainsi que je sais ce que je veux répondre à Michel :

- Je préfèrerais rester au camp, je crois. Je n'ai pas envie de m'aventurer de nouveau à l'extérieur.

Je ne veux pas tomber, au hasard du trajet, sur des choses qui me rappelleraient le passé. Il est déjà difficile à éloigner ici, alors dehors... Et puis je rajoute :

- Je ne sais même pas d'où je viens.

Je ne sais pas pourquoi je dis cela, pourquoi cela sort. Peut-être un trop plein de questions. J'espère qu'il ne relèvera pas. Cela dit, pourquoi l'ai-je dit, alors ? Trop de questions. Beaucoup trop de questions.

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Jeu 18 Sep - 15:39

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai proposé cette solution, la fuite vers le sud, à cette personne qui semble incapable de prendre ce genre de décisions. Cela crevait les yeux qu'elle était encore en état de choc. Dans ces conditions, il me semblait difficile d'envisager un périple long de plusieurs semaines vers le sud. Cela dit, je n'avais fait qu'en évoquer la possibilité, je ne souhaitais en aucun cas forcer la main à qui que ce soit ni orienter des choix pris à brûle pourpoint. Quoiqu'il en soit, Emilie semble toujours aussi tendue et aussi mal à l'aise quand je reprends la parole, comme si ce que je disais pouvait... Je ne savais pas, la mettre en danger ? C'était une possibilité. Elle semblait voir d'un mauvais œil les contacts extérieurs ; je ne comptais pas la brusquer plus encore. En plus d'être apeurée, elle semble un peu ailleurs. Cette fille est étrange, et elle a dû vivre des trucs à donner froid dans le dos. Je haussais les épaules aux questions que la jeune femme me posait ; je ne prétendais pas avoir toutes les réponses. Et comme pour tout le reste depuis le début de cette conversation, elle semble peu affectée par ce que je lui raconte. Elle s'en fout même carrément, disons le. Je hausse encore les épaules, après réflexion.


| Je crois savoir que ça se bat autour de camp, mais aux dernières nouvelles le centre du pays était libre et plus sûr qu'ici. Je ne m'y suis pas rendu en personne pour le vérifier. Si je l'aurais fait, je ne serais sans doute plus ici,d'ailleurs. |


Sachant que cela faisait longtemps que j'hésitais à quitter ce camp pour de bon. J'avais pensé emmener mon fils avec moi,recommencer une nouvelle vie ailleurs... Peut être à proximité de ce camp dont on m'avait parlé sur la Loire. C'était peut être l'endroit idéal... mais je savais aujourd'hui que mon fils ne me suivrait pas, à moins que je ne l'enlève de force, ce qui aurait fort raisonnablement des proportions dramatiques. Je soupirais.


| Je comprends. Que... Quoi ? Vous ne savez pas... Ou vous ne vous rappelez pas? |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Jeu 18 Sep - 20:51





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Devant mon évidente ignorance de la situation, Michel m'explique :

- Je crois savoir que ça se bat autour de camp, mais aux dernières nouvelles le centre du pays était libre et plus sûr qu'ici. Je ne m'y suis pas rendu en personne pour le vérifier. Si je l'aurais fait, je ne serais sans doute plus ici,d'ailleurs.

Je hoche la tête, tentant d'assimiler les informations qu'il vient de me donner. C'est vrai, nous sommes ici dans une périphérie de la France, mal connue de moi, où je ne m'étais rendue que pour négocier l'achat d'un tableau.

Ainsi, en trois mois, la guerre a déjà évolué, alors même que je ne connais pas les raisons qui ont mené à son déclenchement. J'ai été coupée du monde, de tout...

Et d'ailleurs, Michel a relevé ma dernière phrase. Il m'interroge :

- Je comprends. Que... Quoi ? Vous ne savez pas... Ou vous ne vous rappelez pas ?

Ma première réaction est le désespoir. Ca y est, on y vient, à ce sujet qui me ronge, que je veux fuir. Ensuite, c'est la colère : cela ne le concerne pas ! De quel droit vient-il me poser des questions ? Il a dû bien le voir, pourtant, que je n'étais pas à l'aise, que je n'avais probablement pas envie d'en parler, même si lui estime que je devrais m'ouvrir pour aller mieux.

Mais en même temps, je me rends compte que s'il peut se poser ces questions, c'est uniquement parce que je lui ai donné les éléments nécessaires pour s'interroger. Je ne me comprends plus. Qu'est-ce que je veux ? Parler ou me taire ?

Je choisis une troisième voie : m'exprimer, mais sans détails.

Répondre à la question sans m'étendre, limiter les dégâts. Ni barrage ni torrent, juste un canal :

- En fait, je ne me rappelle pas si je l'ai su un jour.

Je me rends soudain compte de l'ambiguité de mes paroles précédentes. D'où je viens, ça peut aussi désigner mes origines, et celles-là, je ne les oublie pas. La Guadeloupe est profondément ancrée en moi, fait partie de moi malgré la distance, et ne peut être déracinée du terreau de mon esprit.

Le simple fait de repenser à mon île natale me met du baume au coeur, et me permet presque de sourire, avant d'expliquer à Michel :

- Enfin, je sais que je viens de la Guadeloupe, à l'origine. Et de Paris, ensuite. Je ne suis pas totalement amnésique. Ce dont je ne me rappelle pas, c'est d'où j'étais avant d'être au camp.

Comment ai-je eu la force de révéler cela, et à un homme qui me faisait peur, en plus ? Je ne le sais pas. Peut-être que c'est cette peur qui a réveillé en moi certains mécanismes, justement. Ou peut-être que Michel a raison, qu'au fond j'ai besoin de m'épancher, de me libérer du liquide venimeux qui me ronge. En tout cas c'est dit. C'est sûrement une bonne chose.

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Dim 21 Sep - 12:07

Ca c'était du traumatisme de choc. Franchement, on connaissait tous la situation, on savait tous qu'il y avait des chances que, sur le long terme, on passe tous l'arme à gauche. Cela ne voulait pas dire que nous étions tous traumatisés au point de perdre le sens des réalités. Certains avaient ce qu'il fallait pour survivre, d'autres pas. Tout le monde restait pourtant abîmé, à des degrés variables. Toutes ces choses qu'on voit dans les films et les bouquins, sur l'instinct du tueur, sur la volonté de survivre... Ce n'était pas de si grosses conneries que ça, franchement. On l'avait tous ressenti au moins une fois. La volonté de tout effacer, de tout bouleverser, d'inverser le rapport de forces lorsqu'il nous était défavorable. Cela me semblait clair et net ; on avait tous ça en nous. Sinon nous serions sans aucun doute déjà tous morts depuis longtemps. J'imaginais que même la jeune femme en face de moi, qui avait l'air tellement impactée par tous les événements, devait avoir des raisons de vivre. L'abandon était tellement facile de nos jours... Sortir la nuit, par grand froid, et vous partiez en douceur, en grelottant. Rien de douloureux. Les solutions du genre ne manquaient pas....


la fille me dit qu'elle ne se rappelle pas si elle l'avait su un jour, mais qu'elle m'expliquait ensuite venir de Guadeloupe à la base, pour avoir été à Paris ensuite. Elle se rappelait donc des premiers jours de sa vie, mais de rien de ce qu'il s'était visiblement passé depuis le début des combats. Là, ça sentait le sapin son histoire. J'iimaginais déjà le pire, pour y avoir assisté lors du raid des écorchards sur la ville, Louisville en flammes. Enfants massacrés, femmes violés, butin pris. Et morts, qu'est ce qu'il y avait eu comme morts. Ils avaient été décimés pendant cette nuit de grand Chaos. Maintenant, c'était moi le plus gêné. Je n'étais pas trop sûr de savoir ce qu'il était arrivé à la jeune femme avant qu'elle n'arrive ici. J'ouvrais puis fermais la bouche, sans savoir quoi dire. Puis finalement, je lâchais un laconique.



| Franchement, quand on voit par quoi nous sommes passés... C'est peut être pas plus mal, de ne pas se souvenir. Prendre un nouveau départ, et tout ça. Il y a des choses que j'aurais préféré oublier. Le principal, c'est que vous sachiezqui vous êtes. |[/blockquote]



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mar 23 Sep - 18:49





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Michel me regarde en ouvrant, puis fermant la bouche. Ce que je lui ai dit l'a choqué, apparemment. Eh oui, c'est mon histoire. D'un coup, malgré mon front lisse et les rides naissantes sur le sien, je me sens infiniment plus âgée que lui, chargée d'un poids encore plus lourd. Si même les survivants du camp trouvent mon cas lourd à porter, alors oui, je dois avoir touché le fond.

Mais des histoires bouleversantes, il a déjà dû en entendre, car il retrouve la parole relativement rapidement, et tente de me réconforter en disant :

- Franchement, quand on voit par quoi nous sommes passés... C'est peut être pas plus mal, de ne pas se souvenir. Prendre un nouveau départ, et tout ça. Il y a des choses que j'aurais préféré oublier. Le principal, c'est que vous sachiez qui vous êtes.

Pas plus mal ? On voit bien qu'il ne connaît pas l'incertitude, Charybde quand le savoir est Scylla. Impossible de passer entre les deux, et pourtant tous deux sont des fléaux, des monstres prêts à vous dévorer et à vous entraîner vers les profondeurs, sans espoir de retour...

Mais bien sûr, quand on ne connaît pas l'autre extrémité, on se dit que son malheur est le pire. Alors je comprends sa position, même si je ne la partage pas. Et je n'ai pas envie de briser son illusion qu'il se sentirait mieux en oubliant. Je n'ai pas envie de parler de cela tout court, du noir qui m'habite, de la souffrance que c'est de se dire qu'absolument toutes les horreurs que l'on peut imaginer, on a pu les subir. De savoir qu'on en a subies, que cela a été attesté par des médecins, mais sans se souvenir quoi exactement.

Peut-on rester soi-même dans ces circonstances ? Y a-t-il un Moi éternel et essentiel, qui subsiste à travers le temps et qui ne change pas malgré les événements, qui n'est pas affecté si brutalement on en retire tout un pan ? Puis-je savoir qui je suis si j'ignore une partie de ce que j'ai vécu ?

C'est un débat pour les philosophes, du genre de ceux que j'écoutais distraitement sur les bancs de la Terminale, mais maintenant, je me sens douloureusement concernée. Comme si j'étais devenue un exemple macabre tout droit sortie d'une copie d'élève à l'esprit tordu ?

A ce moment, je me rends compte que je suis silencieuse depuis quelques secondes déjà. Michel doit se demander à quoi je pense. Alors je continue ma réflexion à voix haute, sans me soucier de lui expliquer comment j'en suis venue là. Comprendrait-il de toute façon ?

- Je pense qu'on ne peut pas être soi-même tout seul, sans rien autour. Nous sommes en partie le miroir du contexte qui nous entoure. Et non seulement mon environnement a changé, mais rien n'est plus comme avant. Je ne sais plus qui je suis.

Des propositions me viennent rapidement à l'esprit. Toutes déprimantes. Tant pis, je les dis quand même, malgré leur caractère cru. Je passe d'un extrême à l'autre, du silence à l'ouverture. Mais je n'ai plus l'impression de parler à quelqu'un : je fixe les graviers devant moi, et je laisse couler ma pensée à travers l'ouverture de ma bouche :

- Emilie, violée, brisée, incapable de survivre par elle-même, inutile. J'imagine que c'est ça que je suis maintenant. Je ne vois pas ce qu'il y a d'autre.

Mes rêves d'art ? Bombardés par la guerre, surréalistes. Ma famille, mes relations ? Loin, si loin que les liens se sont brisés. Je ne suis riche d'aucun ami. Je suis une survivante anonyme, qui tentera de survivre encore, de survivre jusqu'à ce que la mort me sépare de cette survie...

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mer 24 Sep - 8:52

J'étais peut être cynique de penser ça, mais franchement une amnésie où l'on conserve son identité, sa personnalité et toute son histoire sauf quelques trous bien douloureux... Je ne pouvais pas dire que cela me traumatiserait particulièrement, pour le coup. Enfin, c'est ce que je pense. Cela permettrait vraiment de repartir sur de nouvelles bases pour recommencer, sans tous ces drames qui nous hantaient. Bon, vue sa tête elle devait bien cauchemarder quand même. En fait, je ne savais pas trop quel était l'impact psychologique d'une telle amnésie ; je n'y connaissais rien, tout simplement. Mais quand même.. l'avantage me paraissait intéressant. Un peu comme les jeux vidéos, où l'on pouvait avoir une nouvelle vie, avec des bonus et tout ça. C'était pas forcément la chose la plus dramatique à vivre, si ? Le plus dramatique serait sans doute de vivre avec les horreurs vécues. Si ces choses avaient été tellement affreuses qu'elles avaient forcé la psychée de la personne à tout oublier, c'était forcément que le drame devait être bien traumatisant... A voir, ce qu'elle me répondrait. Mais moi, je me serai bien passé de pas mal de cauchemars que je me tapais depuis un moment. Faire sans permettrait de se concentrer sur tout un tas d'autre chose bien plus préoccupantes... C'est ce que je préférais penser. Après, l'épée de Damoclès d'un retour en force des souvenirs pouvait être en soi source de pas mal de drames, j'imagine ça d'ici. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas l'impression que la jeune femme adhère particulièrement à ma vision des choses. Elle semble souffrir malgré tout, cela paraît évident. Et voilà encore, que la fille semble totalement ailleurs. Je ne peux pas faire la discussion à sa place, je dois dire que sa détresse semble tout de même assez handicapante.


| C'est vrai, c'est sûr. Mais quand ce qui nous entoure devient moche et que le miroir se fissure, autant en profiter non ? Et puis, vous pouvez toujours être celle dont vous vous rappelez. Pourquoi essayer de se rappeler de ces horreurs, ressasser la peur de cet inconnu. Prenez ça pour ce que c'est, pour une chance de recommencer, de laisser derrière vous ce qui pourrait détruire un homme pour partir sur des bases saines. |


Bon voilà, c'était dit, et même si c'était sans doute brutal c'était ce que je pensais. Ce qu'elle dit ensuite fit partir toutes les couleurs de mon visage. J'hésitais un bon moment


| Je suis désolé, je … Je ne savais pas. Je pensais que vous ne vous rappeliez plus de rien. Pour le reste, faut pas vous en faire. Nous pouvons tous tout surmonter, sinon nous ne serion pas là. Mais vous avez besoin d'aide. |



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Jeu 25 Sep - 13:27





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Pendant que je flottais dans le silence entre mes deux prises de paroles, Michel avait tenté de me contredire en continuant à défendre le point de vue inverse au mien :

- C'est vrai, c'est sûr. Mais quand ce qui nous entoure devient moche et que le miroir se fissure, autant en profiter non ? Et puis, vous pouvez toujours être celle dont vous vous rappelez. Pourquoi essayer de se rappeler de ces horreurs, ressasser la peur de cet inconnu. Prenez ça pour ce que c'est, pour une chance de recommencer, de laisser derrière vous ce qui pourrait détruire un homme pour partir sur des bases saines.

Mais il se tait brusquement en entendant ma confession crue. C'est sûrement ce qu'on appelle le poids des mots. Ou plutôt non. Il y a deux poids et deux mesures. Il y a les mots seuls, ceux qui se lient les uns aux autres facilement et qui forment un voile sans consistance, et les mots qui portent la vérité, les mots pleins, qui renferment en deux ou trois syllabes bien plus qu'une idée isolée. Et je viens d'en jeter à sa figure, de déchirer le tissu de son langage conciliant et de l'empêcher de poursuivre. Il reste là quelques instants, choqués par la vérité que je viens de lui dévoiler. Puis il se reprend :

- Je suis désolé, je … Je ne savais pas. Je pensais que vous ne vous rappeliez plus de rien. Pour le reste, faut pas vous en faire. Nous pouvons tous tout surmonter, sinon nous ne serions pas là. Mais vous avez besoin d'aide.

Il retourne à sa litanie, que je devrais parler à quelqu'un. Mais quelque chose a changé. Maintenant, il sait. Un peu. Il a un peu plus conscience qu'avant de la profondeur du fossé dans lequel je suis tombée. Je lui en donne un aperçu encore plus exact en reprécisant :

- Je ne me souviens plus de rien, vous avez raison. Mais il y a des choses que les médecins ont su me dire. Le corps n'oublie pas.

Je parle bien évidemment de mon viol - mes viols ? - mais je n'ai pas envie de reprendre le vocabulaire cru que j'avais brièvement employé. Il était nécessaire, à petite dose, pour bien faire prendre conscience à Michel et à moi-même de la situation dans laquelle je me trouvais. Mais je ne veux pas me complaire dans le scandaleux, j'ai toujours été quelqu'un qui ne recherchait que peu l'attention. En tout cas négative. Dans le monde où j'évoluais, il fallait se montrer lisse, et je garde encore ce réflexe aujourd'hui alors que la vie m'a laissée cabossée.

De même est imprimée en moi l'idée qu'il ne faut pas étaler son propre malheur, mais le garder pour soi, afin de se prémunir de la honte. Cet impératif s'efface plus rapidement, cependant, je pense. Demander spontanément de l'aide me paraît toutefois toujours difficile, d'autant que je ne suis pas convaincue que quelqu'un d'autre que moi puisse réellement me montrer la voie de la guérison, et c'est que je tente d'expliquer à Michel :

- Je ne veux pas voir de psy. Je ne veux pas me torturer avec ça indéfiniment, vous voyez, remuer ça à intervalles réguliers, risquer de faire revenir des choses indésirables. Il vaut mieux que j'essaye de devenir une personne nouvelle, même si c'est renoncer à ce que j'aimais être avant.

La spécialiste d'art, je sais que je vais devoir la laisser tomber. J'aimais tellement ce rôle pourtant. Mais il n'est plus pour moi. Je vais devoir me couler dans le standard de la travailleuse de camp sans ambitions, parce que je n'ai plus les moyens de porter des rêves. Je dois accepter cette nouvelle réalité. Je suis une personne médiocre dans un monde qui l'est encore plus.

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Messages : 68
Membre du mois : 37
Célébrité : Jean Dujardin
Localisation : Près de mon fils
Crédit : Moriarty
Caractère : Survivant



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Jeu 25 Sep - 20:36

Je ne sais pas si je suis de bon conseil. Franchement, qui peut se targuer de plus mal connaître la nature humaine que je ne l'étais ? Archétype même du type incapable de comprendre les gens, j'avais fait un mauvais mariage avec une femme que j'étais apparemment incapable de contenter, puisqu'elle s'était enfuie avec un autre. Je ne savais pas non plus entretenir de relation proche avec mon propre fils, ce qui n'avait rien d'aisé à supporter. J'avais constamment l'impression d'avoir mes propres échecs sous les yeux.... Et le premier jour du conflit, à peine avais je pris la route que j'avais été incapable de dissuader deux sales types de s'en prendre à moi même et à mon fils. J'avais tué, encore et encore, et j'avais été tout aussi incapable de me créer de véritables liens avec d'autres survivants. Comme je l'avais pensé plus tôt, j'étais un gaffeur invétéré, et mes rares tentatives d'humour tapaient souvent à côté de là où j'avais visé. Quoiqu'il en soit, je ne pensais pas pouvoir être encore mis mal à l'aise, pas avec tout ce que j'avais vécu ces derniers temps. Il semblerait que l'on pouvait toujours se tromper... J'ouvrais puis refermais la bouche, disant la seule chose qui me venait à l'esprit.


| Je suis vraiment désolé. |


De quoi, gros béta ? Tu as peut être des défauts mais tu n'es pas un violeur, tu n'as jamais touché une femme sans son consentement et tu te rappelles même tout juste l'effet que ça fait, d'en avoir une si proche de soi... Bref. Tu n'y es pour rien et l'accabler de pitié n'y changera rien. Il faut vraiment que je me le mette dans le crâne, sous peine de devenir fou à toujours m'en faire pour les autres. Je souriais faiblement à la résolution dela jeune femme.


| C'est justement ce que je disais. Mais pour ça, il faut se lever, aller voir les gens et cesser de ressasser en jetant des cailloux, vous ne croyez pas? |


J'essayais d'adopter un ton plutôt positif, et pas dans le plus pur style des donneurs de leçons en chef que j'avais moi même rencontré dans ma vie.



Codage (c)Kanala // Gif (c) Tumblr
Voir le profil de l'utilisateur
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude

Passeport
Possessions:
Chances: 0
Richesses: 0
Vénus en restauration
Messages : 51
Membre du mois : 48
Célébrité : Zoe Saldana
Localisation : Normandie
Age : 22
Crédit : Arya's world
Emploi : Chargée de Communication au Musée du Louvre
Caractère : Brisée - Craintive - Méfiante - Déterminée
Vos Liens :
Spoiler:
 

It took so long just to feel alright



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Mar 30 Sep - 17:02





...Amasse ma frousse



Michel & Emilie


Il s'excuse en entendant mes précisions :

- Je suis vraiment désolé.

C'est la deuxième fois qu'il le fait. Il n'est pas responsable, pourtant. Ce n'est pas lui qui m'a touchée. Et ses questions ne poseraient aucun problème dans un tout autre contexte.

C'est drôle. C'est comme si chaque individu se sentait responsable pour l'humanité toute entière. Se sentait obligé de prononcer les mots auxquels une victime devrait avoir droit en toutes circonstances. Même si, bien sûr, de si plates excuses, tenant en quatre mots, ne peuvent constituer une compensation valable. Mais c'est un commencement. Une ouverture que chacun se sent tenu de fournir. Je me demande ce que Kant dirait de cela. De vieux souvenirs scolaires remontent. La philosophie a la peau dure, voilà la deuxième fois que je me perds dans de grandes réflexions. Est-ce que c'est un moyen pour moi de me protéger, de mettre à distance ma douleur pour la faire porter par l'humanité toute entière, d'en faire un problème sans corps qui me pèsera moins ? Peut-être. En tout cas, cela ne m'ancre pas plus dans le réel, et Michel me le fait remarquer :

- C'est justement ce que je disais. Mais pour ça, il faut se lever, aller voir les gens et cesser de ressasser en jetant des cailloux, vous ne croyez pas ?

Je cesse aussitôt mon manège inconscient, frappée par la justesse de sa remarque. Il y a bien un contraste entre ce que je dis et ce que je fais, entre mon attitude désespérée - et probablement désespérante - et mes paroles qui se veulent assurées. Lisses. Pour dissuader les gens de s'arrêter, de m'aider. Pour quelqu'un qui m'effrayait, Michel est plutôt tenace. A présent, son regard qui m'avait semblé de glace la première fois que je l'avais rencontré change dans ma perception. Il reste dur, oui, mais à la manière d'une aiguille, qui ne déchire pas, mais vient se planter à l'endroit précis qu'elle est censée toucher. Je crois me souvenir qu'il a dit être médecin : ses yeux ont eux aussi une précision chirurgicale.

Ils doivent avoir atteint un noeud dans mon cerveau car, sous l'effet de cette acupuncture verbale, je lâche mes petits cailloux et je me lève, comme il m'a invitée à le faire. Je me sens un peu bête, un peu gauche dans ce corps qui est resté recroquevillé dans la même position pendant de longues minutes et dans lequel je ne me sens plus trop à ma place depuis mon arrivée au camp. Mais je suis là, redressée, prête à m'ouvrir un peu plus encore. Le vent souffle. Sa force glacée plaque mon polaire contre moi, et je me sens fragile. La bourrasque n'est qu'un des multiples dangers du monde contre lesquels je dois me tenir debout. Digne.

Je hoche donc la tête, cette fois de manière plus décidée que les précédentes, et c'est en regardant Michel droit dans les yeux que je prononce à mon tour non pas quatre, mais seulement trois mots. Cependant, dans ma situation, ils ne sont pas qu'une expression commune, mais sont chargés de sens :

- Vous avez raison.

Je poursuis, entraînée par le flot d'émotions qui tente de se déverser à l'intérieur de moi :

- Mais en fait, j'ai l'impression que nous sommes... déjà en train de parler.

C'est vrai : au cours de la discussion, mes vannes intérieures se sont ouvertes lentement. Je rajoute d'une voix timide :

- Vous savez, le plus dur, c'est de commencer à s'ouvrir...

C'est une requête indirecte : à cet instant précis, dans ce lieu précis, face à cette personne précise, je suis dans une situation où j'ai le courage d'ouvrir un peu la porte de mon esprit. Mais c'est un moment bref. D'une seconde à l'autre, je peux me refermer comme une huître. Je ne garantis pas que face à une infirmière mandatée pour ce travail, j'aurais, sur commande, l'envie et la force de parler. C'est très aléatoire, très irrationnel. Comme la porte de mes souvenirs, d'ailleurs, qui s'ouvre et se ferme selon son bon plaisir.

Je n'en voudrai pas à Michel s'il refuse le fardeau que je lui propose. C'est lourd après tout. Mais de ma part, c'est un peu un privilège. Alors, pourquoi pas...

Fiche par (c) Miss Amazing
Crédit image : FHM
Voir le profil de l'utilisateur http://www.manawyrd.fr
Qui comprend l'Humanité...
Recherche la solitude
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Pierre qui roule...   Aujourd'hui à 6:04



Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum