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MessageSujet: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Lun 17 Sep - 20:09

    Etendue sur le lit, j’ouvris les yeux doucement et fixa le plafond gris de mes yeux bleus. L’aube se levait, et je n’avais pas dormi de la nuit. Ses cauchemars me persécutaient sans arrêt et des flashs-backs me prenaient par folie. Je n’arrivais plus à fermer les yeux de peur de voir ses visages, son visage… Sarah. C’était encore récent, quelques jours à peine, mais c’était comme si je venais de la quitter. Je l’avais abandonné et n’avait pas su tenir ma promesse qu’était de la protéger. Je me tournais sur le côté et me recroquevillais, comme pour chercher un sentiment de réconfort que je ne trouvais pas. Je restais un moment dans cette position à réfléchir et surtout à ruminer. Je regardais ma bague de fiançailles et me demandais si Mickael était toujours en vie. J’avais un espoir au fond de mon cœur qu’il puisse aller vers le sud comme je l’avais fait et qu’il rencontrerait cette petite ville où j’avais atterri. Je n’avais besoin que de ses bras pour me soutenir et me protéger, je n’avais besoin que de lui et il n’était pas là. Comment diable ai-je pu partir ? J’aurai très bien pu ne pas aller à Cherbourg, ce n’était pas spécialement important, pour rester avec lui. Et j’aurais…
    Un bruit me fit sursauter et me tira de mes sombres pensées. Par ce silence qui pesait dans cette ville, je n’avais donc pas l’habitude et le moindre petit bruit me faisait sursauter à cause de la peur que j’avais à revivre ce que j’avais vécue. J’avais l’impression que ces avions allaient revenir et j’étais effrayée déjà d’avance avant même de me rendre compte que rien ne s’était passé. Pas d’explosion assourdissante et aveuglante et pas de vacarme dû au bruit d’une mitraillette. Je me levais donc et me dirigea vers la fenêtre de l’hôtel où je m’étais installée. Mon regard parcourra la place et alentours pour ne percevoir que quelques personnes que je ne connaissais pas. Tout avait l’air normal, les gens ne courraient pas dans tous les sens. Je soufflais un grand coup et passa ma main dans mes cheveux. Il fallait que je prenne une douche pour me rafraîchir avant de pouvoir sortir.

    La porte se claqua derrière moi, puis je me dirigeais vers les escaliers puis la sortie. Il fallait que je me renseigne sur l’organisation qu’avait mise en place la ville ; et pour cela je me dirigeais vers la mairie. Je devais leur demander pour les ressources, le logement et actuellement pour un emploi car j’avais cru comprendre que les gens continuait de travailler. Ce n’était pas plus mal après tout, ça me ferait penser à autre chose, au moins pour quelques minutes. Il fallait occuper ma tête sinon je me renfermais de plus en plus sur moi-même. Heureusement j’avais croisé des personnes sympathiques, mais d’autres moins où l’on voyait dans leurs regards qu’il ne fallait pas les déranger. Je n’étais pas bien sur non plus, mais il semblait y avoir des avis différents quant à l’avenir de Louisville. Certaines personnes n’acceptaient pas que des gens paumés, comme ce que j’ai été il y a quelques jours, ne viennent s’abriter ici-même. Je devais donc me méfier, même si je ne partageais pas le même avis.

    J’arrivais à l’hôtel de ville. C’était assez petit mais pouvant contenir quelques bureaux et une salle de réception. Je m’avançais donc vers l’accueil pour demander tous mes renseignements auprès d’une femme qui m’avait l’air de prime abord sympathique. Je pus alors avoir tous les renseignements nécessaires. Ce qui ressortait de positif de ce début de journée était que je pouvais pratiquer mon métier pour gagner un peu d’argent et pouvoir donc vivre… ou survivre. C’était parfait, j’allais pouvoir m’occuper l’esprit et arrêter de divaguer à m’en rendre folle dans cette chambre d’hôtel.
    J’entendis une porte se refermer, je n’y prêtais pas attention et remercia la femme qui avait répondu à mes questions sans un jugement. Mais au moment de me retourner pour repartir, je tombais nez à nez avec…

    « Philippe ? »

    Que fut ma surprise ! Je failli même le percuter, mais fort heureusement pour moi, ça m’avait été évité. J’avais reculé de deux pas par on ne sait quel réflexe étrange. Je n’aurais pas cru le rencontrer maintenant, aussi vite. Surtout que je ne savais pas trop comment engager la conversation. C’était un militaire, je les voyais costaud, autoritaire, non émotif et n’aimant pas les femmes ; comment fallait-il donc que je m’y prenne après toutes ses années passé à l’oublier ?

    « Bonjour. »

    Ce fut un mot qui sortit naturellement de ma bouche. Je ne savais que dire alors commençons par la politesse et nous verrons bien où ça nous mènera…
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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mar 18 Sep - 19:25

    J'avais essayé de tirer les vers du nez de Huyghes, qui comme d'habitude, c'était borné à se montrer très évasif et très diplomate. Il avait beau utiliser un langage des plus châtiés et mettre les formes pour arrondir un maximum les angles aigus que je lui présentais, il n'en restait pas moins que je n'étais pas le dernier des crétins, et que j'avais bien compris sous ses faux semblants que le Maire ne se mouillait toujours pas concernant l'avenir des réfugiés dans sa ville, ni la présence de mon contingent ad hoc. Sans compter qu'il n'avait pas non plus répondu à mes demandes concernant le recrutement de personnel civil pour suppléer à l'attrition qu'avait subit mon effectif de départ. Même avec les légionnaires, les gars des blindés et tout ce qu'on avait pu ramasser en chemin, mon unité ne s'avèrerait jamais suffisante pour contester une ville aussi importante que Cherbourg, surtout en cas d'attaque en masse de l'ennemi. J'étais donc assez remonté ; si je n'avais pas eu autant besoin de Huyghes pour assurer la subsistance et les soins de mes hommes, je l'aurais volontiers insulté de couille molle. On perdait énormément de temps en palabres inutiles, et si mon groupe de combat n'était toujours pas prêt à reprendre la route, cette situation ne durerait pas et les choses ne manqueraient pas de se compliquer par la suite. Aussi et surtout, je n'avais pas l'âme d'un philanthrope. C'était bien, d'aider les gens du coin. Mais ça commençait aussi à me gaver complètement, jusqu'à ras la gueule. Une guerre pouvait se gagner ou se perdre sur un simple coup de dé, et nous ne servions à rien à rester ici, le cul en buse à attendre de se la prendre bien profond comme depuis le début de ce putain de conflit à la con ! Oui bien sûr, que j'étais énervé ! Les choses ne se passaient pas comme elles étaient sensées le faire, et je n'étais pas d'un naturel particulièrement patient, ni diplomate. Tout le contraire de Huyghes, qui semblait composer habilement sur tous les tableaux. Mais ce statu quo ne me satisfaisait pas. Bientôt, de gré ou de force, Louisville sera obligée de soutenir l'effort de guerre. Je sortais donc en trombe du bureau de Huyghes, ruminant mes pensées ce qui ne fit rien pour calmer un peu mon humeur. Et c'est là que je manquais de rentrer dans un jolie blonde, qu'il me fallut un instant de plus pour la reconnaître.


    Mon cœur rata quelques battements. Putain de bordel de merde, Eléanore, ici ? Mais... Le monde ne tournait décidément plus rond ! Je retombais par le plus grand des hasards tout droit sur mon amour de jeunesse, la seule femme que j'avais laissé entrer dans l'intimité de mon existence pour se barrer quelques temps plus tard, laissant un vide que je n'avais jamais souhaité combler. Je restais un instant bouche bée, constatant la femme qu'elle était devenue. C'était elle, à n'en pas douter ! A peine croisais je son regard que je nous revoyais jeunes et fringants, ne doutant de rien. Partageant mon lit, partageant notre vie, nos rêves mêmes. Je me retrouvais bête, ne sachant que dire ni que faire ; ma colère était oubliée, remplacée bien vite par la haine glacée que je pouvais ressentir désormais envers tout ce qui avait contraint ma vie. Je la regardais d'un air sévère alors qu'elle me saluait. Il était tellement plus facile de tout détester que de se laisser toucher par quoi que ce soit, que je m'étais façonné une armure des plus impénétrables ! Cela dit, je ne savais toujours pas concrètement comment je devais réagir. Je décidais d'y aller à l'instinct.



    | Putain, si je me serais attendu à ça ! Dehors, c'est l'enfer nucléaire, et dedans, on revoit les fantômes du passé ! Comment ça va, Eléanore ? Mon pognon t'as bien servi, au moins? |


    La méchanceté sonnait faux dans ma bouche ; j'étais heureux de voir qu'elle était en vie, de savoir qu'elle avait survécu à toutes ces années malgré les blessures qu'elle avait reçues par ma faute. J'étais rassuré, pleinement ! Mais chassez plus de dix années de naturel défensif, et toute une vie de cynisme...



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mer 19 Sep - 19:06

    Après mes paroles quelques peu étrange, synonyme de ma surprise, je me contentais d’observer Philippe. Il était toujours aussi charismatique qu’avant, soit avec quelques années de plus. J’étais obligée de lever la tête pour le regarder, il était toujours plus grand que moi. Ces années passées à l’aimer ressurgissent brusquement, j’avais tellement lutée pour reprendre une autre vie, pourquoi il a fallu que je retombe sur lui dans cette ville ? Ce n’était pas les endroits qu’ils manquaient, et pourtant, nous nous retrouvons l’un en face de l’autre. Je ne savais quoi dire et lui avait l’air tout aussi surpris que moi. Le seul et premier amour de ma vie à reparaître, n’était-ce pas amusant ? Surtout lorsque je sais à quel point je m’en suis voulu de ne pas lui avoir dit au revoir, mais aussi de lui en vouloir parce qu’il n’avait pas été capable de tout abandonner pour partir loin et vivre une nouvelle vie. Comment est-ce que nos vies auraient finit si nous étions parti tous les deux ? Difficile à dire. Mais en tout cas, il ne serait peut-être pas devenu militaire. Il était d’ailleurs imposant dans cet uniforme, qui lui allait pourtant assez bien. Je fus interrompu dans mon observation par ses paroles pour le moins… brutale il fallait le dire. Etait-ce en tant que militaire qu’il parlait ? N’était-il plus l’homme que je connaissais ? Les événements récents l’avaient peut-être rendu insensible ou peut-être n’était-ce là que le fruit de la carrière qu’il avait entreprit. Quoiqu’il en soit, même si je ne pouvais pas lui reprocher de m’en vouloir de lui avoir piqué son argent, je restai tout de même étonnée de sa réaction. Etait-ce là tout ce qu’il avait gardé de notre relation ? Bizarrement mon ancien amour pour lui se transforma en colère en une fraction de seconde. Avait-il oublié cet incident ? Aucun problème, je ne me gênerai pas pour le lui rappeler.

    Je ne su dire comment ses mots sortirent, sûrement qu’ils avançaient ma pensée.

    « Oh oui bien sûr qu’il m’a bien servi. Euh, attends une seconde… peut-être pour les médicaments que je dois prendre à vie pour mes poumons fusiller. Grâce à qui déjà ? »

    Mon regard égalait mes pensées. Mes mots étaient froids accompagné d’une sensibilité dissimulée. Mon cœur battait rapidement dû à l’énervement que j’éprouvais en cet instant. Je n’avais pas pensé à notre rencontre, quand bien même je n’aurai pas pensé qu’elle se dirigerait de cette façon. Etait-ce si difficile de s’excuser ? Manifestement, mes nerfs à vifs n’arrangeaient pas la situation. Je n’avais pas dormi depuis ma sortie de l’hôpital, et je ne me reconnaissais pas vraiment dans ma façon de réagir. L’énervement m’était monté presque naturellement, comme si j’implosais de l’intérieur et que tout ressortait ; pas de bol pour Philippe. Je n’avais pourtant pas entamé la conversation vers cette mauvaise direction. Pourtant je ne lui en voulais pas pour cet enlèvement. J’en avais effectivement souffert, mais j’étais aveuglé par l’amour et je n’avais pas compris dans quoi je m’embarquais. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, mais lui aussi avait une part de responsabilité. Ne se sentait-il pas coupable, la culpabilité ne le rongeait-il pas comme moi elle me rongeait parfois ? J’avais clairement eut du mal à rouvrir mon cœur après cela, pensant que j’allais retomber dans cet aveuglement et m’entrainer encore sur un chemin que je ne souhaitais pas prendre.
    Je soufflais un bon coup et essaya de ravaler cette colère qui créait cette boule dans ma gorge.

    « Le monde est détruit dehors, mais cela t’empêche de bien te comporter sous tes airs de militaire ? »

    Cette boule restait coincée dans ma gorge. En réalité, c’était toute cette souffrance et ce chagrin qui me bouffait intérieurement. J’avais l’impression d’avoir une corde serré autour de ma poitrine m’empêchant de respirer. Je n’avais pas encore pété un câble mais je me sentais terriblement seule. J’avais un sentiment de n’être pas à ma place dans cette ville. Je n’avais envie que d’une chose : partir pour retrouver Mickael, lui seul pourrait voir mon appel à l’aide et comprendrait ma souffrance. Il n’aurait de cesse de me rassurer et je n’attendais que ça. Au lieu de ça, je me tape la rencontre avec mon amour de jeunesse qui me renvoi sa colère dont je n’ai pas besoin. Diable ! Mais pourquoi ne s’est-il pas contenté d’un simple : « bonjour, comment te sens-tu avec cette catastrophe qui nous tombe dessus ? » Ça aurait été tellement plus simple…
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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 20 Sep - 9:28

    Visiblement, j'avais énervé celle que j'avais tant aimée dans le passé. C'était normal; j'étais moi même en colère. Sans doute la fatigue, la lassitude et la frustration jouaient elles pour beaucoup, mais si je voulais être honnête avec moi même, il y avait aussi cette manie que j'avais de considérer toute difficulté de l'existence avec haine et colère. C'était plus facile en fait, que de s'impliquer émotionnellement plus avant dans ce que je faisais. Des copains avaient été tués au combat ? Fallait venger ces types et tuer les autres connards et pas pleurer ceux avec qui je vivais depuis des années. Une fille me lâchait ? Ben, rien à foutre, de toute manière je ressentais rien pour elle et elle n'était que de l'amusement. Ma bagnole avait les pneus crevés ? Probablement la faute de puceaux qui voulaient se prouver qu'ils étaient des hommes, des vrais, et que j'allais cogner si je leur mettais la main dessus, et je ne pensais pas aux centaines d'euros que j'allais devoir casquer pour les réparations. C'était ma façon de faire. Une manière de vivre ancienne, qu'il me semblait avoir toujours connu... Mais à la vérité, c'était surtout depuis qu'Eléanore était partie. Elle n'était pas responsable du type cynique et antipathique que j'étais devenu. Il demeurait que c'était bel et bien moi qui avait changé, par volonté d'être touché le moins possible par les affres de la vie. Je me protégeais de la sorte, sous ce vernis froid et méchant que j'arborais le plus souvent. J'y parvenais si bien que les sentiments positifs se faisaient rares, et étaient très éphémères. La rancoeur, la prudence, la suspicion étaient telles que je ne me satisfaisais que rarement des bonheurs de l'existence. C'était tout ce surblindage qui m'aidait à affronter cette situation terriblement déstabilisante de me retrouver face à la seule personne qui m'avait connu de manière totale et intime. La personne que j'avais eu de plus proche dans ma vie, que j'avais aimé et qui était partie... La retrouver ici, à Louisville, en pleine guerre mondiale et sous le coup d'explosions nucléaires dans tout le pays. Miracle ou catastrophe ? Je ne savais même pas clairement ce qu'elle éveillait en moi, tellement je n'étais plus habitué à en ressentir. De l'affection oui, certainement, je me sentis instantanément plus proche d'Eléanore que de la majorité des gens m'entourant à Louisville. D'amour ? Non, j'avais fait mon deuil de cette relation. Enfin, je le pensais fermement, et ne me laisserais le loisir de penser autre chose. Je soutenais son regard, alors qu'elle rejetait la faute de ses blessures sur votre serviteur. Sa réflexion me fit me sentir bourré de mauvaise foi ; je n'avais pas envie qu'elle rejette toute la faute sur moi, je m'étais déjà tellement accablé moi même à ce sujet...


    | Rien ne s'est passé comme prévu. Mais tu connaissais les risques, et tu as accepté, pas vrai ? J'ai fait ce que j'ai pu pour te tirer de là aussi vite que possible, tu le sais. Et ces connards l'ont payé très cher. |


    Eléanore n'avait pas changé. Elle n'avait jamais laissé quiconque lui marcher sur les pieds et elle s'était toujours montrée forte. Rebelle aussi, contre son père, contre tout. Elle n'avait pas changé sur ce point là, elle se défendait sitôt que je l'avais mordue par mes mots acérés. Autrement, je devais bien admettre qu'elle n'était plus la même. On disait que les gens ne changeaient jamais. C'était aussi vrai que c'était totalement faux. Physiquement, elle avait changé depuis sa jeunesse. Elle n'était plus maquillée ou habillée de manière hyper féminine et limite outrageante parfois ; elle s'était donc apaisée dans sa nouvelle existence. Parallèlement, son corps était définitivement devenu celui d'une femme. Son corps était tout en courbes féminines, ses lèvres pleines et son regard autrement plus mature qu'à l'époque. Elle avait changé, elle avait mûri, indubitablement. Elle avait vécu des choses qui l'avaient fait grandir rapidement. Moi aussi, je devais avoir changé. Je n'étais plus le petit con qui faisait ses petites combines, j'étais devenu l'un des pires salopards à la tête d'une unité dans toute l'armée française. L'évolution s'inscrivait cependant dans une certaine continuité...


    | Et je suis sensé faire quoi alors ? Te sauter dans les bras, te remercier de t'être tirée ? J'ai peut être beaucoup de défauts, Eléanore, mais je suis pas un menteur. |


    Sous mes airs patibulaires, je venais tout simplement d'avouer que son départ m'avait beaucoup touché. Trop, dirais je même aujourd'hui.



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Lun 24 Sep - 19:48

    Un militaire… en y repensant, je n’aurai jamais imaginé qu’il puisse entrer volontairement dans l’armée. Lui qui était un sale petit con avec ses magouilles de l’époque. Remarque, peut-être que cela lui avait-il fait du bien de rentrer dans l’armée. Mais étant plus jeune, je ne l’avais jamais considéré comme un jeune con avec son petit trafic. Je le voyais comme un homme fort et irrésistiblement charmant, plus vieux que moi et c’était cela qui m’attirait. Il s’était occupé de moi en tant que femme, et non en tant qu’adolescente, et c’était ça qui m’attirait chez lui. Je ne souhaitais pas le laisser partir, je ne voulais qu’il regarde que moi… Et pourtant je suis partie sans rien lui dire. C’était avant. Désormais il n’y avait plus un brin de gentillesse ni de tendresse en lui. Comment faisait-il pour se supporter lui-même pendant ces années alors que moi je n’arrivais pas à le supporter en ce moment ? Je ne comprenais pas. Il s’était comme enfermé dans ce statut de militaire. J’avais eu la chance moi de connaître Mickael. Il fallait dire que j’avais eu du mal à le faire entrer dans ma vie et il avait été très patient. Je me demandais d’ailleurs si je le reverrais un jour, si je ne lui dirais pas tout ce que j’ai vécue… mon enfance et tout le reste. Mais en temps de guerre ou je ne sais quoi je me demandais s’il était nécessaire d’en rajouter une couche. Et puis… reviendra-t-il un jour ? Quelle était la probabilité qu’il puisse arriver dans cette ville ? A moins qu’il ne fuit vers le sud comme je l’ai fait ou qu’il ait péri sous une bombe ou criblé de balle.
    A cette pensée, je m’efforçai de revenir sur terre et arrêtais de divaguer. Je n’arrivais pas à être positive, c’était affreux. Moi qui avais mis tant de temps à reconstruire ma vie… Voilà que tout recommençait. J’avais l’impression d’être de nouveau sur un point de non-retour, avec pour seul homme en face de moi quelqu’un que j’avais éperdument aimé et que je retrouvais maintenant. A croire que le destin s’acharnait sur moi.
    Les paroles de Philippe me firent relever la tête pour plonger mon regard dans le sien. Il me faisait revivre un sentiment que j’avais oublié depuis fort bien longtemps. Ou du moins c’est ce que je croyais.

    « Je connaissais les risques ? N’as-tu donc pas eu conscience que j’étais dans une situation désespérée et je pensais que tu allais me faire oublier tous mes problèmes et que l’on partirait un jour ensemble pour refaire une nouvelle vie ?! As-tu pensé à un moment d’arrêter ton petit trafic pour éviter que je me refasse enlever ?! Non bien sûr, j’étais quoi pour toi ? Une p’tite trainée de plus ? Tu… ! »

    Je m’arrêtais soudainement. La gorge me serrait de plus en plus et les larmes me montaient doucement. Je n’avais pas voulu aller aussi loin, mais les mots égalaient ma pensées, je n’avais pas eu le temps de les retenir. Impossible de faire marche arrière, j’avais envie de le prendre comme punching ball à cet instant précis. Je savais qu’il m’avait aimé, mais la colère me faisait dire n’importe quoi. Je ne réalisais pas encore le poids de certains de mes mots.

    « Tu m’exaspères ! »

    Voilà c’était sorti. Je n’avais pas à le ménager, j’avais l’impression qu’il n’en faisait qu’à sa tête et cela m’irritait au plus haut point ! Cela m’énervait d’autant plus qu’il m’avait fait dire des choses que je pensais avoir accepté au fond de moi-même mais qui étaient restés gravés en moi. Je ne pouvais pas dire comment il réagirait, sûrement mal après ce que je lui avais balancé à la figure. Je n’espérais pas retrouver l’homme que j’avais connu, car chacun de notre côté on avait grandi et trouver un chemin différent qui nous avait changé. Mais là, je ne pensais pas voir autant de changement en lui. J’avais un inconnu devant moi qui me faisait sortir de mes gonds. Difficile alors de savoir comment se comporter. Ça aurait été plus simple si nous ne nous connaissions pas…

    « Crois-tu que c’est ce que j’attends de toi ? Déjà un bonjour aurait largement suffit. Ça nous aurait permis de ne pas nous arrêter pour parler. Je ne pensais pas te retrouver dans cette ville, et encore moins en militaire arrogant. »

    Et voilà, encore des paroles agressives et méchantes lancées sur lui. Mes poings serrés, je m’étais légèrement avancé. Je me demandais s’il fallait que je lui tourne le dos et que je parte, ou s’il fallait véritablement que je reste pour régler cette querelle absurde qui n’avait pas lieu d’être. Ils étaient adultes et matures, normalement tout devait bien se passer. Je ravalais tous mes sentiments qui s’entrechoquaient en moi, ne sachant pas quoi éprouver pour cet homme. Je retenais aussi ses larmes qui ne souhaitaient que couler sur mon visage. Il ne fallait pas que je m’écroule devant lui, sinon je n’arriverais pas à me relever. Tout était tellement difficile.
    Une quinte de toux fit son apparition, me faisant reculer en me pliant sur moi-même. Cela faisait tellement longtemps que je ne m’étais pas énervé que j’avais oublié les conséquences que cela provoquait. De plus, avec toute cette poussière ça n’arrangeait pas l’état de mes poumons. Et ce désastre autour de moi rajoutait du stress. Je me sentais oppressée sans arrêt. J’avais l’impression que depuis l’attaque de Cherbourg, je suffoquais constamment.
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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mar 25 Sep - 17:43

    J'avais répliqué à ses paroles avec toute la méchanceté et la mauvaise foi dont j'étais capable... Quoique j'étais sûr que je pouvais encore dépasser mes limites dans trop de problème, tant j'avais l'impression de me changer en boule de nerfs au fur et à mesure de ces retrouvailles au pied levé. Je ne savais pas quoi penser de ce brusque retour dans le fil de ma vie, comme si on m'imposait un reflet de mon passé, en même temps qu'on m'en imposait un de la vie que j'aurais pu avoir. Parce que fatalement, parallèlement à ces retrouvailles avec Eléanore, je me retrouvais dans la position qui avait été la mienne sitôt son départ. En fait, je n'avais jamais vraiment fait mon deuil de cette relation. Ou plutôt si, mais on était resté sur tant de nons dits que cela risquait d'empoisonner toutes les conversations que l'on pourrait avoir à l'avenir. J'avais changé, elle aussi. C'était un fait. Mais vu que la rupture que nous avions tous deux connue avait été nette, trop même, j'avais l'impression qu'on se retrouvait sitôt après son départ, comme si cette douzaine d'années n'avait été qu'une blague, une parenthèse dans l'existence. Comme si je reprenais enfin le fil de ma vie telle qu'elle avait été abandonnée et jetée au orties douze ans plus tôt. Les choses étaient compliquées, c'était un fait. Rien ne m'obligeait à me comporter en parfait connard, sinon cette carapace de haine et de colère que je m'étais forgé contre toutes les atteintes extérieures. Eléanore en faisait les frais, à tel point que je n'imaginais même pas vraiment un seul instant qu'elle ne mérite pas tout le ressentiment et l'antipathie que je lui lançais au visage. Elle m'avait abandonné, j'étais devenu ce que j'étais devenu, je ne lui devais rien. Et encore moins des excuses. C'était elle qui n'avait pas écouté les miennes, et qui m'avait lâché. J'avais même dû faire un gros travail sur moi même à l'époque, pour éviter tout le temps d'imaginer le pire à propos de son destin. Tous ces « et si ? » qui m'avaient pourri la vie pendant des mois, quand je me demandais sans arrêt ce qu'elle était devenue, imaginant toujours des histoires folles, invraisemblables, et bien souvent horribles. Ce qui me fit bien entendu culpabiliser encore plus. En fait, si je rejetais autant d'amertume dans mes propos, c'était aussi peut être, pour me vider de toute cette inquiètude et cette colère que j'avais dû ravaler pendant des mois après son départ.


    | Tu m'aurais demandé d'arrêter tout ça, je l'aurais fait pour toi. De toute manière après ton départ, les choses sont devenues trop pesantes, alors j'ai enfilé l'uniforme. Si seulement t'aurais pris la peine de me demander clairement ce que je voulais, si moi aussi je voulais partir, peut être que tout se serait passé différemment. Mais non, t'as préféré te tirer avec mon pognon, sans un mot, sans une nouvelle ! T'as une putain d'idée de ce que ça fait, de se retrouver abandonner, et d'imaginer sans cesse que toute cette histoire s'était mal terminée pour toi ? Avec tout ce qu'il se passe dans les infos ? |


    j'avais suffisamment connu Eléanore pour reconnaître quand ça n'allait plus et qu'elle allait craquer. Et si autrefois cela m'attristait terriblement de la voir sur le point de fondre en larmes, cela ne fit cette fois ci que renforcer un peu plus la colère que je ressentais à son égard. Putain, qu'est ce que c'était facile de pleurer pour clouer le bec à l'autre gros con, pas vrai ? Elle me lâcha que je l'exaspérais. D'un ton dégoulinant d'acidité et de froideur, je lui rétorquais.


    | Si tu comprenais ce que tu m'inspires là maintenant, ce serait bien pire. |


    Oui, j'étais mauvais. J'étais proportionnellement aussi méchant que j'avais pu l'aimer dans le passé. Et la revoilà qui s'en prenait à moi. Furaxe au possible, je la pris sans ménagement en lui serrant l'avant bras, pour l'emmener dans une pièce de réunion inoccupée juste derrière. Je n'avais pas envie que l'on se donne plus longtemps en spectacle, ni qu'on vienne me demander des comptes sur ce que je sortais à cette réfugiée. J'étais satisfait de me rendre compte en claquant la porte derrière nous, que la porte était renforcée. Pour les réunions. Donc, on nous entendrait pas. Et c'était tant mieux, parce que j'avais l'impression que tout ce qu'on avait encore à se dire était loin d'être agréable. Dans ma colère, j'avais entendu Eléanore tousser, et cela me serra le cœur puisque je m'en savais responsable, même indirectement. Cela dit, je n'en avais pas fini avec elle.


    | Qu'est ce que tu fous ici, Eléanore ? Pourquoi t'es à Louisville ? Ne me dis pas que tu habites ici, ce serait vraiment la meilleure du siècle! |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mer 26 Sep - 16:07

    Lorsque ma toux s’arrêta enfin, mes poumons lancinaient dans ma poitrine. Je me redressais, respirais un bon coup avant de refaire face à cet homme. Rien. Je ne reconnaissais rien en lui, pour moi c’était un inconnu. Alors il fallait que je ravale toutes ses émotions qui se déchainaient dans mon cœur. Il fallait que je les oublis devant ce militaire sans vergogne et sans cœur. Il n’était plus l’homme que je connaissais, il fallait donc que je reste impassible à ces attaques sinon j’allais complètement m’effondrer. Pour cela, j’essayais de repenser à mes souvenirs joyeux de ma deuxième vie. Mes amis que j’avais trouvé, les animaux, et surtout par-dessus tout : Mickael. Il avait été le seul à lire mon cœur. Il avait été le seul assez compréhensif pour m’attendre et me comprendre. Je ne me savais pas capable d’aimer à nouveau… et pourtant. Petit à petit, je sentais cette boule qui se dissipait, ses larmes dans mes yeux disparaître. Il fallait absolument que je garde ses bons souvenirs et que je ne pense pas au reste. Pas facile… étant donné que j’avais mon premier véritable amour devant moi. Et que cet amour avait été transcendant et exaltant. Difficile donc de l’oublier…
    J’écoutais ce qu’il m’avait à dire ; il était vrai que je ne lui avais rien demandé, j’étais partie avec la peur au ventre et la culpabilité. Mais pourrais-je le lui avouer ?

    « De toute manière nous ne pouvons pas remonter le temps ni inverser les choses. Estime-toi juste heureux que je ne t’ai pas pris bien plus que les quelques billets que je t’ai volés. »

    Je m’arrêtais, pour réfléchir à la phrase qui tournait dans ma tête. Mais finalement, elle sortit quand même.

    « Si je me suis enfuie, c’est parce que j’en avais marre de cette putain de vie ! Je ne voulais plus rien avoir à faire à tous ce bordel. Je souhaitais oublier. Je t’ai laissé une semaine. Je ne sais pas peut-être m’aurais-tu emmené ailleurs, me proposer une nouvelle vie ? Qu’as-tu fait ? Rien. Donc j’ai provoqué ma chance, tout simplement. Que tu m’en veuilles n’y changera rien. Tu as pris ta voie toi aussi. »

    Des mots très lourds à prononcer. Je ne souhaitais pas lui dire que j’avais énormément culpabilisé et que j’avais même fait des écrits pour lui que j’avais gardés caché avant que Mickael n’obtienne mon cœur. Cela m’avait soulagé d’un poids le jour où mon cœur s’était difficilement tourné vers un autre. Mais ça avait été ma seconde chance, et je l’avais saisie, quand bien même la peur de décevoir m’avait effrayé.
    Avant même que je ne puisse encore vagabonder dans mes pensées, j’entendis des mots atroces sortirent de sa bouche. Cette phrase me laissa sans voix et me glaça le dos. C’en était trop, bien trop ! J’aurai été capable de lui foutre mon poing dans la figure que ce serait déjà fait ! Mais je restais planté là, presque désarmé devant ce qu’il venait de me dire. Nous n’avions plus rien à nous dire d’après moi, et c’est quand je me décidais enfin à lui tourner le dos que Philippe me prit le bras en m’emmenant dans une pièce. Que voulait-il au juste ? Que l’on continue cette conversation dans un endroit où personne ne pourra l’entendre ? La porte se referma et j’enlevais mon bras avec violence avant même qu’il ne me lâche. Et voilà que lorsque j’avais décidé de partir pour clore la discussion, il en rajoutait une couche en ouvrant la bouche après m’avoir enfermée dans cette pièce. Je m’y attendais, toujours des paroles méchantes. Il fallait dire aussi que je n’avais pas pesé mes mots. Mais faisait-il un effort ? Je n’en ferais donc pas de mon côté. J’avais réussi à ravaler cette boule et ma consternation m’évitait de m’effondrer.

    « Qu’est-ce que ça peut te foutre d’où je viens ? Si j’avais pu atterrir autre part pour ne pas tomber sur toi, crois-moi je l’aurais fait sans hésiter ! »

    Mais quoi ? Qu’est-ce qu’il voulait que je lui réponde ? Oh bien sur je l’avais suivi pour le retrouver ici. Le seul homme que j’aurais voulu retrouver était Mickael, et non cette brute de militaire !
    Je lui tournais le dos pour me diriger vers une grande fenêtre. Mon regard se perdit au-delà de cette vitre quelques instants avant de me retourner. Je soufflais un bon coup et pointa mon regard sur Philippe.

    « Tu m’enfermes ici et puis quoi ? »
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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 27 Sep - 14:34

    Je me montais tellement la tête que je n'étais plus capable de rationnaliser la situation. Je n'arrivais pas à faire la part des choses, à réfléchir de manière aussi sereine que pérenne. Il faut bien avouer que si je me pare bien souvent d'un masque de froid mépris, je suis quelqu'un de plutôt sanguin, téméraire et fonceur, je suis souvent amené à dire des choses que je pourrais regretter, mais que mon obstination suffit à accepter et à assumer. Que j'ai tord ou raison, cela ne comptait pas réellement. Pas le moins du monde même. Ce qui comptait, c'était que je m'avérais être « jusqu'au-boutiste » de la tête aux pieds. On pouvait avoir toute la peine du monde à me faire changer d'avis, et c'était encore plus dur pour quelque chose que j'avais passé des années à me monter la tête sur ce que je devais ressentir et penser à propos d'Eléanore et de ce passé que nous avions en commun. Parfois, j'avais imaginé que je fondrais en larmes, d'autres fois, que je la supplierais de me reprendre, l'aimant toujours. Mais je m'étais voilé la face. On ne peut pas se répéter des milliers de fois que c'est l'autre le fautif pour bouleverser sa vision juste ensuite. Je réagissais donc comme je m'étais moi même façonné ; froid, en colère, sur la défensive. Cela ne pouvait pas être ma faute ; je n'avais rien fait d'autre que la couvrir d'amour et de cadeaux, de bonheurs et de joies. Tout ce que j'avais ensuite rejeté en bloc depuis qu'elle m'avait quittée. Je m'étais convaincu depuis que toute cette mièvrerie était inutile et même dangereuse. Ca me semblait fragilisant, dangereux même. Les sentiments et l'attachement nuisaient à la concentration, à l'implication. On n'était plus intéressé que par soi même et plus par son devoir. Et de toute manière, ressentir toutes ces choses finissait toujours mal et la situation devenait assez terrible et problématique. Alors, autant ne pas perdre de temps avec ces choses. J'écoutais Eléanore, qui continuait de me défiait dans son attitude et ses paroles.


    | Que je m'estime heureux ? Mais tu déconnes là, putain ? T'avais pas à me voler. Tu m'as abandonné comme ça, sans crier gare, et tu t'es tirée avec ce que j'avais travaillé dur pour obtenir. Je devrais faire quoi alors ? Te prendre dans mes bras, te dire que je t'aime, qu'il n'y en a jamais eu d'autre, et que je suis content de te revoir? |


    Ma voix était vibrante de colère, et je me dominais tout juste. Je pensais cependant que ça ne durerait pas très longtemps, j'avais le sentiment que j'allais continuer à être poussé dans mes retranchements par cette femme que j'avais aimé et que je trouvais toujours aussi magnifique. C'était d'un côté très compliqué de m'en prendre à elle. C'était la seule femme qui était jamais entrée dans mon intimité, et c'était sans doute la seule à réellement me connaître au monde, car je n'avais jamais porté de masque devant elle avant aujourd'hui. Je savais que mieux que les autres, elle pourrait savoir ce que je pensais. A moins que j'avais trop changé ? Eléanore me rappela sa version des faits, à laquelle je ne souscrivais pas. Et elle croyait quoi, que j'avais dansé de joie en voyant l'état dans lequel elle était revenue de son kidnapping ? Je la toisais sévèrement. Je ne voyais aucun intérêt à me défendre ; elle ne croierait en rien à ce que je lui dirais, et cela ne ferait que prolonger l'agonie de notre discussion.


    | Tu penses que je t'ai abandonnée ? Ca va, c'est confortable pour ta conscience ? Quand on travaille, on peut pas tout quitter du jour au lendemain. Un appartement, un déménagement, l'argent que je devais ou qu'on me devait, tout ça je n'avais rien de prêt. Tu as fait le choix de ne pas continuer... Comme tu l'as dit, on ne revient pas en arrière. Et je le voudrais pas. J'ai sacrément bien retenu la leçon, crois moi. |


    Je me trouvais vraiment de plus en plus dans une fureur noire au fil de la conversation. Je voyais bien que mes mots touchaient beaucoup Eléanore, qui s'avérait toujours assez fragile. De ce point de vue elle n'avait pas changé ; c'était une femme sensible et douce, qui pouvait certes se mettre en colère, mais qui restait quand même globalement une crème. Cela ne me dérangeait pas sur l'instant de la pousser dans ses retranchements, même si elle perdait beaucoup de son self control par ma faute. La jeune femme me répliqua sans retenue qu'elle aurait préféré se retrouver n'importe où sauf ici sachant que je m'y trouvais aussi. Ce que je comprenais ; nos retrouvailles étaient explosives et j'étais bien loin de me calmer à cet instant précis, notre passé s'était mué en passif difficile à régler. Elle avait raison... Je l'avais emmenée ici, et puis quoi?


    | Je t'enferme ici parce que c'est une conversation privée. Ici, je suis le putain de lieutenant Raulne. Je suis là avec des mecs tout droit sortis de l'enfer, pour nous mettre en route vers un autre encore pire. Ce genre de conversation ne concerne personne à part nous... Et j'aimerais aussi qu'on m'évite de me chier sur les pompes parce que t'auras fait un esclandre en me revoyant. Tu dois te calmer, Eléanore. Et moi aussi, même si ça nous coûte. Ma présence et celle de mes hommes est à peine acceptée. Et la vôtre, les réfugiés, est tout juste tolérée. Si on fait un scandale, les choses vont changer en mal, tu comprends ? Ca ne change rien au fait que je te considère comme une sacrée garce qui a brisé le cœur de ce petit con que j'étais y'a douze ans, et que je te pardonnerais pas pour ça. Et ça ne change rien non plus au fait que tu me considères comme un connard fini. |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Dim 30 Sep - 13:45

    J’étais à présent posé sur le rebord de la fenêtre, assez loin de Philippe pour éviter tout dérapage incontrôlé de mes mains. J’aurai voulu tout simplement oublié cette rencontre et ne pas être tombé sur lui. Je le reconnaissais à peine devant ce masque qu’il s’était forgé durant ces années. J’aurai sûrement été pareil si je n’avais pas eu la chance de réussir ma nouvelle vie. Peut-être aurai-je fini prostitué ou bien pire encore. Bizarrement, je réussi à m’en sortir et s’il n’y avait pas eu Mickael qui était tombé sur moi, je pense que je serais un peu comme ce militaire qui se trouvait en face de moi. Je n’aurai jamais pu rouvrir mon cœur après des années, de peur de souffrir à nouveau. Et je me demandais si c’était cela qui le rendait aussi fermé. Même si j’avais été peut-être la seule à être intimement lié à lui, je n’arrivais pas à tout déchiffrer. Des années et des années à parfaire sa carapace selon moi. Je l’observais depuis tout à l’heure en l’écoutant aussi répondre à mes paroles qui étaient plus ou moins vrai. Avec cette colère il m’arrivait de dire l’inverse de ce que je pouvais réellement penser. Mais je ne m’en souciais guère pour le moment.
    Plus la conversation continuait, et plus j’avais envie de partir pour fuir cette situation. Mes pensées étaient chamboulées et je luttais contre elles pour éviter qu’elles me contrôlent ; alors que je pensais les avoir contrôlé.

    « J’avais pas à te voler ton argent ? Oui c’est vrai, j’aurais dû te le laisser… cet argent sale de ton dur labeur. »

    Voilà, il avait le don de réveiller ma colère et ma haine, mon chagrin peut-être aussi. Je n’arrivais pas à être sereine ou à justifier mes sautes d’humeur. Avec tout ce qu’il se passait, j’étais devenu lunatique ; mais surtout je cachais cette peine et cette terreur au fond de moi qui s’avérait être un poison qui me détruisait de l’intérieur. Et cela ne faisait que quelques jours que j’étais dans cette ville et que la catastrophe avait eu lieu. Comment ferais-je pour tenir plus longtemps ? Et cela dit, toute seule. J’étais courageuse et combative, mais parfois ces traits me semblaient bien loin de moi.

    « Je n’attends rien de toi. J’aurai plutôt voulu… »

    Périr sous les bombardements ? Oui c’était cela. J’aurai voulu mourir que de le retrouver ici même, à se quereller alors que le monde devient chaos. Je résistais simplement parce qu’il y avait peut-être un espoir pour que Mickael soit en vie. S’il n’était plus, je n’ose imaginer ce que je serais capable de faire. Philippe avait perdu ce côté, mais moi je l’avais retrouvé par chance. Je n’aurai jamais souhaité devenir comme lui, une armoire à glace dépourvu de sentiments. Il n’avait cependant pas changé physiquement, bien sûr il avait grandi et prit de l’assurance, un peu trop même. Je le trouvais encore plus charmant, mais aussi irritant. C’était bien plus facile de reporter toute la faute sur lui et de le haïr que d’essayer de faire autrement.

    « Mais tu m’as abandonné ! Je me suis senti tellement mal après cet enlèvement, j’ai cru que tu allais être présent pour moi et que tu comprendrais mon envie d’évasion. Mais qu’est-ce que tu croyais ? Que j’allais rester avec toi toute ma vie dans ton sale petit trafic ? »

    Je me retournais vers la fenêtre et lui montra mon dos. Je pris mes mains et les joignant devant ma poitrine. Je tremblais, souhaitant contenir au mieux mes émotions devant cet homme. Je ne voulais pas lui offrir le plaisir de me voir m’effondrer ; cet homme si changé par l’armée… je me demandais comment il voyait les femmes à présent, comment il me voyait. Comme une femme stupide et sans cœur. Si seulement il savait combien j’ai eu du mal à le quitter. Je ne lui ai pas fait d’adieu car je n’aurai jamais pu partir. Je me suis tout simplement enfuie d’un passé qui me hantait terriblement. Je n’en dormais pas la nuit et j’avais tellement peur de réentendre à nouveau cette porte brisée et ces coups de fusils tirés. Cette poigne me prenant le bras si fort. Cette impossibilité de faire quoi que ce soit, j’étais vulnérable ne pouvant rien faire pour me protéger moi-même. Je ne souhaitais plus jamais éprouver cette faiblesse, ce pourquoi je m’efforçais autant d’être forte bien que mon cœur soit décomposé. J’avais pensé à lui écrire tant de fois pendant des jours, je m’étais efforcé de ne pas le faire de peur qu’il me retrouve et que le cauchemar que j’avais quitté ne recommence.
    Sa voix atteignit mes oreilles alors que je ne souhaitais plus l’écouter. Et désormais il me demandait de me calmer ? Il m’annonçait aussi qu’il avait vécu l’enfer, mais qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’il était le seul ?
    Toujours dos à lui, je tournais la tête pour lui parler, mes mains toujours jointes.

    « Je ne t’aurais pas fait un scandale si tu t’étais tenu à un seul mot au lieu de me faire une pic que je ne pouvais pas omettre ; et je pense que tu le savais. »

    Mon regard se perdit vers la fenêtre en revoyant le massacre de Cherbourg, ses flashs incessants qui faisait partie intégrante de moi et que je ne pouvais pas effacer.

    « Tu penses peut-être que tu es le seul à avoir traversé l’enfer ? J’étais à Cherbourg quand les bombardements ont eu lieu, j’ai vu des gens massacrés et certains mourir dans mes bras en tentant de les sauver. Je me demande encore comment j’ai pu survivre alors que tant d’autres sont morts ! Sauf que comparé à toi le grand militaire, je n’avais rien pour me défendre et aucun entrainement de survie. Alors après tout ce que j’ai vécu, je n’en ai rien à foutre des citoyens de cette ville ! »

    Les émotions l’emportaient sur la raison. Ce que j’avais vécu m’avait tellement traumatisé que je ne pouvais rien retenir. C’était comme une bombe à retardement, et je n’en avais encore parlé à personne. Malheureusement ça tombait sur Philippe. Et ma promesse que je m’étais faite tombait littéralement à l’eau. J’étais faible face à tant de chaos, et ça m’exaspérait d’être autant décomposée.
    Je me retournais alors, retenant des larmes que je ne saurais retenir bien longtemps. Avec une voix déterminée cachant médiocrement une voix tremblante, je coupais court à la discussion avec une pointe de sarcasme.

    « Je pense que cette discussion est terminée. Va donc t’occuper de ton titre, Lieutenant Raulne. »


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 4 Oct - 11:45

    Comme d'habitude quand je ressentais une forte tension ou une forte colère, et les deux dans les cas présents, je me mettais à observer plus finement ce qui m'entourait. Je constatais que je n'étais encore jamais venu dans cette salle. Je ne savais pas franchement si j'avais le « droit » de venir ici pour mener une discussion privée, et tout aussi franchement, je m'en tapais le coquillard à un point de malade. Je savais bien que cet endroit était privatif au sein du lieu public qu'était la mairie, mais qui oserait me dire quoi que ce soit ? Je suis le chef du corps de soldats qui crèche en ville. Je n'exerce aucun pouvoir sur la ville mais tout le monde se doute certainement qu'il vaut mieux éviter de me pisser sur les pompes. Je continuais donc, remarquant par la même occasion qu'Eléanore prenait bien soin de se trouver le plus loin possible de moi, en fait à l'autre bout de la pièce, à la fenêtre. Par peur de ma colère, ou de la sienne ? Je n'en savais rien. Sans doute un peu des deux. Je me rendais compte que nous ne parvenions pas vraiment à nous calmer. Et sans arriver à devenir violents physiquement, nous allions assez loin dans nos propos. Je devais bien avouer que mes mots dépassaient souvent ma pensée ; je me retrouvais dans une posture purement défensive et aggresive ; je ne pouvais aller contre tout le ressentiment que j'avais élaboré au fil du temps, tout comme je ne pouvais pas ignorer que j'allais beaucoup plus loin que ce que je pensais vraiment. Cela n'avait cependant pas beaucoup d'importance. Je n'étais pas ici à Louisville pour reconquérir le cœur de cette femme que j'avais tant aimé dans le passé. Elle faisait ce qu'elle voulait, et je vivais pour l'instant son retour dans mon existence comme une véritable épreuve ; j'étais de nouveau confronté à un passé et à une nature que j'avais préféré oublier.


    | Je ne vais pas me défendre devant toi. T'es pas un juge et t'es plus personne pour moi depuis que tu t'es barrée. Ca t'allais bien à l'époque hein, que j'avais de l'argent ? On pouvait sortir, je pouvais t'acheter des trucs. Et puis merde, j'ai pas à me justifier. |


    C'était vrai. Eléanore avait choisit son existence, et elle l'avait choisie loin de moi. En partant elle avait cessé d'avoir le droit de discuter ma vie, de me juger même si elle en serait probablement toujours capable. Nous étions séparés de fait. Ce que je faisais et ce que j'avais fait ne la concernait plus en rien. La jeune femme me confirma qu'elle n'attendait rien de moi, et qu'elle aurait voulu... Quoi donc ? Elle ne terminait pas sa phrase. Je fronçais les sourcils. Qu'est ce qu'elle allait me dire encore ? Elle aurait voulu quoi, ne jamais m'avoir rencontré peut être ? Ne jamais m'avoir aimé ? Mais m'avait elle seulement aimé ? Je la regardais, et elle semblait maintenant un peu perdue, ne serait ce que comme une espèce de passade, comme si Eléanore pensait à autre chose, comme si quelque chose dans son esprit la faisait douter. Je me demandais quoi, mais je savais bien que je ne saurais tarder à comprendre les tenants et les aboutissants de cette question. Et la voilà qui finalement en remet une couche. Je la regardais, incrédule et tremblant de rage, alors qu'elle me reprochait elle même l'abandon dans le couple que nous formions ensemble ! Mon sale petit trafic?


    | Quoi, alors tout va en revenir à ce que je n'ai pas fait pour toi, c'est ça ? J'étais là, si t'avais envie de parler. J'étais là, si t'avais envie de partir. J'étais là et j'aurais pu t'écouter, si tu aurais voulu qu'on change de vie. Ca c'est pas fait, alors gardes tes reproches. De toute manière, il ne nous reste plus rien de cette époque. On a dû continuer de vivre chacun de notre côté. |


    C'était un fait. Si je n'avais jamais vraiment abandonné mes petites manies de me faire de l'argent à côté de mon salaire, il fallait bien avouer que je n'étais plus du tout le même. Déjà, je n'avais plus entretenu la moindre relation stable avec une femme depuis Eléanore, et je faisais tout net le lien entre ces deux choses. Ensuite, j'avais beaucoup perdu de mon caractère d'alors. Si j'étais en cuivre autrefois, cassant ou pliant, je m'étais forgé en acier trempé. C'était ça, qui me permettait de continuer à calculer les tenants et les aboutissants d'une telle conversation, au delà du simple aspect émotionnel que cela pouvait susciter chez nous deux. Ce que je voyais, c'était que les relations avec les réfugiés allaient peut être aller en se tendre. De plus, la rumeur d'une dispute entre une réfugiée et le chef des militaires allait bien vite se répandre. On se demandera pourquoi et comment nous en étions arrivés là, si nous nous connaissions d'avant la guerre et si c'était le cas ce que nous avions à voir ensemble ? Ce désavantage était cependant contrebalancé par le fait que j'avais des choses à régler avec Eléanore, sans ça mon travail ici en serait affecté. Même si ce serait douloureux et avec des conséquences, je n'avais pas le choix que de crever l'abcès au plus vite, dès à présent, sous peine de voir les choses traîner et gangrener le tout. Et qui sait, peut être que j'en retirerais une certaine satisfaction, d'avoir finalement chassé ces vieux démons ? Ce n'était cependant pas encore clairement évident. Pour Eléanore, je ne savais pas ce qu'elle avait dans la tête. De la colère bien sûr, je l'avais agressée le premier. Mais quoi d'autre ? Je me posais des questions ; est ce qu'elle ressentait encore quelque chose pour moi ? Est ce qu'elle avait quelqu'un d'autre ? Qu'est ce qu'elle avait vécu suite à notre séparation ? Pour l'instant, je savais que je n'aurais droit qu'à sa colère. Je l'avais bien cherchée, mais je m'en fichais. Moi aussi, j'en avais gros sur la conscience. Mon ancienne petite amie me tournait le dos, et elle irradiait totalement de colère. Je haussais les épaules à ses paroles suivantes.


    | Oui, je le savais. Mais tu peux pas me reprocher de t'en vouloir et d'avoir réagit vivement quand je t'ai croisée dans le couloir... Alors que je pensais ne jamais te revoir. |


    Finalement, Eléanore détourna le regard, et me demanda si j'étais certain d'être le seul à avoir traversé l'enfer. Je restais coi quand elle me dit qu'elle était à Cherbourg au moment des bombardements. Le sort faisait il en sorte que je retrouve mon amour de jeunesse et que ce soit elle qui m'apporte des informations sur mon objectif ? Ce serait tellement improbable, mais pourtant... Elle me dit qu'elle avait vu des gens mourir, et je sentais au ton de sa voix qu'elle ne mentait pas. Cherbourg était donc bel et bien attaquée, il fallait avouer que cela fiabilisait au moins ce que je pensais déjà savoir. Eléanore était toujours en colère contre moi, elle me rebalançait des attaques de manière presque directe, mais je ne me laissais pas démonter. Je laissais ma raison prendre le pas sur ma colère, et je retrouvais mon calme, au moins extérieurement, contrairement à Eléanore qui semblait plus chamboulée que jamais. Elle voulait prendre congés, mais je posais mes mains sur la table, l'air le plus sérieux et professionnel du monde. Beaucoup pouvait se jouer de ce qu'elle me raconterait sur Cherbourg. Je prenais le ton neutre où pointait l'autorité de mon grade, que j'utilisais que je voulais intimer un ordre. Mon regard se fit pesant, sérieux, et je ne la quittais plus des yeux.


    | La discussion sera terminée quand je le dirais, et tu vas me raconter tout ce qu'il s'est passé depuis samedi dernier inclus, ce qu'il s'est passé à Cherbourg, ce que tu as vu, entendu ou pensé, et comment tu es venue jusqu'ici. Je veux tout savoir, Eléanore. J'aurais peut être des questions, mais c'est important pour notre survie. Tu me supporteras bien pour ça, au moins. |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Lun 8 Oct - 15:02

    Il faut que je sois forte, il faut que je sois forte… Je n’arrêtais pas de me le répéter, pour qu’au final je perde totalement le contrôle sur mes émotions. Mais putain qu’est-ce qu’il foutait là lui ? Il n’aurait pas pu se trouver ailleurs ? Je n’aurais pas pu tomber sur une autre ville que Louisville ? Et pourquoi n’ai-je pas tout simplement sombré parmi tant d’autres victimes ce jour-là ? C’était affreux d’avoir tous ces souvenirs de ce bombardement et d’avoir été peut-être une des seules à s’en être sortie vivante. Et ce militaire planté devant moi à qui je ne voulais pas parler et qui continuait à faire ressortir ce que j’avais cru avoir dépassé. C’était fou ce que des années d’oubli pouvait revenir soudainement à la surface après une seule petite parole avec l’être concerné.
    Il n’avait pas apprécié mes paroles, mais de toute manière, je ne les avais pas sortis pour lui faire plaisir. Je voulais qu’il me haïsse pour pouvoir sortir de cette pièce, qu’il me laisse m’enfuir. Mais il n’arrêtait pas de se justifier comme moi je le faisais d’ailleurs. En réalité, ce qu’il ne comprenait pas – et ne comprendrait pas car je souhaitais le lui cacher – j’avais énormément culpabilisé ce jour-là, et si je n’étais pas parti quand il n’était pas là, je n’aurai pas pu le quitter. Je l’aimais trop pour ça malgré toute cette merde qui nous entourait. Je lui avais écrit au moins 5 lettres durant le voyage et bien plus encore lorsque je n’étais pas encore fixé dans mes déplacements et de ce que j’allais faire plus tard. Mais ça, je le gardais pour moi, il n’avait pas besoin de le savoir. Et puis… tout était si loin.
    Je n’avais plus la force de lui répondre, mes larmes semblaient retenir toute ma force pour ne pas qu’elles coulent abondamment. Je n’avais pourtant pleuré que deux fois durant tout ce ‘voyage’ pourquoi donc une troisième fois devant lui ? Je ne voulais pas.

    « Oui et bien ça c’est fait autrement. On a changé de vie effectivement. »

    Une réponse fermée pour éviter qu’il ne reparte sur autre chose. Il fallait dire que je faisais tout aussi pour l’énerver, je ne mâchais pas mes mots mais je ne contrôlais rien à cause du choc que j’avais vécue. Si nous nous étions rencontré dans d’autres circonstances, je suis sûr que tout se serait passé différemment. J’aurais été avec Mickaël, et je pense que la conversation ne se serait pas éternisée, et j’aurai su rester aimable, contrôlant mes émotions. Mais là j’étais seule et désemparée, n’ayant personne à qui parler. J’avais gardé tout ce que j’avais vécu pour moi et ça commençait à me ronger de l’intérieur en seulement quelques semaines. Cela ne faisait pas longtemps que j’étais dans cette ville mais la notion du temps me paraissait fausse. Je n’arrivais déjà pas à penser que j’avais vécu une espèce de troisième guerre mondiale. Je revoyais encore les images à la télé, les gens paniqués qui me bousculaient et me piétinaient. J’avais failli mourir sous l’effet d’une foule en panique. Une seule main s’était tendu, une seule personne… qui avait péri juste après. Que ce serait-il passé s’il ne m’avait pas tendu sa main ? Il vivrait et je serais dans un autre monde, peut-être avec Mickael. Cette pensée me fit froid dans le dos. Mon regard se posa sur Philippe en écoutant ses paroles, comme pour faire fuir ses pensées trop sombres qui s’emparaient de mon esprit.

    « Ah et tu penses que j’avais prévu cette rencontre ? »

    Toujours autant de répondant, c’était bon ou mauvais, mais il fallait que je sorte ces mots sinon j’allais me mettre à tomber en pleurant. Apparemment mon intervention pour arrêter cette conversation ne marcha pas du tout. Au contraire, on aurait dit que ce que j’avais dit lui avait porté un intérêt certain. J’étais intriguée quand bien même mes mains tremblaient. Des flashs m’apparaissaient, ceux qui hantaient constamment mes nuits m’empêchant de dormir. J’étais toujours aussi loin que possible de lui, et quand je le vis s’approcher un peu plus, je compris tout de suite dans son regard que la discussion n’était pas terminée. J’aurai au moins essayé, mais dans tous les cas, la porte était pile en face de moi… Je ne me gênerais pas pour la franchir, et peut-être plus tôt que prévu car ce qu’il souhaitait de moi me rendit hors de moi bizarrement. C’était quoi ça ? Un interrogatoire pour une putain de mission ? Et les sentiments que j’avais éprouvé et qui ne me quittaient pas depuis ce jour fatidique qu’en était-il ?

    « Et si je n’ai pas envie de t’en parler ? Ça t’a au moins traversé l’esprit ? »

    Je m’étais un peu avancée et mes larmes n’allaient pas tarder à couler. Ça n’allait pas être ses poings sur la table ou même son statut de militaire qui allait m’intimider. Mais le seul fait qu’il me pose des questions sur ce qu’il s’est réellement passé là-bas me mit dans tous mes états.

    « Je n’ai pas envie d’en parler c’est clair ? C’était un vrai chaos et je n’ai pas envie de revivre ça, ça me hante déjà assez comme ça pour que j’en parle à quelqu’un ; qui plus est avec toi ! »

    Je n’arrivais plus à tenir ses tremblements incessants, mes larmes perlaient mes joues désormais, car mes souvenirs se ravivaient de plus en plus et le cauchemar que j’avais essayé d’enfouir en moi était encore plus présent et plus brutal encore. Une douleur profonde dans ma poitrine me faisait atrocement mal. Je ne voulais pas exploser ici, non, je souhaitais souffrir seule même si mon cœur me disait le contraire. Je commençais donc à marcher vers cette porte de sortie, cet échappatoire qui me semblait si prêt mais tout à coup si éloigné. IL fallait que je franchisse cette porte, il fallait que je me libère ailleurs ; partout sauf ici.


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mar 16 Oct - 20:44

    Les paroles d'Eléanore étaient sans appel, c'était un fait. Je ne pouvais pas dire qu'elles me surprenaient, pas après tout ce qu'on venait de se dire d'ailleurs. C'était ainsi, on n'y pouvait plus rien maintenant. C'était trop tard pour avoir des remords, trop tard pour se sentir triste ou désespéré. Bien sûr que la revoir me touchait, c'était évident. C'était la première chose depuis bien longtemps qui me faisait ce genre d'effet, et je n'étais plus habitué à ressentir ce genre de chose. De la confusion, des scrupules même, presque. Bref, rien de plaisant. D'ordinaire, je contrôlais tout ce qui m'entourait, la façon que j'avais de concevoir les choses me donnait le plus souvent une bonne longueur d'avance sur tout le monde, et je n'étais que rarement perdu. Mais là, il se passait trop de choses d'un coup. Non seulement je la retrouvais elle, et ici dans cette situation. Rien que l'alliance de ces deux choses en aurait secoué plus d'un, mais en plus de ça la seule personne au monde que je me serais jamais attendu à revoir était porteuse de nouvelles de mon objectif, celui là même qui était attaqué quelques jours plus tôt, menacé de tomber aux mains d'un ennemi non identifié, et toujours sous les bombes actuellement selon toute vraisemblance. C'était à devenir fou. Mais je n'étais plus ce petit con que j'avais été autrefois, qui réagissait uniquement à l'instinct et avec un tempérament de feu. Maintenant, j'étais lieutenant. L'un des plus gros enfoirés de toute l'armée française, qui avait beaucoup de sang sur les mains et qui accomplissait toujours ses missions peu en importait d'ailleurs le coût. Je devais prendre la chose comme telle ; froidement, objectivement, mécaniquement, et la traiter en conséquence. De tout ce qui existait en ce monde comme situation pourrie, je n'en connaissais aucune pour l'instant qui soit impossible à résoudre à coup de fusil mitrailleur. Je ne répondais pas à Eléanore, il n'y avait plus de place pour les émotions dans cette conversation. J'avais fait mon deuil de notre relation, mon deuil d'elle. Je le devais. Je le devais vraiment. Comme me l'avait appris un vieil adjudant, le secret pour réussir c'est se parer de masques. Dans n'importe quelle situation, vous avez une identité propre, quelque chose qui vous permet de prendre les choses comme elles sont, et pas sous le coup d'une émotion particulièrement forte. Je suivais son indication. Je n'étais pas là pour reconquérir Eléanore ou pour la faire souffrir. J'étais ici pour faire mon travail. J'étais ici pour faire la guerre. Je ne lui répondais pas. On aura tout le temps quand tout sera fini et si nous sommes encore en vie, pour reparler de tout cela. A tête reposée s'il le fallait vraiment. Mais pas maintenant, ce n'était pas le moment. Je sentais cependant la colère me gagner quand la jeune femme laissait entendre qu'elle n'avait pas envie de m'en parler, et donc qu'elle n'en ferait rien. Je lui lançais un regard noir.


    | Tu me parles pas comme ça, putain. Tu me parles pas comme ça parce que c'est moi et mes gars qui vont faire la différence entre ta survie, et le chaos. Pigé? Et tu crois qu'il se serait passé quoi, si on n'avait pas été là. Ton cul aurait fait plaisir à beaucoup de types. Ou alors, on t'aurait plombée pour te piquer le peu de choses que tu trimballais. Et ça peut encore arriver. T'as pas compris que c'était la guerre, là ? Pour ce qu'on en sait, ces putains de russes ou même ces enfoirés de godons peuvent être en train de débarquer à Cherbourg. Et tu feras quoi alors, hein ? Tu leur pleureras dans les bras ? Gardes un peu la tête haute, et réponds aux questions. Je suis pas un putain d'envahisseur, je suis là pour vous défendre tous, alors arrête un peu ton char. |


    Ouais, catégorique, insultant, mauvais et injurieux. Honnêtement, qui s'en foutait pas ? Moi le premier, je savais que les libertés de langage n'étaient rien comparés à l'importance suprême de ma mission. Je m'en fichais bien de tout ce qui allait se passer, l'important était que je ne perde pas le but de tout ceci de l'esprit. Je me devais d'être fort pour tous ceux qui ne l'étaient pas. Eléanore me soutenait une fois de plus qu'elle n'avait pas envie d'en parler. Pour ses cauchemars, pour ce qui la hantait, et elle me rejetait encore tout en bloc. Probablement que ça lui permettait de mieux se sentir. Je me plaçais entre elle et la porte de sortie. Je l'aggripais sans tendresse, lui enserrant les bras dans une poigne d'acier, rivant mon regard dans le sien.


    | Regardes toi. Tu te rends compte ? Ce que t'as vu peut sauver des vies, putain ! Tu dois me le dire, et tu le sais ! Tu sais que sans tes infos, je guiderais mon bataillon improvisé vers la mort ? On sait pas ce qui nous attend là bas, d'accord ? Si Cherbourg tombe, c'est tout le Cotentin qui suivra, et de là, l'ennemi pourra envahir tout le territoire, tu comprends, bordel ? On peut pas se permettre de pleurer ou de s'enfuir. On doit affronter cette putain de vérité ! Tu me croirais pas si je te dis que ça me plais pas, que je préférais être à mille bornes d'ici. Mais c'est la vérité. Putain, mais t'imagines si un lieutenant comme moi se trouvait à la frontière belge ? J'étriperais ce connard s'il laissait la moindre chance à l'ennemi de nous envahir pour tous nous massacrer. |


    Je la lâchais, haletant sous l'effet de la colère.


    | On est en guerre. Des gens dehors essaient de tous nous tuer. On a été atomisés. On est bombardés. Bientôt, on sera affamés, et divisés si ça continue comme ça. Tu crois que nos ancêtres ont réagit comment quand on nous menaçait ? On doit faire face. On n'a pas le choix. Racontes moi. C'est ton devoir, et c'est le miens de faire tout mon possible pour éviter à d'autres civils comme toi de subir la même chose que t'as subie toi même. |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 18 Oct - 11:02

    Il était clair que ni l’un ni l’autre n’allait arrêter de se défendre. Philippe défendait sa mission et moi je défendais tout simplement mon droit de silence. Oui, la seule personne à qui j’aurai pu parler n’était pas là et n’était d’ailleurs peut-être plus là. Je voulais qu’on me laisse seule car je n’accepterais pas une autre aide que son aide. Pourquoi cela était-il si compliqué à comprendre ? C’était si simple dans ma tête, je ne souhaitais pas revivre ce moment. Et ça n’allait pas être Philippe qui allait m’obliger à parler. On avait vécu tellement de chose ensemble, mais c’était un total inconnu devant moi. Plus la situation avançait et plus je me disais que j’aurai mieux fait de ne pas lui adresser la parole ou de ne pas avoir eu à le croiser ici-même. Cela nous aurait évité cette situation, que je n’acceptais clairement pas. IL me demandait de ne pas lui parler comme je le faisais, mais qu’est-ce que j’en avais à faire ? Je lui parlais comme je le voulais. Car il faisait quoi lui ? C’était des tendres paroles ce qu’il me lançait ? Je n’avais qu’une envie malgré mes larmes et ces incessants tremblements : c’était de lui en coller une. Elle m’échappa d’ailleurs, trahissant ma pensée en arrivant brusquement lorsqu’il finit son petit discours que je n’arrivais pas à avaler. C’était pour moi comme un manque de respect envers moi, envers ma personnalité. Je n’étais pas formé pour laisser mes émotions de côté. Non effectivement je n’étais pas un soldat.

    « T’es un vrai salaud ! Tu me demandes de te parler autrement mais écoute-toi d’abord avant de me donner des ordres. Je suis pas un soldat ! Votre équipe ne m’a jamais aidé, jamais. J’ai survécu toute seule dans ce chaos alors ne me dit pas que vous avez fait quelque chose pour moi. Vous pensez nous défendre, mais lorsque l’envahisseur arrivera, vous ne ferez pas le poids avec votre petite équipe. »

    Je repris ma respiration alors que je pensais qu’une quinte de toux allait me prendre. Mes larmes coulaient encore et s’était la peur qui parlait. Il était vrai que si l’envahisseur arrivait dans cette ville, il n’arrivait pas à cinq, mais avec une armée. Et si ça faisait comme à Cherbourg, avec les avions, on sera tous mort ! Alors oui je sais que nous sommes en guerre !

    « Tu me demandes de garder la tête haute, mais qu’ai-je fais jusqu’ici ? J’ai pas arrêté de continuer à vivre alors qu’il n’y a rien ici pour moi. »

    Oui, j’aurai très bien pu prendre une lame de rasoir ou quoi que ce soit d’autre pour finir mes jours après ce séjour à l’hôpital. Mais je e l’avais pas fait. Alors qu’il arrête de me prendre pour une petite civile sans cervelle. J’étais soit très émotive et très choqué par ce qu’il se passait, je n’arrivais pas à accepter la situation, mais cela ne voulait absolument pas dire que je ne comprenais pas la situation chaotique qui se présentait. Je savais très bien que notre futur proche serait difficile. Peut-être que nous mourrons de faim ou criblé de balles, en tout cas notre avenir n’était qu’incertain et plutôt négatif.

    Le chemin de la sortie était pile devant moi, mais alors que je pensais ouvrir cette porte et m’enfuir de cette situation que je n’arrivais pas à supporter, il se pointa devant moi, me barrant la route. La prise de mes bras avec cette force me fit émettre un brusque sursaut. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me prenne comme ça, et d’ailleurs ça arrêta mes larmes dans leur course infinie. Et j’eu comme un élan d’agressivité qui venait du plus profond de moi. Il était clair que s’il ne lâchait pas sa prise, j’étais capable de tout.

    « Lâche-moi tout de suite. » annonçais-je entre mes dents.

    Je ne réfléchissais même pas, ce fut comme un réflexe que de m’extirper de ces deux prises. Cela m’était insupportable qu’on me prenne de cette manière et surtout que l’on me bloque. C’était comme une phobie, quelque chose qui était resté d’avant et que je n’avais pas pu laisser de côté avec mon ancienne vie. Il y a des choses que le corps n’oublie pas, hélas.
    Il me lâcha les bras, et tout à coup je respirais mieux, comme une libération. Par prudence je reculais de cet homme, car je ne pouvais pas lui permettre de nouveau de me toucher comme il l’avait fait. L’avantage, c’est qu’il avait réveillé en moi une hargne qui coupa complètement mon état de choc, le laissant de côté pour l’instant ; bien que mon visage fût trempé de mes fraiches larmes. Je n’avais écouté que la moitié des mots qu’il avait prononcés. Seulement je n’étais pas un militaire, je ne savais pas ce qu’il s’était réellement passé la bas, mise à part les bombes que j’avais entendu et les mitraillettes avec ses avions permanents. Je n’avais rien pu voir car j’étais dans une foule en panique et j’avais été tellement terrifié que j’étais resté un moment dans un coin, avant qu’une jeune femme ne me retrouve et me force à fuir, me remettant un peu sur terre. Je lui devais la vie, et je n’ai pas su la tenir en vie jusqu’à ce qu’on trouve des secours. Ça m’avait été insupportable et il souhaitait que je revive ça ? J’étais bien sûr au courant qu’on était envahie, pourquoi me le rappelait-il alors que j’étais ?

    « Tu crois que je ne sais pas tout ça ? Je sais qu’on est en guerre, j’ai vécu les bombardements sans savoir comment j’ai réussi à survivre. Sauf que je ne gère pas la situation comme toi ; tu as peut-être l’habitude de frôler la mort, mais moi j’ai cru que j’allais mourir là-bas ! Alors oui désolé, je ne gère pas comme toi tu peux gérer, Lieutenant. »

    Oui de la colère, car en tant que militaire il ne se mettait pas à la place des civils, comme moi, ayant subi un bombardement. Je n’avais rien compris de ce qu’il m’arrivait. La veille j’étais avec mon fiancé, tout allait parfaitement bien, et le lendemain c’était le chaos… Comment voulait-il que je gère la situation ? En tout cas, pas comme lui, c’était certain.

    « Je ne peux pas t’aider, je n’ai entendu que les bombardements et les avions qui tiraient sur nous. J’ai fuis cette situation comme j’ai pu sans me retourner. Je ne sais pas ce qu’il est arrivé. Adresse-toi à quelqu’un d’autre. »

    C’était clair, mais c’était la vérité. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé, car tout avait été si vite. S’il souhaitait des informations précises, je n’étais pas la bonne personne. Je n’avais rien vu, hormis tous ces gens tué sous les balles. Je pense que j’aurai peut-être préférée mourir, cela m’aurait évité de vivre dans ce chaos et dans ce vide intérieur. J’aurai été en paix là-haut et j’aurai su si Mickaël était vivant ou mort.


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mer 24 Oct - 19:39

    J'avais l'impression de parler à un mur. Je savais qu'Eléanore savait des choses, c'était obligatoire. Rien que de me dire l'état de la ville quand elle l'avait quittée, les axes bouchés pour y accéder ou ce genre de menus détails, pouvait bien sauver ma vie ou celle de mes hommes, et assurer de manière un peu plus sérieuse que ma seule volonté l'accomplissement de notre mission. J'avais l'impression qu'elle me faisait payer tout ce qu'elle retrouvait à me reprocher, comme si j'étais à l'origine de tous les maux de son existence. Ca commençait sérieusement à bien faire, c'était vrai quoi. Qu'elle ne veuille pas m'aider moi, passe encore. Mais elle mettait beaucoup de monde en danger. Si pour une raison absurde elle refusait de me dire que le port de Cherbourg était maintenant tenu par l'ennemi, que se passerait il ? Si en arrivant à pied dans la ville, mon groupe de combat se retrouvait pris à partie par des tanks ou d'autres blindés ? On ferait quoi, alors ? Je vais vous le dire moi. EN cas de mauvaise surprise, ça faisait autant de croix blanche dans un cimetière, et encore j'étais trop optimiste. Si je n'arrivais pas à fiabiliser le peu d'informations que je savais sur la situation de mon objectif, on risquait surtout de tous finir au fond d'un fossé, largués et dépouillés par un envahisseur arrivé en force. Je devais la faire parler, mais putain est ce qu'elle pouvait s'arrêter une seconde de chialer et de me dire qu'elle voulait pas ? Ca dépassait de très loin sa petite personne cette merde, c'était même une putain de catastrophe mondiale ce qui nous tombait dessus ! Ou alors, elle était la garce égocentrique qui n'avait rien à foutre de qui que ce soit hormis d'elle même, cette chimère que je m'étais inventé les premiers mois pour ne pas sombrer définitivement dans la dépression suite à son absence, à son départ. Eleanore reprit la parole, des paroles dures mais vraies. J'en avais bien conscience, et cela fit redescendre ma colère. Elle devait bien comprendre ma position, autant je savais qu'un bombardement pouvait être traumatisant pour en avoir ressenti un moi même. Elle pleurait un peu plus, mais je me forçais de raisonner clairement, calmement.


    | Tu as raison. T'es une civile j'ai pas d'ordres à te donner sauf si on apprend que le couvre feu est instauré, ce qui doit être le cas, mais on ne le saura peut être jamais. Et tu as raison sur un autre point. Si jamais on est envahi par Cherbourg, il n'y a probablement que mon unité de survivants sur leur route. Aucun renfort n'était prévu quand on était partis. Et même sans support, l'ennemi nous massacrera. Mais on doit quand même y aller. Pas parce qu'on est fous. Pas parce qu'on est cons. Parce que c'est notre devoir. Parce que si on n'y va pas, on vous abandonner à eux sans se battre. |


    La mine austère, le regard grave, je la toisais alors qu'elle perdait ses moyens et le peu de calme qu'il lui restait. Je n'avais pas trop le choix, et ça me coûtait. Je n'aimais pas brusquer les gens gratuitement même si j'en étais parfaitement capable. Eléanore dit qu'il n'y avait rien ici pour elle. Sans doute avait elle raison, mais rien n'était fini tant qu'elle ne serait pas en train de manger les pissenlits par la racine. Rien à voir avec le « tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ». C'était juste une volonté de survivre plus forte que presque tout le reste, et elle devait se raccrocher à ça.


    | Si t'es arrivée jusqu'ici, tu as toujours une chance de retrouver ta place avec tes proches s'ils sont encore en vie. Sinon, tu peux toujours te reconstruire. Penses à tous les gens qui n'en auront plus l'occasion. Je dis pas que t'es ici en vacances, mais faut pas te laisser abattre. Ca ne fait que commencer, j'en ai bien peur. |


    Paroles peu sages et peur rassurantes, mais pouvais je vraiment lui dire autre chose ? Je n'étais pas du genre à mentir sur ce genre de choses, même si j'étais parfaitement capable de mentir le reste du temps. Je grimaçais quand la jeune femme me dit plein de haine et de hargne qu'il fallait que je la lâche. Je compris alors que je ne parviendrais à rien de plus avec elle. J'étais trop las, trop fatigué de cette situation de merde qui n'en finissait pas d'empirer. J'étais fatigué des gens, fatigué d'avance de la tâche qui m'incombait. J'étais en colère aussi, et en proie à d'autres émotions tout aussi violentes. Dans cet état, je ne serais capable de rien avec Eléanore. Déjà qu'en temps normal, cela n'aurait pas été gagné du fait de notre passé des plus houleux, je ne voulais pas encore en rajouter. Je l'avais braquée contre moi, j'avais été stupide. J'avais plus été Philippe que le Lieutenant Raulne. J'avais été plus impulsif et colérique que froid, calculateur, réfléchi. J'avais jeté toutes mes bonnes résolutions aux horties et m'étais laissé dominer à nouveau par la peur, par l'anxiété, et par aussi les réminiscences d'un premier amour depuis longtemps perdu. J'avais été faible, et cela m'avait coûté au moins provisoirement l'accès à des informations qui pouvaient s'avérer vitales. Peut être sans intérêt, peut être pas. On n'en saurait peut être jamais rien. Je devais me parer à nouveau de mon masque de Lieutenant ; je devais recalculer la situation avec méthode et détachement. Je laissais glisser la colère de la beauté en pleurs devant moi, qui reculait face à la masse de mon corps comme pour s'en protéger. Je soupirais doucement, l'air pensif. Je devais me reprendre. Ou charger un de mes subordonnés de l'interroger plus calmement. Bertin peut être. Avec sa tronche de beau gosse, il détendait toutes les femmes, un peu comme s'il transpirait la confiance et l'aspect protecteur du beau mâle. Bref.


    | Tu ne sais pas comment je gères, Eléanore. Tu n'en sais rien. Et peu importe. |


    Cela dit, elle se détendit un peu, de manière infime certes mais cela suffit à ce que son ton soit moins empli de colère et de haine. Je sortais un calepin de transmission et d'encodage avec un crayon gris, et regardais Eléanore.


    | Des avions tu dis. Je vais m'adresser à toi, parce que t'en sais plus que moi. Promis après, t'entendras plus jamais parler de moi si c'esst ce que tu souhaites. Tu me parlais d'avions qui vous tiraient dessus. Les avions étaient comment ? Ils avaient des cocardes ? Et quand tu dis sur vous, tu entends les civils, les bâtiments, les routes ou les forces sur place ? C'est important Eléanore, et ça ne prendra qu'un instant. |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Mer 7 Nov - 20:50

    On ne pouvait plus percevoir mes larmes qui coulaient car mes joues restaient trempées. J’essayais de tout intériorisé, malheureusement j’avais encore les larmes qui coulaient sans même que je m’en rende compte vraiment. J’étais toujours à une distance convenable qui me permettait de pouvoir riposter s’il avait encore l’intelligence de me brusquer de la sorte. Je ne savais pas s’il avait compris, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit compréhensif avec moi ; en réalité je n’attendais rien de lui. Seulement qu’il me laisse oublier ce carnage, même si je ne pouvais pas véritablement.
    Il se montrait moins agressif tout à coup, et je me sentis un peu mieux. Mes larmes coulaient de moins en moins et mon regard était fixé sur le lieutenant. J’avais apprécié qu’il ne me contredise pas sur le fait de me donner des ordres, mais plus il avançait dans ses paroles, et moins je comprenais leur sens. Aucun renfort ? Ca je m’en doutais un peu, mais comment se faisait-il qu’il gardait encore sa mission en tête ? Et si tout le gouvernement avait sombré ? Et si toute l’armée s’était fait bombarder partout et qu’il ne restait plus qu’eux ? N’avait-il pas envisagé cette possibilité ? Car soit, Louisville avait été épargné, mais j’ai vu les ravages des bombardements, j’ai vu la mort gagner Cherbourg petit à petit alors que j’étais terrifiée dans mon coin. Et la mort à gagner, la mot gagne toujours dans une guerre, que ce soit d’un côté que de l’autre. Mais pour le moment, j’avais la certitude que c’était nous les plus faibles, nous qui allions périr dans cette misérable ville. Et ce n’était pas la petite troupe du Lieutenant Raulne qui allait faire le poids, surtout si des avions nous survolaient, comme à Cherbourg.

    « Tu prendrais le risque de faire mourir tes soldats ? Tu auras leur mort sur la conscience c’est certain. Cherbourg n’est plus que ruines, une épave, tout est mort là-bas, et heureusement pour moi je me suis échappée à temps avant que des soldats ne nous retrouvent. »

    Nous… oui, à la sortie nous étions deux. Je n’avais pas fait attention que j’avais employé ce pronom, mais en tout cas je pensais à elle que j’avais lâchement abandonné dans le chaos. Cette culpabilité ne me quitterait plus, tout comme bien d’autres massacres que j’avais vu durant les bombardements. Je n’étais plus agressive, mais je ne pouvais plus cacher le ton tremblant de ma voix et mon corps qui revivait ce moment avec ces tremblements incessants. J’avais l’impression d’y retourner en parlant, ne le comprenait-il pas ? Ça m’était insupportable. J’aurai préféré mourir dans les premiers bombardements, au moins je n’aurai pas autant de souvenirs chaotiques dans ma tête et de cauchemars insomniants.
    Il en vint à parler de mes proches… quels proches ? Mise à part Mickael et quelques rares amis, je n’avais pas de famille. Je ne savais pas si Mickael était encore parmi nous, et tout ce que je voyais c’est qu’ici je n’avais personne.

    « S’ils sont encore en vie… » murmurai-je comme un écho des paroles de Philippe.

    « Je n’ai qu’un seul proche, et je commence à douter au fil des jours qu’il soit encore en vie. »

    Je me demandais aussi pourquoi je ne partais pas à sa rencontre. Oui, pourquoi je ne partirais pas pour aller le retrouver ? Je donnerais tout pour revoir son visage mort ou vivant, même si je savais que ça pouvait me détruire complètement de le voir inerte, dans l’impossibilité qu’il me revienne. Qui aurai-je alors ? Personne. Que le néant autour de moi… et un seul échappatoire pour quitter ce monde : ma mort. J’avais souvent cette idée en tête depuis mon arrivée ici, mais ce qui me retenait, c’était le fait de pouvoir revoir un jour mon fiancé. Mais je savais pertinemment qu’un jour je m’en lasserais… Je me contentais donc de survivre, et non de me reconstruire comme il me l’avait si bien cité. Et puis, ce reconstruire dans quoi ? Le futur nous était inconnu, comment avancer dans ce cas ? Je n’en voyais pas le bout, tout comme je voyais de moins en moins d’espoir. Et il me le confirma en m’avouant que ce n’était pas fini. Je savais aussi que ce n’était que le début.
    Effectivement, je ne savais pas comment il gérait la situation, sûrement mieux que moi étant donné qu’il s’était créé un espèce de masque qui fonctionnait bien d’ailleurs, derrière ce grade de Lieutenant. Je n’avais pas cette capacité, peut-être trop sensible et émotive ? Mais j’étais comme ça, et il fallait qu’il fasse avec. Je ne releva pas et continua à l’écouter alors qu’il cherchait des précisions sur Cherbourg. Seulement, alors que je m’attendais à un ton encore plus froid et qu’il soit lui-même plus brusque, il se détendit étonnamment. Peut-être avait-il comprit comment s’y prendre avec moi. Quoiqu’il en soit, même contre ma volonté, je n’arrivais pas à faire partir ces flashs qui me harcelaient depuis qu’il me demandait des précisions. J’essayais de me contrôler pour les enlever de ma tête, mais rien n’y fit. J’avais l’air absent quelque fois, puis je clignotais des yeux comme quelqu’un qui revenait d’un rêve lointain. Mon regard fut perdu dans les bottes du lieutenant.

    « En fait… je n’ai pas vu les avions car j’étais dans la gare à ce moment-là. Les murs s’écroulaient et j’entendais sans cesse ces bombardements… »

    Les bruits sourds qui martelaient mon crâne et assourdissaient mes oreilles me revinrent en mémoire. Puis, je continuais à parler des événements que j’avais vécu, comme si j’y étais vraiment… ma conscience y était en tout cas.

    « Je me suis écroulée dans la panique de la foule, j’ai cru que c’était fini pour moi… et là cette main… cette main qui me tire et me redresse… j’ai peur… nous sortons dehors mais il n’y a aucune issue… cette homme se retrouve transpercé de balles devant moi, je n’ai rien pu faire pour le sauver… »

    Je relevais la tête et l’on pouvait lire les expressions sur mon visage, celles que j’avais essayé de cacher pendant tout ce temps. Je ne savais pas si ce que je disais était compréhensible pour Philippe, mais j’étais complètement ailleurs ; j’étais là-bas. La terreur, la peur de mourir, la souffrance, les cadavres, les cris, le chaos… tout se voyait à travers mon regard et les traits sur mon visage. C’était la première fois que j’en parlais à quelqu’un et ça tombait sur lui. Mes larmes calmées reprirent de plus belles lorsque mon regard se pencha sur mes mains que je regardais avec tant de dégoût.

    « … j’ai son sang sur mes mains… ! »


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 8 Nov - 21:21

    Je voyais tout de suite dans le regard de mon ancienne compagne ce qu'elle pensait de tout ce que je venais de dire. Elle me prenait pour un fou, et pire encore, pour un fou dangereux. Elle pensait que je n'avais pas une seule chance de réussir, ou alors elle pensait tout simplement que l'objectif que je m'étais figé n'avait plus rien de valide depuis longtemps, ce qui était tout aussi inquiétant. Je n'étais peut être pas crédible aux yeux des civils. Ceux ci pensaient avant tout à eux mêmes, aux évènements qui les touchaient directement, et au final se fichaient bien de ce qui pouvait se passer dans le reste du pays. Peut être était ce eux qui avaient raison. Peut être. Je n'en savais rien et je ne voulais pas le savoir. J'avais une meilleure estime de moi même que simplement celle d'un type qui attend le cul par terre que les évènements l'impliquent d'une manière ou d'une autre. Je devais bien avouer que je me trompais en le sachant très bien. Je n'avais jamais été cette sorte de héros, le type sans peur et sans reproche qui pense avant tout aux autres. Je savais juste par formatage militaire qu'en cas de crise majeure, l'intérêt individuel ne devait jamais prendre le pas sur l'intérêt commun, sinon cela n'avait qu'un seul résultat, la mort de tout le monde. Je savais aussi qu'on devait continuer à obéir à un plan d'ensemble plus vaste que notre seule situation individuelle. On devait faire en sorte que notre existence compte, certes, mais pas seulement. Il fallait aussi qu'on puisse prouver au monde que personne n'avait le droit de nous marcher dessus. Si ça impliquait de sacrifier des unités entières, des colonnes de réfugiés, ou n'importe quelle autre monnaie de sang, je signais volontiers. Plutôt mourir libre et debout qu'à attendre que les choses se passent d'elles mêmes, qu'on assume les décisions d'autres, d'étrangers vindicatifs, qui voulaient tout bonnement notre extermination. Sinon, pourquoi l'attaque nucléaire ? On était plus que jamais en danger, mais personne ne voyait les choses sous cet aspect. Ils voyaient tous le risque de radiations. Ils voyaient aussi la famine pointer le bout de son nez. Mais ils ne se rendaient pas bien compte que par là, au delà de cet horizon nimbé de flammes et remplit de nuages noirs, il y avait des gens qui ne pensaient qu'à une chose. Tous nous massacrer, jusqu'au dernier. L'attaque sur Cherbourg était à mon sens la preuve que nous n'en avions par terminé avec le carnage. J'écoutais Eleanore mettre en doute mon plan, en relevant bien entendu ses failles. Elle était suffisamment intelligente pour les voir même sans être militaire. Avant que les soldats ne la retrouve ? Je fronçais les sourcils.


    | Notre devoir, c'est de crever pour les autres. Me fait pas la leçon. Les ordres viennent d'en haut. Si on y va pas et que ces connards utilisent le pont comme base pour percer un front comme un gruyère, et qu'ils en profitent pour venir ici... Ca sera pas beau. Ca te plairais que cinquante types te passent dessus pour ensuite t'abandonner dans un fossé, sous prétexte que j'ai pas fait mon taf ? Bon, passons. Tu voulais pas te faire attraper par les soldats. Mais lesquels ? Les leurs, ou les nôtres ? Et pourquoi ? Qu'est ce qu'ils faisaient? |


    Je la relançais de plus belle, mais je n'avais carrément pas le choix si je voulais que les choses avancent. Je savais que je risquais de la brusquer, que je risquais une nouvelle crise de colère, et de larmes. Mais je n'avais pas le choix. Ou plutôt, je parvenais très bien à me convaincre du contraire. J'avais des ordres, je devais les exécuter. Il en allait de la sûreté de tout le monde, pas vrai ? Ce n'était pas comme si j'étais inquiet pour moi même... si ? Peut être. J'avais toujours appréhendé le combat. Pas parce que je risquais ma peau parce qu'au fond de moi j'aimais ça, mais parce que j'avais toujours peur des conséquences. Et si je merdais, combien finiraient dans des cercueils ? Et si je réussissais, on allait creuser combien de tombes pour l'ennemi ? J'entendis mon ancienne amante me dire qu'elle doutait que ses proches soient encore en vie. Cela me fit m'interroger sur le sens de ce mot. « Proches ». Qu'est ce que ça voulait bien dire ? Un seul proche. J'avais compris. Je ne savais pas pourquoi, mais cette constatation me fit quelque chose. Mal, je sais pas, mais c'était désagréable comme sensation. Je m'étais bloqué émotionnellement parlant pendant si longtemps que je ne savais pas si j'étais vraiment capable de ressentir encore autre chose que de la colère. Peu importait, ce n'était pas là le sujet. Je ne pouvais qu'être honnête avec Len. Elle avait quelque chose que j'avais perdu avec elle. Je ne ressentais aucun regret, aucune déception. Seulement la froide constatation que ça aurait pu être moi, mais que ça ne l'était pas. J'avais laissé passer l'opportunité. Je savais que ce genre de choses ne se représentait plus, parfois. Tant pis. J'avais appris à vivre autrement. Je n'avais pas le choix pour avancer de toute façon.


    | Il ne l'est peut être plus. S'il est parti, il est peut être plus chanceux que certains ici. L'hiver n'annonce rien de bon. La guerre non plus. J'espère sincèrement que tu le retrouveras, Len. Un peu de bien dans tout ce qui se passe, ça ne ferait pas mal. Regardes... Quoi de plus improbable qu'on se retrouve ici, toi et moi ? Tu le reverras. |


    Je n'en étais pas persuadé intérieurement, mais cela me suffisait pour avoir l'air complètement sûr de moi d'un aspect purement extérieur. Je remarquais par ailleurs que si je m'étais moi même calmé et m'était fait violence pour retrouver une contenance, c'était aussi le cas pour Lénore. Mais je voyais bien en même temps, que son regard me traduisait ce que je suspectais depuis un moment. Choc Post-Traumatique. Elle vivait mal ce à quoi elle avait survécu. Quand on était soldat, on nous apprenait à le gérer. Pas de la meilleure des façons. On nous apprenait qu'on était responsables de nos actes, mais que c'était la faute des autres, jamais de la sienne. Je n'étais pas d'accord avec cette analyse. On était responsables de nos actes, oui. Mais on devait les assumer. On tuait parce qu'on choisissait de le faire. J'avais déjà vu des gens se laisser tuer sur place, ou s'enfuir plutôt que se battre. Mais à un moment donné, tout soldat, tout rebelle, tout être qui se battait, devait faire un choix. Assumer jusqu'au bout sa position, ses principes, ses besoins même, ou se laisser abattre soi même. Je faisais partie de ceux qui répondaient par l'affirmative à cette question. Eléanore semblait marquée par son expérience. Je faisais avec et écoutais ce qu'elle avait à me dire. Avions, gare, bombardement. Ils n'avaient pas attaqué la gare, en tous cas pas pendant qu'elle était là. Ils avaient laissé des infrastructures en place... A moins qu'ils ne les ai détruites à ce moment là. Un homme frappé de balles dans la panique. Une bombe à sous munitions, un missile à haut coefficient de fragmentation, ou des tirs directs au canon de fuselage. Ils avaient mis le paquet. Et pour tirer sur une foule en panique sans distinction, ils avaient un cran du tonnerre de Dieu ces connards qui nous pilonnaient. Je me jetais contre Eléanore alors qu'elle allait craquer, sentant le coup venir. Je la blottis contre moi, la forçant à l'accolade. Je savais ce qu'elle ressentait, je le comprenais.


    | Doucement, tu n'as rien du tout sur les mains. Ce n'était pas ta faute. Tu étais au mauvais endroit au mauvais moment, comme nous tous. Tu n'étais pas l'un de ces pilotes, tu n'as rien à te reprocher. D'accord ? Racontes moi la suite. Comment tu as fait pour attérir ici avec tout ce bordel? |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Ven 9 Nov - 16:05

    Et voilà, c’était la première fois que je divulguais mon séjour à Cherbourg qui s’était plutôt fini en cadavres ensanglantés. Je me demandais encore comment j’avais pu survivre, une bonne étoile ? Un ange gardien ? Ou tout simplement de la chance ? Tout cela me suivait, je n’en dormais plus et je n’arrivais plus à avaler quoi que ce soit. Pourquoi donc n’avais-je pas péri si c’était pour vivre dans la terreur et dans l’incompréhension ? Ça m’était plus qu’invivable et j’avais l’impression que je mourrais à petit feu finalement. Combien de temps il me restait avant que mon corps me dise finalement qu’il n’en pouvait plus ? Je sentais déjà beaucoup moins de force, moi qui étais plutôt active et forte, je ne me reconnaissais plus par ces temps durs et chaotiques. Le fait de me retrouver seule tout d’un coup me créait un vide immense. Soit, il y avait cette rencontre qui m’avait permis de comprendre que je n’étais finalement pas toute seule, mais Philippe n’était pas Mickael. Nous avions vécu des moments magnifiques ensemble, je ne le niais pas. J’avais tout simplement comprit qu’il avait trop changé pour que nous puissions nous parler convenablement sans subir le poids de notre séparation. Cela m’avait rendu malade de le quitter, mais ça, je ne le lui dirais jamais. A quoi bon ? Tant d’années étaient passées… J’avais juste peur que mon besoin d’affection et de tendresse ne me fasse tourner vers un autre homme que Mickael. Mais j’essayerais tant bien que mal de m’opposer à ce fort sentiment.

    Ces paroles me heurtèrent comme un coup de poignard en pleine poitrine. Je savais très bien qu’il comprenait la situation, peut-être même mieux que moi ; mais en aucun cas je ne pensais qu’il me sortirait des mots aussi durs. Je ne pensais pas non plus qu’il allait rester dans son formatage de l’armée. N’avait-il pas pensé un seul instant que ce qu’il appelait ‘’d’en haut’’ avait sombré ? Peut-être que les ordres n’étaient plus, peut-être qu’il ne restait que nous, qu’en savait-il ? Il serait donc prêt à partir pour Cherbourg et à se faire massacrer par l’ennemi ? Car oui, moi je le pensais : Cherbourg était totalement prit, peut-être même était-ce une base en construction, que sais-je ? J’en étais presque persuadé bizarrement. Ou alors ce n’était plus que des débris…
    Je fus tout autant choqué lorsqu’il posa l’hypothèse des ennemis arrivant ici, à Louisville. Il me balançait ça comme ça à la figure, comment voulait-il que je le prenne ? J’avais envie de le marteler de mes petits poings. Surement que je me serais fait mal avec sa carrure, mais rien à faire, j’aurai défoulé toute ma rage et ma colère – peut-être même ma terreur ? – sur ce Lieutenant imperméable. S’il voulait me prouver son incapacité d’empathie, il l’avait fait à l’instant même. Dans tous les cas, je n’avais certainement pas apprécié ces paroles, j’en avais déjà bien bavé, je n’avais pas envie pour le moment d’imaginer les pires choses ; je préfèrerais mourir de faim ou me tuer bien avant qu’ils arrivent. Mais si toute la troupe était partie ? Qui nous protègera ?

    « Notre futur est plus que sombre et ça je le sais, donc garde tes pensées sordides pour toi. »

    Des mots froid et très secs malgré le tremblant de ma voix. J’avais envie qu’il comprenne que ces mots m’avaient frappés et ce qui m’avait dérangé, c’était que je m’étais imaginé la scène avec horreur. Il était vrai que j’avais pensé à toute éventualité, sauf à celle-ci. Déjà que j’avais des cauchemars incessant sur Cherbourg, j’imaginais déjà de nouveaux cauchemars… et de nouvelles heures de sommeils perdus, encore.
    Je repensais à ces questions… encore des questions. Tout m’avait été tellement confus et surtout inattendu que je n’avais pas fiat attention à tous les détails. Que pouvais-je bien lui répondre ?

    « Je ne les ai pas vu, j’ai surtout entendu des coups de feu, et je ne me suis pas posé de questions, je me suis enfuie. »

    Une réponse qui n’en était pas une finalement, mais je n’avais rien vu. J’avais été tellement perdu et absorbé par cette sensation de survie que les détails m’avaient échappée. En même temps, je ne sais pas si j’aurai pu l’aider plus si j’avais vu quoi que ce soit, étant donné que je ne connaissais rien de l’armée. J’avais tellement envie de sortir de cet enfer que j’avais tout fait pour fuir… et j’y étais parvenue.
    Sa bouche s’ouvrit de nouveau pour parler, et à mon grand étonnement ce ne fut pas des mots durs et froids qui sortirent, mais plutôt des mots d’encouragements. Cela me surprit de l’entendre parler ainsi et mes traits trahissaient ma pensée. Par contre je n’étais pas aussi optimiste que lui sur ce coup-ci, je me disais que je ne le reverrais plus, et qu’il me restait que quelques souvenirs qui me semblaient plus flou de jour en jour. J’avais peur de ne plus pouvoir me souvenir du visage de Mickael. Cette pensée m’était insupportable, car même si j’avais notre photo dans mon médaillon, elle perdait de la couleur et de l’éclat petit à petit, comme si mon cœur aussi perdait de l’éclat.

    « Je ne suis malheureusement pas aussi optimiste que toi là-dessus… »

    Je n’avais rien d’autre à dire. Notre rencontre était peut-être dû au hasard, mais il était militaire, et à un moment donné nous nous serions rencontrés, sauf s’il avait péri au cours d’une mission, ce qui ne saurait tarder. Alors j’essayais d’être le plus possible réaliste, ayant en tête ma propre expérience. Il était vrai que c’était plus qu’improbable que l’on se retrouve ici. Je n’avais plus la force d’être méchante, car ce qu’il se passait dans ma tête après lui avoir avoué tout ce qui se passait en moi. J’avais toujours l’impression d’avoir cette folie profonde qui ressurgissait brutalement avec ces flashs perturbants et terrorisants. Je portais en moi la culpabilité de cet homme que j’avais vu mourir dans mes bras. Ces paroles m’avaient échappée, mais elle était vrai, c’est ce que je pensais au plus profond de moi. J’aurai dû l’écarter, c’était à moi de prendre ces balles à sa place.
    Je regardais encore mes mains et voyait très nettement le sang couler de ses mains que je ne reconnaissais plus. Je me demandais si j’étais devenue folle, j’avais l’impression d’avoir une autre réalité dans ma tête, une autre dimension que je n’arrivais pas à maîtriser et qui me pourrissait de l’intérieur. Ça me rongeait de plus en plus, et pourtant, c’était il y a quelques jours seulement, comment pourrai-je réussir à survivre pendant des mois ? Si du moins nous étions encore vivants d’ici là. Après cette information divulguée de ma part qui sortait vraiment du fond de moi et qui n’aurait pas dû sortir, je ne compris pas grand-chose de la suite des événements. Jamais je n’aurai pu croire ressentir de nouveau l’étreinte de mon premier amour. Tous mes sentiments se chamboulaient. J’avais d’abord envie de le repousser, mais je me rendais compte que ça me faisait tellement de bien ce contact que je ne pu véritablement le repousser. Je me blotti alors contre son torse, lui agrippant son vêtement de mes mains comme si la douleur que je ressentais au fond de moi m’était terrible ; et elle l’était. J’étais en proie à une immense culpabilité et un immense chagrin. Toutes mes larmes que je retenais sortirent après avoir entendu ses mots qui me rassuraient un peu. Cela ne pouvait en rien retirer la culpabilité et le choc des bombardements que j’avais eu, mais je n’aurai jamais cru entendre ces mots sortant de la bouche de Philippe. Comme quoi, on peut s’attendre à tout. Mais il souhaitait que je lui raconte la suite… le voulait-il vraiment ? Car j’avais le sang d’une autre personne sur mes mains…
    Prenant mon courage à deux mains, et surtout parce que maintenant – après tant de lutte pour refouler tout ce que j’avais enduré – tout ressortait, et si je ne divulguais pas ses informations, j’avais l’impression que ma tête allait exploser. Malgré ma respiration perturbé par mes sanglots, je pu donc continuer la suite de mon histoire.

    « Je suis restée un moment devant ce corps chaud sans vie pleurant sa mort… et je me suis réfugié dans les décombres de la gare… j’étais terrorisé, paralysé… je ne pouvais plus bouger, mais j’avais cette envie de m’enfuir... C’était affreux… !
    Et là encore une personne m’offrant son aide… une jeune femme.
    »

    Là ma voix s’éteignit, ressentant de la peine pour cette femme qui n’aurait pas dû croiser mon chemin, car peut-être serait-elle encore en vie.

    « Elle n’aurait pas dû insister, mais elle l’a fait… elle m’a comme reconnecté à la réalité, et nous sommes parti toutes les deux. Je m’étais juré qu’on resterait ensemble, je lui avais promis que je la protègerais…. Mais je n’ai pas pu. »

    Quelques sanglots de plus étouffèrent ma voix pour quelques secondes. J’essayais de reprendre malgré ma grande peine.

    « Elle s’est blessé à la jambe alors que nous nous enfuyons… j’ai fait tout ce que j’ai pu… je lui ai donné toute l’eau qu’il nous restait, je lui ai fait un garrot en espérant que ça suffirait… Je l’ai porté sur mes épaules à en souffrir, mais ça n’a pas suffi… elle est morte avant que je n’arrive ici… je n’ai pas tenu ma promesse… ! »

    J’avais de la colère en moi qui venait de cette promesse que je n’avais pas tenu. Pourtant j’avais fait tout ce que j’avais pu, mais ça ne suffisait pas. Et alors, cette forte pensée qui me traversa l’esprit m’échappa…

    « J’aurai dû mourir à leur place ! »

    Peut-être n’était-ce pas bien de penser comme ça, mais j’aurai bien volontiers laissé ma place à ces deux personnes qui étaient morte à cause de moi. Certes ils auraient pu mourir autrement, mais ils auraient pu survivre, comme moi je l’avais fait.


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Ven 9 Nov - 19:00

    Je me rendais bien compte que mes paroles étaient très dures pour Eléanore. Je me doutais bien qu'on ne vivait plus du tout dans le même univers elle et moi. Je sentais bien que quoiqu'on fasse, resterait toujours un fossé particulièrement profond entre nous deux. Je le sentais, je le savais. Je voulais que les choses aillent autrement mais je n'avais pas le choix. Elle, elle imagnait la suite des évènements. Moi, je savais très bien ce qui allait se passer. L'opération anti-talibans commencée en 2001 en Afghanistan avait été présentée comme une campagne de libération des peuples en général et des femmes en particulier, comme une véritable croisade des peuples libertaires et égalitaires sur les forces obscures issues du Moyen Âge. La politique avait profondément corrompu les choses. Dans un conflit souterrain, il y a deux choix. Attendre que l'ennemi attaque, ou attaquer chez lui. Envoyer des soldats se faire tuer sur un autre sol que le nôtre plutôt que de craindre des pertes civiles. Tout le monde était gagnant. Les marchands d'armes, les assureurs, le commerce en règle générale. Tout le monde était content. Tout le monde, sauf celui qu'on envoyait crever dans un trou paumé dans une mission qu'il ne comprend pas, pour des raisons qu'ils ignore. Je me souvenais quelle difficulté nous avions à rétablir la discipline. On ne saluait plus les officiers en Afghanistan, on les appelait par leur prénom. J'avais changé ça dans mon peloton dès mon arrivée. On ne gagnait pas une guerre ne faisant les mariolles devant les caméras, à attendre comme des rats morts que le temps passe et à éviter de se faire tuer dans des convois et des patrouilles. Plusieurs officiers du cadre du régiment avaient été d'accord avec moi. Avant, les français avaient répugné à suivre les américains sur la contre-guerrila. Trop de mauvais souvenirs. L'algérie, tout ça.. Ca avait laissé de profondes cicatrices au sein de l'armée. On avait changé ça. On avait assumé notre rôle. On s'était sali les mains. Pas à torturer pour le plaisir ou à martyriser gratuitement des populations civiles, ça non. Mais on avait répliqué dans les bastions de l'ennemi aussi rudement qu'il nous attaquait en patrouille ou autour de nos bases. On n'avait jamais vraiment cessé de faire des prisonniers, mais la guerre n'avait plus été cette chose passive qui rendait fou les hommes. Là au moins, on avait tous de véritables raisons de faire nos cauchemars. Tout ça pour en revenir au fait qu'Eléanore imaginaient ce qui allait arriver, tandis que moi je l'avais vécu de l'autre côté de la barrière. Bon d'accord, je n'avais jamais violé personne. Mais j'avais déjà dû attaquer des villes, ou tout au moins des bourgades. Et moi aussi j'étais déjà venu pour tuer dans une terre étrangère. Mais voilà le grand problème de nos jours ; on devait garder les horreurs pour nous. On n'avait pas le droit de déniaiser les civils sur ce qui les attendait. Foutue liberté de parole et société de consommation à la con. A la longue, tout le monde s'imaginait que la seule façon que le monde tourne était d'avoir un job, un tas de trucs inutiles, une maison et des gosses. Et que c'était profondément injuste quand on nous retirait tout ça. En fait, j'étais suffisamment cynique pour me rendre compte qu'on pouvait bien nous prendre toutes ces merdes que le monde tournerait encore, et que ça n'empêcherait pas des connards de survivre. Il était temps d'ouvrir les yeux, mais notre façon de vivre avait produit des gens avec des oeillères, qui avaient du mal à voir autre chose que ce qu'ils étaient habitués à vivre.


    | Comme tu préfères. |


    Elle ne voulait pas voir, ben tant pis que voulez vous que j'y fasse sérieusement ? Je n'étais pas prêtre, je n'avais pas à donner aux gens l'envie de croire quelque chose dont ils se foutaient éperdumment. Elle ne les avait pas vus ni entendus. Effectivement, tout ce qu'elle avait pu me dire m'avait aider à comprendre que la ville avait été sur le chemin d'une attaque majeure. Mais je ne savais absolument rien de la composition des forces adverses. Et elle s'était enfuie. Et elle n'était pas optimiste. Que voulait elle que je lui dise ? Que selon toutes probabilités, ce type était mort ? S'il était en avion, il avait dû se crasher dans l'angoisse d'un atterissage à l'aveugle. J'imaginais qu'il devait y avoir eu énormément d'avions qui avaient dû se poser en catastrophe à court de carburant alors que les tours de contrôles ne répondaient plus. S'il était en mer, ce serait la même galère. Et s'il était dans n'importe quelle gande ville du pays ou du monde en règle générale, il était probablement mort dès les premiers instants du conflit. Mais pouvais je lui dire ça, ce que je pensais et ce que je savais être la vérité la plus probable ? Non, je ne pouvais tout simplement pas. Sinon, je perdrais tous les avantages du travail que j'avais effectué sur elle, perdant les bénéfices de la compassion et de la gentillesse que j'avais affiché. Alors que dans le fond, je m'en foutais bien que son mec se soit fait buter, c'était pas mon problème le plus urgent. Eléanore n'avait de toute façon aucun besoin de choses à penser en plus de celles qui la taraudaient déjà, alors que je l'observais contempler ses mains comme si elle avait du sang dessus, comme si tout ce qui lui était arrivé était sa faute. Je commençais franchement à en avoir ma claque de ce choc post traumatique.


    J'avais décidé de la prendre dans mes bras pour lui éviter ce face à face terrible avec sa conscience. Je ne voulais pas qu'elle se détruise avec toutes ces sombres pensées qui l'abritaient. Non, je ne le voulais en aucun cas. Et c'était surtout aussi qu'il y avait autre chose que la simple nécessité. Je ne le voulais pas pour elle, et cela m'étonna du fait que j'avais perdu l'habitude d'avoir de la considération pour toute autre personne que pour moi même. Je la sentis aussitôt se crisper alors que mes mains l'encadrer. Etre en tenue de combat complète n'est pas la meilleure des façons de réconforter quelqu'un, ni la plus pratique. Mais elle était au moins sincère. Ensuite, je me rendais compte qu'elle n'était plus crispée, et elle se blottit contre moi. La sensation était étrange, peu familière. Combien de temps cela faisait il qu'une femme s'abandonne comme ça contre moi ? Je n'étais même pas capable de m'en rappeler, aussi cela me parut il incongru. Je la sentais pleurer, et moi comme un gros con, je ne trouvais rien d'autre à faire que de lui tapoter doucement, tout doucement, le haut de son dos. Je savais que ça ne la réconforterait pas plus, mais je savais aussi qu'il fallait que j'occupe mes mains pour ne pas faire un geste qui apparaîtrait comme déplacé. Elle sanglotait et elle s'abandonnait à son récit. L'envie de s'enfuir face à l'horreur était bien naturelle, c'était l'instinct de conservation qui reprenait le dessus, un point c'est tout. Elle n'avait pas à s'en vouloir pour toutes ces choses, mais comment le lui dire sans risquer une nouvelle guerre entre nous ? Et bien entendu, comme je m'y attendais, elle expliqua qu'elle se serait beaucoup plus vue mourir à la place de ceux qui étaient morts auprès d'elle dans cet épisode cuisant et douloureux de son existence.



    | Ne jamais promettre à un homme qu'on le fera rentrer chez lui. C'est ce qu'on nous apprend en école d'officiers. Et pourtant, on l'a tous fait sur le terrain. Tu ne peux pas revenir sur ce qu'il s'est passé. Tu dois vivre avec, t'as pas le choix. On a tous plein de morts dans notre petit jardin secret, dès maintenant, on va devoir s'y habituer. Pour ce que ça vaut, ça n'était pas ta faute, Eléanore. Ces gens sont morts pour que tu vives, tu ne peux pas faire ce choix à leur place. Tout ce que tu peux faire, c'est faire en sorte qu'ils ne soient pas morts pour rien. On doit continuer la lutte pour tous ces gens, Len'... C'est pour ça que je suis là. |



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Sam 10 Nov - 11:21

    Je fermais les yeux. Même si j’avais peur de complètement perde la réalité et me retrouver dans une autre réalité, comme un état psychotique, j’essayais de faire en sorte que mes larmes cessent de couler. Je souhaitais que tout cela ne fût jamais arrivé… Cherbourg… toutes ces attaques… Louisville… Philippe aussi. J’en venais à me demander si j’étais à la bonne place, ici, dans cette salle avec Philippe, à parler des évènements passés dont je ne souhaitais absolument pas revivre. C’était ce que je venais de faire, même si ce fût global, il savait à peu près le vécu que j’avais derrière moi, mais que cela lui apportait-il ? Que cela m’apportait-il ? Rien. Absolument rien. Si ce n’est qu’il a profité de mon instant de pure folie et surtout de mon choc post-traumatique pour me tirer des informations. J’étais peut-être sensible et paraissait naïve, mais je ne l’étais pas. Je ne me cachais rien du tout sur les évènements futurs, j’étais d’ailleurs plutôt pessimiste, mais qui m’en tiendrais rigueur ? Personne ne pouvait le faire, j’étais réaliste et même si ça ne plaisait pas à tout le monde et que ça ne me faisait pas moi-même avancé, je m’en fichais éperdument. Je pensais que l’on n’allait pas tenir l’hiver. J’étais horticultrice, soit, mais même si j’arrivais à faire pousser quoique ce soit, si tout devenait rare, tout allait mourir. Pour le moment, c’était une période d’incompréhension et surtout d’ignorance totale. Nous ne pouvions pas nous dire si une autre ville avait été épargnée comme celle-ci. Moi je pensais que tout avait été détruit. La capitale ? Rasé très certainement. Je ne savais pas où les bombes nucléaires avaient été envoyés, mais je me demandais quand est-ce que nous saurions s’il y aurait des conséquences avec les radiations…
    Au fur et à mesure que mes pensées vagabondaient, je me calmais. Je desserrai mon poing doucement. J’ouvris mes yeux qui n’avaient plus de larmes mais gardaient une rougeur qui témoignait de mon fort chagrin. Je commençais à me dire que cette position n’était pas du tout bien lorsqu’il parla de nouveau, comme si toute cette scène n’était pas réelle, n’étais pas sincère. Cette étreinte me gênait, comment avais-je pu laisser cette faille suivre ce chemin ? Comme si tout à coup je me réveillais soudainement, je poussais brusquement et de toutes mes forces contre le torse de ce militaire pour m’extirper de ces bras et m’écarter de lui. Je lui envoyai un regard interrogateur avec une pointe de méfiance.

    « Tu fais quoi là ? Tu tentes de faire le gentil militaire alors qu’on sait tous les deux que tu n’as pas cette faculté. »

    Dur, soit. Mais j’avais l’impression que tout ça était faux, ou alors je ne voulais pas le croire ? Sûrement. Mais je ne pouvais pas me permettre de me retrouver aussi proche de lui, car je sentais ce fort sentiment d’affection qui me submergeait. J’en avais été privé depuis les bombardements et toutes ses années de bonheur et d’affection avec Mickael me manquaient. Je ne supportais plus de ne pas pouvoir rester dans les bras d’un homme pour me réconforter ou de rester à mes côtés pendant la nuit. Je me rendais compte que mon corps ne demandait que ça, mais j’avais là devant moi la mauvaise personne. Ces mots qu’il avait prononcé, était-ce pour me faire culpabiliser encore plus ? Je n’arrivais pas à le cerner, et ça me dérangeait véritablement. Je ne savais pas si depuis le début tout était faux ou si tout ce qu’il disait était vrai. Je ne savais plus où diriger mes pensées et comment bien les agencer pour pouvoir mieux réfléchir. Il avait fait resurgir en moi toute la terreur que j’avais pu avoir lors des bombardements de Cherbourg, et j’étais comme complètement perdue. Je luttais encore contre ces flashs et lorsque je repensais à tout ce que je lui avais dit, j’avais honte. Honte de m’être confiée à lui. En le revoyant pour la première fois, et vu comment les choses avaient tournées, j’avais été loin de m’imaginer que j’aurai pu m’écrouler face à lui et presque tout lui dire.

    « Je n’ai plus envie d’en parler. »

    Pas avec toi en tout cas. Je ne lui avouais pas, mais s’il fallait que je divulgue le reste de ce que je pensais et gardais pour moi, ce n’était sûrement pas avec lui. Mon visage encore mouillé et mes yeux humide et rouge, je luttais tant bien que mal en mon moi intérieur pour tout faire disparaître : la peur, la culpabilité, le chagrin… tout. Il fallait qu’il ne reste pas la moindre chose qui puisse me faire encore parler de la sorte. Ça m’était très difficile, et pourtant, cette boule au ventre et dans ma gorge revinrent, me confirmant que j’intériorisais tout. Je suffoquais presque. Je séchai rapidement mon visage de mon revers de manche et essuyais mes yeux d’un geste un peu malhabile et brusque. Plus de larmes, plus jamais devant lui, plus jamais de contact.

    « Tu as toutes les informations que tu voulais ? Car je n’en ai pas plus à te donner. » finissais-je par dire pour essayer de clore un peu le sujet et éviter qu’il me crie dessus trop longtemps. Car je ne m’attendais pas à une réponse gentille et chaleureuse de sa part. Ce qui n’était pas plus mal, étant donné que je m’efforçais de ne rien avoir à faire avec lui.


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Jeu 15 Nov - 14:17

    Qu'est ce qu'il se passait là, dans ma tête ? Qu'est ce que j'étais en train de faire ? Je venais de redonner à Eléanore le surnom que je lui donnais quand nous étions ensemble. Plus qu'un surnom, il s'agissait d'un diminutif affectueux. Cela n'était pas sans conséquences, ni pour elle ni pour moi. J'avais l'impression qu'elle se détendait au fur et à mesure que je la rassurais, que je la serrais contre moi et que je l'appelais de façon très personnelle comme autrefois. Et pour moi... J'étais moins en colère, et j'étais mis face aux sentiments que je pouvais nourrir autrefois. Se posait toujours la question des réminiscences de ces émotions. Mais je n'y pouvais rien. Eléanore et moi étions devenus très différents, et nous n'avions pas du tout les mêmes objectifs. Et si elle était en plus amoureuse d'un autre, qui étais je pour recommencer à la chercher ? Qui plus est, fallait il encore que j'en aie envie, et de mon point de vue ce n'était pas forcément évident. Si elle était devenue une femme magnifique, plus belle encore qu'à la fin de l'adolescence, nous n'étions définitivement plus les mêmes. Et je ne faisais pas partie de ces connards persuadés que tout pouvait redevenir comme avant. Non, ça j'avais conscience du fait que la merde finissait toujours par nous éclabousser ; on avait beau vouloir la fuir, on risquait toujours de tomber sur une situation encore pire. Et puis, je savais bien que l'existence n'avait rien de tout beau tout rose. Eléanore aurait peut être pu se douter que je serais profondément bouleversé de la revoir. Si honnêtement ces retrouvailles me chamboulaient, je n'étais pas le dernier des cons. Elle avait sa vie, j'avais la mienne. Elle avait son job et son homme, et moi j'avais mon taf. C'était comme ça que je voyais les choses, j'avais depuis bien longtemps décidé de ne plus me prendre la tête pour quoi que ce soit. Seule comptait ma mission, j'avais depuis longtemps muselé mes aspirations personnelles. Je ne me souvenais même pas en avoir jamais vraiment eues. Ah si bien sûr, quand j'étais gosse et que je magouillais, je voulais vivre bien. Pas être plein aux As mais être en mesure de toujours pouvoir vivre décemment. Les paroles acides de Lénore me frappèrent comme un coup de couteau, et mon regard se fit de nouveau dur. Elle quitta mes bras, mais heureusement, sinon je l'aurais moi même jetée.


    | Non. Comme tous ces bœufs de militaires, je suis bon à rien d'autre qu'à obéir aux ordres, pas vrai? |


    Si on pouvait juger de la température des paroles, sans doute se serait on rendu compte que les miennes étaient plus que glaciales. Et mon regard, dur et froid, avait jadis contribuait à faire de mon visage une lame de Baïonnette selon les dires de mon adjudant. Froid comme l'acier, dur et inflexible. Et mortel aussi, ce côté dangereux qu'avaient tous les outils qui étaient tranchants. C'est comme ça que je me voyais dans le travail ; je taillais dans le vif, je n'allais jamais par quatre chemins pour faire ce que j'avais à faire. Bien sûr, il fallait que je garde mon calme. Comme je l'avais pensé à de nombreuses reprises, je ne pouvais me permettre en aucun cas de la froisser à nouveau. Elle ne voulait pas de moi, ni du faible réconfort certes mais réconfort quand même, que je pouvais lui offrir ? Qu'elle aille au diable. J'avais fait un sacré paquet d'années sans elle ; je n'avais pas besoin de son avis pour mener ma vie, et je me fichais bien du jugement qu'elle pouvait émettre à mon encontre. Je me rendais compte alors que je ne tirerais rien de plus de la jeune femme, qu'elle resterait hors de portée, et que je n'aurais pas d'autres informations sur Cherbourg. Je respirais un bon coup. Tant pis pour ce que j'avais pensé faire ici, ce n'était que partie remise. Quand on ne peut escalader un mur, on passe en dessous ou au travers. Je devais explorer d'autres solutions. Elle ne voulait plus rien à voir avec moi. Tant pis, je n'étais que soldat et dans mon propre pays. Je n'allais pas la forcer. On n'en était pas encore là. Bras croisés, l'air froid et inlfexible, je continuais de la regarder sans détacher mon regard des siens.


    | Non. Mais tu ne veux m'aider plus, alors je me débrouillerais autrement. Je t'emmerde ? Sors. Tu es libre. Tu ne veux pas que je t'approche, je ne t'approcherai pas. Mais n'oublies pas ce que j'ai pu te dire. Aurevoir. |


    Je me dirigeais vers la fenêtre et contemplais la rue. Il restait tant de choses à faire ; je n'avais pas le droit de perdre plus de temps et d'énergie pour une personne qui n'en avait que faire.



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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Ven 16 Nov - 19:05

    Avais-je aimé cette étreinte ? Très certainement. Je m’étais tellement renfermer sur moi-même que j’en avais presque oublié ce côté charnel que j’aimais tant et qui me manquait terriblement. J’étais très sensible ce pourquoi je me laissais parfois embarquer lorsque j’étais en manque d’affection. C’était le cas depuis mon arrivée ici. Je ne savais toujours pas si mon fiancé était toujours en vie et je me lassais de plus en plus de la vie. Peut-être était-ce trop répétitif dans ma tête, peut-être devais-je faire penser à une personne totalement inintéressante et surtout idiote de penser au suicide alors que d’autres n’avaient pas eu le choix. Ce pourquoi je n’aimais pas divulguer à tout le monde mes pensées, ce que j’avais fait en partie devant Philippe lorsqu’il m’avait pris. J’avais essayé de me retirer, mais je n’en avais plus été capable lorsque je m’avouai à moi-même que cette étreinte me fit énormément de bien. Il ne m’en fallait pas plus, surtout que je retenais tout depuis trop longtemps à mon goût. J’avais l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis que j’étais arrivé ici, alors que cela ne faisait que quelques jours. C’était affreux comme le temps me paraissait très long dans cette solitude infernale. Même si j’avais connu quelques personnes très aimables, il n’en était pas moins qu’ils ne me connaissaient absolument pas. Ce n’était pas comme de la famille ou même un ami de longue date. J’étais seule… jusqu’à ce que je rencontre Philippe et que tout se bouleverse en moi. J’aurai pu tout lui dire : la culpabilité qui refaisait surface, les lettres que j’avais rédigées mais jamais postées. Le nombre de fois que j’avais regardé son numéro sans jamais pouvoir appuyer sur le téléphone vert. Mais rien de ce que je pourrais dire ne changerais la situation, du moins je le croyais.

    Il répondit à mes paroles pour le moins agressive, et c’était amusant comme il résumait bien ma pensée en cet instant. Ca me faisait presque rire, que voulait-il sous-entendre ? Qu’il avait un cœur et pouvait ressentir comme la plupart des personnes ? Je ne voulais pas le croire tout simplement, car rien ne me mettrait plus mal à l’aise que s’il avait une sensibilité véritable. J’avais déjà failli me laisser emporter par cet enlacement que j’avais peur de devoir affronter cette même scène et ce coup-ci me laisser aller complètement. J’observais son regard après avoir ressenti ce ton glacial qu’il avait employé ; rien n’était gentil dans ses yeux, je voyais encore cet autre masque. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir, je l’avais tout de même provoqué ; mais c’était sorti tellement rapidement que je n’avais pas pu empêcher ses paroles de sortir. Ce qui est fait est fait désormais.
    Mais je revoyais un lieutenant inflexible et je détestais ça. Pourtant, je n’avais pas hésité à le repousser alors qu’il essayait de me calmer. J’avais toujours un doute quant à sa franchise, je l’avais pensé très faux sur le moment, mais qui ne le serait pas après tout ce qu’il m’avait dit ? J’étais sans importance pour lui, et j’essayais de faire de même. C’était comme un défi intérieur, très étrange je dirais…

    Il me répondit très sèchement à mes paroles, et rien ne m’étonna. Je tenais mes deux coudes de mes deux mains, comme pour me protéger. Je restais impassible malgré mes yeux rouges et mouillés. J’avais réussi à tout intérioriser, ça n’allait pas être maintenant que j’allais flancher. Je ressentais encore plus ses deux boules : une dans ma gorge et une dans le ventre. Je retenais aussi ma toux pour m’éviter d’augmenter la douleur de mes poumons. Je le regardais marcher vers la fenêtre, mon regard se posa sur la porte que j’avais voulu franchir plus tôt, et je savais que là rien ne pouvait m’empêcher de m’enfuir. Il avait baissé les bras et bizarrement je me senti très mal. Je me demandais s’il fallait vraiment que je parte, mais que pouvais-je faire d’autre ? J’avais l’impression qu’il s’était fermé aussi.

    « Débrouille-toi autrement alors… » soufflais-je presque imperceptiblement.

    Je baissais mon regard et je me dirigeais vers la porte, résignée. J’eu un petit temps d’arrêt lorsque ma main prit la poignée de porte, pour enfin la tourner et partir de cette pièce, laissant le Lieutenant derrière moi en me posant d’innombrables questions sur cette rencontre…


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MessageSujet: Re: Parce qu'il faut bien un jour faire le premier pas... ou presque. [Livre I - Terminé]   Aujourd'hui à 12:48



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